‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 103 sur 267 · LE MARESCHAL DE STROZZE · texte numérisé non relu

LE MARESCHAL DE STROZZE

le Dragot en Alger, et là se renier el prendre le turban; et pour ce, qu*il prist garde à luy et en advertist Sa Saincteté; car à sa partance il luy avoit ouy jurer qu'il s'en alloit prendre la ville et port d'Ostie et Givita Vecchia , où dedans il avoit si bonne intelligence qu'aussy tost là arrivé il les prenoit , et aussy Âncone, et de là alloit piller Teglise de Nostre Dame de Lorette, et la raser de Fonds en comble; et que devant peu il rendroit le pape bien estonné. M. le cardinal ayant eu cet advis le confère avecques Sa Saincteté; et pour ce, en toute diligence advise à y pourveoir, se met en Frais, y envoyé gens et y donne ordre. Mais après, ils sceurent qu'il n'en estoit rien, et que lors de la lettre il estoit à la prise de Calais. ToutesFois nouvelles vindrent à M. de Strozze de ce que l'on avoit creu de luy en la chambre et palais du pape; dont il n'en fit que rire et en accuser Brusquet.

Pour fin je n'aurois jamais Faict si je voulois conter les tours qui se sont passés entr'eux deux; car il y en a eu tant et tant qu'on n'en verroit jamais la fin. Que si M. de Strozze estoit fin et subellin, ingénieux et industrieux, Brusquet l'estoit autant en matière de gentillesse; car il Faut dire de luy : que c'a esté le premier homme pour la bouffonnerie qui Fut jamais, ny sera, et n'en desplaise au Moret de Florence, Fust pour le parler, Fust pour le geste, Fust pour escrire, Fust pour les inventions, breF pour tout , sans offenser ny desplaire.

Son premier advenement Fût au camp d'Avignon , où il se jetta, venant de son pays de Provence, pour gaigner la pièce d'argent; et, contreFaisant le médecin, se mit, pour mieux jouer son jeu, au cartier des Suisses et lansquenets, desquels il tiroit grands deniers. Il en guerissoit aucuns par hazard; les autres il envoyoit ad patres, menu comme mouches. Pensez: à ceux qu'il guerissoit, il leur donnoit pareille recepte qu'il donna une Fois à Romorantin à un ambassadeur de Venise, qui vcnoit de Frais vers le roy François second. J'y estois alors. G'estoit une règle infaillible pour ledict Brusquet que, quand venoit quelque grand seigneur ou ambassadeuràlacour, il l'alloit voir aussy tost pour en escroquer quelques bons brins d'eux ; car il estoit très sçavant en ce mesiier d'escroquer. Estant donc un jour allé voir M. l'ambassadeur, car plusieurs jours avant

l'avoit-il veu, il le trouva qu'il estoit fort malade d'une colique venteuse; et le voulant faire rire, il ne peut, car le mal le pressoit. Et M. l'ambassadeur luy ayant demandé une recepte, s'il n'en sçavoit point; luy dit que pour luy il n'en sçavoit point une meilleure qu'une dont il usoit Fort souvent, car il y estoit fort subject, qui estoit : quand ce mal luy tenoit, il meltoit un doigt fort advant dans le cul, et l'autre dans la bouche, et en remuoit souvent lesdicts doigts d'un lieu en l'autre, c'est à dire celuy du cul dans la bouche, et celuy de la bouche au cul ; si que, les remuant tousjours ainsy l'espace d'une demy-heure , les vents se dissipoient et en sortoient par les deux trous qu'on ouvroit ainsy souvent. M. l'ambasseur le creut, y voyant l'apparence; et en fit l'essay une bonne demy heure, bien à bon escient. Je ne sçay s'il s'en guérit, mais je le vis venir dans la chambre du roy, qui en fit le conte à tous ces princes et messieurs , qui en rirent bien.

