M. DE MONTOISON
Nos chroniques de France font peu de mention d'un bon chevallier et vieux capitaine qui estoit du temps des roys Charles VIII et LouysXII, àquoy elles ont tort, car il meritoit bien de bonnes louanges : qui estoit M. de Montoison 1 , de Dauphiné , bonne et ancienne maison, dont sont sortis beaucoup de gens de bien et d'honneur ; et y en a encor aujourd'huy qui ne font deshonneur à leurs devanciers.
Ce bon seigneur servit très bien ses roys aux guerres de Picardie, de Bretaigne, de Naples et Lombardie. Il estoit compaignon de M. de Bayard : aussy estoient-ils de mesmes patrie; mais il estoit bien plus vieux et cassé , car il avoit desjà eu une compaignie de gens d'armes au voyage du petit roy Charles à Naples.
* Philibert de Clertnont , capitaine de cinquante faommet d'armes, et lieutenant Général en l'armée du roi Loidi Xll à Ferrare, où il mourut de maladie l'an 1512.
Il fut en partie cause, avecques messiears da Lude, de Bayard et Fonterrailles, d'une belle deffaicte que firent les François sur les gens du pape Julles II à la Bastide, près de Ferrare, que ledict pape Julles avoit assiégée; qui fut un combat des beaux de ce temps-là, dont aucuns François et Italiens se sont estonnés qu'il n'a esté mis par escrit et au rang d'une petite battaille; car elle fut belle et bien combattue ; car il y mourut plus de quatre ou cinq mille hommes de pied, plus de soixante hommes d'armes et plus de trois cens chevaux pris, et leur camp forcé , où les capitaines Pierpont et le bastard du Fay firent très bien. Au bout de laquelle M. de Montoison mourut d'une fiebvre continue , fort regretté de M. le duc et de madame la duchesse de Ferrare, car il leur avoit faict de bons services ; et fot enterré à Ferrare avecques une grande soleminité et pompe d'obsèques, accompaigné de tous les grands et petits, tant de France que de la ville, qui tous le pleuraient et regrettoient. Sa sépulture y paroist bien encor.
Son vieil aage, et cassé de tant de courvées de guerre qu'il avoit enduré, furent cause de sa mort , bien que, quand il estoit à cheval pour mener les mains, on l'eust pris pour un jeune homme de trente ans, tant il porloit bien ses armes, pour les avoir longuement accoustumées. Ce fust esté un grand heur pour luy (ce disoientses compaignons) d'avoir esté mort en ce combat : et la fortune ne luy devoit avoir esté si contraire, ou bien la Parque, de ne luy avoir allongé sa vie de huict jours pour mourir dans son lict , ne mourir en celuy d'honneur, au lieu de sa profession et de son désir. Ainsy nos vies et nos morts sont mesnagées au plaisir du destin, et non au nostre.
Aucuns vieux romans, qui ont voulu louer ce boncapitainerappelloientii/ît;/Yi/£si7t«nitoit de guerre. Ils parloient bien à l'antique et à la grossière ; mais pourtant le mot de ce temps n'esloit point mauvais , pour la continuelle vîgillance qui estoit en luy; car ordinairement en guerre il dormoil fort peu.