M. DE VANDOSME LE VIEUX
Parlons encor des grands princes, comme M de Vandosme , qui estoit premier prince du sang , et premier aussy de ceux de Bourbon en tout ; car c'a esté un très vaillant et sage prince, et bon capitaine.
Il eut le gouvernement de Picardie après M. de Piennes, et le gouverna très sagement et bravement : si bien qu'ainsy entier qu'on le luy avoit donné, ainsy entier le rendit-il à sa mort , sans qu'on luy eust escomifflé une seule ville ; si bien qu'en la frontière de Flandres et par toute la Picardie on ne parloit que de M. de Vandosme.
Durant la prison du roy on luy voulut souffler aux oreilles de prendre le gouvernement du royaume , et ne le defferer i madame la
régente, qui ne luy appartenoit comme à luy premier prince du sang ; maïs il fut sage , et ne voulut troubler le royaume plus qu'il estoit. J'en ay cogneu beaucoup qui ne se fussent pas arrestés là , et eussent tout brouillé ; mais aussy ils n'eussent acquis si belle gloire comme ce sage prince. Il laissa après sa mort une généreuse race de fils : M. de Vandosme, despuis roy de Navarre , feu M. d'Anguien de la battaille de Cerizolles , et l'autre portant mesmes nom , qui mourut à la ballaille de Sainct-Quentin , M. le prince de Gondé , tous ces quatre , bons pour les armes , desquels je parleray à part , et M. le cardinal de Bourbon pour l'église, encor qu'après il se voulut meslerdu monde, voire trop , et se voulut mettre sur la royauté : ce qui ayda à bastir la ligue.
Le roy Henry III, très mal content , dit de luy : «Je m'estonne comme il se veut charger ode deux couronnes, puis qu'il ne peut bien «gouverner celle qu'il a de prebtrise, qui est a bien plus aysée que celle du royaume de a France.» Cela luy cousta sa prison, dans laquelle il mourut. Je parleray des autres à leur tour.
M. DESAlf^CT-POL.
Pour parler de M. de Sainct - Pol , frère de M. de Vandosme, qui a esté en son temps un très vaillant et hardy prince fcar de ceste race de Bourbon il n'y en a point de poltrons , ils sont tous braves et vaillans, et n'ont jamais esté malades de la fiebvre poltronne ); le roy François Paymoit fort , et estoit de ses grands favorys ; si que, voulant un jour un peu abuser de ceste faveur , il se mit à appeller le roy monsieur, ainsy que faisoit M. de Vandosme; mais le roy luy dit que c'est tout ce qu'il pouvoit permettre à M. de Vandosme son aisné , et qu'il ne le pouvoit pas permettre au puisné ; et qu'il se contentast de la faveur qu'il en faisoit à Taisné : dont plus il n'y retourna, car ce roy estoit fort scrupuleux et advisant de près sur les poincts de sa royauté, lesquels il entendoit mieux qu'homme du monde.
Ce M. de Sainct-Pol commanda à six mille hommes de pied pour le secours de Mezieres ,
LE MARESCHAL
et prît ccste charge (comme j'ay dict ailleurs ), encor qu'elle ne Fust digne de ce temps là pour un prince du sang; mais, pour monstrerfa générosité et hardiesse il la voulut prendre, car ces charges sont un peu plus hasardeuses que celles de chevaux.
A la battaille de Pavye il se monstra tel qu'il estoit, car il y combattit si yaillammenl qu'il fut trouvé après entre les morts , abboyant à la mort. Et, ainsy qu'un soldat commençoità luy coupper un doigt pour en tirer une riche bague qu'il y avoit , sentit la douleur, et se mil ï crier et se nommer ; dont le soldat le releva et le mena à Pavye, où il fut si bien pensé qu'il eschappa la mort. Ainsy l'ay-je ouy conter à une dame de la cour de ce temps-là. Et puis gaigna si bien ses gardes , quHI sortit de prison et sauva sa rançon sans rien payer.
Au bout de quelque temps après, le roy luy donna une fort belle armée pour Italie, et pour secourir M. de Lautrec si le duc de Brunsvic s'y acheminoit, à cause d'un meffy que l'empereur prit de luy , qu'il ne peut prétendre au royaume , en vertu d'un de ses prédécesseurs qui avoit espousé la reyne Jehanne. M. de Sainct-Pol s'arresta, qui fut une grande faute; car, s'il eust poussé plus advant , Naples estoit secouru et estoit à nous : et se mit à faire la guerre en Testât de Milan, qui luy fut heureuse au commencement , car il y prit des places , et entre autres Pavye, qui fut encor pour la seconde fois , après celle de M. de Lautrec, pillée et saccagée pis que jamais, tant ceste place fut destinée au siège, au sac et au malheur, comme j'en ay veu plusieurs en nos guerres de France ainsy subjectes à semblables fatalités.
Anthoine de Levé ^ estoit pour lors là lieutenant de l'empereur, qui sortit un jour de Milan avec ses forces qu'il peut ramasser; et luy mesmes en personne , tout perclux , impotent et se fiisant porter en chaire, vint donner sur M. de Sainct-Pol, le deffit et prit prisonnier fort heureusement : ce ne fut pourtant qu'il ne combattist très vaillamment ; mais on dit qu'il fat très mal assisté des siens.
Il mourut après en France, sans laisser qu'une fille héritière, qui est aujourdhuy madame de
> Son article te trouve d-dessas parmi les capif aines élnoeers.
DE MONTEJAN. 283
Longueville, très riche et très sage et vertueuse princesse.
Leroy, lors qu'il mourut, se gouvernoît fort par son conseil, tant le tenoit bon capitaine pour le faict de la guerre; ainsy qu'il faisoit de M. l'admirai d'Annebaut; car M. le connesiaMe estoit retiré en sa maison ; et ces deux restèrent fort les favoris du roy et grands conseillers, et M. le cardinal de Tournon, sage prélat.
M. L'ADMIRAL D'ANNEBAOT.
Outre que ledict sieur l'admirai d'Annebaut fut un bon capitaine , il estoit un très homme de bien et d'honneur. Son premier commencement d'honneur fut dans Mezieres, où M. de Montmorency favoit mené avec luy, et y fit très bien son debvoir; ce qui le fit fort coguoisire;<'t, de peu à peu se faisant signaler par tous lieux et combats, il fut couronnel de la cavallerie légère qu'avoit M. de Sainct-Pol en ceste armée d'Italie que viens de dire, et combattit très bien en sa prise. Que si M. de Sainct-Pol eust peu franchir un faussé, comme fit M. d'Ânnebaut, il ne fust jamais esté pris; et M. d'Annebaut , se tournant deiTiere luy , croyant que M. de Sainct-Pol en eust faict de mesmes que luy, et voyant que non , et qu'il estoit pris, tourna aussy tost en arrière pour le rescourre; mais jamais il ne peut.
Il eut le (gouvernement de Turin en Piedmont, où il s'acquita très bien, et tellement qu'après il fut faict mareschal de France, après la mort du mareschal de Montejan , qui estoit un bon capitaine , mais malheureux pourtant et glorieux.