L'EMPEREUR FERDINAND
Or c'eft assez pour venir à l'empereur Ferdinand, frère de Charles, et roy des Romains, qu'il avoit fiaict tel avecques difficulté; ce qui luy
■ La clirooiqiie de Bayard , par le Loyal Senlleur ^ tes eette coUedioii du Panthéon
ouvrit le chemin pour Terapire, et aussy pour la résignation qu'il luy en fit , ratifiée par messieurs les eslecleurs, qui l'aymoient et l'estimoient jusques-lâ , que d'autres fois les protestans l'avoient esleu pour leur principal arbitre, voire total, sur les difFerans entre eux et l'empereur Charles.
Le pape Paul IV, dict Caraffe , se voulut lors opposer à ceste eslection , à cause de la hayne qu'il portoit à la maison d'Austriche, fondant ses raisons! que les eslecteurs protestans ne dévoient estre receus aux eslections des empereurs, ny estre eslecteurs , â cause de leur religion hérétique : maisj il fallut qu'il passast par là^ Et qu'eust-il faict? S'armer contre rAllemaigne,cela luy estoit deffendu s'il ne se fust armé des armes spirituelles, qui sont censures et fulminations : mais les autres s'en soucient beaucoup! Il me souvient que, de mon jeune temps, cela se disoit pour lors, et aussy qu'il se trouve par escrit.
A ceste nouvelle eslection de l'empereur^ fut faicte une diette à Ausbourg , où tous les princes d'Allemaigne s'y trouvèrent, et où nostre roy Henry II y envoya une ambassade solemnelle, estant la coustume des grands, au changement d'estats et de personnes, de s'entrevisiter les uns les autres. Et de ceste ambassade estoient les chefs: M. de Bourdillon, lieutenant du roy en Champaigne en l'absence de M. deNevers, et M. de Marillac, archevesque de Vienne , grand et sçavant prélat, qui , du règne du roy François , avoit esté fugitif en Conslantinople â cause de la nouvelle religion, dont il estoit à tort soupçonné , ce qui fut cause de son advancement , dont j'en parle ailleurs, et puis fut archevesque ^.
Ceste ambassade du roy ouye , qui luy offroit toutes sortes d'amitié, et à tout l'empire, trop discourtoisement fut respondu : que quand le roy auroil faict restitution des villes impe** riales de Metz , Tout et Verdun , qu'ils çroyroient à ses paroles.
M. Marillac , qui estoit subelin à bien parler, ne faillit à leur bien répliquer, non poiirtaut si bravement comme eust faict M. de Bourdillon,
^ \jt manuscrit 8771 ^onle : « On par la fenestre. • * Le manuscrit 8771 ajoute : f En laquelle disnité n*y
croyoit nuiere», comme on le disoit à la cour, cequp
i'ay vcu. »
VIES DES GRANDS CAPITAINES
t'il eust eu la parolle pareille; si en dict-il pourtant sa rastellée , en bravant fort.
Sur ce ils Furent congédiés ; et eux de retour, en ayant Faict leur rapport au roy, il jura qu'il ae repentoit cent fois de les y avoir envoyés^ et feict si honnestes offres qu'il leur avoit i^ict. Enquoy il y songea pourtant à se tenir sur ses gardes en sesdictes villes, et surtout à Metz , bien qu'on ne les craignist guieres ; caron n'avoit pas craint le Frère , plus puissant et plus grand homme de guerre, qui n'y avoit rien Faict.
