DEUXIESME LIVRE
CHARLES VIU, ROY DE FRANGE
Pour venir à dos grands capitaines et personnages François, je ne puis mieux en commencer Tœuvre qu'à nostre petit roy Charles VIII. Petit, Tappelle-je, comme plusieurs de son temps et après, par une certaine habitude de parler, Tont appelle tel , à cause de sa petite stature et débile complexion, mais très grand de courage , d'ame, de vertu et de valeur : de telle sorte que, non pas les François seulement , mais les estrangers , luy donnèrent pour devise , sans qu'il la prist pour luy-mesmes, ce vers glorieux:
Major in exiguo regnabat eorpore virttu
qui est proprement à dire : Plus grande vertu régnait en ce petit corps qu'on n'eustja^ mais pensé X pouvoir régner.
Ce grand roy fut nourry par Louys XI, son père, au chasteau d'Amboise, séparé quasy du inonde, nourry et peu practiqué de personnes, non en fils de roy, ny mesmes d'un simple gentilhomme ; et le tout faict ainsy à poste, affin qu'il perdist cœur et n'altestast rien contre luy, ainsy qu'il avoit faict contre le roy son oere. 11 le traictoit selon la maladie qu'il avoit
^ Le manutcrit 8771 et 8772 , qui renferme les Fies tes grands capitaines français et étrangers et telles des couronnels , avec les dernières corrections le Brantôme et les révisions de son secrétaire Ma- Ihaud, telles qu'on a pu les Toir dans le livre qui précède , ne contient que les livres 1 , 3 et 4. Le manuscrit original des auU*es ne s'est pas retrouvé, et toutes met invesUffations à cet égard n'ont produit aucun résultat. Il en ^existe toutesfois plusieurs copies, mais qui ne portent pu les ratures du réviseur, comme le ma nuscrit 8771 . Ces copies sont : les tomes II de Gesvres 24, (en 4 vol.)» <lc Saint-Germain, 1001 (en 6 vol.}» du même, fonds Saint-Germain 1001 (en 2 vol.), de Dupay,006à613;(c'estlen<'610). Je collationnemon texte pour œ second litre sur la copie de la collection Dupuy.
eue, tant il estoit jaloux de son estât, et de sa personne encor plus; et pourtant telle mauvaise nourriture ne luy offensa jamais son généreux courage , qu'il avoit extraict de tant de braves roys, ses prédécesseurs : si bien qu'après la mort de son père, et hors de son joug, il ne songea et ne couva rien moins, et, ne se contentant ny voulant se borner de son grand, et très ample royaume, et si estendu (duquel estoit la totale ambition du roy son père , sans attenter ny vouloir ajamber sur un autre), voulut avoir celuy des deux Siciles, et par ce moyen se faire couronner empereur de tout l'Orient.
Qui eust jamais pensé et predict si grand courage et si grande ambition en ce jeune roy, veu sa nourriture? Car le vieux proverbe de jadis disoit que la nourriture passe nature, et aussy qu'elle façonne les hommes, s'il fault croire l'exemple de Licurgus , lorsqu'il monatra à ses Lacedemoniens deux chiens d'une mesmes ventrée, qu'il avoit faict nourrir, l'un aux champs, l'autre à la ville, qui tous deux firent divers et nouveaux effets (ce conte est trop commun), le tout attribuant à la nourriture, et non à la nature. Mais cela faillit en ce roy magnanime; car sa mauvaise nourriture n'endommagea en rien son généreux naturel et brave courage, qui estoit nay avec luy, et qui le rendit un des grands roys de la France , voire de la chrestienté. Ayant donc conceu en soy, dès ses tendres ans, ses belles ambitions, il entreprit le voyage et la conqueste de Naples, contre le conseil pourtant de tous ses grands capitaines, et l'opinion d'aucuns de ses estais, voire sans argent , qui pis est , estant le nerf de la guerre.
Il partit de son royaume, et, n'ayant pas faict la moitié de son chemin , l'argent luy faut ; dont fut contrainct d'emprumpter les ba* gués de madame la duchesse de Savoye et da
CHARLES VIll, ROY DE FRANCE.
fSl
madame la marquise de MontFerrat , toutes deux très bonnes françoises, royales et chari* tables, qu'il engagea très bien. Et, par ainsy un peu remplumé, poursuit son cbemin d'une audace très asseurée, espouvantant toute Tltalie du seul sentiment de sa venue; envoyé ses mareschaux des logis et fourriers devant, la croix en la main, marquer les logis comme il leur plaist , sans aucune rencontre ny résistance de porte fermée; chascun luy foict place.
