M. DE N
gioD, i cause de Tannée et passage du duc d^AIbe en Flandres : j'en parle ailleurs. Il y eut pour lors un très-grand et vieux capitaine qui oppina qu'il falloit que le roy demeurasl à Meaux et envoyast quérir secours; mais M. de Nemours débattit forl et ferme qu'il falloit gaigner Paris, pour beaucoup de raisons bien preignantes qu'il allégua , lesquelles je laisse à songer aux mieux discourans sans que je les touche; et pour ce il fut creu, disant que, sur sa vie, il meneroit le roy sain et sauve dans Paris.
La charge luy en fut aussy tost donnée de par le roy, envers qui M. de Nemours, usant doucement de sa charge ( comme le marquis del Gouast fit à Tendroict de Tempereur, à la journée de Thunes, comme j'ay dict en son lieu), le pria de se mettre au mittan de ses Suysses, et luy se mit à la teste , marchans sy serrés et en si bon ordre de battaille, sans jamais le perdre, que les autres ne les osèrent jamais attaquer, bien qu'ils les costoyassent lousjours pour en veoir et prendre la moindre occasion du monde pour les charger : et par aiusy, et en telle façon et ordre, le roy se sauva dans Paris sans aucun desordre; ce qui fit dire au roy que, sans M. de Nemours et ses bons compères les Suysses, sa vie ou sa liberté estoient en très-grand bransle. C'est une retraicte cellelà, et des belles , en plein jour, non de la façon que M. de Montluc en donna l'instruction à M. de Strozze , et à tous gens de guerre , de faire les leurs denuict!
Voylà pourquoy il faut estimer celle-cy par dessus beaucoup d'autres , et mesmes ayant lottsjours les ennemys en veue; mais quels ennemys? des braves , des vaillans et déterminés qui fussent en France.
Bientost amprès, la battaille de Sainct- Denis se donna, où ce prince fit fort bien, comme il avoit tousjours faict en toutes les autres où il s'estoit trouvé. De là en hors , au Yoyage de Lorraine, il mena l'advant-garde avecques M. de Montpensier; et ne tint pas à luy qu'on ne donnast la battaille à Nostre- Dame de l'Espine. Et si ce pauvre prince estoit la pluspart du temps tourmenté de ses gouttes; mais son brave et généreux cœur le sousteRoit tousjours. Helas! elles l'ont tani tourmenté despuis qu*elles l'ont mis à la fin dans le cercueil.
EMOURS. 409
Et ne m'estonne pas , si Lucian l'appelle la reyne des maladies , pour la tyrannie qu'elle exerce sur les personnes, ainsy que fit celle-là sur ce brave prince, et si tyranniquemeot qu'avant quelques années qu'il mourut il n'avoit quasy membre des siens principaux qui ne fust perclus, fors la langue, qui luy demeura encor si bonne et saine, qu'ordinairement on en voyoit sortir les plus beaux mots , les plus belles sentences, les plus graves discours et les plus plaisantes rencontres. Ah ! que ce brave Hector estoit bien changé deceluyqui avoit esté autresfois le plus accomply prince du monde ! Helas ! ce n'estoil pas celuy là qui à la guerre combattoit sy vaillamment et reroportoit de si belles despouilles , victoyres et honr neurs de ses ennemys ! Ce n'estoit pas celuy là contre qui ce brave marquis de Pescayre, du temps des guerres du Piedmont, qui estoit '' certes un très-brave et généreux prince aussy, qui, ayant receu la renommée des vaillances et beaux combats de ce prince , se voulut esprouver contre luy pour en augmenter davantage sa gloire; et pour ce , en toute gentillesse de cavallier, l'envoya desfier un jour, luy et quatre contre autant, et d'avantage, à donner coups de lance à fer esmoulu, fust ou pour l'amour des dames, ou pour la querelle generalle. Le combat fut aussy tost accepté et le trompette pris au mot.
Parquoy M. de Nemours paroist devant Ast, où estoit le marquis , qui se présenta à nostre prince en fort belle contenance, laquelle, biea qu'elle fust très-belle, ne paroissoit pas tant que celle de nostre prince. S'estans doncques mis tous deux sur le rang et en carrière, coururent de fort bonne grâce, et si rudement qu'ils en rompirent leurs lances, et les esclats s'en allèrent fort haut en V'air, sans s'endommager l'un l'autre. Amprès la course, levèrent leur visicre et s'entr'embrasserent fort courtoisement avecques une merveilleuse admiration de l'un et de l'autre, et se mirent à deviser ensemble, cependant que les autres faisoient leurs courses. i
Ce fut M. de Vassé , fils de M. de Vassé , qui
courut amprès contre le marquis de Mallespine, \
[ lequel rompit sa lance sur le sieur de Vassé,
' et, en perçant son hausse col , entra bien demy
' pied de lance dedans, dont le jeune seigneur
Alt fDrt blesséetenmoarut quelques joursaprès.
