LE BARON DES ADRKT
Aucuns alors faisoient comparaison dudict M.deMontluc et M. des Adrets, tous deux trèsbraves et vaillans, tous deux fort bizarres, tous
deux fort cruels, tous deux compaignons de PiedmoDt , tous deux Fort bons capitaines ; car, si peu que le baron fit la guerre pour la religion , il fit de très-beaux et bons exploicts de guerre soubs luy : il fit trembler le Lyonnois, le Forest, Vivarets, l'Auvergne, leDauphiné, le Languedoc, la Provance un peu, bref ce pays de par de là ; et le craignoit-on plus que la tempestequi passe par de grands champs de bled , jusques là que dans Rome on appréhenda qu'il armast sur mer, qu'il la vinst visiter, tant sa renommée, sa fortune et sa cruauté volloient par-tout. Et ne fit jamais si mal pour sa réputation, que, puisqu'il s'estoit mis en ceste dauce, bonne ou mauvaise, qu*il ne la continuast jusqu'au bout, sans changer de party et se révolter à Taulre; dont mal luy en prit; car, ainsy qu'il y branloit et qu'il fut descouvert, il fut pris prisonnier par MM. de Montbrun, de Mouvans, de Sainct-Auban et autres siens compaignons, qui pourtant tous luy obeyssoient et dcffèroient paradvant pour sa suffisance : et là fut la diffinition de sa réputation, car despuis il ne fit jamais si bien pour le party catholique comme pour le party huguenot. Voyez comme la fortune porte faveur à aucuns subjects plus qu'aux autres! 11 surpassa en cruauté M. de Montluc, quand ce ne seroit que celle qu'il exerça à la tour de Montbrison : ayant pris dedans cent ou six vingts tant soldats qu'autres par composition et sur sa foy, il les fit amprès tous précipiter du haut en bas et acravanter. Gela est escrit. Us s'excusoient tous deux qu'il falloit estre un peu cruel, et que la guerre le permettoit ainsy. Si ce baron eust faict pour le roy comme pour les huguenots , il fust esté mareschal de France, comme je l'ay ouy dire à la reyne, aussy bien que M. de Montluc, lequel, par ses grands services qu'il avoit faict à la France et à ses roys, le fut à Lyon lorsque le roy tourna de Poulongne, qui, voulant tendre à la guerre et point à la paix, envoya le mareschal de Rays en son gouvernement de Provance pour y faire la guerre et ayder à M. d'Uzaiz pour la faire en Languedoc M. le mareschal de Bellegarde, nouvellement faict , aussy fut envoyé à Livron en Dauphiné. Tous deux n'y firent grand brouet. Le mareschal de Montluc en Guyenne, sur la valeur duquel le roy se fiant, et sur ses beaux faicts du
passé, creut qu'en un rien il auroit exterminé les huguenots de par de là, comme de faict il avoit promis d'y faire tout ce qu'il pourroit de rage, et pis que jamais. Le cœur estoit bien encor entier et vigoureux en ce bon vieillard; mais ce bon bras et ceste belle force de jadis y failloit du tout : si bien que le roy luy ayant envoyé douze cens reistres et le régiment de M. de Bussy, qui montoit à deux mille hommes, et très-bons, il s'excusa de les prendre ny de faire la guerre, pour sa vieillesse, indisposition et aage caduc; et le vis quand il le manda an roy et à la reyne, et enchargea M. de Bourdeille mon frère, qui, en pensant faire quelque bon service au roy, le régiment de M. de Bussy se révolta soubs main, par la menée de son maistre de camp Bussy, mal content qu'on l'avoit failly de tuer à la cour, et qui voyoît Monsieur n'attendre que l'heure de partir de la cour pour prendre les armes. Et pour une nuict ce régiment avoit complotté de couper la gorge à tous les reistres et les piller. Et tout cecy conduisoit Sainct-Seval, grand favory de M. de Bussy, despuis tué à Anvers, un très-digne et très-habille homme de guerre; mais, par le moyen du sergent major, dit le capitaine Page, borgne, le tout fut descouverC à mon frère, lequel le révéla aux reistres, maistres et capitaines principaux, qui, despités, voulurent mettre tout ce régiment en pièces ainsy qu'il marchoit ; mais mon frère ne le voulut point et l'en destourna. Et, pour les contenter et obvier à tout, il prit des principaux capitaines aulheurs de l'entreprise, comme le capitaine Vintamille, le capitaine Maigret, le capitaine La Goste et quatre ou cinq autres, et les donna prisonniers à M. de Montpensier, à qui le roy avoit commandé de luy mener toutes les forces; car Monsieur estoit desjà sorty de Paris, et estoit en campagne armé. Toutesfois ils n'eurent point de mal, si-non les prisons de Poictiers, qu'ils gardèrent un mois; et moy je suppliay la reyne de les en délivrer, par la prière de mon frère , qui ne leur demandoit rien pour son interest, si-non pour celuydu roy. Les autres capitaines et soldats, après avoir remercié mon frère de la vie, se dcsbanderent, qui deçà qui delà , dont aucuns allèrent trouver leur maistre de camp, et d'autres non; car il y en avoit qui n'estoient nullement de consente, ains bons
M. DE MONTLUC
partisans du roy. Voyii poarquoy mondict frère fîit fort loué de n'avoir voulu ainsy desfaire et mettre en pièces totallement ce régiment , lequel Fut donné à M* de Lancosne, brave gentilbomme , auquel M. de Bussy portant despit et envie, luy fit la guerre, et un jour le surprit et Hiy desfit quelques gens , parmy lesquels se trouva le capitaine Page; et fut pris et mené à M. de Bussy, qui, le voyant , après ravoir appelle cent fois traistre et infidelle, luy voullut donner de Tespée dans le corps; mais il en fut empesché par quelques capitaines des siens, et par Icdict capitaine Page mesme, qui le pria de luy donner la vie, au nom de la personne du monde qu'il aymoit le plus. Bussy, frappé au coeur de ce root : tVa donques, dit-il, chercher « par tout le monde la plus belle princesse et «dame de Tunivers, et te jette à ses pieds , et la «remercie, et dis luy que Bussy t'a sauvé la « vie pour l'amour d'elle. » Tout cela fut faict.