Le pape s'enhardit certainement de luy Faire fiiire barrière par ses fulminations et excommunications; mais il passe outre, et marche droict vers Rome, luy Faisant response gentiment que, dès longtemps il Faiict un vœu (hé quelle gentille invention et feintise de vœu I) à Monsieur sainct Pierre de Rome, et que nécessairement il falloit qu'il Taccomplist au péril de sa vie. Le voylà donc entré dans Rome, bravant et triumphant, luy-mesmes armé de toutes pièces, la lance sur la cuysse, comme s'il eust Youla aller à la charge : ce qui estoil beau , et à donner entendre : a S'il y a rien qui bransie , me tvoicy prest , avecques mes armes et mes gens, tpour changer et foudroyer tout. » Si que ccste façon d'entrée ne sentoit nullement sa pompe ny bravement, mais un vray tremblement ou foudre de guerre. Ainsy donc, marchant en ce bel et furieux ordre de battaille, trompettes sonnans et tabourins battans , entre et loge par main de ses fourriers là où il luy plaist, Faict asseoir ses corps de garde , et pose ses sentinelles par les places et quantons de la noble ville , avec force rondes et patrouilles ; planter ses justices, potences et estrapades en cinq ou six endroicts; ses bandons Faicts en son nom; ses edicts et ordonnances publiés et criés à son de trompe, comme dans Paris. AUez-moy trouver jamais roy de France qui ayt Faict de ces coups, fors que Gharlemagne: encor penseje qu'il n'y procéda d'une autorité si superbe et si impérieuse. Querestoit-il donc à ce grand roy de plus, sinon qu'il s'impatronisast bien à plein de ceste glorieuse ville, qui avoit dompté tout le monde autresfois, comme il estoit en sa puissance , et comme possible il reost bien voulu, selon son ambition et selon ancnns de son conseil? Mais le violement de lasaincte religion le retira, et le reproche qu'on ioy eust pea faire d'avoir offensé la saîncieté,
bien qu'elle luy eust donné l'occasion: et se doub> toit-on bien qu'il luy en donneroit une autre, comme il fit. Et pour ce, force gens l'y poussoient à luy rendre la pareille , quand ce ne Fust esté que pour se tenir sur ses gardes ; mais tant s'en fout : il luy rendit tout honneur et obéissance , en luy baisant en toute humilité sa pantoufle.
Il tire puis après droict à Naples, à ses belles petites journées , entre dedans, sans aucun effort , par une porte , le roy Ferdinand , son ennemy, sortant par l'autre , en disant ce verset de David : Si Dieu ne garde la cUé^ en tfoin veille celay qui la garde. Il trouve pourtant les chasteaux qui se mettent en déFense ; mais les ayant assiégés et battus, estant luymesmes en personne dans les trenchées ordinairement, et y Faisant apporter son disner, se rendent. Le prince de Tarante le vint là trouveret Faire révérence au mesmes lieu et mesme assiette de son disner; dont il s'estonna fort, le voyant là comme le moindre soldat des siens , et en loua fort sa valeur ; et après avoir fort parié ensemble, le loua et l'estima encor d'advanlage.
En cela il fit plus que le roy François , qui , après la prise de Milan, ne voulut entrer dans la ville jusqu'à ce que dom Pedro de Navarre eust pris le chasteau. Mais le roy Charles voulut se trouver luy mesmes en personne à la prise de ces chasteaux ; et après il fit son entrée fort triomphante, vestu en habit impérial d'un grand manteau d'escarlate , avecques son grand collet renversé, fourré de fines hermines mouchettées, tenant la pomme d'or ronde et orbiculaire ( de tel mot use la chronique) en sa main droicte, et en la senestre son grand sceptre impérial , et sur sa teste une riche couronne d'or à l'imperialle, garnie de force pierreries, contrefaisant ainsy bravement l'empereur de Constantinople, selon que le pape l'avoit ainsi créé, et que tout le peuple d'une voix le crioit empereur très auguste.
Qui voudra sçavoir mieux toute la cerimonie de ceste belle entrée, lise Guaguim^où elle est fort bien au long descrite; et comme les belles et grandes dames du pays et de la ville paroissoient aux tues et aux places principalles, belles
* Robert Gagiiin , Compendium de Francorum ^ef/îf^ 1 vol. in-P.
et si bien ornées de la leste cl du corps, qu'il n'y avoit rien si beau à voir à nos François nouveaux, qui n'avoienl vcu les leurs de France si gentilles ny en si belle parure : lesquelles en passant prcsentoientau roy leurs jeunes enfans, et le prioienl de leur donner l'ordre de chevallerie de sa propre main , le reputant à grand honneur et bonne fortune; ce qu'il ne refùsoit point , tant pour les gratifier en cela que pour avoir plus de loysir et amusement à contempler leur beauté , leurs bonnes grâces et la superbeté et gentillesse de leurs accoustremens. ^
Puis alla faire sa dévotion à la grand église cathédrale , devant le grand autel, sur lequel cstoit le chef de sainct Janvier et son sang de miracle, qui se monstre encor aujourd'huy.
Le lendemain de l'entrée, il fit , dans son Castel Novo, un fort superbe banquet en deux grandes tables à tous les grands seigneurs et princes du royaume.
