LOUYS XI, ROY DE FRANCE
ZII.
M. de Brettuire , j'ay receu vos lettres que m'escrivez , qui font mention d'un nommé Huis* son , qae vous dictes qu'a falot plusieurs maux à ' une commission qu'il dict avoir eu de moy, rt pour ce je veux sçavoir qui est ce Buisson , et les abus qu*il a faict touchant ceste commission. Je vous prie que , incontinant ces lettres veues , vous le m'envoyez si bien lié et garrotté , et si seurementaccompaigné, qu'il n'eschappe points ensemble les informations qui ont esté faicles à rencontre de luy ; et qu'il n'y ait point de faute. Et me faictes soudain sçavoir de vos nouvelles, pour faire les préparatifs des nopces du gallant avec une potence.
Sscrit à la haste, du Plessis du Parc, le 30* jour de juin.
Signé y lâmYS.
Et plus bas, Jesmc.
Il n'y a personne qui , voyant ceste lettre , ne die que le pauvre diable aussy tost arrivé aussy tost despesché ; car il escrivoit de colère et à la haste.
M. de Bressutre, mon amy, j*envoye présentement mon fils de Beaujeu en Guyenne. Je vous prie , sur tout le plaisir et service que me sçauriez jamais faire, que vous l'accompaignez et lai obéissiez comme à moy-mesmes ; et au surplus , donnez bonne provision partout , et ne le perdez point de veue, ainsy que plus au long j'ay chargé vous dire M. d'Achon; si vous prie que le veuillez croire de ce qu'il vous dira de parmoy.
Bscrit à Roye ce 7« jour de may.
Signée LouYS.
Et plus bas, Johier.
11 monstre par cesle*-cy quHI ne se fioii en ton propre geadre , puis qu'il mande audit sieur de Bressuire de ne le perdre de veue.
M. de Bressuire» mon amy, j'ay reeeu vos letires : et au regard de la confiiîcatioade madame
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muiitohs. 1.
de La Rochefoucauld » c'est bien raison que M. de Maillé l'aye, puisqu'il l'a espousée , car mal sur mal n'est pas santé. Et vous mercie tant que je puis de la bonne diligence que vous faictes en la commission que vous ay donnée , et des deffences qu'avez faict faire qu'on ne touchast point aux Bretons ; et vous prie de rechef qu'on les face bien traicter et qu'on ne leur demande rien.
M. deBressuire, mon amy, j'envoie monfih M. de Beaujeu par delà, pour pourvoir à tout qui sera nécessaire en Guyenne. Je vous prie, ne l'abandonnez point, et m'y servez comme en vous j'ay fiance.
«Ëscrit à Bray sur Somme, ce 10" jour de may.
Signé y LouTS.
Et plus bas, It&mt.
XT,
M. deBressuire, j'ayappoincté avecques madame de Belleville de la place do Moniagu; et y va Blanchefort pour en prendre la possession pour moy; et pour ce que, comme vous savez, il est besoing d'y mettre des gens dedans jusques à ce que j'y aye pourveu , qui sera bien brief , je vous prie qu'incontinant ces lettres veaes, en toute diligence vous luy envoyez audicl lieu de Montagu trente ou quarante gentilshommes bien surs, et qu'ils y soient sabmedy prochain, bien habillés et en poinct, et que chascun d'eux aye une bonne arbaleste ; mais qu'ils ne facenl point de bruict,et quand ils approcheront dudict Montagu, qu'ils envoient dedans ledict Blanchefort pour leur faire sçavoir leur venue.
M. deBrcssuire, mon amy, vous sçavez que cecy me louche fort; je vous prie qu'y faictes si bonne diligence qu'il n'y ait point faute qu'ils n'y soient audtct jour; et que ce soient gens de qui vous tenez seureté, et qui ne soient point seigneurs de quoy on ne se puisse bien ayder.
Escrit à Sablé, ce 3« jour d'aousl.
Signé, Loirrs.
Etplusbas^TiWiAxU
Geste lettre monstre le bel équipage auquel il vouloit ses gentilshommes entrer en la place, et surtoutavecques leurs bonnes arbalestes et bien habillés; aussy qu'il ne veut point de seigneurs qui nesçachent bien servir pour faire ti*op des grands ; il veut des gentilshommes moyens , el
certes, et faict de bonne main, mais un pen bizarre , j'ay advisé à le contrefaire ki et le monstrer, bien que jesçache qu'il s'en trouvera assez, voire quasi à revendre, dans les chambres de parlement et des comptes , possible pareils et semblables aux miens , sans rien chan«* ger aux précédentes. Le signet est donc tel : •
desquels on s'assure plus , et qui sont plus de fatigue que ces grands.