ENCOa DE M. DE MONTLDG.
J'ay faict ceste disgression pour monstrer comme M. de Montluc, s'excusant sur son indisposition , remit toutes les forces entre autres mains, et oncqucs puis ne se mesla de guerre, et puis mourut au bout de deux ans , aagé de quatre-vingts ans et en aussy bon sens qu'il eut jamais. Il fut en Faage de soixante-onze ans blessé d'une harquebusade au nez , ainsy que lay-mesme alloit à Tassaut à Rabastain, faisant du jeune en cela comme lorsqu'il n'avoit que vingt ans. Quel cœur généreux qui ne se rendit jamais! Je luy ay ouy dire que s'il n'eust eu ceste blessure , qui estoit grande, il eust pensé estre invincible jusqu'à cent ans; mais elle ravoit bien miné et fort gasté sa santé; et le disoit à M. de Guyse au siège de La Rochelle un soir, dont j'en feray ce conte, car il est plaisant.
G'estoit donques le soir et la nuict que nous commançasmes à bastir le fort Sainct-Mai tin , qu'on nommoit Sainct-Martin à cause que le capitaine Sainct-Martin Brichanteau le gardoit avecques quatre compaignies qu'il avoit à luy. Ainsy donques qu'on y travailloit, sepresenU un soldat gascon sur le rempart, qu'on vit un peu
à la lueur de la lune, qui commança à causer en son gascon , et demander s'il n'y avoit point là quelqu'un de son pays à qui il peust parler. Tous les princes et seigneurs, pensans que l'ennemy sortist pour empescher la besoigne, et qu'on y mènerait les mains , Ton avoit commandé expressément que nul parlas! ny respondist. Toutesfois ce compaignon, pour parler et demander incessamment, importuna tant, que moy, estant près de M. de Guyse, je luy dis qu'il fist parler le Bernet , gentil soldat parmy nos bandes , qui n^estoit encor capitaine, et qui sçavoit bien parler et rendrait bien le change à l'autre , et que ce serait autant de plaisir. Ilscommancerent donc s'entre-saluer et s'entre-parler à qui mieux mieux ; car celuy de la ville parloit très-bien et tousjours son gascon; lequel, de prime abord, après quelques menus propos, luy alla demander ce que nous bastissions là , si ce n'estoit point la tour de Babel. Du despuis en après , nous prismes, au moins aucuns , mauvais augure sur ce mot de nostre siège, et qu'il irait en confusion , et ne fiiirions rien qui vaille, pour se confondre en trop divers ad vis et factions; et allegasmes souvent le dire prophetiq de ce soldat, qui, poussé par je ne sçay quel destin ou instinct, le profera. En après il demanda quels seigneurs et princes il y avoit là , et si M. de Montluc y estoit; l'autre luy respondit que ouy. Soudain il répliqua : a Et lou naz de Rabastain, comment « va ? » L'autre luy respondit que bien , et qu'il estoit encor assez gaillard pour faire la guerre à tous les huguenots, comme il avoit faict. « Ah ! dit l'autre, tousjours en son gascon , nous «ne le craignons guieres plus en son toure de « naz ; » car le bon homme en portoit tousjours un, comme une damoiselle, quand il estoit aux champs, de peur du froid et du vent qu'il ne l'endommageast davantage. J'estois près de luy quand l'autre paria ainsy, et dit à M. de Guyse que ce coup luy avoit bien porté du dom« mage, et luy fit le conte de sa blessure de C€ siège de Rabastain, et que sans ce coup il estrilleroit les huguenots aussy bien que jamais. Puis l'autre continuant ses propos, il va louer fort M. de Guyse , qui , après avoir tué son ennemy M. l'admirai, s'estoit contenté, et puis s*estoit monstre fort humain envers aucuns huguenots à la Sainct-Barthelemy et en avoit
deux trèâ-braves et vaillant geolilshommes, ne degenerans nullement à leur brave et valeureuse race : grand dommage du seigneur de Pompignan, qui, accoropaignant en Hongrie ce brave M. de Nevers, y mourut de maladie; mort peu digne de sa valeur, qui Tappelloit à une plus honnorable : telle estoit sa destinée; qu'y feroit-on?
Voylà la lignée illustre du pauvre M. de Montluc, laquelle il a veu devant soy toute mourir avant sa mort, qui fut une grande dessolation pour luy, avoir si bien engendré ses enfans, nourris, eslevés, poussés et agrandis, et tous se perdre au plus beau de leur aage et fortune.
