‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 162 sur 267 · M. LE COMTE DE SANCERRE · texte numérisé non relu

M. LE COMTE DE SANCERRE

Nous parlons à ceste heure du comte de Sancerre *, qui a esté un très-sage, brave et vaillant capitaine ; aussy en avoit-il la façon trèsbelle et honnorable représentation, homme de bien et d'honneur , n'ayant jamais dégénéré de ses prédécesseurs, dont il y en a eu de grands capitaines, admiraux et mareschaux de France.

Sans luy et sa vigilance la sédition d'Âmboise eust pris feu, pour le moins un peu; car ce fut luy le premier qui descouvrit Gastelnau ,

1 Jean de BueU: son père, Cbarles de Bueii, ausd fomte de Sancerre, fut tué à la baUille de Marignan.

l'un des principaux de la bande, qn'il avoit cognu avec feu M. d'Orléans, estant de sa compaignie, de laquelle mondict sieur le comte estoit lieutenant ; et se monstra en ceste découverte un très-sage capitaine. Gela est escrit en l'histoire de nostre temps.

Mais tant y a que , si ceste entreprise eost rapporté son exécution , je ne sçay ce que fust esté de la France, encor que tous les copjurateurs confessassent qu'ils n'en vouloient qu'à la maison de Guyse ; mais l'homme de La Renaudie, le principal chef et le premier autheur, qu'on appelloit Lavigne, et qui en avoiHiiict toutes les despesches, mémoires etescritures, soubs ledict La Renaudie son maistre, descouvrit bien des desseins plus secrets , estranges et meschans. Je m'en rapporte à ce qui en est et ce que lui-mesme m'en dît, lui estant en liberté. Mais mondict sieur le comte servit bien là soa roy et soa royaume, ainsy que je vis puis après le roy l'en remercier et l'en louer extrêmement; ^ncor qu'un infinité d'autres beaux faicls siens le doibvent plus renommer quece$luy-lâ : comme le siège de Sa'mct-Dizier, qu'il soustint sy vaillamment contre l'armée de l'empereur, qu'on tenoit la plus puissante qu'il eust jaipais contre la France. Bien ^-il vray qu'il avoit pour compaignon et second avec luy le capitaine La Lande, vieux routier etcapitauie de guerre, qui de frais venoit de s'esprouver si bien dans Landrecy; mais il y fut tué. Venant de soustenir un furieux assault et s'estant retiré en son logis, derrière un rempart, où d'autrefois, j'y ay logé, il fut tué en prenant chemise blanche : et mon hoste, qui estoit encor celuy de M. de La Lande, me monstra le lieu et le lict mesmes où je couchay, et me conta sa mort et sa vaillance, ensemble celle de M. le comte de Sancerre, qui pourtant ne s'estonna de la mort dudict capitaine, encor qu'il le regretast bien fort, pour le bien seconder, mais tint encor le siège plusieurs jours, où le premier prince et le plus aimé de l'empereur aloii fut tué, qui estoit le prince d'Orange, qu'il re gretta fort; et puis la place se rendit par une très-honnorablecompositipn, circonvenue pourtant M. le comte par une lettre interposée, qui le desesperoit de tout secours , dont j'en parle ailleurs.

Et d'autant que j'ay trouvé ladicte compost-

tion et aiHtolation dans qaelqaes Yieax papiers de nostre maison , je Tay voulue icy mettre par escriture, me semblant estre très*digne d'estre leue et veue , autant pour contentement d'esprit que pour monstrer la vertu et yaleor dudict M. le comte. Elle porte donc ainsy:

aTraicié, pacte et accord feict entre très- «illustre seigneur le visce-roy de Sicille, lieote- «nant et capitaine gênerai de Tempereur, d'une a part ; et le sieur comte de Sancerre , lieutenant «du roy de France dedans la ville et place de «Sainct-Dizier, par les voyes des sieurs de La «Ghemiere, viscomte de La Rivière, et Hierocnimo Marino. desputé.