Sans aller plus avant , et sans parler d'advantage de ce roy, il faut dire et ad vouer que ce fut un grand roy , tant pour grands affaires d*cstat, ainsy que Philippe de Gommiues le figure très bien, que pour la vaillance et la guerre, ainsy qu'il le fil bien paroistre à la batlaille de Monllhery, qu'il donna bravement , ^ns s'estonner de ceux des plus grands quasy de son royaume, qui s'esloient contre luy eslevés et bandés , pour le bien public.
J'ay ouy dire à une dame notable que le roy François le louait extresmement, fors qu'il estoit un peu trop cruel et sanguinaire; et que c'esioit celuy qui avoit jetlé les roys de France hors de page : «caradvant luy, disoit-il, les «roys n'estoient que my-roys, et n'avoient «gaigné encor l'autorité et la prééminence «sur leur royaume comme despuis; mesmes «que les estais et cours des parlemens se mesa toient fort de contre-roller et censurer leurs «actions, volontés et ordonnances : au lieu que, «cestuy-cy, assemblant ses eslats et cours, ne «disoient et ne Eaisoient rien si non ce qu'il «vouloit; jugeoit, ordonnoit, condamnoit, «pardonnoit, absolvoit , le tout à son bon plai- «sir.»
Et disoit le roy François qu'ainsy il falloit reigner ; qu'il sembloit un juge de Montravel en Périgord , qui estoit de son temps , et avoit porté longuement les armes de là les monts, et bon compagnon, qui làisoit et jettoit ses sentences comme il luy plaisoit. Et si par cas on appelloit, il avoit toujours près de sa chaire une grande espée à deux mains qu'il portoit souvent; il la desgaisnoit souvent soudain, et, avecquessonca/? de Diou, Tapprocboit du col du paavre appellant, et luy foisoitsi belle peur, le menasçant de le luy couper tout à net s'il ne drsistoit de l'appel , si qu*il estoit contrainct de subir à la sentence, telle qu'elle, qu'il eust prononcée. Le conte en est plaisant, et le proverbe en court encor aujourd'huy au pays : // ressemble le juge de Monlravel, qui veut estre bien creu ei crainci en son dire et sentence, comme illu^plaisL
Or, d'autant que ces lettres de ce grand roy que j'ay produictes et d'autres points , aussy j'ay apperccu et considéré son signet très beau
J en laisse à juger aux gens .d'esprit la forme delà lettre; si que possible un bon escrivain n'y sçauroit que mordre ny censurer en son art d'oriograptaie, et mesmes en sa dernière lettre de S. pour achever Louys.
Pour couronner la fin de nos petits contes de ce nostre grand roy, il faut que je face cestuycy , et puis plus, car il le vaut, que j'ay leu dans la Chronique de Savoye.
Le pape Eugène ayant envoyé une fois vers luy un grand , suffisant et docte personnage du pays de Grèce et archevesque de Nicée, nommé Bessarion , pour son légat, à moyenner la paix entre luy et le duc de Bourgoigne Charles, ce bon docteur, n'estant si bon courtisan comme philosophe, et ne sçadiant discerner la grandeur de l'un à l'autre, et du seigneur au vassal, il s'en va luy premièrement vers te duc ; duquel ayant eu sa despesche ; s'en alla après fort nesciemmenl trouver le roy, qui trouva fort estrange la façon de ce pauvre philosophe, d'avoir abordé premier le vassal que le seigneur, cuidantque ce fust par quelque mespris. Nonobstant, il i'ouyst en son harangue pbilosophale tellement quellement : et après, d'un visage moitié courroucé , moitié ridicule et de mespris, et luy ayant mis' doucement la main sur la barbe reverentiale, à mode que fit le bon- homme Homenas quand il filoit les moustaches de la sienne, parlant des miracles des decretales dans le bon rompu de Rabelais , il luy dict : «Monsieur le révérend,
«Barbira snsci geniu retinent qnod babere iolebant.>
Et sans luy faire responce antre, le planta U tout esbafai ; et quand , luy fit dire par quelqoe autre qu'il eust à retirer, et qu'il n'auroit autre