‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 186 sur 267 · TROISIESME LIVRE · texte numérisé non relu

TROISIESME LIVRE

M, r^E MARESCHAL DE TERMES.

M. le mareschal de Termes a esté un trèsgrand capitaine, lequel, après la partance de M. d'Esse fut envoyé en Escosse pour tenir sa place et le mesme rang qu'il y tenoit, et trèsbien s'en acquitta. Et notera-on en luy que possible gentilhomme de sa qualité n'a esté plus souvent lieutenant de roy que luy. Au partir d'Escosse, le roy Henry estant bien adverty des menées que Fesoit le pape Jules III , renvoya en ambassade vers Sa Saincleté à Rome; si que le pape, se doubtant, dit : «Comment ! le roy ne m'a point envoyé icy un «ambassadeur, mais un capitaine, le meilleur «des siens. Il faut prendre garde à moy, car il «a mieux la mine de me faire la guerre que de « me faire une ambassade. » Aussy tost après , le roy renvoya son lieutenant gênerai avecques le duc Octavio dedans Parme , où il fit si bien, qu*après un long siège fourny de grandes forces et du pape et de Pempereur , il fallut qu'il se levast sans autre plus grand effect. Il fut aussy lieutenant de roy dans Sienne avecques M. le cardinal de Ferrare,et y acquit beaucoup d'honneur en la révolte et en la conqueste pour le roy. Les Espaignols luy en attribuent beaucoup, et les Siennois s'en contentèrent beaucoup, pour la bonne assistance qu'il leur fit.

De là il fut lieutenant de roy en Gorsegue, où il fit aussy bien qu'aux autres coups; et la réduisit en l'obeyssance du roy, et y soutint plusieurs guerres et combats que les impérialistes et Gesnois, voisins et seigneurs de risie, luy livrèrent. Enfin, il laconquesla et garda si bien , que , quand le roy Henry la rendit par le traité de paix , il la rendit entière et en Tobeyssance du roy. Puis hkt lieutenant de

roy en Piedmond en labsence et par provision, non sans mescootentement et mutinerie d'aucuns grands et moyens ; mais tout s'appaisa (M. de Montluc en parle dans ses Mémoires, et force vieux capitaines le peuvent dire).

Et pour la cinquiesme fois il fut lieutenant de roy dans Calais, et de toute la comté d'Oye, et en Tarroée qui luy fut donnée pour entrer en Flandres et y faire le degast ; où la fortune le favorisa un peu au çommancement , pour avoir pris Bergue et Donquerques ; mais aussy tost , venant à changer, le comte d'Aiguemont, le plus hasardeux pour lors et le plus vaillant capitaine qu'eust le roy d'Espaigne, luy livra battaille et l'emporta; ce ne fut toutesfois sans que le bonhomme n'en reodist bon combat , tout malade qu'il estoit il y avoit huîct jours, et mcsmes ce jour là bien fort : en quoy n'en fut nullement à blasmer, car en tel estât de maladie et en bien combattant il fut pris prisonnier en homme d'honneur, et blessé, comme j'ay ouy dire à feu M. le connestablc. Quiconque soit le capitaine ou le gênerai d'une armée, et qu'il perde une battaille, un combat ou une rencontre, mais qu'il y meure ou qu'il y soit prisonnier (j'entens de la bonne façon), encor que la perte soit de conséquence, sa mort ou sa prison expie tout.

Ce ne fut pourtant que plusieurs en France n'en murmurassent que tout à coup, après une si grande perte de batuille de Sainct-Quentin, cestecy de Gravelines vint seconder l'autre , et la France s'en cuyda aucunement effrayer; mais M. de Guyse l'asscura, par la fiance qu'on avoit en sa valeur et par une armée qu'il avoit sur bout, et par la prise deThionville, la plus forte place (ce disoit-on aloi-s) qu'eust le roy espaignol, là où mourut ce grand mareschal Strozzi ; et le roy en bailla Testât à M. de Termes pour ses anciens services et mérites.

M. D'ACSSUN

Pour la aiiiesme et dernière fois il ht amprès lieutenaot de roy à Paris, au commance- , ment des premiers troubles, là où roo dit que, • voyant prescber en ceste ville, la prioctpalle du royaume, et plusieurs insoleiices qui s*y faiaoîent, et considérant plusieurs preparalih qui s*y dressoient pour ruyner la grandeur de ceste grande France et invincible qu'il avoit veu de son temps, il mourut de regret; et d'autre maladie qu'il avoU de longue main (dont M. de Montluc en parle en son livre) luy ayda bien. £n mourant, comme sage et prevoyaot capitaine, il y prédit beaucoup de misères que nous avons veu despuia