Il eut deux Frères, Tun, M. de Lyoux et qu'on appelloit le jeune Montluc, qui fiit aussy un brave gentilhomme et fort babille. Mais qui Ta esié plus que les deux frères , c'a esté M. Tevesqne de Valence, fin, deslié, trinquât, rompu et corrompu, autant poursonsçavoirque pour sa praticque. Il avoit esté de sa première profession jacobin, et la feue reyne de Navarre Margueritte, qui aymoit les gens sçavans et spirituels, le cognoissant tel, le deffrocqua et le mena avecques elle à la cour, le fit cognoistre, le poussa, luy ayda, le fit employer en plusieurs ambassades; car je pense qu'il D'y a guieres pays en l'Europe où il n'ayt esté ambassadeur et en négociation, ou grande ou petite, jusques en Gonslantinople, qui fut son premier advancemenl, et à Venise, en Poulongne, Angleterre, Escosse et autres lieux. On le lenoit luthérien au commancement, et puis calviniste, contre sa profession episcopalle; mais il s'y comporta modestement par bonne mine et beau semblant : la reyne de Navarre Je deffrocqua ponr l'amour de cela. Ce n'a pas esté le premier qu'elle a deffrocqué, tesmoing son dernier prédicateur, qui estant jacobin, on l'appelloit frère Girard, après maistre Girard, et puis elle le fit evesque d'OUeron. De ces temps il y eut quelques evesques d'une voilée soupçonnés sentir un peu mal de la catholicque; M. de Montluc, evesque de Vallance; l'evesque de Uzays, de la maison de Sainct-Gelais, tous deux gentilshommes; M. de Marillac, evesque devienne; M. l'evesque de Rayonne , Lyniosin , de la maison du Fraizel, noble, long-temps ambassadeur
en Allemaigne; et puis l'evesque d'OUeron, maistre Girard < ; tous sçavans et grands personnages en tout pourtant.
Or, c'est assez parlé de toute ceste race bonne des Montlucs; si feray-je, avant finir, ceste disgression sur luy; et diray comme je discourois un jour avecques un grand capitaine de par le monde, et prince , du livre de M. de Montluc, lequel m'en dit de grandes louanges, tant de sa vaillance que de sa suffisance et de ses beaux eifects de guerre , le me disant pourtant |)ar trop vantard, bien qu'il eust faict plusieurs fautes en ses factions, dont il m'en remarqua deux fort grandes qu'il fit au siège de Sienne : l'une, dequoy il s'y opiniastra jusqu'à à l'extrémité, que luy ny les siens n'en pouvoient plus, et que certainement c'estoit un acte d'un très-vaillant et généreux simple capitaine et soldat, mais non d'un gênerai ny d'un guerrier consideratif et politiq ; car, puisque le roy luy avoit mandé expressément, par M. de La GhappelledesUrsins,d'adviserbienà ne réduire à l'extrémité sa ville, ny au dernier morceau, ny à la discrétion de ses ennemys et perle de l'bonneuretla réputation du roy (comme luy-mesmc confesse avoir failly en cela), il y debvoit autrementadviser qu'il ne fit; car si M. le marquis et le duc de Florence fussent estes aussy cruels et sanglans comme ils furent gracieux et courtois, ou qu'il eust eu affaire à de grands capitaines qu'on a veu sévères, rigoureux et poinctilleux, comme M. de Lautreq et d'autres, ou bien au pape Jules , vers lequel les Siennois ayant envoyé pour leur capitulation, ils en eurent fort mauvaise responce, leur reprochant leur obstination , et qu'ils se retirassent au duc de Fleurence et luy baillassent la carte blanche ; en quoy ne faut doubler que, s'il ne fust mort deux jours après , M. de Montluc et tous les Siennois estoient vendangés ou bien fricassés, quoy qu'il avoit résolu de donner la battaille dans la ville. Cela est bon , si le marquis n'eust sceu ses nécessités, famine et pauvretés, et les eust voulu emporter et assaillir de force ; mais, les sçachant perdus et à la veille de la faim et de la mort , il n'avoit garde de combattre des
( Il oublie ici les deux plus connus , Jacques Spitame, é?éque de Nevers, décapité à Genève, et Antoine Car raociol; évéque de Troyes, qui se déclara ouvertement protestant.