Après la mort du roy Henry , le roy François y envoya vers ledict empereur , pour ce mesmessubjectdevisitequei'aydict, le seigneur de Montpezac, qu'on disoit à la cour une très belle charge et ambassade pour luy, pour estre jeune, etn'estre guieres advancé en charges et grades , sinon qu'il estoit simple lieutenant de la compaignie de M. de Guyse ; mais son capitaine, qui gouvernoit tout lors, luy valut cela ce coup. Donc, en eschange, lorsque les dix-huict chevalliers Furent Faicts à Poissy par le petit roy François II, on passa la paille par le bec audict Montpezac, qui y estoit présent, que tous ses compaignons eurent cet ordre, et luy point; d'autant qu'il avoit espousé la fille du marquis de Villars, aujourd'huy madame du May ne, en secondes nopces, et avoit, par ce moyen pris l'alliance de Montmorency, qui n'estoit pour lors trop aymée de la maison de Guyse.
Et voyià la Frasque qui Fut donnée audict de Montpezac en recompense de ceste dicte am< bassade, lequel s'en acquicla fort bien , car il avoit bonne Façon, et parloit fort bien: et, à toutes pareilles ofFres qu'il fit de la part de son roy à l'empereur, 11 luy fit toute pareille responce pour ces villes, et que luy et les princes de rempire les vouloient avoir.
Il s'en retourna donc ainsy , après avoir esté bien traicté de luy, et eu pour présent un beau buffet d'argent, de la valeur de dix à douze mille francs, qu'il me monstra à son retour à la coor à Amboise , lors de la conjaration , et me conta le tout, car nous estions fort proches parens; et me loua fort cet empereur, tant pour affaires d'estat que de guerre. Gomme de vray, tant qu'il a esté roy des Romains, il a faict tousjours bravement teste à ce grand sultan Solyman, ores le guerroyant comme il
pouvoit , ores l'amadouant par treFve, jasqoMlàque, luy venant à l'empire, ledict sultan luy envoya demander la trefve.
Si Fut-il pourtant fort malheureux en ses guerres Faictes par aucuns de ses lienteoans, comme par le seigneur de Roquandolf , qui pourtant se monsira tousjours brave et vaillant capitaine, mais malheureux, et qui assista fort bien à ce grand comte palatin au sirge de Vienne.
Il eut aussy d'autres capitaines , bien qu'ils Fussent bons , mais il Fut aucunement malheureux en eux. Paulo Jovio en descrit assez sans que j'en die davantage.
Ce dict empereur n'eut pas grand partage des biens de la rcyne sa mère, estant la coustume d'Espaigne que le tout va à l'aisné de la maison , ny rien de la Flandres , son aisné le traictanten cadet, et prenant tout pour luy , en gaignant l'amitié de ses braves soldats espaignols, par le moyen desquels il cousoit et tailloit comme il vouloit : et toutesfois, s'il eust voulu , il l'eust bien brouillé en son estât et son empire , et s'il eust voulu s'allier et joindre avec les princes protestans, qui l'eussent fort désiré ; car un brouillon ne recherche qu'à brouiller un autre. Mais luy , qui estoit sage et bien advisé, n'y voulut jamais entendre, considérant le mal et le deshonneur qui luy escheroient de la desunion de son bon frère, et que possible seroit la ruyne de tous deux.
Aussy l'empereur l'assistoit de ce qu'il ponvoit, et Ferdinand luy en rendoit de mesmes; tesmoing le secours qu'il donna à M. de Bourbon pour Pavie, et la prise de nostre roy ; ce qui servit Fort à l'un , et nuisit fort à l'autre. L'empereur aussy luy ayda bien en ses royaumes de Boëme et de TOngrie.
Il n'estoit pas si bouillant et mouvant comme l'empereur; il estoit plus Froid, et tenoit cela de son ayeul Ferdinand , mais non pourtant si corrompu , et estoit plus homme de bien , dont il en portoit le nom, et l'empereur, celuy de ce brave Charles, son grand ayeul. Souvent ceux qui portent les noms de leurs ayeuls leur ressemblent voulontiers, comme je l'ay veu observer et discourir à aucuns philosophes.
Ce Ferdinand , de mesmes que son ayeul , porta ses cheveux tous longs, et ne les fit jamais couper, dont j'en Fais un conte plaisant ailleurs.