Ainsy mourut ee grand capitaine, couronné en sa vie de si belles charges et de beaueoup d'honneurs, plua certes que de biens; car il est mort pauvre, Hiais gentilhomme de bonne part et de bon lieu de Gasoongne, et font homme de bien. En ses jeunes ans, ainsy que j'ay ooy dire à ses nepveu» de Bellegarde et Boi^ordan, il tua un gentilhomme à la cour, aymé du roy ; pour cela faUut vutder et le royaume et tout. Le malheur fut pour iuy que, s'estant mis sur mer pour aller tjrouver M< de Lautreq au siège de Napks, et au retour de la desroutte de Tarmée tournant encor par mer, il fut pris par quelques fusies de corsaires, Dt demeura long-temps à la cbaioe, où il endura beaucoup de maux ; car despuia il ne fut jamais bien sain ; et après il Fut rachepté et se mit aux guerres du Piedmont , èsquelies il se fit si Inen signaller partout où il se i^lloit trouver, qu*ft la battaille de Gerisoles il fut conducteur et principal chef de la cavallerie légère, qu'il conduisit si bien, et la mena si à propos à la charge, que Ton en vit l'cfFect que les histoires en content sans que j'en parle , et y fot prisonnier. En ceste carte que j'ay dict cy-devant (où est pourtraicte ladicte battaille) avoir veu au cabi* net du feu roy d'Angleterre , il y a en un endroict, près d'un bois, ce mot d'escrit : c Icy «estoit le sieur de Termes, qui, rendant un

grand combat avecqaes sa cavallerie légère, a est porté par terre et faict prisonnier. » j

M. IVAUSSUN.

On disoîl de luy en Piedmont : «Sagesse de a Termeset hardiesse de d'Aussun. » L'Espaignol de mesmes en disoit autant : «Dieu nous garde «delà sagesse de M. de Termes elde la prouesse «du sieur de d'Aussun,» qu'on tenoit dès ce temps-lâ un très vaillant et fort bacdy et hâi^ sardeux capitaine.

Sur ce, j'ay veu Aire des demandes à la courparmy nous autres, auxquels d'eux fm eust mieux aymé ressembler , et ce qui est plus souhaittaUe, ou la sagesse ou la hardiesse, ea un homme de gaerre.Gertainemeiit eft us jeune homme la liardiease est plus convenable que la sagesse ; car jamais jeune homme sage, et qui a voulu poiserles hasards et les dangera, n'a esté tant estimé comme un fol, bardy et hasardeux ; mais après qu'il a passé ses feux et premières fîiries, il est bon quil se fhsse sage, t^N veut estre estimé capitaine et se rendre capable d'avoir des charges de son roy. Toulesfois si ne Cint^l pas qu'il fasse tant du retiré et du sage, qu'il n'aye de reserve quelques vieux coupa du passée de follie et hardiesse , pour les entremester aveeques la prudence et sage conduicte an besoin; autrement la guerre nVfn vaudra rien.

Voylà pourqnoy les RomaiK «stoient heu^ reux en guerre contre Annibal , d'avoir Tespée et le bouclier, Fabius Maximus et Marcellofi ensemble. Mais plus heureux sont esté les empereurs, les roys et les grandes repabliquc», qui ont eu en leurs Iteutenané generaut la sagesse de Maximus et la hardiesse de Marcel*lus en un mesme corps; car autrement, coiti'bien en avons-mMM veu et leu, qui, ayant ce^ deux qualités séparées et disjohictes d'un mesme corps, n^ont Met de si grandes expéditions comme bien jolnetes et assemblées! Nous en avons force exempU» des aneMM , qefi nous en crèvent les yeux , et des modernes eu<> cor autant. Sans les chercher aMeura, vous en trooverex en ce livre parmy ces enpiluinesque j'ay nombres; et par aînsy je veux conelùret que la sagesse de M. de Terme$ ne luy a empesché nultemevt <m'il n*eusk heauc»H» de bar

die.<(se, el qu*il ne la mist en œuvre lorsqu'il Falloît, comme il Ta bien monstre; aussy M. d'Au88un,qui ne laissa de se monstrer sage capitaine en la nécessité d'une grand affaire et d'un combat, avecques sa grande hardiesse, mats non pourtant comme son compaignon.

Voyià ce qu'on en disoit à la cour et au eamp lorsqu'il mourut, qui Fut à la battaille de Dreux, où il estoil l'un des mareschaux de camp, choisy quelque temps avant par le roy de Navarre, qui le sçavoit suffisant, et l'aymoit pour estre de Bigorre son vassal , encor que j'en sçay quelques uns des principaux de l'armée qui ne l'y vouloient recevoir, pour ne l'avoir jamais veu hire ce qu'il sçavoit; car il n'avoit jamais guieres bougé des guerres du Piedmont, où il avoit pourtant si bien Faict, que, par sa valeur et hardiesse , il estoit parvenu peu à peu à de beaux grades.