Courut amprès le capitaine Manez , lieutenant de M. de La Roche Pouzay, contre lequel courut don Albe , capitaine espaignol , qui donna un coup de lance au col dudict sieur de Manez, duquel il mourut quatre jours après.
Le dernier, M. du Moucha, enseigne de M. de Pinars, de Taage de cinquante bonnes années , courut; contre lequel se vint présenter le comte CarafFe, napolitain, nepveu du pape pour lors ; auquel le seigneur du Moucha donna si grand coup de lance , qu*il luy perça le bras et le corps de part en part , de sorte que la lance se monstroit outre par derrière plus de quatre pieds , dont le seigneur comte demeura mort sur le champ. Et ainsy se desmesia le combat par victoire doubteuse , et cbascun se retira.
Les Espaignols qui en parlent en content d'autre diverse sorte , et disent qu'ils n'estolent que trois contre trois. Il y avoit M. de Nemours, M. de Navaille, Basque, son lieutenant, gentil capitaine cheval -léger, et M. de Vassé. De Faulre costé estoit M. le marquis don Georges Manrique de Lara j el capitan Milort; ce nom denotte qu'il estoit anglois, que les Espaignols tenoient pour un très-bon capitaine.
Ce combat se fit auprès des murailles d'Ast ; et advant avoient faict un concert de ne tirer point aux chevaux ; et qui en tueroit un en payeroit cinq cens escus à son compaignon. Geste condition se pou voit Faire et accomplir, pour plusieurs raisons que je diray.
M. de Nemours et M. le marquis coururent les deux premiers et firent trois courses. Les Espaignols disent que le cheval de M. le marquis Fuit tousjours la carrière et qu'il ne peut faire nulle belle course, sinon qu'une Fois qu'il blessa un peu au bras M. de Nemours. Mais c'est au contraire, car ce fut celuy de M. de Nemours qui Fuist tousjours la lice, d'autant que M. le marquis s'estoit accommodé d'un Fort grand panache â sa sallade , si couvert de papillottes que rien plus , ainsy que les plumassiéra de Milan s'en font dire très -bons et ingénieux maistres , et en avoit donné un de mesmes au chanFrain de son cheval (on disoit qu'il l'a voit Fait à poste), si bien que le cheval de M. de Nemours , s'approchant de celuy du marquis , Fut umbrageux de ces papillottes qui
luy donnoient aux yeux , à cause de la lueur da cheval, et tournoit tousjours à costé et Fuyoit très-poultronnement la lice et la carrière. Et par ainsy M. de Nemours, par la poltronnerie de son cheval , Faillit aux beaux et bons coups qu'il avoit ordinairement accoustumé faire; comme certes cela est arrivé souvent, et le voit-on encor, qu'un cheval poltron Fait grand tort à la valeur de sou maistre. Aussy quelquesfois un cheval Fol , bizare et de mauvaise bouche, Fait son maistre plus vaillant qu'il n'est ou ne veut eslre ; car il l'emporte dans la meslée des enncmys en despit de luy, là où il faut qu'il combatte maugré luy; ainsy que j'ay cognu un brave gentilhomme à qui son cheval , qui estoit un beau roussin blanc , fit un tel traict à la battaille de Dreux.
Pour doncques encor tourner à nostre conte, les Espaignols disent que M. de Nemours tua le cheval de M. le marquis, et que, selon le pasche ^ fiiict , M. de Nemours luy envoya aussy tost après le combat les cinq cens escus; mais M. le marquis , comme très-courtois , les luy renvoya : ce qui est Faux, car M. de Nemours estoit trop bon gendarme pour Faillir l'homme et aller au cheval ; aussy qu'il avoit le cœur trop généreux et libéral, s'il en Fut oncques , pour reprendre les cinq cens escus ; il les eust plustost donnés au trompette du marquis.
Yoylà pourquoy il se Faut rapporter pour toute la vérité du combat à ce que les François en ont veu , dict et escrit, ainsy que j'en ay veu un petit traicté en espaignol imprimé, el comme aussy aucuns à moy-mesme me l'ont ainsy débattu.
Il n'est non plus rien de ce qu'ils ont dict de M. de Navaiire, qui combattit contre Manrique de Lara , lequel perça de sa lance de part en part l'espaule de M. de Navaille, dont il mourut quelques jours amprès ; car il mourut au voyage de M. de Guyse en Italie, pour avoû* trop couru la poste, comme j'ay dit ailleurs.
Le capitaine Milort se battit contre le seigneur de Yassé , lequel mourut bien celuy-là , comme j'ay dict ; mais les Espaignols et François sont discordans du nom de celuy qui le comipttit. Voyià comment il y a de grands abus aux dires et escritures des gens ; mais il faut que les Espaignols ne perdent point leur
■ Pacte, convenUon