‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 174 sur 267 · M. LE MARESCHAL D'AMVILLE · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL D'AMVILLE

à porter les armes, il les porta aussy tost, et a eu de belles charges pour les faire valoir.

Entr'autres il fut couronnel de la cavallerie légère du Piedmont, qu'il fîl triumpher bravemeQt; car, outre qu'il estoit de soy brave et vaillant, il a voit de bons capitaines soubs luy, et surtout une belle et gaillarde jeunesse des gentilshommes de la France : car c'estoit pour lors une maxime : qu'aussy tost qu'ils commençoient à porter les armes, il falloit qu'ils allassent trouver M. de Nemours ou M. d'Amville , les deux pour lors parangons de toute chevallerie.

Si je voulois , je nommerois bien les bons et braves capitaines qui sont despuis sortis des mains de ces deux seigneurs et bons capitaines ; mais cela seroit trop long.

Entr'autres beaux combats et bien signalés qu'a faicts M. d'Amville , ce fut la desfaicte des Espaignols au pont d'Esture , en Piedmont , où il en demeura cinq cens morts estendus sur la place, et non sans bien vendre leur mort, car ces gens là en sont très-chers enchérisseurs marchans; et luy cuyderent tuer son beaufrère, M. de Vantadour, brave et vaillant seigneur , qui fut blessé à la mort.

Il fit aussy cesle belle escarmouche devant Foussan, où il perdit son lieutenant, le seigneur Paulo Baptiste Fregouze, et sa cornette, le jeune Rambouillet, vaillant jeune homme, qui entra si advant dans la porte qu'il y fut tué : force antres aussy y furent tués et blessés, car il y faisoit bien chaud.

Ledict seigneur Paulo Baptiste avoit esté lieutenant de M. de Nemours ; mais, d'autant que la faveur de M. le connestable estoit très-grande alors, et qu'un chascun y couroit, il le quitta pour avoir esté gaigné de M. d'Amville, et fut son lieutenant. G'estoit un des bons chevaux Ugcrs de son temps; et luy en donnoit-on la réputation pour en avoir faict longuement restât , car il estoit desjâ fort sur l'aage. Et ainsy qu'on estoit sur la retraicte de ceste escarmouche, et entretenant M. d'Amville et M. le vidasme qui leur disoit qu'il en avoit veu de fort belles et chaudes en son temps, mais n'en avoit jamais veu une si scalabreuse que cela, et que, puisqu'il avoit eschappé celle-là, il en eschapperoit bien d'autres, et aussy qu'en sa yfie il n'avoit jamais esté blessé, achevant ce

mot, voicy une canonnade de ht ville qui luy emporte la teste.

Telle avoit esté et fut sa destinée de ce bon vieillard, qui fut fort regretté de tous ceux du Piedmont, et principallement de son capitaine M. d'Amville, lequel tousjours s'est fort pieu de se servir des Italiens en sa cavallerie légère, et fort aussy des Albanois ; car en son gouvernement estant retiré , et qu'on luy faisoit la guerre, il en a eu tousjours et trouvé le moyen d'en faire venir, et les a fort bien appointés et payés tousjours : aussy l'ont-ils bien servy et aydé à se maintenir.

Or, d'autant que mon intention n'est pas de raconter tous les beaux exploicts d'armes de nos capitaines, je ne me veux estendre plus loing sur ceux dudict seigneur d^AmvtUe, sinon que , s'il a esté bon homme de guerre, il a esté un très-gentil cavallier en toutes vertus chevaleresques. Il a esté un très bon et adroict homme à cheval ; aussy estoit-ce son principal exercice; et avoit ordinairement une grand quantité de très-bons et beaux grands chevaux en son escuyerie, qui sçavoient aller de tousairs, et luy qui les y sçavoit aussy roentr très-bien. Il n'estoit possible de voir un homme mieux â cheval que luy, fust ou à cheval armé ou en pourpoinct.

Il faisoit ordinairement les plus belles courses du monde quand il couroit la bague, fust ou avecques son roy ou avecques d'autres; mais il estoit si malheureux qu'il mcltoit peu souvent dedans, à cause de sa veue, qu'il n'avoit tropasseurée; mais ses courses valoient bien celles du dedans.

S'il esloit là malheureux, il estoit bien autant heureux en ses combats à cheval à donnrr coups d*espée; car il falloit bien que celiiy Fust asseuré qui ne branlast soubs son coup, lani il le sçavoit bien et très à propos et à temps le donner, ou , ainsy qu'on disoit anciennement , assener.