Il Fut premièrement capitaine d'une compaignie de gens de pied au royaume de Naples, où il monstra belles preuves de son hardiesse; puis aux conquestes et la garde de la Savoye et du Piedmont; puis eut des chevaux légers et une compaignie de gens-d'armes, chevallier de l'Ordre du roy, gouverneur de la ville et chasteau de Thurin : belles reoompences certes, dignes de son hardiesse; laquelle il monstra à sa mort encor plus belle et grande qu'en sa vie, car , le malheur luy estant arrivé de Faire en ceste battaille une retraicte plus viste et Fuyarde qu'il ne fiilloit« et dont il n'avoit jamais donné subject à la Fortune de la luy prester telle ce coup, puisqu'elle ayde tousjours aux vaillans et hardys, estant revenu à soy, et ayant repris ses esprits, conceul un tel crevecœur en soy, qu'il en mourut et esclatta de despit et regret; dont il n'y eut aucun de l'armée qui ne le regretast Fort, comme je le vis, et ne le louast plus que s'il Fust mort dans le champ de battaille : j'en vis dire de belles paroUes à M. de Guyse. Bel exemple certes , dans lequel se doibvent mirer les grands capitaines et vaillans hommes de guerre, quand ils Font de telles Fautes! mais il y en a beaucoup qui ne s'en soucient guieres ^.

* LemuamaHSm offre id uns page oompléteineDt efl^Mée ; mais en le comparant avec le maouscrit 120 à rariicle d*Aiuian, je puti le restituer de la maoière la plus complète. Voici ce morceau :

«Et en font dei efflrontèi, la tarte levée en haut et tm-

Un autre vieux capitaine et ancien chevallier, et qui d'autres Fois avoit très-bien ftict,mais là très-mal , et qui avoit feict comme d'autres , et le publioit-on divulguement , estant en la table de M. de Guyse , un jour amprès qu'il Fut de retour, non de la chasse, mais de la Fuitte, ainsy qu'un gentilhomme (car je vis cela) discouroit à M. de Guyse de quelques incidents particuliers qu'il avoit veu, et en disoit très-bien , ce vieux capitaine Fut sy impudent de luy dire : oMon gentilhomme, vous en «dites trop : dont il me semble que vous «estes plus amusé à voir jouer l'esbat que le «jouer vous-mesme, car vous en parlez trop «bien.» Le gentilhomme respondit : «Mon- «sieur, sans vous Faire tort , j'ay Faict l'un et «l'autre. » Dont M. de Guyse, qui estoit Fort sage, baissant un peu la teste, changea de propos; mais ceux qui estoient devant cognurent bien que volontiers il eust dîct : «Et que «veut dire cest homme-là? je crois qu'il n'a «point de sentiment. »

D'autres y eut-il qui ne Fuyrent pour pea de chemin , mais de six à sept lieux , voire plus (au diable l'un qui en est mort de deuil) ; mais ont fiaiict aussy bonne et hardye troigne et contenance, comme s'ils eussent gaigné eux seuls la battaille. Aucuns sont morU despois ; d'autres vivent encor, qui , se fians au temps , qui consomme et eFFace toutes choses, croyent Fer-

pudens, comme t^itt eussent faict un acte mémorable. Il me sourient qo*à ceste battaille de Dreux , il y eut force fuyards, autant de {grands seigueurs et capitaines comme de petiU , mais au diable Tuu qui en mourut de tristesse ni â qui le fiel crerast J'en cognois un, qui vit encor, qni lors avoit une compaisnie de cinquanie hommes d*arme8, que fuist fort bien et assez loing. Au bout de deux jours qu'il retourna au leurre dans le camp, M. de Martigues, Tadvisant aux pieds, luy dii impudemment devant tout le inonde :— « VoyIà de beaux et fort bons espérons et la meilleure mollette que je vis jamais. N*en avez-vous point une paire de pareils dam vos coffres pour me donner, ou ceux-là mesmes? » L'autre n'en fit qu'un peu la mine rouge , et luy dit qu1l luy en donnerait une paire toute pareiUe. Du despuit je l'ai veu braver et faire du glorieux et du mal content de n'avoir eu de son roy une charge qu'il demandoit comme s'il eust mérité, iiur ce pouruuit il faut practiquer le proverbe ancien :

Tout homme qui porte lanœ et femme qui porte e.. Ne se doiht moeqner de ion compaignon.

Car il n'y faut qu'une heure malheoreuie •

M. D'AUSStIN mement qu'il n'en fut jamais parlé et que cela ne fut jamais, et parainsy se pavannent et piaffent comme roy des poix pillés, aui jeux et farces de jadis, fiiictes en l'hostel de Bourgongne à Paris.

A la battaille de Cîoutras, faicte de nos jours tout frais, il y en eut force aussy, des plus fringans et tendeurs de naseaux , qui en firent de mesmes; et qui leursembloit advis qu'ils n'y seroient jamais assez à temps a vecques leurs courtes journées et courtes traictes , menassans les huguenots, bravans, faisans des rodomontades plus que ne fit jamais le capitan Ruyna à rendroict de Zanny ou Pantalon; et dès la première charge ils prindrent si bien la chasse et la fuitte, que deux heures après ils arrivèrent aucuns à Aubeterre, lieu de seure retraicte, aussy estonnés que trépassés, à ce que m'ont asseuré force personnes qui les recueilloient et leur faisoient le bien-veniat;.encor ne s'y pouvoient-ils asseurer, tant le poux de la peur les baltoit. D'autres se sauvèrent en d'autres places, lesquels n'estoient pas plus asseurés les uns que les autres (au diable l'un , qui en a esclatté de regret), mais laissans couler tout doucement la rougeur ^

