‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 108 sur 267 · LODYS XI, ROY DE FRANCE · texte numérisé non relu

LODYS XI, ROY DE FRANCE

Ce roy la donna bonne aussy au connestable Sainct PanI , luy ayant mandé de venir par devers luy , qu'il avoit grand besoing de aa teste , non pas pour la consulter, mais pour la luy faire couper , comme il fit. Il ne Talla pas trouver pour cela , ny de son gré , mais livré par le duc de Bourgoigne. Je me veux m'amuser à Faire des contes de sa justice qu'il a faict exécuter sur les uns et sur les autres ; car de cela je m'en rapporte à ceux, et aux grands personnages des cours de parlement , qui le sçavent mieux que moy, et aussy à Thistoire sanglante qui a esté escrite de luy , où elle touche plus sur les cordes aigres de sa vie que sur les douces K

On m'a dict qu'elle est en labibliothecque du roy; que le roy François ne voulut jamais qu'elle Fust imprimée; dont c'est dommage, car là dedans on y eust veu choses et autres ; et plusieurs grands roys, princes et autres y eussent pris exemple, ainsyque je tiens d'un grand personnage d'estat; car il n'y a rien qui pousse la personne tant à la vertu que Thonneur et Tabhorrement du vice, ny qui le mène aussy tant à la vertu que l'émulation de la mesme vertu.

Pour ce coup je me suis advisé de mettre icy quelque double des lettres qu'il escrivoit à M. de Bressuire ^ , que j'ay trouvé dans le trésor de nostre maison, lequel il fit grand de son temps par belles charges ; car il estoit conseiller et son chambellan, son lieutenant gênerai en Poictou, Xaintonge, Âunix, et autres lieux qu'il luy pleut , son seneschal de Poictou , et, qui plus est, son second Tristan Hermite^; car il estoit Faict à sa main pour cela. Et d'autant que messire André de Vi vonne , mon grand

* C'ett-i-dire Histoire de louis XI, vulc^irement appelée Chronique scandaleuse, composée par Jean dp Troyes, c^effier de Thôlel de Yîlle de Paris, imprimée dès le XV* siècle en goibiqae , réimprimée dans cette coUcctioo du Panthéon. Elle ne mérite point ce titre ds scandaleuse: et Brantôme n'a suiri que le préjugé Tulfsaire, en la qualifiant de sanglante, et touchant plus sur Us cordes aigres que sur les douces.

* L*un des bons virans que le roi L.oui8 XI ayoit donnés pour tenans aux labiés quil avait fait dresser aux portes d'Amiens en 1475, pour y réfifaler les Anoiais. Voyez ConUnes, Hv. 4, ch. 9. Son nom étoit Jacques de lieaumûntj sieur de Bressuire.

' Prévdt des maréchaux de Thdtel du roi, chargé habituellement des exécutions assez fréquentes ordûmées par Louis XI , sans aucune forme de procès.

père, et seneschal de Poictou après luy, espousa en premières nopces sa fille , belle , honneste et riche damoiselle , héritière , il luy tumba dans ses coFFres force lettres que ledict roy Louys XI luy escrivoit.

Je suis esté curieux d'en recouvrer quelques unes et en mettre le double icy, non pas de toutes , car j'en ay veu une centaine qui lèvent la paille , et subellines , que j'eusse icy toutes mises ; mais Ton m'eust tenu pour un copiste; et aussy qu'il y en a aucunes scandaleuses , et pour le roy, et pour force honnestes gentilshommes d'aujourd'huy, dont leurs prédécesseurs y sont compris.

Une chose que j'ay notté en ces lettres, c'est qu'en une centaine que j'en ay veu , au diable le seing d'un seul signet, ny le sien particuliefi que j'y aie veu : mais ce sont tous divers secrétaires parliculiers i luy, comme ont eu despuis et aiûourd'huy nos roys , ou qu'il ne se fioit guieres en eux, ou qu'il se servoit des premiers clercs, qu'on nommoit tels , pour secrétaires , qu'il trottvoit,ouseservoitdes premiers notaires qu'il rencontroit aux lieux et villages d'où il escrivoit, ou bien de quelques petits secrétaires de princes et autres gentilshommes de sa cour premier rencontrés, ainsy qu'il fit un jour d'un petit scribe , fin , finet et bon compaignon , qui , se présentant à luy lors qu'il voulut Faire escrire à la haste , estant à l'assemblée , luy voyant son escritoire pendu à sa ceinture , et luy commanda aussy tost de luy escrire soubs luy ; et ainsy qu'il eut ouvert son gallemard, que l'on appelloit ainsy jadis, et encore anjourd'huy aucuns l'appellent tel à la vieille Françoise , et voulant Faire tumber sa plume , avec ques elle tumberent deux dez ; auquel le roy demanda tout aussy tost à quoy servoit ceste dragée. L'autre, sans s'estonner , luy respondic : a Sire, c'est un remedium contra pestent. — « Va , dict le roy , tu es un gentil paillard (il c usoit souvent de ce mot) , tu es à moy : » et le prit à son service; car le bon prince aymoit fort les bons mots et les esprits subtils.