J'ay ouy dire à aucuns vieux de Naples , la première fois que j'y fus, que les dames y estoient, qu'il faisoit tous et toutes beau voir. Puis après souper, prit le serment de fidélité d'eux, qui le luy firent de bon cœur, avecquesde belles protestations; mais ils ne les gardèrent guicrcs après qu'il fut party ; en quoy ils furent à blasmer, car ils avoient le meilleur, le plus doux et le plus humain roy qu'eux et nous ayons eu il y a longtemps.
En ceste entrée du roy on n'y trouva rien à redire , sinon que près de luy estoit le seigneur de Bcaucayre, représentant le connesuble du royaume de Naples; ce qui n'estoit guieres beau , car il ne vcnoit que de firais estre son vallet de chambre; et luy voir porter l'espéc, cesle veue estoit odieuse. De chose pareille je vis force gens s'estonner au sacre du roi Henry m , qu'un mareschal de par le monde S qu'on avoit veu fort petit compaignon, voire commissaire des vivres au camp d'Amiens, n'y avoit pas vingt-cinq ans, fist l'office de pair et connestable de France , et porter l'espéc de connestable; mais ce fut par faute d'autre, car il y en avoit deux prisonniers en la Bastille* et fautre persécuté » ; où l'on luy trouva fort mauvaise grâce , et en fut fort brocardé.
• Le marécbal de Rail.
• Les maréchaux de Montmorancr et Co»é.
• U maréchal de DatuTUIe, depuis connétable.
Qui voudra voir pareillement le dénombrement des gens de guerre , tant de pied que de cheval , de terre et de la mer, le superbe appareil , le grand attirail et attellage d'artillerie, bref une armée composée superbement et de tout ce qu'il falloit pour faire peur à toute l'Italie , comme elle fit, lise ce bon chronicqueur Guaguim et Paulo Jovio; il trouvera à se plaire.
Je brise donc icy pour dire, qu'après que ce gentil roy eut laissé son royaume paisible , et donnéaux seigneurs et dames du royaume force beaux plaisirs et passetemps de beaux tournois à la mode de France , qui ont tousjours emporté la vogue par dessus tous les autres, et où il estoit tousjours des premiers des tenans et des mieux faisans , avecques ses mignons et favoris GaliotjChastillon, Bourdillonet Bonneval, qu'on disoit en rithme gouverner le sang royal , il part du royaume, reprend son mesme chemin , et retrace les mesmes pas; sçait nouvelles de la grande ligue faicte contre luy pour l'engardep de passer, et l'attendre au passage de Pomoue pour totalement le desfaire et mettre en pièces: n'ayant que la moitié de son armée , et l'autre laissée en sa conquesle , ne s'en estonne point , (chose miraculeuse) ; se prépare à la battaille ; choisit neuf preux pour se tenir près de sa personne et combattre près de luy.
Ladislaûs , roy d'Ongrie et de Naples, quand il donna ceste belle battaille au roy de Naples Louys n, il choisit six gentilshommes avecques luy, et les fit tous chevalliers avant la battaille, el les vestil tous d'une sorte à sa propre devise ( dict ainsy l'histoire), tellement qu'ils estoient si bien mescognus que chascun d'eux ressembloit au roy ; et toutes les fois qu'il envoyoit un escadron , il envoyoit avecques iceluy un des sept chevalliers, de sorte qu'il scmbloit qu'en chascun desdicts escadrons le roy fust en personne. Enfin la battaille se donna forte et furieuse, queledict roy Ladislaûs perdit â demy. Voyez l'histoire de Naples.
Nostre dict roy Charles faict ce jour de sa main incroyables faicls d'armes, monté surun cheval noir et borgne , qu'on appelloît^flrwrtf, que M. deSavoye luy avoit donné, lequel servit bien son maistre, qui estoit armé de toutes pièces ; et sur son hamois très riche avoit une très riche jacquelte ( ainsy l'appelle l'histoire , que nous appelions cotte d'anaes) i complet
CHARLES Vlll, ROY DE FRANCE.
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manchfli, de couleur blanc et violet , semée de croi^ettes de Jérusalem Faictes de fine broderie et enrichies d'orfœqvrerie ; son cheval estoit bardé de mesmes , son habillement de teste tr^ riche et superbe : bref, iln'avoit rien à dire qui ne fust d'un bon et vray gendarme , dict Fhistoire.