M. d'Alançon, tout grand qu'il estoit (car les grands ont ce privilège de passer mieux ces fautes que les petits), n'en fit pas ainsy après la battaille de Pavye, que le regret, par semblable bute, gaigna de telle façon qu'il l'em-

porta à la mort; dont il en fut fort loué». Son grand et brave ayeul le comte d'Alançon, à la battaille d'Azincourt, esUnt en la meslée, se poussa si advant qu'il rua un grand coup d'espée sur l'armet du roy d'Angleterre, et du coup luy abattit une grande partie de sa couronne, en criant : «Je suis le comte d'Alançon I» Mais il fut incontinent environné des archers du corps du roy anglois Henry, qui, contre la volonté de leur maistre , le mirent à mort. C'estoit un traict, celuy-là, digne de glmre^lAh! que l'honneur d'un chevallier, d'un capitaine et d'un homme de guerre est précieux'! A quoy doibvent bien regarder nos gens de guerre quand ils sont aux battailles, aux combats et aux rencontres, et aux gardes des places qu'on leur donne, qu'ils ne les combattent opiniastrement, et les deffendent comme ils doibvent, et ne les abandonnent, ou ne les laissent par quelques capitulations bien à propos^.

' Ici le manufcric S772, offre un passage raturé de manière a le rendre illisible; mais je puis le restituer k l'aide du manuscrit 120 qui n'était pas destiné au public. > Mais laissans couler tout doucement la rougeur de leur honte sur le corps, se sont despuis asseurés et nettoyés leur front de la vergongne qu'ils y aroient et leur faisoic porter bas, qu'ils Tont maintenant la teste haut levée comme gallant qui portent une plume de coq sur

un bonnet rouge. Semblables à plusieurs yieilles p

qui ayant estées trouvées et surprises sur le falot , se Toillent pour un peu du yoile rouge et de verecondie, mais amprès qu'aucuns couru jours ont passé dessus et rasé quelques marques de mesmoire, les voylâ aller leur teste haut esleyée comme si elles n*y eussent jamais touché. Que j'en ay veu en ma rie de telles galantes, et de foules qualités, ensemble de ces hommes et de toutes qualités aussy, qui ayant fsict de telles fautes lourdes et ignominieuses, n'en ont pas foict plus grande contrition ni repentance, ni recherché la tristesse, et prié bien â eœur pour en mourir I Si jen roulois faire un discours et les nonunef particuiieremcDt , le Utre seroît par trop gros.»

* La rature dn manuscrit 8772 est illisible, mais le manuscrit 120 nous Tient en aide , et on lit en marge , de la main même de Brantôme : Ce prince Ajst esté plus honnoré s'il eust faict de mesme que fit son grand et brave ayeul, le comte d'Alançon , àU balUille d'Azincourt, qui, esUnt en la meslée, etc.

' Les manuscriu 8772 et 120 ajoutent : tCe n'estoit point se desguiser ny cacher son nom, comme d'autres qui le font.»

' Les mêmes manuscrits ajoutent : < Car si la moînore tache de poltronnerie tombe sur Iny, il ne s'en peut ja* mais laver que par ces traicu de mort que je viens de

* Les deux manascriU dtés plus haut ajoutent : ■ Dent II me souvient qu'aux seconds troubles , ce fieu roy Charles envoya un capitaine dans une place, que je ne nommeray point de peur de descouvrir le moumonL II avoit esté en son temps un grand fondant, un grand bravasche en predicament, et surtout un grand renieur de Dieu. On lui donna à garder ceste place ; et le pourveut-on d'hommes et de munitions de tout ce qu'il faN loit. Vient un petit camp voilant des fauguenou qui le vint assiéger. Il rendit la place dans huict jours sans gaster ses poudres, ni munitions, ni les jeter dans l'ean ou reuraicts, de peur que l'ennemy s'en presvalust ; ains les luy donna toutes saynes et entières , qui s'en servit urès-blen puis après contre nous en on grand siège qu'ils nous vindrent fiiire. Qui fût estonné? ce ftat le roy, car lorsqu'il partit II luy dit, en reniant Dieu , que quand leUe place seroit prise , qnil se tinst tout asseuré qu'il oyrolt dire qu'il estoit mort Ce Ait luy qui en sortit sayn et sauf , mais pourtant qui ne comparut point silost ; mais laissant apostumer la playe et ftiire son ef* fiect, jusqu'à ce que , s'estaat retiré en sa maison pour prendre un peu d'air et ftiire emporter dans le vent ce bruit qui s'en estoit ftict de son desponansnt, il vint 4 la

Le vieoftite tfUia, qui commandoit à Tarmée de mer à La Rochelle, lequel moarut de :ri8te88e pour avoir veu de ses yeui eulrer C68(e barque chargée de poudre qui fut la perte pour oouB de ceste ville, car ila n'en avotent plus; et tottteafbis lediet vicomte n'y avoit nul tort ny feule, car il a'y a à prévoyant qui n'y fust eêté trompé. J'en fèray ailleurs le conte et de la valleur de cedict vicomte.

