LE DUC D*ALBE
Ce grand duc d'Albe donc suivit l'empereur son maistre, tant en ses guerres qu'il commança, qu'en celles qu'il paracheva avecques luy.
Il eut cet honneur, à la retraicte de son voyage d'Ongrie vers lltalie, l'empereur menant l'advant-garde , de mener l'arrièregarde, avec les lansquenets et la cavallerie espaignolle : et le marquis del Gouast menoit la bat taille avec l'infonterie espaignolleet les chevalliers de la garde. Avec l'empereur estoit Ferdinand de Gonxague avec les chevau- légers , desquels il estoit gênerai.
J'ay ouy raconter à une grande dame de la cour, où elle estoit pour lors du passage de l'empereur par France. Qu'il luy monslroit grand amitié et faveur, et qu'il paroissoit de bonne fttçon, mais fort froide et retirée, et qui ne s'advançoit pas tant que Le Peloox , brave gentilhomme françois, qui avoit suivy M. de Bourbon en sa defortone; mais il se monstroit lors plus entrant et plus bravasche que le duc d'Albe, bien qu'il fost de belle façon, comme j'ay dict, et de belle et haolte taille. Si bien que l'empereur disoit quelquefois aux dames qu'il entretenoit : a Voylà le duc «d'Albe, que j'ayme bien; il est encor jeune «(bien qu'il se monstrast vers l'aage de trente «ans), il n'a pas encor veu ce qu'il luy ftiut; «mais je vous assenre qu'il sera un jour un «grand homme de guerre, car il eii de fort «bonne et^ntiHeureuse race; aussy qu'il a bon «commencement et que je l'advanceray selon «ses mérites, desquels j'ay bonne espérance. «Je voudrois qu'il ressemblast un peu Le Pe- «loux d'une chose, qu'il fust plus entrant qu'il «n'est en compaignie; car Le Peloux, il sçait