H y en eut aucuns qui, pour le bon zèle et amitié qu'ils luy portoiept , qui contrefirent ses couleurs et sa livrfe; qui furent: le seigneur de Ligny son bon cousin, les seigneurs de Pienne et le bfistard de Bourbon, Mathieu. Je croy bien que ses autres fevoris, que j'ay dict cidevant, en firent de mesmes , bien que l'histoire ne le die. Plusieurs furent jaloux, et portèrent grand envie à Teslection de ces neuf preux ainsy choi* sis , comme il arriva de mesmes à celle que fit le roy Jehan à la battaille de Poictiers, qui en fit une très gentille excuse que Ton void daùs la chrpnique, et comme il en contenta un chascun. Certes , telles eslections peuvent servir i leurs maistres quelquesfois, car c'est un grand playsir d'esire bien secondé et assisté , en telle affaire importante, de personnes de fiance et de valeur. Mais au roy Jehan ny au roy Charles ces choisis ne servirent de guieres ; car le roy Jehan , nonobstant eux , fut pris, et en danger de la vie (il se peut faire qu'ils avoient esté tous tués près de luy, ou que d'aspreté de combat ils Tavoient quitté et combattu ailleurs) , sans un brave gentilhomme françois du pays d'Ar* tois transfugié avec TAnglois : ainsy que firent aussy ces braves du roy Charles, qui s'a« musèrent si fort à combattre , qui çà , qui là , et ft poursuivre la victoire, que le roy demeura si seul (ce dict Philippe deCommines et autres histoires ) , l'espace d'une demie heure , que , sans son brave cœur, sa valeur, sa résolue deffense , son opiniastreté de combat , et son bon cheval Savoye (car tout y servit), il estoit mort ou pris et troussé.En telles importantes affirires, puis que l'on y est choisi et appelle , il y faut avoir mieux l'œil , et de la considération , sans se laisser trop aller à l'ardeur de son courage.
J'ay ouy dire à aucuns anciens capitaines que jadis, par les vieilles coustumes des battailles , les grands et premiers escuyers des roys de France dévoient estre tousjours près d'eux, sans jamais les desemparer ny abandonner , et ne faire que parer aux coups que l'on donne h leurs
maistres , ny sans s'amuser â autre chose que cela, ainsy qu'on dict que fit ce brave et grand escuyerdeSainct-Severin, à la battaille de Pavie, à Tendroict du roy François : aussy y mourut il en la bonne grâce et louange de son roy, qui le sceut bien dire par après. Il ne faut pourtant blasmer ces neuf preux d'une si légère faute , puis qu'elle estoit couverte de trop de genero* site de cœur et de vaillance ; car, quelque erreur que l'on fasse en ces combats, elle est tousjours excusée, quand elle est d'une surabondance de vaillance accompaignée de courage.
Ces neuf preux estoient ceux que Belleforest nomme en sa chronicque, desquels estoit le seigneur d'Archiac, dict messire Adrien de Montberon , grand père de madame de Bourdeille, ma belle sœur, qui est aujourd'huy l'une des belles,' illustres et riches maisons qui soient en Guyenne. Je les ayveus tous pourtraictset peincts au naturel dans une salle d'une de ses maisons en Xaintonge, ensemble la forme du combat et de la battaille , et eux auprès de leur roy, avecques une contenance de visage représentée très asseurée et hardie, qu'il faisoit certes très beau voir. Despuis, la vieillesse a effacé et ruyné tout ce beau, et la salle pareillement; dont est grand dommage, car la veue en estoit très plaisante.
Le bastard de Bourbon, dict Mathieu, ac* quit là un très grand honneur, pour y avoir très bien faict. Aussy il y fut pris très vaillamment , et fort près de la personne de son roy et maistre, qui Taymoit tort, et le croyoit, comme de raison. Il avoit très bien servy le roy Louys XI, et pour ce Pavoit honoré de belles charges; mais comme estoit de son naturel prompt et léger à faire et desfaire les personnes, Il le desapoincta, et mesmes du gouvernement dé Picardie. Il estoit un très bon capitaine, et avoit du credict envers son maistre et de la créance, comme il parut lors qu'il l'appela et quasy reprist de collere, quand il estoit temps d'aller à la charge et quel'ennemy marchoit la teste baissée, luy dict et luy cria : a Sire, sire! ad- « vancez vous; il n'est meshuy temps de s'amuser «à faire des chevalliers. Voicy l'ennemy, allons a à luy.» A quoy il le creust, et courut aussy tost à luy.
Surq'un* jr frray cestc petite digression t
f^ourquoy, le temps passé, ces seigneurs gentilshommes estoient si curieux de se faire faire chevalliers à leurs roys ou ses généraux d'armées, avant la battaille et la mesiée plustost qu'après. Dont j'en demanday un jour Topinion à feu M. de Sansac le bon homme, un très digne chevallier de son temps , et qui enlendoit fort bien les choses chevaleresques. Il me respondit : que tel estoit Thumcur d'aucuns, qui vouloient ainsy g«i)gner les devans, craignans que le roy ou le gênerai y mourust ou fust pris , et par ainsy qu'ils fussent frustrés de ce bel honneur qu'ils pretendoient et desiroient tant; ou bien, s'ils venoient à y mourir eux-mesmes , que pour le moins cela leur demeurast leur et servist de perpétuelle mémoire de gloire, et à leurs héritiers, que pour le moins on eust peu dire qu'ils estoient morts chevalliers faicts de la main du roy. Vous trouvez dans les Mémoires de M. du Bellay, comme, à la battaille de la Bicoque, le brave M. de Pontdormy , faisant la poincte avec sa compaignic de cinquante hommes d'armes, il avoit aussy avecques luy les chevalliers nouveaux ; qui faict à croire qu'ils venoient d'estre faicls tous frais de M. de Lautrec, le gênerai de Tarmée. Aujourd'huy ceste usance de petite cerimonie d'ambition ne se pratique guieres plus; car, ou mourant vaillamment là, ou survivant ayant très bien faict, Ton est aussy honorablement créé comme si ceste cerimonie s'y fust solemnisée, et possible encor mieux.