Venons des grands aux petits exemples, oomme fit à Rome, il y a bien trente ans, oti brave et très*bon tireur d'armes qu'on appelloit Bartholomée d'UrbiU) en un traict qu'il fit^ dont J'arrivay à Rome pour la seconde fois un an aprts, qui me fut raconté, et lequel est eo^ cor aiûourd'huy en vulgaire aux vieux, qui les y voudra interroger. Ce Bartfaolonée d'Urbia doocques fut en son temps, en Italie et à Rome, u0 trte-bon tireur d'armes, et si bon qui! em«porta la vogue par déasus tous tel antres d'iu^ lie. Il vint à si bien apprendre et rendre si bon maistre un jeune gentilbomoie miUnoois ,

conr au bout de six moii, (fu^oti se donna ta ^arde qu'on le vist paroisire danx le Louvre à la cour, faire une centaine de passades avecitues un de ses atnys, courtisan, et ayant à sa suite cinq ou six de ses capitaines malotrus n hisociés en la garde de cesie place, attendant que le loy tortisl de u chambra; â qui U alla raiiN! la révérence. Son maistre luy donna la petite accolade légère en pas- Mot , et puis Is gallanc ftt bonne mine, comme si jamais n'en fusl esté noureUS. Et estioM tort cinq ou sia cour* lisans enssmble, qui en Tismea le passe-temps et en dismes nostre mot. Luy faisoit bonne mine , mais non si (îere que le passé , ny ne juroit pas tant Dieu. Aussy du despuis il a'esvaDouit de U cour où ses poudres estoient mieux «sveniées qu'au paya et en s« maison : et là il acheva ses jours gaillardement, aans souvenance de la faute passée. G'estoit luy qui disoit advant cela souTent» et luy ay veu dire : que s'il avoii Esict autant de service à Dieu comme il avoit faict ou roy S qu'il seroit au paradis ; viswn visa de luy usant de ces mots scandaleux. Et Dieu açait quels services tels quels et legiers, k node de eapilaines vollana. Hal que j'en feroia uihe douxaine de pareils contea de oeatuy-cy ! Mais oestuy-cy fera pour tous » et f^ tous les outres passer pour bar^ dot* et Mrs dire au monde qu'ils n'ont rhabillé leurs SbuIbS) oorome messire d'Alançou, ny M. d'Auasua, ny le vicomte d'Uiaqui oommandolt à l'armée de mer S La Rochelle, lequel» etc..»

Dana la manuaorit 8772| toutea ces ratures» qui intéressaient l'honneur militaire» éuieat compléleineitt il- Kaiblea. Le manuacrit 120 tnet en état de combler cea

« Shahapeare, dans ta tragédie d'Henry VU! » a de magnl* flquca vers sur caHepeuiée qoni met dans lahouriiedn cardinal WoHey au naoBMBt ds ta dl«srâae.

> Niais.

qu'estant en telle perfection il s'en retourna en son pays , où estant se mit à tirer des armes et ftire des assauts contre un chascun, qu'il emporta le prix, et nul plus n'osa tirer contre luy; adjoustant à ce qu'il avoit appris quelque chose de plus de luy par son esprit gentil et continuel eiercice et expériences qtfll Faisoit tous les jours ; dont il en prit une telle présomption et outre-cnydance, que, ne se contentant de se battre contre l'un et contre Tautre et emporter Thonneur, il projecte (tant il est glorieux) de se battre et tirer contre son maistre; et pour ce, part de Milan un an après , et s'en va à Rome; et arriva si à propos Un jour que l'on feîsoit assauts et jeux de prix fort solemnels â l'escole de son maistre, où tout le monde est receu. Il se propose de tirer contre son maistre, qui le prend au mol ; et tous deux, ayans faict trois assauts , la fortune fût si grande pour le disciple, qu'il donne an maistre deux estocquadcs franches, dont de dcspit il rompt son cspée , la jette contre terre, se maugrée, déteste ciel et terre , conçoit en soy opinion de ne plus vivre, sonfje quelle mort se doibt donner. Puis, comme forcené et hors de sens, on le voit de sang froid, mais pourtant tout colère et transporté, prendre sa cappe , et sortir de sa maison , plusieurs de ses escolliers le suivant loing , gronder et murmurer qu'il n^cstoit désormais plus digne de porter armes, veu que son disciple l'avoii battu, ny de plus vivre puisqu'il estoil deshonnoré; et, quelque consolation qu'on luy doanast,sans faire semblant de rien , et ses escolliers et amis qui estoient auprès de luy n'y prenant garde, en prononçant ces dernières parolles^qui furent; «Non, je ne veux plus vivre, adieu.» Il se précipite du haut du pont de Sixte en bas du Tybre; et le vit-on misérablement noyer. Quelle humeur, quelle resolution et quel courage d'homme ! Ce traict ne tient pas du chrestien : car il ne nous est permis de partir de la garnison de ceste vie sans le congé du grand eapitaine, qui est nostre souverain Dieu; et pour ce ne debvons louer aft mart : maie le courage et l'aame généreuse sont dignes de toutes louanges.

