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M. DE MONTLUG.
Or c'est assez s'estre égaré dans le grand chemia; ïy retourne et le bats et le trace comme devant. Je parleray un peu de M. de Muntluc, encor que son livre qu'il a composé Teiaite assez , en racontant tant de beaux actes qu'il a faicts en son temps , et que ce soit chose superflue que d'en escrire d'avantage; mais pourtant, d'autant que j'ayveu plusieurs grands capitaines le blasmer de quoy il se loue si fort qu'on diroit que c'est luy qui a tout foict aux guerres oà il s'est trouvé , et les autres rien , jusqu'à dire qu'il n'est pas possible qu'il en ait tant faict^ je dis qu'il se peut faire qu'il se soit si bien acquitté de tout, ou en partye, de ce qu'il dit, car il estoit un Gascon, brave, vaillant et bouillant ; et qui est de ceste humeur, il ne peut estre autrement qu'il ne fosse tousjours bien, s'il ne meurt à my-chemin. Sur quoy j'ai legueray le tesmoignage de M. de Guyse le grand, sur un conte que je vays foire de loy, que j ouys, et y estois présent.
Aux premières guerres civillcs, MM. de Caumont , quatre frères , estoient de la relligion et à couvert, sans porter autrement les armes, comme aucuns foisoient de mesmes, et les appelloit-on huguenote réalistes ; d'autres les appelloient polironnesques , et qu'on regardoit de mauvais œil plustost que les meneurs de mains et qui faisoient les Factions ; tant la vaillance a en soy de vertu de se foire aymer de soy-raesme ! Ces quatre frères doncques fovorisoient fort les huguenots et les retiroient en leurs maisons , d'où sortoient tousjours quelques insolences. Desquelles M. de Montluc impatient, les visita, comme il en parle en son livre. Sur quoy M. de Gaumont l'aisné vint à la cour pour s'en plaindre au roy et à la reyne, et le peindre pour le plus grand larron, volleur et massacreur qu'il en fust point ; et en demandoit la raison, laquelle Leurs Majestés remettoient tousjours de jour à autre, jusqu'à ce que M. de Guyse, après la battaille de Dreux, vint à Blois pour baiser les mains au roy, où Sa Majesté se rendit aussy. Un jour entre autres , ain.^yqueM. de Guyse eut disné publicquement eu sa table degrand maistre. a vecques force vieux
capitaines, grands et autres gentilshommes, voicy M. de Caumont qui luy vint dire qa'il luy Touloit dire un mot s'il luy plaisoit. M. de Guyse, se doubtant de quelque diose, se leva et luy dit, si c'estoit quelque chose qu'il voulusC que tout le monde le sceust, ou de secret. L'au* tre luy respondit qu il ne s*en soucyoit pas que tout le monde le sceust et l'ouyst : et pour ce, M. de Guyse approchant de la fenestre de la saile , il dit à ceux qui estoient là presens : a Approchez TOUS, messieurs; » et puis presta fort librement l'audience à M. de Caumont. Il com* mença à luy demander raison comme lieutenant de roy, et à déchiffrer M. de Montluc comme il voulut, et de plusieurs sortes d'ainjures, el mesmes de ses voUeries, rançonnemens , pille* ries , meurtres et cruautés. Il y eut M. de Gharry qui ne se peut tenir, et dit : « Monsieur, je suis cicy pour maintenir M. de Montluc, et comme Cl la maison de Gaumont, passant par deux fois a devant avecques mon régiment, m'a faict tirer csept ou huit mousquetades, et m'ont tué et ablesséde mes gens.» AinsyqueM.de Gaumont luy voulut respondre, M. de Guyse soudain dit à Gha rry : « Taisez-vous, Gharry, je sçay comment «prendre la parolle d'un homme de bien et a serviteur du roy, comme Montluc, en son ab-» «sence. Poursuivez, monsieur de Gaumont ;d qui, après avoir allégué force calumnies contre ledit sieur de Montluc et demandé raison de luy, se teut. A qui M. de Guyse respondit seulement : d Monsieur de Gaumont, jem'esa tonne comment vous demandez raison d'une «chose dont vos desportemens vous jugent a et condamnent, lesquels le roy et moy avons «bien sceu; et toute la raison en cela que aie roy vous pourroit faire, ce seroit vons donaner la punition que vous désirez tirer de Monta lue, si vous estiez creu. Jem'estonne de mesmes «comment vous osez dire tant de mal de luy, «qui est un très-bon serviteur du roy, comme «il a tousjours monstre , et qui, de plus, est un «des bons et braves capitaines de son royaume , «et qui a foict couler plus de sang en servant « tous les roys ses maistres que vous et vos trois « frères n'avez foict de gouttes ; car un chaacun «sçait, et l'a-on veu, que vostreespée, que «vous avez là (en la luy monstrant du doigt), «et celles de vos frères, n'ont jamais saigné «homme; et toute la différence qu'il y a entre