Il y a aussy un abus, que tel estoit touché ou accolé (car ainsy se faisoient les chevalliers, ou par le touchement du bout de Tespée sur Tes-paulle,ou par l'accolade), qui, venant puis après au combat, au lieu de bien foire et bien combattre, il s'eufuyoit à bon escient de la battaille, ne faisant rien qui vaille; et voyiâ une chevalerie et une accolade bien employée! Et c'est pourquoy, disoit M. de Sansac, qu'il estoit bien meilleur cent fois et plus honorable de se faire créer chevallier après la battaille , ayant très bien combattu et faict bien le debvoir du chevallier, ainsy que le roy François I voulut estre faict chevallier de la main du brave M. de Bayard après la battaille des Suysaes, et comme de nostre temps fot faict M. de Tavannes, chevallier, tant de l'honneur que de l'ordre du roy Henry, après la battaille de
Ranty, comme j'en parleray en son liea. Force autres ont esté ainsy créés, comme je lé discourrois bien; mais cela seroit trop long, et aussy qu'aujourd'huy l'on se dispense assez d'ailleurs pour se faire chevalliers, que les moindres se créent d'eux-mesmes assez sans aller au roy; si qu'il se peut dire qu'il y a aujourd'huy plus de chevalliers tels quels, et de dames leurs femmes ^ que jadis n'avoit d'escuyers ny damoiselles : tant est grand l'abus parmy la chevallerie !
Pour revenir encor à nostre grand roy Charles, il faut notter une grand faute que firent ce jour là , comme je tiens de plus grands que moy, tant de bons capitaines qui estoient avecques luy, et seigneurs, qui estoient messieurs les mareschaux de Gié, de Rieux, de la Trimouille, de Ligny, de Pienne, le bastard de Bourbon, et force autres : que le roy estant bay et cherché de ses ennemys tout ce qu'il se peut et qui luy en vouloient plus qu'à pas un, tant pour sa générosité et son ressentiment , que pour asseurance et créance qu'ils avoient conceue entre eux que, le roy pris ou mort, tout estoit perdu pour la France et tout gaigné pour eux, et qu'à celuy ilfalloitdu tout hasarder et donner, envoyèrent un trompette ou herault pour, soubs faintise de demander quelque seigneur vénitien prisonnier, sous telle umbre espier et adviser bien et remarquer les signes que pourroit bien avoir le roy, pour le recognoistre et le charger. Ce qui fut aisé au trompette; car, estant mené vers le roy, il le recogneut par ses armes, son habillement de teste, sa cotte d'armes, son cheval, ses bardes, jusques à la prise de sa place de bataille : et ainsy rapporta bonne langue, telle que l'ennemy la desiroit : si bien que, sur son rapport , toute la plus grande charge tomba sur luy comme un foudre; dont bien luy servit de faire à beau jeu beau retour. Je vous laisse donc penser s'il y avoit raison de donner entrée dans l'armée, sur le poinct de combattre, à un tel gallant que celny-là, et si on ne le debvoit pas chasser ou luy foire tirer. Je ne sçay où ces messieurs pouvoient avoir le sens et les yeux de commettre telle faute,
^ Les femmes de cheralien prenoient seules le titre de dames, les femmes des autres classes gardoient cdid de damoiseUtM*
CHARLES VIII, ROY DE FRANCE
qne nos plus petits capitaines d'aiijonrd*huy ne ; {Croient pas. Mais, de ces temps, nos anciens François estoient si francs et bonaces, qu'ils pensoient tous autres leur estre semblables; et Dieu sçait ! n'avoient-ils pas leu force histoires mordernes de la feauUé de tel gens? Or, d'autant que Jacques de Bergame, au Suplement de ses C/ironicques ^ a mis par escrit Tharangue que le roy fil ce jour à ceux de son armée advant que commencer la charge, et quelle me semble très belle et gentille, j'ay ndvisé de la mettre icy. Elle est donc telle, sans la changer :
«Certes, très forts et hardys chevalliers, ja- «mais je n'eusse entrepris si grandes choses «comme ce voyage, n'eust esté la fiance que « j*ay tousjours eue en vostre vertu et prouesse, «pareillement les sollicitations et promesses de «Sforce, duc de Milan, lequel nous eust bien «gardé d'estre en nécessité de combattre s*il «m'eust tenu sa foy; mais, comme ainsy soit «que la nature des traistres se délecte plus en «trahison qu'en foy et vertu, nous devons conw «battre afin de vaincre mauvaisté. Et soyez «certains qu'autant ou plus nous est facile de «vaincre labattailleque del'accommencer (gen- « tille rodomontade de mot) : car nos ennemys «sont soudoyers et mercenaires, qui combattent « plus par crainte que par amour qu'ils aient à «leur prince; parquoy ne les devons redoubler. «Songez que nos ancestres, en combattant «vaillamment, ont passé partout le monde, et «de leurs ennemys ont emporté grandes descpouilles et triomphes : et à nous, qui leurs «successeurs sommes, eschappera ceste tourbe « imbécile , que n^en rapporterions victoire? Re «gardez, pour l'honneur de Dieu, que c'est «que fortune vous ofFre à présent. O preux «dievalliersl considérez que vous estes Fran- « çois, desquels la nature et propriété est de faire «et souffrir fortes choses, comme les Gaulois «ayent tousjours tenu estre plus glorieuse chose «de mourir en battaille que d'estre pris. Nos «ennemys se confient en leur multitude, et
> Jaoqaes Philippe Fore«ti , relisioix aiigustln de Bergame, dont l'ouvrage, iniilulé Supplementum Chroni" coram, a été imprimé premièrement à Venise, chez fiernard de Bepalti, en 1443, In-folio, et réimprimé iiuantité d'autres fois depuis, toiyours avec ipielfiue augentaiioD.