Nous avons vea en noslre France qoasy un pareil irakt du capitaine Ikutefort, gentilhomme de Perigord,dont je parleray encor

M. D'AUSSUN.

ailleurs, frère da ftu Haotefort, qui moorat à Pontoise en ces dernières guerres. Gé eapltaine Hautefort doncques, au voyage d*Allemaigne, vint à avoir une querelle contre un genUIhomme nommé Perelongue, Gascon, elvindrent à mettre la main à Tespée, dans le quartier de la compaignie de M. le connestable, où Icdict Hautefbrt Testoit allé chercher; qui estoit par trop de presumption lors d'aller chercher son ennemy en son quartier; mais il y eut quelques honnestes gentilshommes qui les séparèrent. ToutesFois le malheur fut si grand pour ledict Hautefort, fust ou d'autres qui le séparèrent, ou de son ennemy, qu'il fiit un peu blessé, le moins du monde, en une main, et avecques cela fallut quHI se retirast soudain. Il le fit appeller par le capitaine Bourdeille , mon frère , parce qu'ils estoient grands cousins, grands amis et grands confédérés dès te Piedmont, d'où ils estoient les rodomonts. M. le connestable le sceul , qui, sur la vie, fit faire deffencc à l'un et à l'autre de ne se battre; et le fît , tant pour une règle de guerre que parce qu'il soustcnoit Pcrclongue, qui esloit Sun gendarme, ou qu'il ne le croyoit si bon tireur d^armes que Hautefort, ny si adroict comme ou disoit, ainsy qu'il en avoit faict preuve en Escosse , comme je fay conté en un coing de ce livre. Le capitaine Hautefort , pour sa blessure et pour la defFence faicte , voyant que sur le coup il ne pouvoit avoir raison de son homme , il prend en soy un tel desdaing , il ronge en son cœur et en son ame un tel despit et chagrin, que, quasy transporté de son bon sens, se desmet de ses beaux habillemeus (car il aUoit (ousjours brave) , et prend ceux d'un de ses moindres valets, et, ny plus ny moins que nous lisons de Rolland le Furieux , lorsqu'il devint tel , qu'il fuit les cornpaignies, hante les champs, vagabonde parmy les bois; et quand ses amis luy pensoient remonstrer ce qu'il faisoit , et l'appelloient capitaine Hautefort : «Qui, moy? respondoit-il, je cne suis point le capitaine Hautefort; je suis «le plus grand maraut de ceste armée. Le ca- «pitaine Hautefort n'a jamais esté sans ses «armes : à ceste heure vous ne m'en voyez «plus (car il les avoit jettées) pour me croire «indigne de jamais n'en porter, puisqu'un tel , c impareil à moy, m'a blessé et n'en puis avoir

a raison.» Gca Termes luy durèrent quelques jours, jusqu'à ce que le temps ayant faict son debvoir à les faire à demy passer, un jour le capitaine Bourdeille , son grand amy, vint à hiy, qui les luy fit passer toutes, kiy remonstrant (à mode que la belle Bradamante se vit remonstrer à son bon esprit lorsqu'elle se you* lut tuer pour l'amour de son Roger) quil valloit mieux quils allassent tous deux attaquer une belle escarmouche devant Yvoy, où ils estoient, et se monstrer à son roy en brave estât de luy ftiire service, et y recevoir ou une belle playe ou une mort honnorable, que de faire ceste vie fantasque en attendant le jour de sa raison. Il creut mon frère. Tous deux montèrent i cheval , vont attaquer leur escarmouche, se battent et se meslent ; dont Hautefbrt fut tué et mon frère blessé , et son cheval tué entre ses jambes. Il se retira tellement quellement, avecques un grand regret d'avoir perdu son bon cousin et compaignon d'armes. J'ouys faire après ce conte à mondict frère au retour de ce voyage , qui s'estoît faict porter en lictiere à Paris pour une autre grande harquebusade qu'il avoit receue en la ville de Gimay dans une espaule, dont il cuyda mourir. J'estois lors fort petit au collège, et retins fort bien ce conte; et l'ay ouy confirmer despuis â plusieurs autres gentilshommes et capitaines. Voyià de terribles humeurs de personnes, lesquelles on ne sçauroit tant blasmer qu'on ne loue d'advantage leurs cœurs généreux et nobles âmes, pour ne vouloir consentir ny souffrir en elles nulles taches salles de leur honneur : ce sont des coups de bastelleurs que tout le monde ne fait pas.