11 Faut donc croire que ce M. le médecin Brusquet , en ce camp d'Avignon , donnoit de pareilles receptes à ses malades, et les drogues de mesmes; mais le pis fot qu'il Fut descouvert par la grande desFaicte de ces pauvres diables , et qu'il Fut accusé. La cognoissance en estant venue à M. leconnestable, il le voulut Faire pendre. Mais on fit rapport à M. le Dauphin , qui estoit lors là , que c'esloit le plus plaisant homme qu'on vist jamais, et qu'il le Falloi t sauver. M. le Dauphin , despuis nostre roy Henry second , le fit venir à luy , le vit, et le cognoissant Fort plaisant , et qu'il luy donneroit bien un jour des plaisirs (ce qu'il a Faict) , il l'osta d'entre les mains du prevost du camp, et le prit à son service. De telle Façon que, pour ses plaisanteries, il parvint à estre vallel de sa garde-robbe, puis vallet de chambre; el puis, qui estoit le meilleur, maistre de la posie de Paris , qui valoit de ce temps là ce qu'il vouloit ; car il n'y avoit point pour lors nulles coches de voitures, ny chevaux de relais comme pour le jour d'huy *. Aussy pour un coup, je luy ay compté cent chevaux de posle , el ce d'ordinaire. Et pour ce, en ses tilircs et qualités , il s'intituloit capitaine de cent chevau-

«Lc manuscrit ajoute : «Qui emporte beaucoup la pratique des maislrea de poste de Pari», t

VIES DES GRANDS CAPITAINES

légers. Je tous dfseare qu'ils estoient bien légers eu toutes façons, tant de la graisse , dont ils n'estoient guieres chargés , que de la légèreté à bien courir et raouscher. Auxquels chevaux et postillons il imposoit très plaisamment les noms des bénéfices, offices, dignités, charges, estats que Ton court ordinairement en toutes diligences de postes ^. Je vous laisse à penser le gain qu'il pouvoit faire de sa poste, n'y ayant alors point de coches, de chevaux de relays, ny de louage que peu, comme j'ay dict, pour lors dans Paris, et prenant pour cbasque cheval vingt sols s'il esioit françois , et vingt cinq s'il estoit espaignol , ou autre estranger. Aussy devint il fort riche, autant pour cela que pour une infinité de practiques et rapines qu'il tiroit sur les princes , seigneurs , gentils* hommes , qui çè , qui là. Et , s'ils ne Iny vou^ loient rien donner gratis, bien souvant, quand Il estoit dans leur salle ou chambre, et qu'il y voyoit quelque beau bassin ou buye d'argent , on se fust donné garde qu'aussi tost et à l'improviste il mettoit l'espée au poiog , et faisoit accroire qu'ils luy avoient donné un desmenty, et qu'il avoit querelle à rencontre , et les charg^it d'estoc et de taille, les desgastoit tous ; et puis , sans autre forme , les serroit soubs sa cappe et deslogeoit ; ainsy qu'il fit à Bruxelles chez le duc d'Albe, lors que le cardinal de Lorraine y alla jurer la paix. Ayant mené ledict Brusquet avec luy, ce voyage ne luy fut nullement inutile; il y gaigna beaucoup; et plaisanta si bien devant le roy d'Espaigne, qu'il le trouva

* Le maniMcrit ajoute : c Et ne faut point doubler qu'ordinairement on n'aye veu tous les Jours ces chevaux farc leur course ; encore n'y pouvoienl-il» chevir, el falloit qu'ils en fissent deux courses ; ce qui est aysé à croire et cognoistre , veu les grands chemins des postes qui sont dressés partant de Paris. Car vous avez celuy de Guienne et d'Espaigne , que j'ay veu fort baitu durant la trefve et paix entre nous et les Espaignols ; vous avez *»luy de la Bretagne quand vous estes à Bloys, qu'on prend à main droicte ; vous avez celuy de Lyon et du Piedmont quand nous le tenions, et de l'Italie quand on estoit en paix ; et puis en guerre celui des Suysses et des Grisons, de Venise à Rome , de Daufiué , Yivarès , Languedoc, Provance; vous avez celuy de Piormandie, Rouan , Dieppe et Havre ; celuy de Picardie tirant vers Calais et Angleterre ; celuy de Picardie aussy tirant devers Peronne, Balpaume, Bruxelles, Anvers et Flandres; celuy de Champaigne tirant vers Meiz , Lorraine , et Allemaignc ; celuy de Bourgoigne. (!e sont Us plus royaux chemins de postes qui soient en France, sans compter autres traverses où estoient la cour et les armées. • 1