«nous en nostre force et vertu : si nous vain- «quons, toutes les Itales sont à nous et nous «obéissent; et si nous sommes vaincus, ne « vous chaille ( gentil mot ancien )! France nous «recevra, qui deffendra assez son pays. Bref, « nostre cas est seurement : mais jç vous advertis «que, pour ceste heure, n'ayez cure ni soUici- «tude de vos parens, femmes et enfans, et ne «pensez qu'à vaillamment combattre; et si «vous avez autre courage, et qu'aymiez mieux «honteusement par fuite vous retirer et voir « vostre roy et naturel seigneur dolent et captif « èsmains de ses ennemys, declarez-le de bonne « heure. D
Voyià certes de belles paroles d'un brave et gentil roy, pour n'avoir jamais estudié; mais elles provenoient du profond de son cœur ge* nereux; auxquelles aussy tost tous ses gens , tant grands que petits, respondirent : qu'ils n'estoient prests seulement de hasarder leurs corps pour son service, mais d'y employer leurs armes et les engager à tous les diables pour luy quand besoing seroit. On ne sçait que plus louer à la vérité, ou les beaux mots du roy, ou la response de ses subjects, qui ne couchoient pas moins que de l'engagement de leurs âmes, et de se rendre esclaves des diables pour luy. Telle franchise de parler n'a esté guieres entendue ny dicte des chrestiens, ny tel deb voir de servitude n'a esté offert de ses subjects à leur roy et seigneur, qu'il faut louer venant de telle affection. Ces François, ce coup-là, avoient raison de compter ainsy d'escot pour ce prince, car jamais ne fot veu meilleur prince en France, si doux, si bénin ny si libéral; si qu'oncques personne ne se despartit de sa présence qu'elle s'en allast esconduicte de chose qu'elle luy demandast, ny qu'elle luy dist jamais mauvaise parolle; et c'est ainsy qu'il faut gaigner les gens; aussy fot-il très loyaument servi des siens et bien aûné, et roesmes en ceste battaille qu'il gaigna fort heureusement.
Elle gaignée , rebrousse son chemin , repasse les montagnes, levé le siège de Novare, desen gage le duc d'Oriéans son beau frère , feict la paix, et puis rentre en France, arrive à Lyon sain, gaillard, joyeux et triomphant, rencontré et recueilly de la reyne Anne sa femme, \ l'une des belles, honnestes et vertueuses pria-
m HOMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.
cesie^ da onondef avecques un visage beau et riaotf d'elle et de toutes les dames de sa cour, qui eo faisoieot de mesmes â leurs pères, marys, frères, paréos, aoiys et serviteurs; et Dieu sçait les contes qu'ils leur faisoient de leur voyage.
Qu'est-il bçsoing d'alléguer d'advantage pour
haut louer , couronner et confirmer ce roy ppur l!un des plus grands et braves roys qu'il y eut de longtemps en France , comme j'ay ouy dire à une grande dame de ces temps , nourrie petite fille à la cour, qui disoit : que le roy François I, parmy ses discours qu'il Faisoit quelquefois , il rangeoit tousjours ce petit roy Charles parmy les plus grands roys de la France ses prédécesseurs, en alléguant les mesmes raisons que j'ay icy dessus alléguées.
Guicbardin, tris bon historiographe certes, a voulu mesdire de luy mal h propos en son histoire; mais il est hors d'estre creu, pour n'en parler que par passion , et aussy quHI fil à luy et à tous ceux de sa patrie si belle fie;^rde, qu'il ne sçavoit comment s'en rcvancher , sinon à mesdire de luy et le défigurer, et le descrire difforme de corps et de visage.