En ce discours j'ay ouy faire une demande et dispute, à sçavoir mon : s'il est permis de punir des polirons qui ontfuy des battailles et combats et rendu des places par peur et poltronnerie; dont j'en ay vcu discourir h des plus grands théologiens , qui disoient que , s'il faut regarder à Dieu, ils n'estoient nullement punissables; pour quant au monde, ils s'en rapportoient i ce qu'il en pourroit dire; a car, disoient-ils, «Dieu ne tient-il pas les cœurs des hommes en a sa main , auxquels il met et imprime la vail- « lance, le courage et la peur comme il luy plaisl ? oPourquoy veut-on doncques faire un homme «plus vaillant que Dieu ne Ta faict? Ou que si

« Dieu Pa f aîct vaillant de sa naUire et naissance, «bien souvent, pour ses forfaicts et fautes , luy «oste le comr et ceste hardiesse ; si que cela s'est aveu assez ordinairement, que les plus vail- «lans hommes du monde , et qui avoient très^ «bien faict, estre abandonnés de Dieu, telle- «ment que, saisys d'une peur, pechoient et faila loient en uneextresme poltronnerie (ainsy que a j*en ay veu et allégué des exemples) : et en «cela sont les miracles et volontés de Dieu de a les punir ainsy, car aucuns y en a-il aussy qui «sont si presumptueux de leurs vaillances et «de leurs bras, qu'ils leur attribuent toute la «gloire, et non à Dieu. Ainsy, par telle ma- «niere. Dieu les punit : en quoy telles gens se «doibvent toujours bien recommander à Dieu, «qu'il leur veuille maintenir tousjours ce don «de vaillance; et trouve-on qu'il n'y a gens au « monde qui se doibvent tant recommander à «Dieu et le prier que les gens de guerre, au «moins ceux qui ont atteint quelque grade et « perfections ; car il n'y a honneur au monde «qui soit lant subject à se casser et moins à se « remettre que le leur. D'avantage , si l'on veut «bien prendre au pied la saincte Escriture, il «est à présumer que Dieu n'ayme pas tant les «vaillans et hardysque l'on dirait bien, puis- « qu'ils ne sont destinés et proffès que pour « tirer sang et tuer; ce qu'il abhorre fort , et que «luy-mesme a voulu et dict quand on te « louchera à une Joue, pare l'autre, pour en ftaçolr de mesmes. L'homme vaillant ne sçau- «roit faire ce traict, et son ame hardye ne le «sçauroit permettre, ouy bien la poltronne et «peureuse. Aussy Dieu, en tels effects et expe- «ditions de guerre, prévoyant les grandes «cruautés cl meurtres qui se fairoicnt, retire la «bride par la peur aux trop grandes vaillances, «afin qu'elles ne faceot leur exécution cruelle. «Tant d'autres secrets de Dieu y a-il que nous «ne sçavons pas, par lesquels nous voyons à « plusieurs faire des poltronneries ; et , pour ce, «c'est à luy de disposer des hommes, de leurs «corps et de leurs âmes, et de les punir à sa «mode et selon son vouloir, et non au vouloir «des hommes. D*avantage, ce n'est point un «commandement de Dieu ny de son église que «de commander la vaillance en l'homme, «comme d'autres biens et vertus , auxquels, si «l'on pèche, ils sont punissables et de Dieu et

«des hommes, mais non pas pour avoir failly «en vaillance et vouloir contraindre un homme «à estre plus vaillant qu'il n'est; car Dieu ne «dit pas tu seras vaillant. Gela sent son «Turc et barbare, qui envoyent leurs soldats «et gens à la guerre à coups de baston. Cest «donc mal faict de les traicter ainsy; la façon «en est deffendue de Dieu , et la punition. Bien «est-il vray que si un gênerai ou un autre chef «d'armée , un capitaine ou un soldat, commet «une trahison à son prince, il est punissable, «car il manque de sa foy, il use de perfidie , il «fauceson serment, met en proye et au cous- «teau son prince, sa province et ses gens : c'est «un acte très-meschant; Dieu l'abhorre , et or- « donne aux hommes la vangeance et la punition «très-rigoureuse. 9

Tant d'autres raisons ay-je veu alléguer d'autres fois à ces théologiens, sur le subject de quelqu'un que j'ay veu une fois en telle peyne, dont je me passeray pour ce coup d'en mettre par escrit d'avantage.

Pour quant au monde, certainement ils soot punissables , car il ne faut qu'un poltron , ou deux, ou trois, en une battaille, qui du premier choc de la charge prendront l'espou vante; et se mettant à fuyr cryeront que tout est perdu , les autres s'enfuyront : voylâ une desroutte grande et une battaille perdue. Si les grands chefs ou aucuns chefs particuliers et capitaines en font de mesmes , encor pis , car chascun suit son chef et capitaine , comme on l'a veu en plusieurs battailles de nostre temps ; et ceste battaille perdue, possible tout le royaume ou tout Testât du prince pour qui elle se jouoit , perdu. De mesmes en est-il de ceux qui ont les places en garde et les villes dimportance , quand ils les rendent par poltronnerie et par peur, d'autant qu'il ne faut qu'une place bien soustenue pour soustenir tout l'effort d'un grand empereur ou roy, et l'envoyer à néant , comme fit M. de Guyse celuy de l'empereur Gharles devant Metz ; que s'il fust esté pris , la France eust eu beaucoup à souffrir. Tant d'autres et infinies raisons allèguent les grands sur les punitions, que je n'aurois jamais dict.

G'est pourquoy le grand roy François fit punir et desgrader des armes le capitaine Franget, qui rendit si mal à propros Fontarabie

M. D'AUSSUN,

après que M. du Lude Tent si bieo et si longtemps conservée et deffendue.

