LE MARESCHAL DE MONTEJAN
Ce mareschal de Montejan fut accomparé en son temps à M. de Lautreq sur sa présomption et sa gloire ; laquelle fut telle , qu'estant en Piedmont lieutenant de roy, il fut si presomptaettx de trricter avecques le marquis dd
Gouast d'avoir enlr'eux des ambassadeurs : ce que voulut le marquis très volontiers ; et pour ce, luy envoya le seigneur de La Mole à Milan; et l'autre luy envoya à Turin le maistre de camp du terze de Lombardie, fin, acort et subfil Espaignol , et de fort grande despense à tous alians et venans ; où estant logé chez le juge deTurin,ceste entreprise fut traictée pour prendre la place, laquelle fut despuis descouverte ( Voyez les Mémoires de M. du Bellay) : et voyià le proffict de l'ambassade que vouloit avoir vers luy Montejan. S*ii en eust peu faire autant pour ce subject sur Milan , encor cela fust esté bon : mais il ne le faisoit que pour vaine gloire, et pour contrefaire le roy. Ce que le roy François trouva fort sol, et oncqucs puis ne voulut permettre ces solteries de gloire sotte ; mesmes que le prince de Melfe et le maresclial de Brissac , qui avoient pour lors les estendues de leur gouvernement plus grand deux fois que n'avoit Montejan, n'en eurent jamais. Cela touche un peu à la grandeur du roy, comme j'ayouy dire; cela est bon du grand , mais non aux vassaux et subjects.
J'ay ouy dire que ce mareschal de Montejan avoit si bien dressé sa femme à la gloire, que, luy mort, et elle ayant espousé en secondes nopces le prince de La Roche-sur-Yon , estant venue nouvelle et mal raffinée à la cour , un jour, en la chambre de la reyne, ayant affaire d'un de ses gens , estant assise sur son tabouret d'honneur, s'adressa à un gentilhomme des galans de la cour , haut à la main , et d'aussy bonne maison qu'elle, mais ne le cognoissoit pas; elle l'appella par deux fois : «Mon gentilci homme, je vous prie aller voir jusques en la asalle s'il n'y a pas là un de mes gentilshom- Qt mes, et me le faicies venir. » Le genlilhomme, qui estoit haut à la main , que je nommerois bien , qui estoit feu mon oncle de La Chastaigneraye, luy dit : «Mort Dieu ! quel mon genalilhomme appeliez- vous? Allez le chercher «ailleurs; car je ne suis vostre gentilhomme «ny ne le veuxestre, princesse crottée que « vous estes. Allez faire vostre message vous- « mesmes ^B
Le roy François en sceut le conte , qui aymoit
^ Philippe de Montespedon , Femme et reuve de Charles de Bourbon, prince de La Roche-sur- Yen , descendue d*un Wast k MoDtespedon, Flamand de nation,
le gentilhomme, et en rit bien; et si en dit un mot aprèsà la princesse, avec la réprimande, luy remonstrant que , pour espouse d*un prince, il ne falloit pas qu'elle usast de ces mots envers des gentilshommes de sa cour, où il y en avoit d'aussy bonne maison qu'elle , comme estoit cesluy là, qui avoit cest honneur d'appartenir à la feue reyne sa femme.