fbrt plaisant bouffon et à son gré ; car il par- I loit assez bien l'italien et Tespalgnol ; et si. y avoit fort bonne grâce bouFFonnesque , plus quasy qu'en son parler françois. Et pour ce, le roy Philippe le prit en amitié et luy fit beaucoup de biens ; desquels ne se contentant encore , un jour d*un grand festin qu'il fit , où esioit madame de Lorraine , et Force dames et seigneurs qui estoient là tous conviés pour la solemnité du jurement de la paix , ainsy qu'on estoit sur la fin du fruict et qu'on vouloit desservir, il se vint eslancer sur la table, sans aucune appréhension de se blesser des cousteaux, el, prenant le bout de la nappe, se vint entortiller de ceste nappe, et se contournant tousjours d'un bout à Tautre , et amassant peu ft peu les plats par une telle et si subtille industrie, qu'il en accumula et en arma son corps ; et sortant à l'autre bout de la table il s'en trouva si chargé, qu'à grand peine pouvoit-il marcher ; et ainsy chargé de son butin , passe ta porte par le commandement du roy, qui dict qu'on lelaissast sortir; riant si extrêmement, et trouvant le traictsi bon, plaisantetindustrieux, qu'il voulut qu'il eust le tout. Et ce qui Fut un cas d'eston-^ nement, c'est qu'il ne se blessa jamais des cousteanx qui s'entortillèrent avec le reste. Aussy Dieu aide aux fols et aux enfans.

Le roy d'Espaigne avoit pour lors un boofFon espaignol ; mais il n'y eotendoit rien au prix de Brusquet, et estoit un vray maigre bouffon, avec sa guitterne et son braillement de chansons à l'espaignollè , qui plaisott fort maigrement, et ne poroissoit rien au prix deBrusquet, qui le trompoit tousjours. Le roy d'Espaigne l'envoya au roy pour luy rendre le change dn sien qu'il luy avoit envoyé. Le roy le donna à Brusquet pour le gouverner, le loger et le Iraicter bien ; ainsy qu'on void les grands princes à la cour, venant en ambassade, estre donnés et recommandés à antres grands princes , les grands seigneurs à autres grands seigneurs , les moyens à moyens, les evesques à evesques, les prélats à prélats, les ecclésiastiques moyens à autres moyens : aussy Brusquet, bouffon, eut charge de gouverner et entretenir l'antre bouffon; mais il le trompoit tousjours.

Il avoit quatre bons chevaux chez luy; mais il les foisoit courir la poste la nuicl par le pre-* mier courrier qui passoit, sans que luy ny ses

LE MARESCHAL DESTROZZE.

8«ot fVn «dvisassent, car il les hiaoit bien boire et bieo dormir après; et qaaod il les trou voit si maigres de force de courir, il luy faisoit accroire que Teau de la rivière de Seine les maigrissoit aiosy jusques à ce qu'ils l'eussent accouslumée deux mois, et que celaarrivoit coustumierement à tous chevaux. Par cas, il s'en advisa un matin , s'estant levé plus tost qu'on ne peosoit, et que le postillon avoitun peu tardé; et les voyant tous trempés, il se mil à s'escrier audict Brusquet : Comolcuerpo de Diosl Brusquet! mis cavalios todos son baFlados y mojados. Jura à Dios que /um corrida la posta ^ Mais Brusquet l'appaisa , en luy disant qu'ils s'estoient couchés dans Teau en allant boire. Bref, il le trompoit en toutes façons et tousjours.

Mais la meilleure fut que le roy Henry luy avoit donné une fort belle chaisne d'or, qui pesoit trois cents escus. Brusquet en fit faire une toute pareille de leton , et la fit bien dorer et subtilement avec trois ou quatre touches; la change avec luy, se carrant aussy bien de la meschante que de la bonne ; et quand il partist pour s'enaller en Flandres, ilcscrivil une lettre au roy PhiUppes, bien fort plaisante, et remplie de toutes les naifvetés qu'il avoit faict à son bouffon, que c'estoit un fat et un sot, et qu'il le fist foitter à sa cuisine pour s'estre ainsy laissé tromper de la chaisne; et luy en conta toute rhistoire. Mais le roy Henry l'ayant sceu n'en fut trop content, cuydant qu'où pensasi que luymesmes luy eust donnée telle , pour se mocquer ; et pour ce luy commanda de la renvoyer, et radouber bien le tout: ce qu'il fit; et le roy l'en recompensa d'ailleurs.

