‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 188 sur 267 · LE BARON DES ADRETS · texte numérisé non relu

LE BARON DES ADRETS

aMontluc et tous autres, est qa'il mérite beau- «coup et vous autres peu, et que vous autres «restes plus riches de bien que luy, et luy plus «riche d'honneur. Par quoy vous devriez avoir «honte d'avoir mis en avant toutes ces calum- « nies contre luy que venez de dire ; et pour ce, ■ une autre fois, corrigez- vous en.» Et là dessus M. de Guyse brise et s'en va trouver la règne. Il entendoit par les trois frères de M. deCaumout, M. fabbé de Glerat , qui despuis la mort de son frère quitta la robbe longue et prit Tcspée, et espousa madame la mareschalle de Sainct-Ândré, qui pourtant estoit un fort honncste gentilhomme; fautre estoit le seigneur de Feuillet, marié avecques madame de Brisambourg en Xainctonge, honneste gentilhomme aussy ; et le quart , M. de La Force, qui es()ousa madame de La Force en secondes nopces , vefve de feu M. de La Ghastaignefaye mon oncle , esgal en biens à mondict oncle, mais inesgal certes en vaillance, courage et beaux faicts, encor qu*il fust bien mettable gentilhomme. Il fut tué au massacre de Paris, et son Ris aisné avecques lui, dont madame de TArchant leur demy sœur, fut iniquement et injustement accusée, et cestuy-cy qui vit aujourd'huy, laissé pour mort près de luy ; mais il se sauva dans Tarsenac chez M. le mareschal deBiron : et fust esté grand dommage, car il est un honneste gentilhomme et bien advancé en grades près de son roy, tout huguenot qu'il est. On s'estonna fort des parolles que mondict sieur de Guyse proffera ce coup là audict sieur de Gaumonl , car c'esloit le seigneiir du monde le moins injurieux et offençant ; et luy mesme le dit bien le soir après, et qu'il avoit ainsy parlé en despit de luy et contre son naturel; mais il lui faschoit fort d'ouyr ainsy parler et detracter d*un si homme de bien que M. de Monlluc, et pour ce coup varia de son naturel. D'autres s'estonnerent aussy de M. de Caumont , que, nonobstant que M. de Guyse Teust ainsy accommodé, montant à cheval dès Theure mesme pour aller devant Orléans l'assiéger, M. de Caumont Talla conduire une lieue loing, et, en prenant congé de luy, Tasseura qu'il luy estoit serviteur; et M. de Guyse Tcn remercia bien honnestcmn ! , et s'offrit à luy, et qu'il estoit à son comiiiaiidciiieiU. Et en s'en tournant à Blois, un quart de lieue après avoir laissé M. de Guyse, il rencontra le capitaine

Hautefort, avecques force autres capitaines ses compaignons, qui suivoient M. de Guyse. Ledict Hautefort soudain mit la main à Tespée, et luy donna un grand coup sur la teste , et sur ce mesme subject dont il avoit parlé que ses maisons n'avoient point faict la guerre; et Flautefort disoit que si , comme Gharry l'avoit dict, et qu'on luy avoit tiré et blessé de ses gens en y passant auprès. M. de Caumont dit après qu'il avoit esté blessé par supercherie, et ledict Hautefort le nya; dont, et pour le coup et pour les parolles , en sortit si grande querelle qu'enfin Hautefort tua Caumont dans sa maison , par l'intelligence et menée du capitaine La Pezic, très-vaillant soldat et déterminé Perigordin.

Voyià le bon office que M. de Guyse fit à M. de Montfuc en prenant si bien la parolle pour luy. Aussy l'aymoit-il fort ; mais il le t( noit trop bizarre et incompatible, et qu'il ne le falloitguieres hanter qui le vouloit aymer (disoîlil), comme je luy ay ouy dire. Il servit pourtant très-bien le roy en ses premières guerres civilles : aussy y gagna-il très-bien la pièce d'argent; et luy, qui anparadvant n'avoiî pas grandes finances , se trouva à la fin de la guerre avoir dans ses coffres cent mille escus. Dont pour cène voulut avoir la toialle exterminai ion des huguenots (disoit-on), d'autant qu'il tenoii ceste maxime : qu'il ne ftilloit jamais abattre du tout ou desraciner un arbre qui produisoii de beaux et bons fruicts. Il fut fort cruel aussy en ces! e guerre, et disoit-on qu'à l'envy ils faisoient à qui le seroit le plus, luy ou le baron des xXdrets, qui , de son costé huguenot l'estoit bien fort à l'endroict des catholiques; et di'^oit-on qu'il y apprenoit ses enfans à estre tels et se baigner dans le sang; dont l'aisné, qui despuis fut cal holique, nes'espargna pas à laSaincl-Bartheleniy, et un autre jeune qui fut page du roy. L'aisné mourut au siège de La Rochelle, en contrition du grand sang qu'il avoit respandu.

Page 1