‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 119 sur 267 · LOUYS, COMTE D'ARMAGNAC · texte numérisé non relu

LOUYS, COMTE D'ARMAGNAC

Et parle maintenant de ce brave et vaillant comte Louys d'Armagnac, intitulé duc de Nemours, lieutenant de roy au royaume de Naples. Il Fut fils de ce comte d'Armagnac que le roy Louys XI fil décapiter aux hasies à Paris, et luy et son Frère y estoient présens et fort jeunes enf^ns, que j'ay ouy dire à ma grand' mère, et estoient vestus tout de blanc , testes nues et mains joinctes, et le sang de leur père les teignit tous et les en rougit tumbant de TeschaFFaull en bas. Ainsy le voulut le roy pour leur donner exemple et crainte. Cedict roy ne pardonna pas , comme fit le roy sainct Louys à un comte d'Armagnac un peu rebelle à luy. Voyez Paule JEmi\e.

Ledict Louys comte d'Armagnac mourut à la battaillede Gerignolles^ qu'il donna au grand capitaine dom Gonzalvo , voulant pourtant la différer, car il la voyoit peu advantageuse pour les François; mais il Fut taxé de M. d'Alegre , dict Preci, estre par trop Froid et peu cntenda au devoir d'un gênerai; dont luy, qui estoit Fort haut à la main, à la gasconne, s'en estomacqua de telle Façon qu'il partist de la main et luy voulut porter l'espée à la gorge pour le tuer, ne Fust esté M. Louys d'Ars, qui se mit au devant et l'en garda. El s'estant appaisé , «Ouy vrayment, dict-il, vous aurez la battaille «puis que vous la voulez tant, et combaltray «non comme Froid, ains tel que je suis brave, «bon et fidèle serviteur de mon maistre, et «nullement poltron; mais j'ay belle peur que « ce brave qui crie tant battaille, qu'il se fie plus «à la vitesse de son cheval qu'au Fer de sa < lance. B Et là dessus il part, il donne combat vaillamment, et meurt sur la place Fort honnorablement; et en un rien la battaille Fut commencée et perdue pour nous. Paulo Jovio raconte gentiment cela.

1 Dans le premier livre , relatif aux étrangers. * Bours dans la Fouille , où en 1503 les Francis perdirent une bauaille contre les Eapaignote.

Ce fut quasi un pareil dict du marescbal d'Andreban à la battaille du roy Jehan , auquel le marescbal de Glermonl reprochant quMl avoit peur pour ne vouloir consentir à la battaille , il luy dict : a Je le monstreray le contraire, € Glermonl; car j*auray plusiost le bout de ma «lance dans le corps de Tennemy que tu n*au- « ras la tienne en Tarrest. »

M. D'ALËGRE.

De ce que devint M. d'Âlegre, je m'en rap* porte à ce que les histoires en ont escrit là dessus, qu'il y alla un peu du sien; mais pourtant si a-il esté brave et vaillant capitaine , et Faict de beaux combats au royaume de Naples et en Lombardie et ailleurs : en celuy là il Fut malheureux , dont le roy Louys luy en fit très mauvais visage à son retour; mais M. Louys d'Ars rabilla tout; et puis s'en alla mourir et checber son cimetière fort honnorablement à la batlaille de Ravenne; ce qui rabilla tout le passé. Il ne Faut qu'une bonne ou malle heure pour Thomme. Il estoit taxé d'aller un peu viste en besogne.

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