Voicy donc le double de la première lettrt de celles que je veux escrire icy.

puchonner ce pauvre diable d*ua chapperon ' fourré, à la mode de président qui presidel

LETTftES Â M. b£ BRESSUlftE.

Monsieur de Bressuire, j'ay receu vos lettres et les 2,000 francs que m'avez envoyé par le porteur; dont Je vous remercie. Des nouvelles de par deçà, nous avons pris Hesdin, Bouloigne, Piendes et le cfaasteau à le Montoire, que le roy d'Angleterre, qui fut plus de six sepmaines devant, ne peut prendre; et fut pris de bel assault, et tous ceux qui estoient dedans, qui e^toient bien trois cens , tous tués.

Les garnisons de Lisle, de Douay, d'Orchies et de Valenciennes s'estans assemblées pour eux venir mettre dedans Arras , et estant bien cinq cens bommes à chevat et mil bommes à pied, le gouverneur de Dauphiné qui estoit en la cité en fut adverty et alla au devant ; et n'estoient point de nos gens plus haut de six vingts lances qui donnèrent dedans : en effcct , ils les vous feslicrenl si bteu,qn'il en demeura plus de six cens sur lechamp, etde prisonniers ils en amenèrent bien six cens à la cité ; ont esté tous les uns pendus et les testes coupées; et le demeurant le gaignerent à fuir. Ceux dudict Arras s*estoient assemblés, bien vingt'deux ou vingt- trois, pour aller en ambassade devers madamoiselle de Bourgoigne ; ils ont esté pris , et les instructions qu'ils portoient , et ont eu les testes trancbOes, car ils m'avoient faict une fois le serment. Il y en avoit un entre les autres , maistre Oudart de Bussy , à qui j'avois donné une seigneurie en parlement ^ Et afin qu'on cogneust bien sa teste, Je Fay faicte atournerd'un beau chaperon fourré, et est ^u^ le marché de Hesdein, là où il préside. Incontinent que nous aurons autres nouvelles, je les vous feray sçavoir. Je vous prie que vous pourvoyez bien tousjours à tout de par delà , et de ce qui surviendra m'en advertissiez souvent ; et adieu.

Escrit à Verdun, ce 26* jour d'apvril.

Ainsy signé, Lmrrs El plus bas , Jesme.

Quelle natreté, nottez, de faire ainsy enca-

* Une place ao parlement Cet Oudard, ou Odo de Buci, éu>it en 1405, avocat au Cbàtelet de Paris, et avoit embrassé le parti des princes dans la guerre du Bien Public. Pour le gagner, Louis XI luiavoU donné un office de conseiller, et même Tavoit fait son procureur général à Arras en 1477. 11 ftn pris, lui dix-huiiième, allant de Hédin en députation vers mademoiselle de Bourgogne, de la part de ceux de la ville, qui la regardoient encore comme leur dame ; et il fiH décapité.

«MoRSiBUB de Bressuire, mon amy, j*ai estt» adverty que M. de Rohan traicte son appoinctement avec le duc, et qu'il s'en veut aller en Breta igné, et â ceste cause s'est retiré eu une abbaye près de Nantes. Je serois bien marry, veu le temps qui court, qu'il s'en allast; et pour ce je vous prie qu'incontinant vous en allez là où il est ( que vous pouvez aller seurement et sans danger), et que vous trouvez façon de le faire venir devers moy : et prenez trois ou quatre de ces gens qui mènent ce train de le faire aller en Bretaigne, et parlez à ceux qui sont de nostre bande, afin de le faire venir devers moy; et leur promettez beaucoup de biens, et aussy que je traicteray bien M. de Rohan. Quoy qu'il en soit, gardez bien qu'il ne s'en voise point, en quelque façon qu'il le veuille prendre , mais si par douceur le pouvez avoir, je i'aymerois mieux qu'autrement. Il y a un jeune garçon qui est du Dauphiné qui le gouverne ; parlez à luy et à tous les autres que vous verrez , de qui vous pourrez ayder en ceste matière.

Escrit & La Victoire, le 8" de septembre.

Ainsy signée Louy& Etplusbas^?t\\i.

Quelle Bnesse! Surtout il vouloit retirer à soy M. de Rohan, qui estoit lors un grand seigneur comme aujourd'huy.

MonsiBCR de Bressuire, je vous prie que vous sachez de Merichon s'il voudroit point vendre son hostel de La Rochelle , car je le voudrois bien avoir pour moy on aucuns des miens, pour estre plui * près d'eux et leur voisin , et les faire tenir du pieo^ Je ne veux point de ses terres ny autres choses, mais seulement ledict hostel ; et y besoignez si se« crettement qu'il ne s'en apperçoive point qu'il vienne de moy, ne que le veuille avoir. Adieu.

Au Plessis du Parc s le 20* jour de may.

< ChâteMi appelé Le MoraiUîes-Tours jusqu'enTlron l'année 1472 auquel temps il changea de nom.

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