‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 164 sur 267 · LE CONNESTABLE ANNE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

LE CONNESTABLE ANNE DE MONTMORENCY

fils du roy qu'il avoil faict mourir, assembla des forces, se saisit des places , tint Rouen' contre luy, qui y estoit en personne, et jeune enfant; puis ledict comte y fit entrer les Anglois , et s'ayda d*eux. Non content de cela , persista tousjours , et au pis qu'il pouvoit , jusqu'à sa prise à Domfron : aussy cela luy coiisia la teste, qui luy fut trenchée à Paris. Et vis la reyne mère, qui estoit alors reyne ré- {jenic , dire et jurer que s'il se fust contenté et nist Faict autre repentance qu'il n'avoit fàict , et qu'il eust eu contrition de son coup malheureux, qu*elle ne luy eust faict jamais mal ny bien, puisque le roy son seigneur et mary luy avoit pardonné ^ ; mais faisant tels debordemens insolens et hostiles , et bandés contre les roys ses enfans, il monstroit estre ayse de son coup, et pour ce digue de mort.

Force autres personnes de grands advis en disoient de mesmes qu'elle, et qu'il avoit eu grand tort; ceux qui, le temps passé, avoient tué leur père et mère, alloient par le monde errans , vagabondans et perogrinans , afin que par le travail et peine ils en expiassent le péché ; et ce par l'espace de quelques années, tant du plus que du moins, et n'osoient autrement revenir habiter en leur patrie ny en leur maison. Cestuy-cy, disoit-on, en debvoit faire de mesmes, et percer et traverser dix ou douze fois le pays barbare, ruraut et rude des Grisons, ou autre, pour y faire pénitence, plustost que de vivre si délicieusement à Venise et terre des Vénitiens, douces et plaisantes habitations; car qui tue sou roy n'offence pas seulement et ne tue son père, mais de tout un public, et mesmes d'un tel et si débonnaire roy.

Ainsy debvoit M. deMontgomery expier ce meurtre par œuvres penitenciales , et non par actions d'hostilité : aussy dict-on qne son bon et brave vieillard depere^en advança ses jours, bien qu'ils en fussent fort chenus, et mourut de regret. Ce fut pourtant un brave capitaine

1 Le Discours merveilleux de la vie de Catherine de Midicls, et le Journal de Henri III, oompOKés dés lors, parlent bien auireineni de la mort de ce malheureux gentilhomme.

* Ce père de Montgommery avait de même blessé François l*^^ pèredeHfnri, d'une boule dont il Tavait Frappé à la tête , en une partie de jeu de peloltes de neifie. Du Bellay et Mézeray parlent de cela, sans nommer Monisommery.

huguenot et très-vaillant, qu'on ne sçauroit reprocher que cela : c'est une brave et malheu* reuse race, de laquelle jusqu'à ceste heure en sont sortis, ensuivans le père, de très-vaillans et braves hommes, comme j'en parle ailleurs.

C'est assez parlé de ce grand roy : si faut-il ce mot et puis plus. Aux mémorables et trèsmagnifiques obsèques de ce grand roy Henry fut crié et proclamé par les vingt et quatre crieurs de Paris accompaignans le convoy, ayans escussons aux armes de Sadicte Majesté, sonnans leurs clochettes, et à tous les carrefours et lieux accoustumés, et disans: «Priez Dieu a pour l'ame du très-haut, très-puissant et trèsa vertueux et magnanime prince Henry, par la tt grâce de Dieu roy de France très-chrestien , «deuxiesme de ce nom, en son vivant prince «belliqueux, Tamour de tous estais, accomaply de bontés, prompt et libéral; secours des «affligés, plein de vaillance et d'addresse.» Voyià les insignes titres et belles qualités que Ton donna à ce grand roy, qu'il meritoit certes sans en mentir.

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