CONDE
Le prince de Condé,
Ilaeilétué,
Mais monsieur l'admirai
EU encore k cheval ,
ATec La Rocbefbucaud,
Poar chauer tous ces papaax, papaux, papaux.
Il y avoit M. de Mouy, un très-brave et vaillant capitaine. II le monstra à la battaille de Dreux, car ce fut luy qui fit la première charge avecques les cinquante ou soixante casaques blanches eslues. On le tenoit pour plus vaillant que sage capitaine; mais il monstra et Tun et l'autre quand il conduisit le duc des Deux-Ponts jusqu'en Guyenne avecques ses trouppes, et prit La Charité contre une infinité d'obstacles qu'il trouva par les chemins. Il avoit aussy fort pratiqué les guerres estrangeres, et s'y estoit faict signaller bien fort.
11 y avoit aussy M. de La Noue, qui porte le nom aujourd'huy et à l'heure que je parle, du plus grand capitaine de la France, pour les grandes expériences qu'on a cognues en luy : j'en parle ailleurs fort au long.
il y avoir aussy le seigneur de La Loue, pareils en nom fors d'une lettre , et pareils aussy en valeur : il avoit eu charge de la vénerie du roy; mais il ne s'amusa tant à la chasse des cerfs que des hommes, et menoit mieux ses gens à la guerre que les chiens à la chasse; et si fut fort bon pour Tune et pour l'autre chasse.
Il y avoit aussy M. deTheligny, beau-firere de M. de La Noue, un sage et brave gentilhomme, et qui estoit bien accomply de toutes vertus.
Il y avoit M. de Boucard, jadis fort aymé et fiavory du fou roy Henry II, et son escuyer
quand il estoit dauphin, et qui avoit fort veu les guerres estrangeres et s'y estoit faict fort renommer; comme aussy M. d'Esternay et M. de Genlys; M. d'Acier, duquel je parle ailleurs, et le bon vieillard M. de Briquemaud, leur mareschal gênerai de camp, très-bon et grand capitaine, qui avoit si fidelleraent servy ses roys en Piedmont et en France , et pour ce nedebvoit point mourir de telle façon qu'on fit, et mesmes en si vieil aage qu'il estoit, et debvoit-on attendre son heure.
Il estoit un fort homme de bien, et qui ne combattoit que pour sa religion, ainsy que j'ay ouy raconter & un gentilhomme qui avoit esté nourry son page, que trois ou quatre jours avant la battaille de Jarnac il avoit esté blessé en une jambe; et ainsy que M. le prince et M. l'admirai l'allerent veoir en son lict et y tenir le conseil, à M. le prince il eschappa quelque mot de régner <. o Monsieur, luy dit « M. de Briquemaud , il semble, par vostre dire , «que vous tendiez plus à l'ambition qu'à la re- «ligion. Je vous quitte si venez là. Prenons le «party de Dieu, autrement je me retire.» Ce page estoit lors en la chambre, qui ouyt ces mots, et me les dit despuis.
II y avoit aussy ce brave et déterminé M. le comte de Montgommery, que j'ay veu nommer le Dompteur de la Gascoigne; et en peu de temps il s'en alla lever le siège de Navarrains , qui de soy-mesme se leva , le sentant venir; et luy 9 ne se contentant de cela, assaut et prend
1 G'éUit en 1509. Voici quelques rers, sous le titre d^ÉchOj qui parurent en ce temps là, à l'occasion de Fambition du prince de Coudé, ils sont tirés d*un ancien recueil manuscrit:
Quel pays de œ moode est en plus grand souffraiiocP
France, Qui l'a mis en ce point? qui mené oest oraj^e P
fiàge.
Est-ce le jeune roy qai J'a mb en ce point ? Point, Est-ce monsieur son frère ayant tant de icsmoins ?
Moins.
Qui nous a donc causé ceste douleur amere P
Mère, Qui en a deztrement son yonloir secondé? Condé.
Mali quelle occasion i ce faire l'attire? Ire.
