‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 121 sur 267 · M. DE VANDENESSE · texte numérisé non relu

M. DE VANDENESSE

lequel n*estoit si posé ny si arresté qu'il n'aymast mieux tousjours de combattre el de venir aux mains que de donner conseil contraire; et comme dict le mol, em mas valeroso y bravo capitan, que moderado y recatado; c'esl-à-dire «car il estoit bien tousjours plus «vaillant et hasardeux capitaine, que modéré 1 et retiré.»

Aussy M. Tadmiral Bonnivet le sceut très bien dire au conseil , quand ce vint à son rang de parler, que ledict M. de l^a Palliée donnoit conseil selon la coustume des vieux, et non selon la sienne , qui n'avoit jamais fuy de combat en sa vie ; et qu'alors ils avoient besoing qu'il les servist avec ceste tant valeureuse main qui , d'autres fois avoit souvent tant et tant exploiclé de beaux combats, ores en telle nécessité; laquelle force, avec d'autres vaillantes qui luy aideroient , acqiierroit la victoire et la gloire à son roy. Et quant à M. de La Trimouille et Sainct-Sevrin et Trivnlsio, disoit-il, pour avoir soixante-dix ans , ils avoient perdu toute leur ancienne vigueur du passé, el parloient selon la volonté de leur aage ; mais qu'il ne vouloit encor panser que ceste noble et ancienne valeur de combattre tousjours , qu'on avoit veu en M. de LaPallice, pour quelquepetitecharge d'années se peust jamais refroidir.

Voylà les belles parolles que proféra M. de Bonnivet sur la bonne opinion qu'il avoit de la vaillance de M. de La Pallice (disent les Espaignols qu'il dict ainsy). Aussy ne fut-il poinct trompé ; car ce jour il fit d'aussy beaux combats que jamais il en avoit faicts au plus beau de son aage ; si bien , ce dict le comte , que son cheval luy ayant esté tué soubs luy , et après qu'il s'en fut desengagé et qu'il s'en alloît jettcr à beau pied dans nos Suisses pour combattre encor à pied , vint le capitaine Gastaido à cheval , qui le prist prisonnier. S'estant rendu à luy de bonne guerre , vint après le cruel Buzarto , Espaignol , corne twmbre que ténia embidia del precio y loor de un tan gran prisionero à la caualeria , lo matb cruelmente, encqçandoie un grueso harquébuse à lacoraçe? c'est-à-dh*e, o comme homme qui « portoit envie du prix et de l'honneur d'un si «grand capitaine pris à la cavallerie, le tua «cruellement, luy accarant une grosse harquc- «buse de qualibre dans sa cuirasse. » Et par

ainsy mourut ce bon capitaine et honnorable seigneur , qui ne pouvoit mourir autrement ; car qui a bon commancement a bonne fin.

Il y avoit, quelque temps avant, fort opiniastré à la journée de la Bicoque, pour ne la donner point (ce dict ce mesmes livre), en alléguant force raisons que sa grande expérience luy avoit apprises , et «mesmes que de forcer son ennemy dans un logis si fort et si advantagcux pour la deffènce pour eux , et très mal pour leurs vivres, il n'y avoit nul propos; et qu'en temporisant tant soit peu de les attaquer là , ils en sortiroient et se mettroient en telle oportunité , qu'on les combattroit aisément , al egual ( dit le mot espagnol ). Mais M. de Lautrec , qui estoit le gênerai , se mettant sur son opiniastreté accoustnmée et sur Timportunité des Suysses et d'Albert La Pierre ^ leur couronel , voulut combattre. «Eh bien! (respondit M. de «La Pallice) que Dieu favorise donc aux fols «et aux superbes: quant à moy, afin qu'on «ne pense point que je refuse le péril , je m'en «vays combattre à pied avec la première infan- «terie (ainsy le dict l'Espaignol); et vous «autres, gensdarmes françois, combattes si «vaillamment que l'on cognoisse qu'en tel cas a périlleux la fortune vous a plustost manqué que «non pas le courage. » Beau mot certes ! L'on combattit donc , et en advint la desfaicte de nos gens , et puis la perte de Testât de Milan. I^ gloire fut grande pour les impériaux ; car les uosires esloient deux fois plus. Il y avoit quinze mille Suisses, lesquels, poussés (ce dict le livre) d'une superbeté opiniaslre, etbravesse barbare , ou pour mieux dire fatale , menassoient d'investir l'ennemy du premier abord et l'emporter ; mais il arriva tout au contraire. Que s'ils eussent creu M. de La Pallice , capitan de muc/uis guerrasy victorias^, (ce dict le livre) tel malheur ne leur fust arrivé.

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