LÀ roy Henry fit aussy punir M. de Vervin pour Bonllongne. Fut pourtant après sa mort donné un arrest pour son innocence ; cependant il en patit, à tort ou à droict, cela s'est disputé long-temps : aussy le capitaine Sallignac pour le Gastellet; mais cestuy n*endura que la prison et la honte , et se sauva pour un peu de fiiveur de M. le counestable (ce disoit-on alors). M. le mareschal de Strozze, amprès sa routte, fit trancher la teste au seigneur Alto , comte, pour avoir rendu, et mal à propos, sans coup frapper, au marquis de Marignan , la ville de Lusignano en Toscane, de pusillanimité et faute de cceur. 11 fit aussy pendre le gnydon de la compaignie de la Mirande, pour avoir le premier tourné le dos le jour de la battaille, et avoir esté la première et principalle cause de la perte de ceste misérable journée , parce qu'il estoit le premier à la leste et première poincte de la battaille, et tournant teste en arrière, Fut cause que toute la cavallerie se desbanda , dont s^ensuivit la totalle perte de la battaille , car elle combattit très-mal et Fuit fort, pour practiquer là le proverbe italien, un bel nwrir tutta la vita onora ^

Nostre roy Henry dernier troisiesme , par la sollicitation de la reyue sa mère , fit constituer prisonnier le sieur de Saincte-Souline , pour avoir manqué au secours de son gênerai, M. de Strozze , à Sainct-Michel et à La Terciere, et son procès s'en alloit Faict , et en danger de mort , sans la laveur de ses amys , par lesquels il se purgea. J'ay ouy conter à M. Tadroiral le grand que s'il eust tenu sur la chaude colle celuy 1 qui rendit le chasteau de Luzignan aux troisiesmes troubles par unesimpfe sommation, la plus forte place de France, qu'il luy eust Faict trancher la teste; lequel j'ay veu despuis Faire aussy bonne mine que s'il Teust tenue un an entier : disant mondict sieur Tadmiral qu'il le fiiUoit traicter ainsy pour servir d'exemple à ceux qui, ne pouvans estre induicts par Thonneur à bien Faire, qu'ils le Fussent par la coniraincte du supplice, ou du deshonneur, ou du desgradement des armes.

* Due belle mort illustre toute la v.c.

* Le manuscrit 8772 nomme celui qui rendit le chAteau deLuzitfnaD Hiironben,

Aussy dict-on qu'il n'y a vaillance et resolution plus grande que d*un poltron, quand on luy a une fois mise et bien avant enfoncée dans l'ame, ainsy que j'en ay veu deux ou trois en ma vie, lesquels estoientsi poltrons, qu'ils aymoient mieux recevoir et endurer tonte injure et deshonneur, que venir au combat contre leurs ennemys; mais, à force de crier après eux et de leur mettre le coeur dans le ventre, se résolurent si bien qu'ils firent rage et vainquirent leurs ennemys, ny plus ny moins que Ton voit un canon ou une harquebuse, quand sa charge est bien battue et pressée de sa baguette, fait plus grand effort et faïussée que quand elle est par trop gaye. Il y a plusieurs de telscomplextionnés, qui de leur naturel ne sont pas trop hardys ny vaillans à Faire bien, mais veulent estre mastinnés , poussés , menacés et oontraincts, et après ont le diable dans le corps.

Il n'y a pourtant que les prouesses et actions qui procèdent de l'honneur naturel. Voyià pourquoy je loue fort ces Egyptiens qui , ayant esté preschéis et enivrés sur l'immortalité et béatitude de l'ame par leur philosophe, en Furent si ravys et curieux de sentir reffect, le plaisir et la joye, que la plus grand part d'eux (pauvres Fats qu'ils estoient !)se tuoient pour en venir là; si bien que le pays s'en alloit quasy despeuplé, sans pouvoir trouver remède de les en empescher, jusqu'à ce qu'on allast faire une loy et ordonnance : que quiconque se tueroit ainsy, aussy tost seroit après sa mort pendu ignomigneusement, et serviroit de spectacle vilain au peuple par telle penderie; dont ils se désistèrent : et ce que toutes les menaces et deffences n'avoienr sceu Faire, l'appréhension de l'honneur taché et vilipendé le fit.

LesEspaigDOls, si bonsmaistres de la guerre, font bien punir aussy les leurs qui Font de ces poltronneries; comme fit le duc d'Albe, et AlvarodeSando, qui fit pendre les principaux chefs qui avoient rendu au mareschal deBrissac Mont-Galvo mal à propos, et en Flandres aucuns des principaux du lerze de Sardaigne, qui Furent cau^e de la routte du comted'Arambergue. Tant d'autres exemples y a-il. Je ne parle point des Turcs, car s'ils Faillent, ils sont cousiumiers à perdre aussy tost la teste, voire la porter eux-mesmes au grand seigneur pour la leur Faire voiler.

^HOMMES ILLUSTRES KT GHANDS CAPITAIîSES FRANÇOIS.

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