M. DE MONTLUC
gens désespérés qu'il tenoit la i^orde au col et à sa miséricorde : voyià pourquoy il ne debvoit se mettre ny luy ny ses gens si au bas , et eust mieux Faict et acquis plus d'honneur advant que combattre la faim ; cependant qu'il estoit en force et en vigueur, il debvoit capituler ou entre ouvrir quelque parler d'accord, etvoyr la composition qu'on luy eust présenté, ou bonne ou mauvaise, et selon cela l'accepter, ou du tout jouer à la desesperade, faire une furieuse sortie sur Tennemy , selon l'opinion de plusieurs grands anciens capitaines et modernes : qu'il vaut beaucoup mieux de s'advancer et tenter fortune où elle peut favoriser, que de ne la tenter point, et voyr devant ses yeux sa destruction toute apparente et certaine. Cestoitce que debvoit faire M. de Montluc, ainsy que fît en ce mesme temps le capitaine Bernardin, Corse, lequel, estant assiégé par André Dorie dansSainct-Florent, en C!orse, avecques d'autres, tant François qu'Italiens, et ayans tenus jusqu'à la totale extrémité de faim et toute nécessité , vindrent à composition avecques ledict prince Dorie, qui leur promit toute bonne guerre de bagues et vies sauves , fors au capitaine Bernardin , qu'il vouloit résolument avoir pour en faire à son plaisir. Ce que voyant, désespéré de sa vie, il se résolut, avecques une trentaine de ses meilleurs et résolus soldats, de sortir les armes en main , et de se sauver ou mourir bravement; ce qu'il fît; car, ayant combattu et forcé trois corps de garde l'un après l'autre, et tué force ennemys, ils eschapperent, bien sanglans pourtant et couverts de force playes; et se sauvèrent la plus part où estoit M. de Termes , lieutenant de roy, qui ne peut assez admirer la valleur et le courage de ces gens de bien. Ainsy debvoit faire M. de Montluc, ce me disoit ce grand prince, ou du tout sans venir à ce dernier poinct de la nécessité ou de la miséricorde; car lorsqu'on respiroît bien encor bravement, il est à présumer que luy et les Siennois en eussent obtenu plus advantageuse capitulation, par octroy de quelque espèce de leur liberté et de leurs privilèges, ainsy que moy-mesme je l'ay ouy ainsy dire dans Sienne à plusieurs honnestes seigneurs et dames de la ville; et aussy que la loy de la guerre le porte ainsy , de donner plustost miséricorde et faire grâce par pitié aux perdus
■BAIITOMI. !•
et abbatus,qu*âceux qui sont debout et ont encor les armes ^n main. Certainement, si M. de Montluc fust esté asseuré de quelques secours, ou du roy ou de M. de Strozze, cela alloit bien, etceste opiniastreté eust porté grand coup , et eust esté très-utile et honnorable : mais en estant désespéré, il falloit se contenter de la raison, et se résoudre à une utile composition, lorsqu'elle estoit à bon marché ; ce qui eust mieux mis à son ayse et en liberté ceste honneste republique.
Nous lisons que ce grand capitaine Marins, lorsqu'il fut envoyé contre les Tenions et Ambrons, au lieu de les combattre de prime abord, il se retint coy, contre son naturel pourtant , et temporisa, endura force bravades et injures de ses ennemys, et force parolies picquantos des siens propres, pourquoy il ne les menoii pas au combat. « Tout beau , leur dit-il ; nous ne «sommes pas icy pour gaigner des triumphcs, a des victoires et des gloires particulières, mais «pour sauver la republique romaine et toute «l'Italie; à quoy faut plus adviser qu'à vos «dires et généreux courages; lorsqu'il faudra «donner nous donnerons.» M. de Montluc de mesmes ne debvoit tant adviser à sa gloire particulière, qui fut grande certes , comme à sauver la republique de Sienne par une plus utile et commode capitulation que celle qui se fit par amprès, plus par pitié qu'autrement, et mesmes après avoir rendu de si beaux combats et faict de si belles escarmouches et soustenu force grands assauts, et principallement celuy du fort de Camolia, où les ennemys furent si bien frottés, et y ayans perdu deux fois plus de {fens que nous. C'estoit alors qu'il falloit parler d'accord, et, les armes braves en la main, capituler; si que l'ennemy, possible, en fust esté aussy ayse d'y entendre que de s'amuser plus au siège, sans plus tenter fortune ny les hasards à si mauvais marché; et alors ce fust esté le coup de la bonne capitulation. Et ce fut ce que M. le mareschal de Tavanes conseilla à Monsieur, frère du roy, après la battaille de Montcontour, comme j'ay dict ailleurs : «Nous les avons bien frottés, dit-il, à l'heure «faites la paix.»
Mais M. de Montluc ne se voulut contenter de la raison; ains voulut ret^nter fortune, tant il estoit avide d'ambition et de gloire; ainsy
qu'il y a eu et a tous les jours de grands capitaines qui ayment mieux un pouce d*honneur pour eux qu'une coudée de bien et de gloire pour autruy : bien contraires à Gatulus, collègue et compaignon de Marins en ceste guerre des Gymbres, lesquels, ayans passé les Alpes et s'estans monstres aux Romains, grands, hauts, effroyables et horribles, ils en eurent si grand peur sur le passage de la rivière de Lade, qu'ils mirent en fuilte et quittèrent le camp d'effroy, maugré luy; si que, voyant un tel desordre, il alla prendre renseigne de Taigle d'entre les mains de celuy qui la portoit, et luy-mesme marcha devant, la portant, afin que la honte de ceste retraicte ou fuitle tombast toute sur luy, non pas sur son pays , et qu'il semblait que les Romains suivissent leur capitaine et ne fuissent pas. 11 repara puis après ceste honte, car il gaigna la battaille et les desfii , où il eut bonne part de la gloire et victoire avecques Marins, voire meilleure.
Il n'y a plus aujourd'huy de ces capitaines qui voudroienl rougir et recevoir un tel affront pour le gênerai. Ceux aussy qui ont cognu M. de Montluc , brave et vaillant, et cupide d'honneur, voudroient bien jurer avecques moy qu'il eust mieux aymé crever de cent mille morts que faire ce traict , et eust pluslost choisy de jouer le personnage d'autres braves capitaines romains qui ont osié les enseignes aux fuyards et les ont portées au milieu du plus fort de la meslée et du combat. Il y en a eu, et s'en trouve tous les jours une infinité de simples et grands capitaines qui ont choisy et choisissent plustost ce party que celuy de Gatulus.