A l'entreveue de Bayonne, le mareschal de Rayz en sçauroit bien que dire; car à un balct à cheval qui s'y faisoit à combattre à l'espéc, se venant à heurter avecques mondict sieur d'Amville, il fut porté par terre devant toute l'assistance du camp ; si que, la rumeur s'eslevant soudainement et s'espandant que c'estoit M. de Guyse, qui lors estoit un jeune garçonnet

non encor de quinze ans, mais pourtant fort adroict , et dès lors Fort rude au combat aussy bien que les plus aagés de beaucoup que luy, madame de Guyse sa meie, estant sur Teschaffaut avecques les reynes, vint à entrer en si grand efFroy et alarme de son fils, qu'elle en devint toute esperdue, mesmes les reynes et toutes les dames. Surquoy M. le connestable, entendant le bruict et IVfFroy des dames, accourut vers elles, et se mit a crier : «Ce n'est irien, ce n'est rien ; c'est Le Perron. » (Car ainsy s'appelioit-il de son suinom, avant qu'il eust attainct par faveur ces (j^rades qu'il a aujourd'huy). Soudain la mère commança à r'assurer etrasserainersonbeau et clair visage, qui venoit d'estre troublé et esmeu de l'orage d*un lel effroy ; et puis la risée en courut fort parmy le camp.

Quelques deux ans après ce voyage, le roy Charles célébrant son mardi gras au Louvre par une partie de courrement de bague, et de coups d'espée après par passades de cheval, M. d'Amville s'aheurta de mesmes avecques M. de Ungueville , qu'il porta par terre d'un mesmes et pareil coup; mais pourtant ce ne fut pas sa faute, cai il estoit un fort adroict prince et bon gendarme; mais ce fut la faute de la selle et des san|*les de son cheval qui la firent tourner; dont il en cuyda arriver une querelle; car M. de lx)ngueville ayant sceu que M. d'Amvilles'en vouloit prévaloir aucunement comme par vanterie, le fit appeller au Pré aux Clercs, où il n'y avoit qu'eux deux et le chevallier de Batresse, lieutenant de M. d'Amville, et le capitaine La Gastine, vaillant Limosin, lieutenant de M. de Longueville, tous quatre très-vaillans et braves hommes, et qui se fussent très-bien battus sans que M. d'Amville le contenta d'honnesles parolles, et ainsy se despartirent : j'en pai le ailleurs.

M. Dfi MONTBËRON.

De ces deux MM. de Montmorency leur troisiesme frère fui M. de Moutberon, qui portoit ce nom à cause de la baronnie de Montberon, qu'on tient la première d'Angoumois,

que feu M. le connestable avoit eu des biens du seigneur et baron de Montberon, ayeul de madame de Bourdeille d'aujourd'huy, qui est chef du nom d'armes de Montberon, maison très-illustre et ancienne autant qu'il en soit en Guyenne; et voylà comme les maisons se perdent aux vrays héritiers pour le mauvais mesnagement des pères.

Il falloil bien dire que M. le connestable estimoit ce nom et baronnie de Montberon , puis qu'ayant tant de belles et grandes autres terres, il ne vouloit que son troisiesme fils portast autre titre que de seigneur de Montberon.

Certes le titre en est très-beau ; mais aussy celuy qui le portoit l'honnoroit et l'illustroit bien aussy, car c'estoit un seigneur des gentils de la France , et aussy accomply, et qui promeuoit autant de luy quelque chose de grand s'il eust vescu davantage.

Il estoit très beau gentilhomme; et disoit-on qu'il estoit le plus beau de ses frères, comme je le croy, pour les avoir veu tous et pratiqués. Il estoit brave et vaillant; il fut pris jeune garçon à la battaille de Sainct-Quantin avecques M. son père , en combattant vaillamment et secourant le père.

Philippe le Hardy acquit le nom de Hardy pour, jeune garçonnet qu'il estoit, n'avoir jamais abandonné son père, le roy Jehan, à la battaille de Poictiers; et combattit vaillamment près de luy, et fut avecques luy prisonnier.

De mesmes en fit M. de Montberon en ceste battaille près du père; et, pour couronner sa vaillantise, il se tint si près du père à la battaille de Dreux, et l'assista tousjours si bien, qu'en combattant vaillamment il fut tué près du père.

Voylà une belle, et honnorable fortune du fils , que d'avoir ainsy monstre au père sa générosité pie et charitable advant mourir ; aussy le père le regretta fort , car il l'aymoit et le cognoissoit fort généreux.

Il ne pouvoit estre autre , car il estoit haut à la main et un peu superbe ; mais sa gloire et sa superbité estoit supportable, tant elle estoit belle et agréable. Et qui a ceste condition , faut qu'il se propose d'entretenir ceste gloire tousjours par quelque acte généreux et nullement reprochable; autrement il est perdu, et faut qu'il s'aille cacher, ainsy que j'en ay vea

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