‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 165 sur 267 · M. LE CONNESTABLE MES81RË ANNE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

M. LE CONNESTABLE MES81RË ANNE DE MONTMORENCY

Parlons à ceste heure de ce grand M. le connestable messtre Anne de Montmorency^ Il portoit le nom d'Anne, pour estre filleul de ceste brave Anne de Bretaigne, reyne de France, et celuy que l'on dit avoir esté le premier gentilhomme et baron * chrestien delà France, ce qui luy redonde à un très-grand honneur : aussy a-il bien sceu en soy entretenir ce christianisme tant qu'il a duré, et n'en a jamais desrogé : ne manquant jamais à ses dévotions ny à ses prières, car tous les malins il ne failloitdedire et entretenir ses patenostres, fust qu'il ne bougeast du logis, ou fust qu'il monlast à cheval et allast par les champs , aux armées :

« Dans une énumération des seigneurs qui assistèrent aux étais de Tours en \ieA{mstoirede Charles FUI), le seigneur de Montmorency est qualifié premier baron de France, mais il n'est nommé qu'à la tête des gentilshommes, c'est-i-dire, après les comtes, vicomtes, et If Tîdame de Chartres.

parmy lesquelles on disoit qu'il se falloit garder des patenostres de M. le connestable, car en les disant et marmottant lorsque les occasions se presentoient, comme force desbordemens et desordres y arrivent maintenant» il disoit: a Allez moy prendre un tel; attachez celuy là à «cest arbre; faites passer cestuy-là par les « picques tout à ceste heure , ou les harquebuses otout devant moy; taillez moy en pièces tous «ces marauts qui ont voulu tenir ce clocher «contre le roy; brusiez moy ce village; bouitez «moy le feu par-tout à un quart de lieue à la «ronde;» et ainsy tels ou semblables mots de justice et pollice de guerre profFeroit-il selon ses occurances, sans se desbaucher nullement de ses /7a/^r Jusqu'à ce qu'il les eust parachevés , pensant faire une grande erreur s'il les eust remis à dire à une autre heure , tant il y csloit conscientieux.

Je ne veux dire les aulheurs des premières guerres civilles : mais j'asseureray bien que ce brave , bon et très-cbrestien chevallier, bien qu^il fust un peu blasmé de s'estre faict traduire du latin de Salluste en François, la guerre de Gatilina(ie livre s'en trouve encor imprimé), voyant le grand enjambement que faisoit la religion nouvelle sur la noslre et la domination grande qu'elle y vouloit usurper, ensemble les insolances que les huguenots faisoient en leurs presches, les aeles desquels ils estendoient desjà par trop, et quelques desportemens d'eux trts-odieux qu'il voyoit à la cour du roy son petit maistre (ainsy l'appelloit-il), et mesmes à Fontainebleau, un caresme, bien divers à ceux qu il avoit veu de jadis faire à la cour de ses autres roys et maistres, et à Paris, cela le despila fort et le fascha grandement ; et pour ce, se rallia avecques messieurs deGuyse, qui seuls nr penchoient de l'autre coslé, et pour ce , luy, M. de Guyse et M. le mareschal de Sainct-André, firent une association qu^on appelloit le triumvirat, pour s'opposer à la ruine de la religion catholique, qui sans cela se meurissoit bien.

Il n'y a point plus belle accointance ny liaison que celle qu'on faict pour l'honneur de Dieu et son église, dont s'en ensuivit ce qu'on a veu despuis.

M. le connestable commença premier à chasser les ministres de leurs presches et chaires de Paris, et luy-mcsme alla à Poupincourtf lieu

destiné pour eux, et en fit devant luy bnisler la chaire de M. le ministre , et tous les bancs où s'assioyent les auditeurs: et pour ce, ils l'appellerent le capitaine bruste-banc; dont il ne s'en soucioit guieres,caril portoitbiea d'autres plus beau)i titres et plus illustres marques que celle là.

Si les bayssoit-il fort, et au commancement de la guerre il en faisoit bien pendre, comme il fit à la prise de Blois; car je le vis; et tousjours leur disoit ; «Puisque vous marchez sur «vos testes et nous sur nos pieds , il faut que a vous passiez par là.» Aussy les huguenots luy en vouloient fort : et pour ce, à la battaille de Dreux , ils allèrent foudroyer sur luy et sur sa battaille comme un furieux tonnerre sur un champ de bled; si bien que ce fut à luy à soutenir tout le grand choc et l'effort du combat , ainsy que je vis, et que M. de Guyse le dit puis apr^ à la reyne mère, luy discourant de ceste battaille, et usant de ces mots, et le louant par dessus toutes louanges. Aussy fit-il ce brave vieillard tout ce que vaillant capitaine peut faire. Vit sa battaille toute percée à jour, fut porté par terre , fut froissé en un bras , en une jambe , et blessé , enfin pris en vaillant combattant.

Il me souvient que, la vigile de la battaille, il fut fort tourmenté de sa coUique et gravelle , et logea à Mezieres, chasteau qui fut despuis à M. de La Tour, frère de M. du Perron*. Alors toute la Duict et tout le soir il eut de grandes douleurs, si bien que l'on ne pensoit (luy allant tousjours en litière) que le lendemain l'on ne le deust voir nullement à cheval. Mais le lendemain matin, sçachant que l'ennemy se preparoit à la battaille , luy tout courageux se levé, monte à cheval, et vient s'apparoir ainsy qu'on marchoit; de sorte que cbascun en fut fort estonné, l'ayant veu le jour paradvant si mal ; mais pourtant tous furent resjouya, voyant ce généreux vieillard monstrer si hardie contenance et exemple à tout le monde de bien faire : dont il me souvient (car je le vis et i'ouys) que M. de Guyse luy vint à Taudevant luy donner le bon

^ Charles de Gondi, maître de la garde-robe du roi, mort le 15 juin 1574. Ce M. du Perron, dont il était frère, est Albert de Goudi, connu depuis sous le ook de maréchal de Retz. Avant sa promotion à cette digoiti^ on ne rappelait qui M. du Perron.

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