«Premièrement, que ledict comte de San- «cerre baillera et livrera réellement et de faict aladicte ville de Sainct-Dizier en la main de «Tempereur, on ft qui Sa Ms^té ordonnera , «de dimanche en huict jours, qui sera le dix- « septiesme du présent mms d^aoust ; et^ligera «sa foy de ce Mre, si ce n'est que dans ledict « temps le my leur envoyé secours d'une armée «pour donner battaille, ou quismt si puissante «qu'elle contraigne se retirer par force deux «lieues en arrière celle de l'empereur : et en ce «convenant ledict sieur comte ne sera tenu «par ceste convention i la restitution de la «place et ville de Sainct-Dizter.

«7/^/71^ baillera ledict visce-roy sauf conduict «à deux personnes que iceluy sieur comte en- « tend envoyer vers le roy son maistre , pour «luy Paire entendre le besoing de luy et de ses «gens.

ultem, le dimanche dessusdict, à soleil le- « vaut , ledict comte de Sancerre et ses gens se- «ront prests à sortir, et sortiront de ladicte ville, «y laissant rartillerie, munition et victuailles, «non degastant et consommant icelles en au- «cune manière, fors seulement pour leur usage «et nécessité, ainsy qu'ils en ont usé jusqu'à «présent; et ne pourront brusier la poudre, «munition, ny enclore rartillerie; dont ledict «sieur comte en obligera sa foy.

filtem, que ledict sieur comte et ses gens «pourront sortir de la ville librement et avec «la suite de leurs vies , armes et bagues sauves, «et tout ce qu^ls pourront charger et porter «sur leurs bagages, avec leurs enseignes des- «ployées, et sonnans tambours et fifFres ; à concdition toutesfois quils ne pourront amener

«artillerie, munition ny victuailles, réservé «deux pièces d'artillerie sur roues, au charroi «dudict sieur visce-roy, et aussy des boulletset «poudres pour tirer seulement jusqu'à dix «coups de chascone pièce.

9iFeem, durant les hutet jours, ceux de la «ville ne iM>urront remparer ne Faire plusou- « vrages quelconques pour leur defènsion, et re- «cevront un gentilhomme que ledict visce-roy «baillera pour y avoir le regard, auquel luy «Feront voir deux fois le jour si aucune chose «y aura esté Fiicte.

«Et semblablement ledict sieur visce-roy «promet sur sa foy que nulles tranchées, caval- «liers et plates formes, ny autres choses offon- «sives à ladicte ville, ne passeront plus avant; «mais demeureront en Testât qu'elles se retreu- « vent, sauF et réservé les tranchées qu'il lui sem- «blera estre nécessaires pour la seureté du «camp de l'empereur et empescher rentrée de «ladicte ville.

a Item , que durant ledict temps on ne tirera «l'artillerie , harquebuserie ny autres choses «l'un contre l'autre , fors qu'il y eust quelqu'un «qui s'approchast à cent pas près de ladicte «ville, auxquels l'on pourra tirer sans rompre «le traicté, non comprises les tranchées , plates «formes desjà Faictes, èsquelles Ton pourra «tenir le guet et gardes accoutumées. Si aucun «s'esnieut d'un costé et d'autre, assavoir ceux «du camp d'en approiflier desdicts cent pas^ «et ceux de la ville d'en sortir, il sera permis «de leur tirer et les reboutter, demeurant ton- «lesfois ce traicté en son entier.

(iftem, que toutes personnes qui sont de la «garnison et gardes de la ville, tenus en ce «camp, seront relaschées , sans payer rançon , «le jour que ledict sieur comte sortira d'icelie «et la livrera en la main de l'empereur; et le «semblable Fera iceluy sieur comte de ceux de «ceste armée qui se trouveront prisonniers en «ladicte ville.

il Item ^ a accordé ledict sieur visce-roy que « tous ceux qui sont naturalisés de la ville et «voudront sortir pour eux aller en France, ou «ailleurs que bon leur semblera, s'en pourront a aller librement ; et s'il y en a aucuns qui veuil- «lent demeurer à Faire résidence , ils y pour- «ront demeurer seurement, auxquels ledict « sieur visoe^vy promet qu'il serafoiot tous boni

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