Son effigie douce et bénigne, qui est à Saioct- Denys en bronze doré devant le grand autel , ne le nous figure pas tel. Aussy que j'ay ouy raconter à feu ma grand'mere, madame la seneschalle de Poictou , de la maison du Lude, que j'allègue souvent en ce livre, et qui avoit esté nourrie fille de madame de Bourbon , sœur dudict roy et sa régente, et mesmes avec luy , qu'il avoit le visage beau , doux et agréable ; et l'accomparoit à un gentilhomme pris de nostre maison; et disoit que c'estoit sa vraye seniblance, en l'appelant souvent par ce mesmes mot^ la Feronique ^ du petit roy Charles FUI; et prenoit grand plaisir de le voir et l'accoster souvent pour l'amour de son idée. Mais, selon la semblance de ce gentil homme, je trouvois ce roy fort beau et bien agréable : il estoit de petite stature et taille maigrelette, pareille à celle, disoit ceste honneste dame, du roy; et en hisoit force beaux contes, et mesmes de son voyage de Naples, que M. le senescbal de Poictou son mary avoit faiet avec luy , qui en racontoit bien aussy , et
' Par allniioii au célèl^ Feron-Ieon, vraie image de Jens-Gluiit.
en rapporta force beaux et riches meubles que j'ay veu en nostre maison.
Enfin ce fut un grand roy, lequel, s'il oe fust mort, il vouloit redresser nouvelle armée résolument et plus forte qu'auparadvant, pour apprendre au pape et aux potentats d'Italie A tourner mieux au baston qu'ils n'avoient fiiict; qui fut cause qu'ils ne le regrettèrent guieres, et par despit rappelèrent , comme ils font encor aiJijourd'huy cabezzucco, qui est autant à dire testa et opiniastre ; mais plustost faut il dire qu'il estoit résolu , courageux et déterminé en ses entreprises et actions.
Ce mesmes Jacques de Bergame , que j'ay allégué cy devant, dict que la renommée de ses valeurs estoit si très tant divulguée de là parmy le monde, qu'il en foisoit trembler non-seulement l'Europe, mais TAsie; en telle sorte que le grand Turc, pour lors Bajazet, eut telle frayeur de luy qu'ils Tallast chercher jusques chez luy et le chasser de son empire, comme fort bien il Tavoit résolu , qu'il se mit incontinent sur ses gardes , fit amas de grandes forces et munitions; cependant luy envoya une ambassade magnifique pour requérir son amour et benevolence : ce qu'il refusa tout à plat ; car pour certain ce brave et très chrestien roy avoit résolu et conclu par sentence irrévocable (disent les histoires) d'aller conquérir le royaume de Hyerosalem et tout l'empire d'Orient, et s'en foire couronner roy et empereur: mais la mort , par trop cruelle, le prévint ft l'en engarda.
Helasl il ne mourut point en un lieu où son généreux cœur le portoit, mais au chasteau d'Amboise, an plus vil lieu qn'y fost, dans une gallcrie, voyant jouer à la paume, comme dict Philippe de Commincs. Si que Ton peut dire de luy comme dict Paulo Jovio du roy François l: Et sic maximus orbis rex in infima totius GalUœ vico pertit; c'est-à-dire : t A insy «mourut le plus grand roy du monde en le « plus petit village de la France. > Ge qui n*est , car la maison, le chasteau et le bourg > .ont très beaux, grands, illustres et fort renommés en France; mais il folloit que ledict Paulo Jov-o parlast ainsy. Mais il sera mieux dict de nosîrr roy Charles : Et sic maximus rex totius ofHs
> De RambouiUet Vorei la ta 4e l'arckie sur FrançoisL
CHARLES VIII. ROY DE FRANCE
in viUssimo toHussuœ aulœ loco periit; c'est-
à-dire : «Et ainsy le plus grand roy da monde «est mort au plus vilain et sale lieu de sa cour,» aiosy que dict Philippe de Commines, et, s'il vous piaist, en voyant jouer à la paume : spectacle certes biea différent à celuy qu'il s'estoit proposé : mourir en voyant ses belles entreprises et conquestes faire et achever devant luy. Certes, ce sale lieu Ait trop indigne de ce grand et très illustre roy et de la fortune. Ou du tout dès le commancement le devoit quitter là, ou bien puis qu'elle Tavoit entrepris, ne le devoit abandonner, ainsy le parfaire et poursuivre jusqu'à son plus beau période, puis qu'il s'estoit offert pour la chrestienté et le nom de Dieu.
L'Italie ne le plaignit pas : aussy te )K>ëte Faustus 1 disoit que ses victoires et faicts belliqueux estoient autant de belles marques et enseignes, qu'il appelle vera stemmata proprement en latin, sur le front des Italiens, qui jamais n'en tomberoient ^ ; cela est assez commun.
