LE MARESCHAL DE STR02ZÉ
iîf
gne; car il es(oit malbeoreux , et aussy plus nay à obéir soubs un grand gênerai que d'estre cheFet gênerai luy-mesmes, aînsy que j'en ay cogneu force de ce naturel; tesmoing Mets, Calais, Guynes, Theonville et force autres lieux ; car il estoit un très grand ingénieur et fort laborieux, ainsy que dict une vieille chanson d*un advanturier François, qui Fut Faicte durant le siège de Mets , dont un des couplets est tel :
Hootieur de Guyte eilolt dedans , Ayeoqucs beauooap de noblesse , lie Vandosme les deux enfans, Et de Nemoars , plein de prouesse ; £t le seigneur Pierre de Çtrozze , Qui nuict et jour est sur remparts , Faisant remparts de grand addresse, El remparanl de toutes parts.
Si la rithnie n'est bonne, le subject et le sens est bon. Mais tant y a que ce seigneur servit là de beaucoup.
Après tant de belles choses, ce brave seigneur vint à mourir au siège de Theonville , là où il travailla et servit de beaucoup : estant dope dans la trenchée il Fut blessé d'une grande mousquetade, dont il tomba , et aussy tost Fut relevé par M. de Yieilleville et antres. Et luy disant ledict M. de Yieilleville que ce nVstoit rien, et qu'il prist courage, il luy respondit: cAh! monsieur de Yieilleville, ne me donnez
• point de courage; j'en ay prou: prenez-le c pour vous. Je croy que vous me voudriez faire «accroire que je ne suis point homme, et que •je n'ay point de sentiment Si suis et en ay; •car je sens bien mon mal , et que je suis at-
• tainct au viFo ( et disoit tout cela en son langage italien ). «Or , je suis mort. Je vous prie •Faire mes humbles recommandations au roy «et à la reyne, et qu'ils perdent aujourd'huy un f très bon serviteur et loyal. Dictes en autant à •M. de Guyse. Adieu. 9 Et puis il trespassa, au grand regret du roy et de la reyne, et de M. de Guyse, qui Tavoit pris en sa grande confidence.
M. du Bellay pour lors fit son epitaphe en vers latins , dont la substance est telle. «Autant cde belle milice et soucy de la guerre qu'a esté
• en Pyrrus; autant de courage qu'a esté en
• Alexandre; autant de patience qu'a esté en «Hannibal ; autant de vertu qu'a esté enScipion «et Marins; autant de vigilance qu'a esté en «Gaesar; breF, ce qui a esté en tous ceux-là
«s'est trouvé en ce seigneur Strozze; et s'est « trouvé en tout cela esgal à eux. Il est vray que «la fortune luy a esté inesgalle, tant elle luy «a esté contraire: toutesFois,ceste fortune qu'il «n'a peu vaincre luy vivant, à ceste heure qu'il «est mort il l'a vaincue. Et encor plus il a «Faict : il a vaincu l'envye, de laquelle il a esté «aussy bien assailly que de la fortune. Ainsy «a vescu et ainsy est mort ce grand capitaine. >
Il laissa après luy le seigneur Philippes Strozze, dernier mort, duquel je parle en son lieu, et la segnora Glerice Strozze, l'une des honnestes, belles, bonnes, courageuses, qui ayt sorty de sa race, sans Faire tort aux autres. Elle Fut mariée au comte de Sommerive, despuis comte de Tande : elle mourut fort jeune ; dont ce Fut très grand dommage pour son mary et pour toute la Provence, là où elle y estoit Fort aymée, et qui avoii grand moyen de bien servir et l'un et l'autre, car elle avoit un grand esprit et grand cœur. Geste honneste dame ne fit jamais plus son proFfict , despuis qu'elle tomba dans la mer et plongea Fort advant, mais aussy tost Fut rescourue, non sans avoir beaucoup beu, lorsque le roy et la reyne estoient à Marseille. Gar ainsy qu'ils estoient dans la Reale , et qu'elle voulut monter apr^s à l'escalle, TesquiF luy Faillit et le pied par conséquent. Despuis, l'intérieur de son beau corps ne fot pas en bonne santé, encor querexterieur ne moostrast rien changé de sa beauté, bonne grâce et belle apparence.
M. son père avoit aussy eu un bastard, très brave et vaillant s'il en Fut onc , et de grand entendement , et qui prometloit estre un jour grand capitaine, selon son beau commencement ; car il avoit esté donné par son père à M. le grand prieur de Gapoue pour l'eslever et l'apprendre; soubs lequel il proffiia beaucoup. 11 mourut, en l'aage de vingt deux ans , â Port- Hercule, quelques six ou ou sept jours avant M. le grand prieur son oncle, et sa mort présagea la sienne peu après du regret qu'il en porta , ainsy qu'il le dict. M. le mareschal son père le regretta fort aussy, car il l'aymoit fort, pour la bonne opinion qu'il avoit conceue de luy.
J'ay veu fort louer ce jeune homme à M. de Strozze et à force autres gentilshommes et capitaines.