Je croy que si l'on fost esté curieux de receuillir tous les bons mots, contes, traicls et tours dudict Brusquet , on en eust faict un très gros livre; et jamais il ne s'en vit de pareils, et n'en despinise à Pinan^, à Arlod, ny à Villon , ny à Ragot, ny à Moret, ny à Chicot , ny à quiconque jamais a esté.

Enfin le pauvre diable fut soupçonné de la religion, et que, pour la favoriser, il faisoit perdre et soubstraire force paquets et despesches du roy qui faisoit contre les hugue-

* ConuBent, oorblea , Brusquet! mes chevaux soot tout baignés et trempés, lis ont pardieu! couru ia poste. 'Piovau.

nois; mais ce ne fut pat tant loy comme son gendre, qui estoit huguenot si jamais homme le fust ; et pour ce fit perdre et son beau père et sa maison , qui fut pillée aux premiers troubles. Et fut contrainct de sortir de Paris et se sauver chez madame de Bouillon à Noyant, qui le retira de bon cœur, et madame de Valent!nois, pour souvenance du feu roy Henry. De là il escrivit une fois une lettre i M. de Strozze, qui me la monstra , qui estoit très bien faicte; et le prioit et le conjoroit, par la grande amitié que luy avoit portée fou M. le mareschal son père, avoir pitié de luy et luy ftiire pardonner, afin qu'il peust parachever le reste de ses vieux jours en paix et en repos. Mais il se la fit pas guieres longue après, car il y mounif . C'est assez parlé de luy , et encor trop , ce diront aucuns qui pourront me blasmer que j'estois bien à loysir quand j'escrivois cecy; mais ils seront bien plus à loysir, de le lire pour me reprendre. Tant y a que, ce que j'en ay foiet, c'est autant pour me donner plaisir et contentement.

Retournons à ceste heure à M. le mareschal de Strozze et à ses valeurs qu'il a bien faici paroistre en ses guerres dernières pour le service de nos roys , auxquelles il a esté heureux et maliieureux aussy, mais pourtant plus malheureux qu'autrement. Aussy la fortune et la vertu ne s'assemblent guieres souvent ensemble, despuis ces braves Romains de jadis, qui CD firent et achevèrent rassemblement. Pimirtant , si la fortune luy a esté contraire à la guerre, ce n'a esté jamais à faute de courage; car il a bien autant battu qu'il a esté battu.

Il servit bien le roy François en Iiaiie, tantost avec bonne, tantost avec mal fortune. Et d'autant qu'aucuns magiciens tiennent que le changement de lieu change la fortune, il quicta Tltalie et s'en vint en France trouver le roy au camp de Marolles avec la plus belle compaignie qui fust jamais veue, de deux cens harqoebusiers achevai les mieux montés, les mieux dorés, et les mieux en poinct qu'on eust sceu voir, car il ny en avoit nul qui n'eust dem bons chevaux, qu'on nommoit alors cavallins , qui sont de légère taille , le morion doré, les manches de mailles ( qu^on portoit fort de ce temps là) la pluspart toutes dorés, ou bien la noytié, les harquelwses et foornioieBs de

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mesmes-Ils alloient souvent avecques les che- Yâu-legerset coureurs, si qu'ils faisoient rage. Quelquefois ils s'aydoient de la picque, de la bourguignolte et corselet doré, quand il en estoit besoing; et, qui plus est, c*estoient tous vieux capitaines et soldats tant bien aguerris sonbs lesbandieres et ordonnancesdece grand capitaine Jannin de Medicis qui avoient quasy tous esté à lay , si que, quand il falloit mettre pied à terre et combattre, n'avoient grand besoing de commandement pour les ordonner en battaille; car d'eux-mesmes s'y rangeoient si bien, pour estre si bien aguerris, qu'on n'y trouvoit rien à dire , tant bien sçavoienl-ils prendre leur place. De ce nombre esloient ces braves gens, San Petro corsa, Joan de Thurin, le capitaine Moret calabrois, le senor Petro Paulo Tousin, le capitaine Bernardo, le capitaine Miquel da Gondio, le capitaine Mazin, le capitaine Jacques ferrarois, et tant d'autres gens de bien et d'honneur qui se sont si bien faicis cognoislre en nos guerres passées.

