‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 17 sur 267 · MAXIMILIAN · texte numérisé non relu

MAXIMILIAN

Poor fin, cet empereur Ferdinand vesquit et moanit en fort homme de bien.

Il .se dict et se lit qae Teropereur Charles, aprte qu'il eu«t resigné son empire à son frère, comme quasi s'en repentant, il l'envoya prier de le resigner au roy son fils, et fit en sorte que les eslecteurs Tesleussent empereur, et que meshuy , estant fort sur Paage , il dcvoit foire de mesmcs que luy , quicter le monde, et servir Dieu.

Ledict Ferdinand fit responce quMl en vouloit parler on faire parler premièrement à Maximilianson fils, et en sçavoir son opinion, lequel estoit vîce-roy en Espaigne, créé des que le roy Philippe alla prendre possession des Pays-Bas; de laquelle charge Ton s'estonna que Tempe* reur Ten avoit chargé , puis que Ferdinand son père n'avoit rien eu du bien de sa mère de par delà. Mais il fut si sage, qu'il n'y voulut faire aucune révolte, ny semblant d'en avoir ressentiment; fut ou qu'il craignist la grand force et bonne fortune de l'empereur, ou que sa femme, fille de l'empereur, très sage et vertueuse, l'en empeschast.

En fin, Ferdinand ayant faict venir son fils ▼ers luy , et luy ayant conféré ceste proposition de l'empereur son frère pour ceste résignation du père à son fils, il luy fit responce belle ei bonne:qaMl le prioit de ne s'en desfeire point, et qu'il le gardast encor, et que pour luy il n'en vouloit quicter sa part à son cousin , et qa'il avoit le corar assez hault et l'estomach assez bon pour digérer et avaller oe grand morceau , aussy bien que son cousin : comme de fiiict, après la mort de Ferdinand son père, les eslecteurs ne faillirent de l'eslire empereur, lecognoissant très valeureux, vertueux, sage, et fort digne à gouverner cet empire.

CNOOR DE L'EMPEREUR MAXIMIUAN.

Ainsy l'ay-je ouy descrire à nostre roy Henry DI, qui dtsoit que c'estoit M^ «rince du inonde à qui il desiroit le plus de ressembler , et qui luy revenoit le mieux.

Il avoit raison , en ayant faict preuve grande de sa vertu et de sa foy magnanime, lors qu'cstam party de Pouloigne à la desrobée et grandes

traictes , il se vint jetter, quasy par manière de dire, entre ses bras à sauvelié: il ryreccut,ei le traicta très honorablement, non pas seulement en empereur ny en compagnon , mais quasy luy déférant beaucoup. Et bien qu'il fust fort poussé et persuadé des princes d'Allemaigne sur la remise des villes impériales, rien pour cela ; il ne luy en parla que fort peu , et comme frère. H ne fault point doubler que , s'il eust repris le chemin de l'aller, qu'il ne fust esté retenu par les autres princes allcmans; mais il luy assista fort bien d'un autre chemin vers la Charanlye et ailleurs; en quoy il monstra bien sa magnanimité et sa sincère conscience, qui d'ordinaire est fort légère et porte petit poix en la balance des roys et princes, dict-on, en chose où il y va de l'ambition et du proffit.

Il a supporté, comme son père , de grandes guerres durant son empire, et en toutes s'est monstre un très sage et vaillant capitaine, surtout lors quece grand sultan Solyman vint, pour sa dernière main, en personne et avec de très grandes forces, luy mettre le siège devant Signet; dont il ne s'en estonna pas , mais bravement se mit en campaigne pour luy livrer battaille, s'il fost venu à propos, ayant assemblé une fort belle et gaillarde armée, nompareille pourtant à celte de son ennemy, qui montoit à plus de cent mille hommes. Il fot pourtant si bien assisté des princes d'Allemaigne , des Italiens et autres, tant d'hommes que d'argent, qu'il monstra bien par là qu'il estoit fort aymé, et avoit une grande créance parmy les chrestiens. M. le duc de Ferrare, très brave et vaillant prince , qui avoit espousé sa sœur ( grand dommage certes dequoy il ne laissast après luy de sa noble et généreuse race), sans y envoyer, l'alla trouver en personne. Il luy mena quatre cens gentils hommes volontaires, qu'on nomme là Advanturiers , trois à quatre cens arquebusiers à cheval , deux cens chevau-legers et cent hommes d'armes payés , fust ou d'argent du sien, ou de celuy du roy de France, ayante tant qu'ila vescu, tenu de luy cent hommes d'armes de ses ordonnances soldoyés.

M. de Guise son nepveu, lors fort jeune, l'alla trouver pour son plaisir, avecques une belle noblesse françoise.

Pour fin, ce brave empereur fit si bien, qu'il se dira d'icy à mille ans que^dessoubs luy

VIES DES GRANDS CAPITAINES

et son empire, le plat grand prince en font , et monarque des Ottomans, voire du monde ^ mourut en ce siège de Siguet, renommé h jamais par sa belle mort et très honorable, n'ayant voulu mourir ailleurs , dict-il , qu'au milan de Peiercice qu'il avoit tousjours aymé et mené en sa vie.

Qui voudra plus au long sçavoir les foicts et les louanges du père et fils, Ferdinand et Maxiniilian, en trouvera prou par les livres qui ont esté escrits de leurs valeurs qu'ils ont monstre aux guerres d'Ongrie, de Boême, Pouloigoe, Transilvanie,tant faictes de leurs mains que de leurs braves capitaines : parquoy je n'en parle plus.

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