Je vous laisse doncques à penser si M. de Montluc eut toutes ces considérations à se desfaire de son honneur pour en garnir autruy. En tout pourtant il y a du mecUum; car on peut faire et Tun et l'autre. En quoy s'estonnoit ce prince, de quoy le roy Henry ne luy en fit une réprimande, ou bien M. le connestable quand il le vit ; car c'estoit un grand capitaine qui Gonsideroit et pesoit bien toutes choses; et mesmes qu'il oe faut jamais attendre le dernier coup de la fortune adverse, ny de la prospère non plus; car gare le revire-marion. Car il falloit, comme j'ay dict, jouer à la desesperade, sortir et mourir les armes en la main (possible qu'on en eust tué d'eux autant qu'eux des
nostres), ou bien capituler de bonne heure. Venons à la seconde faute , qui est de n'avoir voulu faire la capitulation de la ville , et l'avoir laissé faire à messieurs les Siennois; et s'estonnoit ce prince de son humeur bizarre, scrupule et cérémonie qu'il voulut observer en cela ; car il faisoit tort à son roy et à luy qui le representoit , et se devestoit de sa charge pour en vestir messieurs de Sienne; et mesmes qu'eslans subjects du roy, puisqu'ils s'estoient donnés à luy, et les aymoit et les tenoit pour tels , il les faisoit parler et taire le roy; il les faisoit composer, et luy son gênerai demeuroit muet ; il les rendoit supérieurs, et luy inférieur à eux; bref, il leur rendoit l'honneur qui luy appartenoit. Et ne fut sans cause que le roy Heniy, lorsqu'il luy discouroit ceste capitulation, luy dit qu'il s'estonnoit que le marquis ne t'avoit desfaict à la sortie , inférant par là que ses subjects ne pouvoyent parler ne composer pour luy, son lieutenant présent, comme le sceut trèsbien dire M. le marquis en foisant ceste capitulation, que ny M. de Montluc ny ses gens n'estoient point aux Siennois, mais au roy, et n'avoient nul pouvoir de capituler pour eux. Mais M. de Montluc , tout ambitieux de son honneur particulier, respondit qull aymoit mieux que les Siennois capitulassent pour luy, et que le nom de Montluc ne s'en trouveroit jamais en capitulation. A quoy M. le marquis sceut très-bien respondre qu'il avoit bien rendu en son temps deux forteresses, avecques la raison ; que pour cela il n'en avoit esté repris de l'empereur, ny moins estimé , et ne laissoit se servir de luy en d'honnorables charges.
Mais quoy! il falloit que ce coup là M. de Montluc se gou vernast par caprice , et se laissast aller à l'ambition et à son honneur; en quoy il n'observa pas ce qu'il sceut reprocher à M. de Terride après son desastre dOrtez , comme verrez dans son livre , le redarguant d'une vaine gloire, que luy, foible, battu et presque desfaict, se tenoit sur le haut bout, et encor à l'endroict de celuy qui estoit pour luy sauver la vie et l'honneur. Possible , si M. de Montluc fust esté aussy rompu en matière d'estat et pratiq comme il fut despuis , il n'eust pas tant bravé M. Ji: marquis comme il fit.
Une autre raison qu'il allégua au roy Henry pour n'avoir capitulé au nom da roy, fut que
M. DE MONTLUC
3ri
cela luy êervoit beaucoup i ses prétentions qu'il pouvoit tousjours «voir pour recouTrer encor Sienne. Geste raison est fort foible; car, pour avoir perdu Naples et Milan, qu'il allègue, et autres places, soit par force, par capitulation et traiclé de paix, comme le Piedmont, Savoye , ou autres accidens, comme la comté de Rossillon et Nice, pour cela les droicts et prétentions que nos roys y ont dessus ne se perdent; et sont toujours sur leurs pieds de les attraper quand ils voudront, en quelque façon que ce soit : car les plus belles prétentions et plus grands droicts que les roys et ces bauto princes souverains ont, sans tant poinctiller sur la justice ny sur Tbonoeuri consistent sur la poincie de leurs espées ; et qui a la meilleure il gaignela moitié de la partie, voire toute bien souvent ; et i comme disoit le bon duc Philippes de Bourgoigne, les royaumes appartiennent de droict à ceux qui les peuvent avoir par force d'armes ou autrement : à qnoy sont fort subjeets les Gaulois ou François, selon Tite Live, qui dit qu'ils portent leurs droicts sur la pointe de leurs espées.
Geste raisondonques, alléguée de M. de Montlue, pour cela n'estoit valide, non plus que celle de sa vaine gloire et obstcntation; car et combien y a-il eu de bons , braves et grandi capitaines qui ont rendu des places par capitulation bien à propos? sont*ils estes pour cela deshonnorés le moins du monde ?ainsy que firent , du temps de nos pères et de nous , M. de TEscun pour Crémone, M. de Vendenesse pour Corne , messieurs de La Palice et Montpeiat pour Foussan , le comte Sancerre pour Sainct- Disier, M. de Montmorency pour Tberouane, le segnor Pietro Golomno pour Garignan, Gassar de Naples pour Vulpian. Tant d autres que je laisse, pour la briefveté, ont-ils perdu pour cela rbonneur? Faisoirot-ils capituler les Imbitans des plares? C'estoient eux qui , en leur nom et celuyde leurs matstres qu'ils representoient, foisoient le tout comme la raison vouloit ; ce fust esté autrement une vraye mocquerie et une grand honte , car c*esloit proprement contre^ foire ceux qui portent des moumons, lesquels n^oaent parler et font parler d'autres.