Le roy François, quand il vit ceste belle troupe, la loua fort, et en fit grand cas à madame la dauphine , qui estoit cousine dudict sieur de Strozze qu'elle aymoit; et s'en cuyda perdre de joye pour voir ainsy son cousin paroistre, et faire un si beau service au roy, et le tout à ses propres despens. Car, comme j'ay ouy dire audict capitaine Miquel da CSondio, qui estoit un sien vieux serviteur, ceste cornpaignie luy cousta plus de cinquante mille escus; car il avoit de fort grands moyens, et en avoit beaucoup sauvé à Venise, où il se tint quelque temps et y eut son fils M. de Strozze K

Helas! ce brave seigneur a bien brouillé et despendu tous ces grands moyens au service de nos roys; car, à ce que je tiens de son fils el de ses anciens serviteurs, de plus de cinq cens

^ Le manutcrit ijoute : c Si bien que quand le roy François refusa le combat à feu mon oncle contre Jamac, le trouvant inégal à mon oncle pour la Taillauoe, le tout à la tuaciution de madame deStampes, de laquelle la sœur aYOtt espousé Jamac , M. d'Ëstroize conseilla mondict oucle de hire un coup de sa main et de tuer Jarnac in omni modo, et puis vuider la France jusques à ce que le roy s'en fust appaisé , ou qu'il fiist mort , estant fort sur raage et cassé, et qu'il se retirast ii Venise, là où il luy presentoit tous ses moyens qu'il ayoit là en lianque, pour eu disposer à son bon plaisir , jusques à cent mille escus qu'il pouTOit les y prendre. C'est une offre , cela, d'anty ; mais la cbose aUa autrement, comme 'ai dia ailleurs.»

mille escus qu'il avoit vaillant quand il vint a« service de nos roys, il est mort n'ayant pas laissé à son fils vaillant vingt mille escus. Cest despensé cela ! et ce , sans avoir grandes recompenses ny biens faicts de nos roys, car il n'estoit point importun ny demandant; et les biens d'église qu'eut M. le cardinal de Strozze, son frère, vindrent plustost de la libéralité du fou roy Henry et de la solicitation de la reyne, leur parente, que par importunités et demandes dudictM. de Strozze ; car il avoit le cœur fort noble, généreux et splendide.

Quand Guynes Fut pris, le milord Grey , un très bon et grand capiuine anglois de son temps, commandant dedans, y Fut pris. Le

' roy et M. deGuyse, son gênerai , le donnèrent audict M. de Strozze pour en tirer rançon, et faire son profict, en recompense de la peinequ'il avoit prise en la prise de ceste ville et de Calais, et y avoir très bien servy le roy. H se tint plus content de ce présent , venant ainsy de la bonne volonté et libéralité de son roy et gênerai , que si on luy eust Fatct d'ailleurs un don dix fois plus grand que celuy là; car il ne lira de ce prisonnier que huict mille escus, que M. le comte de La Rochefoucault luy fil donner pour faire eschange de luy à luy, qui estoit prison-

' nier en Flandres despuis la journée de Sainct- Quentin.

Or, de raconter la valeur et les Faicts d'armes dudict M. de Strozze, ce n'est qu'escrire en vain, car l'on sçait assez, et par livre, et pour avoir ouy dire el pour l'avoir veu , comme il y ena encor force vivansqui l'ont veu , ce qu'il fit

' durant nos roys François et Henry en Italie, en France, en Escosse, à Parme, en Toscane , lieutenant du roy; si qu'on ne luy sauroit rien reprocher.

Il a esté combattu , aussy il a combattu les autres ; il a battu , aussy il a esté battu , comme j'ay dict. Mais, hé! qui est le grand capitaine à qui les malheurs de guerre n'arrivent? Il ne sçauroit autrement estre grand capitaine, s'il ne luy mes-arive aussy quelqueFois; non plus qu'un pilole ou marinier ne peut estre bon et expert , s'il n'a jamais veu tourmente ny tempeste , sinon lousjours bonnace.

Si en diray-je encor cecy de luy. On le tenoit plus propre à Forcer, deffondre, fortifier et assaillir places, qu'à combattre en campai*

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