Gomme j'ay dict que le roy son père ne voulut jamais qu'il apprist mot de latin, sinon celuy Quinesdt dissimulare nescit regnare; c'est-à-dire: «Quinesçait pas dissimuler ne «sait pas régner;» aussy Tapprit-il bien et le praticqua, mais d'autre meilleur façon que son père , qui le tournoit à mal et le fils à bien, tellement qu'il se lit dans la Chronique d'Anfou, que lors qu'il entreprist son voyage de Naples il y eut force ambassadeurs d'Italie qui allèrent vers luy pour le requérir humblement (ainsy parle la chronique) ; il leur fit response en telle sage et douce ambiguïté, qu'ils n'eurent cause d'aucune suspicion ny de hayne contre luy , ny aussy apparence ou promesse d'amitié. Dont après, trop plus que devant le craignirent, cognoissant par ses effects qu'en luy estoit toute générosité , vaillance et gentillesse , et par ses dicts , qu'il estoit garoy de sens et de prudence. Ainsy parle la chronique.
Il fit pourtant une grande faute quand il livra les pauvres et valeureux Pysans aux Florentins, qui dirent puis après pour cela Dieu
> Fauitus AndrdîDUS , transplanté sous Charles VIII , d'iialie en France, mort sous François I , en 1518.
' Ce doit .être dans le poCme d'Andrelinus sur la conquête ue Naples.
l'en avoir puny et osté si viate de monde , et par une mort si subite. Les chrestiens, au moins aucuns, ne l'approuvent point, pour n'avoir loisir de se recommander à Dieu;G8esar au contraire, qui tenoit la mort la moins opinée et prévenue la plus heureuse. C'est une question belle pour disputer.
L'on parla fort diversement du genre de la mort de ce grand roy. Aucuns la disoient d'un catarre ou apoplexie, à laquelle il ne pouvoit estre subject veu sa complexion debille et son naturel point y adonné : car il n'estoit gros, gras ny replet ; et telles gens y sont subjects.
Aucuns disoient qu'il avoit eu le boucon Italiano, d'autant qu'il menaçoit fort encor l'Italie^ et le craignoient; aucuns, qu'il n'avoit pas bien accomply la volonté de Dieu à ne punir et reformer les prélats et gens d'église en leurs abus et insolences , ainsy que Dieu l'y avoit appelé, comme luy sceut bien dire fray Hieronimo ^ ; les Pysans , comme j'ay dict, affirmoient pour leur avoir rompu sa foy. Bref, il en fut assez parlé; mais la plus vraye vérité fut : que telle estoit sa destinée et son heure, bien que Dieu se courrouce fort contre ceux qui violent une foy solempnellement donnée.
Et voylà pourquoy ceste devise. Qui nescit dissimulare nescit regnare, ne vaut rien, ainsy que j'ouys une fois prescher à un grand docteur de la Sorbonne, nommé M. Poncet*, qui preschoit à la paroisse de Saint-Sulpice, à Sainct-Germain-des-Prés, qui dict tout hault , sur un subject que je ne diray pas , que telle parolle estoit d'un vray atheiste, et qui ouvroit le droict chemin aux roys et aux princes pour aller à tous les diables et les rendre vrays tyrans. Possible qui en voudra bien peser les raisons , il trouvera ce prescheur très véritable et fort homme de bien, selon nostre bon Seigneur Jesus-Ghrist , qui hayt mortellement les hypocrites , lesquels on peut nommer proprement traistres dissimulés, disoit ce bon prescheur. G'estoit le prescheur autant hardy à parler que jamais a entré en chaire, et hors de là
* Le moine Jérôme Savonarole.
* Maurice PonGet,reli(;ieux del^abbaye de Saint-Pierre de Melun, ordre de saint Benoit, et curé de Saint- Pierre des- Arcis à Paris. U a laissé qMêWvi» ^riltf
encor. Par cas , un jour M. de Joyeuse, du temps de la grand feste, despence et magnifi* cence qui se fit en ses nopces, le rencontrant par la rue , il luy dict : « Monsieur Poucet , je «ne vous avoîs jamais cogneu qu'à ceste heure «dont j*en suis bien^aise, car j'ay fort ouy par- « 1er de vous, et comme vous faictes rire le peu- «pie en vos sermons, n II luy respondit Froidement , comme Tautre luy avoit parlé de collere : «Monsieur, c'est raison que je le face rire, puis- «que le faictes tant plorer pour les subsides et «despenses grandes de vos belles nopces que «le peuple souffre pour vous ^o Ce fut à M. Joyeuse se retirer, bien qu'il eust grand envie de le frapper : mais s'il Teust touché le moins du monde, le peuple (qui est mutin pour tels subjects de leurs prescheurs libres , car ils les ayment naturellement tels) s'assembloit, qui eust faict quelque vilain scandale sur luy et sa suite; car il estoit fort aymé dans Paris.
Brisons icy ; et d'autant que ceste devise précédente que j'ay dict de ceste dissimulation estoit sortie et enseignée à son fils par le roy Louys XI son père, et par luy-mesmes tant bien observée curieusement, il faut un peu parler de luy , non par un grand sommaire, car je ferois tort aux beaux et longs discours que faict Philippe de Gommines de luy en sa belle histoire, mais par de petits contes les plus brieft que je pourray, de ses dictes dissimulations, hinctes, finesses et galanteries.