Gertaineaient , si M. de Montluc et ses gens ne fossent esté au roy, à ses gages ny à sa paye , et que les Siennois les y «usseni appelles et sol*
doyés , ou que d*eux*niesnies ftissent allés i eux oomme gens volontairea et mercenaires, comme il en advint II ceux de La Rochelle en leur siège et autres lieux que je nommerois bien , fl estoit très-raiionnable que les Siennois parlassent et capitulassent pour eux ; mais là où le nom du roy sonne et s'escoute , il fout , sans aucune considtration,qae Sa Majesté aille devant, et qu'elle seule se face ouyr, mesmes parmy une si belle rq>ublique que celle de ^enne , et qu*il fust dict par grand honneur que ce fosi esté le roy qui Teust préservée , par son nom et sa capitulaiiMi,d'une totalle ruyne,à laquelle rextreniiié du siège Tavoit reduict , non pas Sienne eust sauvé les gens du roy ny son lieutenant, n'estant raison, comme j'ai dict, que les subjeets parlassent pour le roy, et le fissent passer par leurs loix , vottlontés et capitulations; ce qui despuis a porté coup, car j'ay veu dans Sienne aucuns et aucunes de la ville se prévaloir de ceste gloireet en faire trophée. Par telle capitulation, et à perpétuité, cela se dira et se lira, d la honte des François, comme j'ay dict cy devant.
Une autre chose que je trouve fort mauvaise, et en laquelle trouva fort à dire ce prince, dequoy M. de Montluc tarda si long-temps à chasser tant de boudies inutiles à Textremité, et que du commancement il ne les chassasi , tant pour avoir mangé leurs vivres inutilement, qui eussent beaucoup servy, que pour les avoir jettes à la boucherie, à la faim, aux coups, aux forcemens de femmes et de filles; car si du commancement il l'eust faict, avant que l'enneroy eust serré la ville à Testrolct, toutes ces bouches s'en fossent allées au loing, et eussent cherché et pris party sans aucun danger : et en telles choses, certes, il y a de la conscience et de l'ire de Dieu.
Feu M. de Gnyse, à son noble siège de Metz , ne fit pas ainsy, car du premier commancement il y mit si bon ordre qu'il n'y resta que les bouches utiles. Ce brave prince estoit en tout consideratif , et faisoit bien paroistre qu'il craignoit Dieu, qui le fovorlsa possible plus pour ce subject que pour autre ; car et quelle plus grande pitié pouvoit-on voir, que ces pauvres créatures ainsy exposées à toutes sortes de mi* seres, comme le livre le dit, et que le roy Henry déplora fort P MeSAieurs de La Rochelle en leur siège nen chassèrent auctines, bien
qu'ils flissent près par de là de pain : anssy Dieu les assista, comme la fin s'en ensuivit, jusques là que beaucoup de pauvres gens, et hommes et femmes, qu'on n'eust jamais pensé, mirent la main à Tœuvre et aux armes , et
leur servirent beaucoup , comme j'en parle ailleurs.
Pour les lansquenets, de mesmes il lesialloit chasser dès Tabord , car il voyoit bien que ce sont gens mutins quand ils vieunent à la disette du pain et du vin, et qu'ils sont meilleurs pour la plaine que pour un siège, comme j'en parle ailleurs, qui peurent Faire un grand desordre en la ville si Ton n'y eust remédié à leurs despens , car il en mourut beaucoup.
Certes , pour excuser M. de Montluc, ne fout point doubter que, si du commancement il eust eu loisir de mettre ordre à tout cela , il Teust ftiict, tant il estoit prévoyant et pratiq capitaine; mais il ne fut pas quasy arrivé dans Sienne, que le voyià assiégé : si qu'il n'eut le temps de respirer ny mettre ordre, non pas seulement d'adviser aux vivres, mais plustostà h guerre. D'advantage sa grande maladie, qui luy dura long-temps, le destouma de toutes considérations. Encor fit-il tout ce qu'il peut , et plus que ses forces n'y bastoient, ny que jamais fit Martin à dancer, comme l'on dit.
D'une autre chose s'estonna bien fort ce prince, dequoy M. de de Strozzene fist souvent des courses, ne donnast des allarmes, des camisades, et enlevast des logis, enfonçastdes tranchée» au camp du marquis , mesmes sur le déclin du si^e ; dont il en eust eu bon marché, car il estoit fort harassé et ne bastoit que d'une asie, comme on dit, tant pour la longueur du siège, de la fiitigue, du froid, des longues veilles et corvées de combats, jusqu'à la fin; car bien souvent les munitions failloient à venir, ou bien fort tard : si bien que M. de Strozze, s'il les eust souvent visités , esveillés d'allar mes, de camisades , de forcement de tranchées et enlèvement de logis , ayans estes ainsy combattus par le devant des Strozziens, et de ceux de la ville par le derrière, ils eussent bien songé en eux autrement qu'ils ne firent, et la capitulation possible s'en fust-elle ensuivye meilleure pour les pauvres Siennois; et principallement que ledict sieur Strozze estoit si près d'eux à Montalsin, et ayant encor assez de jollyes forces,
non pour donner battaille, mais para /tazer arremeUdas^ , comme dit l'Espaignol, et fatiguer et impoituoer Tennemy, à le mettre fort bas ; car, pour la cavallerie , il estoit aussy fort , ainsy que M. de Montluc le dit. Le marquis n'avoit que cinquante chevaux légers, quasy mourans de faim et hors des fourrages; M. de Strozze avoit la belle compaignie de M. de Sipiere, conduicte par ce brave Serillat , et encor avoit quelque autre cavallerie italienne, qui eust fort endommagé Tennemy : mais rien de tout cela; si que l'on eust dict que vers Montaisin il y avoit suspension d'armes. Dont j'en ay veu fort se mescontenter despuis les Siennois dans Sienne, comme firent ceux de Luzignan en leur siège de M. de La Noue et des huguenots du dehors , qui ne les assistèrent jamais par aydes et moyens tels que je viens de dire : j^en parle ailleurs.
