‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 120 sur 267 · M. DE LA PALLICE · texte numérisé non relu

M. DE LA PALLICE

DICT U HAAISCKAI. M CSAlAmVBS.

Monsieur de La Pallice Fut le contraire ; car il fut un très sage et 1res vaillant capitaine quand il Falloil ; et s'il ne Fust esté tel, il n'eust eu les grandes charges et grades de ses maistres quil eut, et mesmes du roy Louys XII, qui Tayma fort et plus que tous: et se fia en sa suFflsance.

Il Fut lieutenant du roy au royaume de Naples après la mort du comte d'Armagnac , et tout le monde l'en esleut et luy deFera et luy obeyt. Il le Fut avecques l'empereur Maximilian contre Padoue et les Vénitiens.

Il Fut eu Italie après la mort de M. de Nemours, par l'eslection de toute l'armée et des plus grands capitaines de là s'il y en eust au monde.

Il le Fut en Navarre et autres endroicts. Tousjours Fut en très bonne et grande réputation et , trè» heureuse Fortune.

Les Espaignols l'appeloient souvent el ca-

pttan la Paliça, gran mareschal d)r Fran-a'a <• Bel honneur ! comme nous avons appelé M. de Biron dernier, le grand et premier ma* reschal.

J'ay veu le portraict dudit M. de La Pallice, il monstroit bien ce qu'il estoit, très beau et très belle Façon. Si le roy François l'eust voulu croire, ensemble M. de La Trimouille,Galleazze Saint-Sevrin et Théodore Trivulsio, il n'eust pas donné la battaille de Pavye, et tous conseilloient de se retirer à Binasco et lever le siège, dont ils en alleguoient force belles raisons; mais celles de M. de La Pallice estoient très belles, que j'ay leues dans le livre espaignol de la vie de M. le marquis de Pescayre. «Gar, disoit-il, l'honneur ou le deshonneur de « la guerre ne s'achève jamais avec aucune autre «réputation, sinon avec la victoire,» à laquelle tout grand capitaine doict avoir, et du tout tendre son pensement : et si cela touche de lever le siège et n'y eslre persévérant, c'est bien plus grand follie à un grand capitaine, que, gaigner la gloire d'une obstination, laquelle bien souvent apporte deshonneur et perdition. Si que, pour changer à ceste heure d'advis , de se retirer, tarder et temporiser, l'ennemy se deFFera luy-mesmcs par Faute d'argent, que tous crient après, tant ceux de leur armée que dedans Bouvye; car résolument si on ne leur donne prestement de l'argent, ou ils feront une révolte et amutinement entre eux si dangereux, que les capitaines auront beaucoup aF- Faire à se sauver d*eux ; ou bien ils se retireront tous, qui deçà, qui de là, en leurs pays et maisons. Si bien qu'il est très nécessaire iQue nuestra génie (j'useray de ce mot espaignol, dict le livre) gcma fuerça con el espacioy tar-dança; y al contrario el enemigo se débilita regiamenle ; X los consejos se envejecen y se hazen inciertos^ quando falian pagas , vituallas y voluntades de hombres : c'est-à dire, «que nostre genl gaigne la force avecques «Tespace et la tardaoce ; et au contraire, la leur «se débilitera du tout; et les conseils ne valent «plus rien quand les payes, les vivres et les c volontés des hommes Faillent. » Tant d'autres raisons alleguoit M. de La Pallice, si apparantes, que TEspaignol mesmes dict que, dissuadant la battaille , il le disoit bien contre son naturel, * Le caplcaioe U Pallice, graDd mareschal de France.

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