Ne faut doubter que d'un costé et d'autre n'y ait eu force raisons pour excuser celles de M. de Strozze : M. de Montluc les dit au roy. Celles de M. de La Noue , il les a dict très-pertinentes à plusieurs , et mesmes à moy ; car, de faute de courage et de valleur, il en avoit prou et à revendre.
Je vis au siège de La Rochelle l'heure et le jour que , s'ils fossent venus cinq cens chevaux et cinq cens bons harquebusiers, mesmes sur le déclin , ils eussent bien estonné le monde.
Or, pour fin de ce discours, M. de Montluc a esté un très-grand, brave et bon capitaine de son temps : et il le ftisoit beau ouyr parler et discourir des armes et de la guerre, aiasy que j'en ay faict l'expérience, moy ayant esté sur la fin de ses jours un de ses grands gouverneurs, et mesmes au si^e de La Rochelle, et à Lyon, lorsqu'il fot faict mareschal de France. J'estois fort souvent avecqnes luy et m'aymoit fort, et prenoit grand plaisir quand je le mettois en propos et en train, et luy ftisois quelques demandes de guerre ou autres choses; car je ne suis jamais esté si jeune que je n'aye tousijours esté fort curieux d'apprendre; et luy, me voyant en ceste volonté, il me responÂrit de bon coBur et en beaux termes, car il avoit une fort belle eloquance miliuire, et m'en estimolc davantage. Dieu ait son ame! Notez sur ceste
1 Pour fiûre des attaques.
M. LE MARESCHAL DE BRISSAC
fin de discours ouc ce grand prince allégué tfcn a tantdictquàmoy.
M. LE MARESCHAL DE BIË
M. de Montluc, en un recoing de ses Me^ moires, parlant de la guerre de Boulongne et comté d'Oye, parle en bonne feçon de M. le mareschal du Bié, et mesmes lorsque, voyant une fois sa cavallerie fiaiire mal et abandonner rinfiinterie, il mit pied â terre, tout mareschal qu1l estoit, et avecques une picque au poing se met à la teste pour l'assister et courir sa fortune. Ce discours est gentiment escrit de M. de Montittc. Ge bon et brave chevallier avoit bien besoiug d'un tel escrit et publiement de sa vertu et valeur, car il a esté peu favorisé de œux qui ont escrit de son temps; je croy que ce fot pour la disgrâce qu'il eut à cause de la redition de Boulongne par son gendre : et disoit-on lors qu'il fost esté luy-mesme en grand peyne, sans qu'on eust esgard à son honnorable vieillesse et à ses services passés; mais surtout, disoit-on, le roy luy avoit faict grâce, d'autant qu'il avoit esté Faict chevallier de sa main, comme le roy son grand père de celle de M. de Bayard. Ge ne fust pas esté beau au roy si son parrin eust esté traicté de ceste feçon; si fot-il condempné â une prison, voire à la mort, disent aucuns. On disoit qu'on luy avoit ftuct tort. Je m'en rapporte à ce qui en est; mais il avoit esté en son temps un noble ohevallier : la succession qu'il receut de M. de Bayard en fit quelque preuve, car le roy François , après sa mort, luy donna la moictié de la oompaignie de cent hommes d'armes de M. de Bayard. Cest un grand heur et honneur à i tonte personne, quand elle succède en la ' place d'un autre tout remply de vertus et valeur. Et ceste compaignie ne fot mal tumbée à ce seigneur là, car il l'employa bien. Après qu'il fot mort M. de Sansac en eut la moictié. Voylâ comme de main en main elle tumba en bons lieux.
M. LEHARESCHAL DE BRISSA&
Il faut que je parle à ceste heure du grand mareschal de Brissac, messire Charles de Gossé. M. le mareschal de Brissac fot noble en tout, de vertu et de race. J'ay ouy dire que ses prédécesseurs estoient du royaume de Naples et vindrent en France, et le bon roy René de Sicille les y mena (autres disent le roy Charles VllI), et les ayma et favorisa fbrt; si bien que, de succession en succession , et de père en fils, sont esté tousjours gouverneurs du chasteau d'Angers, la plus belle forteresse de France , fors despuis ceste guerre de la Ligue, que le comte de Brissac, aujourd'huy mareschal de France, la perdit de la foçon qu'on la trouve aux histoires de nostre temps.
Ge grand mareschal dont je veux parler fot nourry et eslevé avecques MM. le Dauphin et d'Orléans , enfans de France, desquels madame de Brissac, une très-sage et vertueuse dame, estoit gouvernante en leur enfance et de Mesdames. Sur tous les deux il fot fort aymé de M. le Dauphin, si bien qu'à venir croisire grand, et Testât de sa maison dressé, il fot son premier gentilhomme de sa chambre, d'autres disent son premier escuyer, qui estoit lors bien plus grand estât et plus estimé qu'ai^ottrd'huy. La chanson le confirme :
MoQ escuyer BrUsac, Je la vwit recommaiide.
Cestoit une fille de la cour, belle et honneste, et de bonne maison, comme j'ay dict ailleurs, que je ne nommeray point, encor qu'il n'y ait point de danger, car il ne l'aymoit qu'en honneur; la chanson le porte ainsy :
Toute bninelle rate , Jamaii œ leray Mandie:
MoDieigDeur le dauphin Malade daut la chambre, Sa mye le Ta voir, Bieu triite et bien dolenle :
«Si TOtti mourez , mooiieur , A qui me doibe-je rendre P ^Mon eionyer Brissac , Je la vous recommande. ■
Voyià ce qu'en dit la chanson :
Esunt doncques M. le Dauphin mort,cesl
HOiMMES II.LUSTHES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.
escuycr Brissac, ayant avecqaes grand regret laissé le corps mort de son maistre en son cercueil, part droict vers le camp d'Avignon, résolu de venger la mort de son maistre sur les eonemys de toBt ce qui pourroit tomber à la mercy du tranchant de son espée, et pardonner à peo , tant qu'il auroit jamais de vie au corp».
Ce malheur luy servit, car possible il se fust amusé par trop prtedeson maistre et fts a faveur, comme j'ai veu aucuns; si qu'il ne fîist jamais esté ce brave capitaine qu'il a esté despuis.
Ce désir doncques de vengeance, a vecques son cœur brave et ambiiieui, le poussa si bien aux périls de la guerre, les cherchant et recherchant en tant de hasards , que bientost il acquit le renom parmy les François d'un trèsbrave et vaillant gentilhomme françois; si bien que, guydé aussy de la fortune, il eut beaucoup de belles et honnorables charges les unes après les autres.
Il eutunecompaignle dechevaux-legers, de gens-d'armes, fut couronne! gênerai de la ca^ vallerie légère en France, fht couronnel de Tinfanterie françoise devant Parpignan. Il luy arriva certes quelques disgrâces à Vitry, sur la desfoîcte, desordre et fuicte de ses chevauxlégers; mais il s'en sceut fort bien desmesler et faire sa retraicte de loup, tournant lousjours visage, ainsy que M. du Bellay le dit en ses Mem<dres, lequel il faut plustost croyre en ce faict que Paulo Jovio, qui en parle en ces propres mots : a Brissac, s'estant d'unardant cou- «rage combattu sur la cavallerie de Francisque a d'Est, et ne pouvant soustenir l'impétuosité «de la foule des ennemys, quand le combat inacontinenl'fut commancé, se prit à refùyr vers a ses gens, et fut si très-fort pressé, qu'il fut c contrainct de rompre l'ordonnance de ses gens «de pied par tumultueuse course, sans retenir «la bride à son cheval; par laquelle advanture «tout le bataillon des François fut dissipé en « un moment de temps : que si San-Petro, Corse « ne se fust présenté avecques ses harquebusiers cet n'eust faict teste, Brissac mesme eust esté cacablé au gué de la rivière. » Certes la routte et le desordre y fut grand, mais non tel que le dit Paulo Jovio, et faut plustost croyre M. du Bellay.
Tant y a I en tontes les charges qu'il a eues il s'en est si bien acquitté qu'on le tint despuis
pour un vaillant capitaine; ses mémorables actes en firent la preuve, lesquels je ne m'amuseray point à escrire , car on les void assez m nos histoires françoises , et sur-tout dans les Mémoires de M, du Bellay et de M, de Montluc. Il y a eu le sieur de Beauvein , l'un de ses intimes, qui en a faict un fort beau livre de luy, qui le loue et l'exalte un peu trop, attribuant qu'il avoit tout faict, sans en déférer que peu ou partie à la prise de Gazai faicle par M. de Salvoyson; mais, avecques toutes ses louanges et vertus, il luy fait tort de le ren« dre si importun à demander si assyduelleoient argent au roy, veu que le revenu de Savoye et du Piedmpnt vaut aujourd'huy plus de seize cens mille escus, qui estoit assez bastant d'entretenir toutes les compaignies qui estoient en Piedmont, avecques quelque cent mille escus que le roy eust peu envoyer davantage. Ses actes pourtant ont esté tels et si hauts, qu'ils le firent mareschal de France et lieutenant de roy en Piedmont, non sans bonne faveur pourtant que je ne dis pas; et là il s'acheva à se partaire un lrès*grand capitaine, et tel qu'on Ta renommé parmy nous et les nations ostranges. Il y garda très-bien et très^sagement ce que son roy luy mit entre ses mains; ce qui est advenu très-rarement à nos capitaines fran- Qois en nos conquestes de delà les monts; mais fit bien mieux, car il en alla prendre sur l'autruy et le joignit au nostre, encor que durant sa charge il y ait eu de grands capitaines de l'empereur, ses lieutenans à Milan et Piedmont , auiquels a bien faict teste , et des meilleurs capitaines particuliers et soldats, car la fleur des impérialistes s'y acconroit, comme des nostres s'y accouroit aussy.
Les trois grands capitaines furent Ferdinand de Gouzague , le duc d'Albe et le duc de Sesse, sans en compter d'autres. Vertu contre vertu se fait bien plus paroistre. H ne les a jamab craints, ny laissé ses entreprises pour eux, et leur a donné beaucoup d'affaires.
Quand la guerre de Parme s'entreprit, don Fernand estoit lors gouverneur de Testât de Milan. On l'accusoit pour lors que c'estoit luy qui fit l'entreprise sur la mort et la penderie de Pierre Louys Farneze. Ce fut une terrible estrette.
C'estoit un homme qui entendoit bien les