Quel prétexte a-t-il pris pour couvrir se* dt^twins?
Sainis.
Bl ta religion est-elle de ce nombre?
Ombre-
en plein jour de prime abord M. le baroti de Terride , vieux, ancien , sage et bon capitaine fort estimé par les guerres passées du Piedmont, avecques toutes ses trouppes; retourne après triomphant à son bel ayse , et se pourmene par la Gascoigne comme il luy plaist , sans aucune résistance : de telle sorte que ce qu'on en disoît on le reputoit plustost à miracle qu*â autre Gbose. Je pense bien qu'il y a quelque historien qui en parle, sur-tout M. de Montluc. J'en ay ouy conter les grands Faicts à gentilshommes qui estolent avecques ledict comte, que j'escrlrois voulontiers, mais on ne les sçauroit croyre.
J'ay ouy conter de l'humeur de ce capitaine, que c'estoit le plus nonchallant en sa charge et aussy peu soucieux qu'il estoit possible, car ilaymoit fort ses ayses et le jeu ; mais quand il avoit une fois le cul sur la sefle, c'estoit le plus vîgillant et soingneux capitaine qu'on eust sceu veoir, au reste si brave et vaillant qu'il assatlloit tout, foyble ou fort, qui se prcsentast devant luy.
Aussy a-il faict de belles guerres et y a esté très-heureux, comme il fit dans Rouen, là où il tint le siège plus long-temps que la forte* resse, ne la place, ne l'armée devant, composée de si grands capitaines les plus grands de la France , ne le requeroit ; soustint les assauts tant qu'il peut; et au dernier, cédant à la fortune et combattant au dernier point, se retira bravement, et non si à l'haste qu'il cuyda estre pris, et se voulant jetterdans l'esquif de la gallere en laquelle il se mit et tira vers le Havre; mais en chemin, à Gaudebec, il rencontra une pallissade qui avoit esté faicte si forte pour engarder le secours de la mer , qu'à vogue rancade il la faussa et se sauva bravement; qui fot un effort de quoy les bons mariniers des galleres s'en esbahirent pour jamais, bien qu'il n'y ait force pareille que d'une gallere vogante à pleine voille et rame de toute force. Aucuns disoient que c'estoit un miracle; d'autres disoient que celuy qui avoit eu la charge de faire faire la pallissade l'avoit faicte de cest endroict foyble, parce qu'on le soupçonnoil ftivoriser ce party. Je ne le nommeray point. Je parleray de ce comte en d'autres lieux, ensemble de ses frères , Gorboson ou Sainct-Jean , et le jeune rOrge, tous braves gentilshommes que J'ay cognus tels, etileux fort mes grands amys, et tous de la religion.
Je parleray aussy de plusieurs autres capitaines huguenots. Que si je vonlois à cestf heure les particulariser, je ne sçaurois fournir tant il y en a eu de très- bons, et de cheval et de pied , desquels je parle au chapitre des couronnels; car il faut confesser le vray, que Ton y a recognu de braves et vaillans gens et ôe bons capitaines; et si en est venu après les morts de bons qui ont vescu et vivent despuis et à ceste heure, comme j'ay ouy dire k gens plus clairvoyans que moy. Ils n'ont appris que des morts , et si ne les ont nullement sor-
Ainsy fut le prince de Gondé accompaigné de ces braves gens. Et ainsy luy et M. l'admira! se sont faicts craindre et ont planté l'Evangile qui bourgeonne et verdoyé aujourd'huy cncor, et sans lesquels elle seroit sèche , et de couleur de feuille morte.
El diray bien plus : que si tous ces bons capitaines se fussent mis de nostre costé, et eussent faict pour le roy, Ils fussent estes tous honnorésde grades, de nobles charges et pensions et ordres ; et si en fussent estes micoi dignes, et d'estre mareschaux de France , qtic plusieurs que nous en avons veu.
Mais, ce qui est un grand cas, ils avoîeot l'œil et le cœur si fort tendus â la religion, et l'embrassoient de teHe dévotion, qu'au diable s'ils s'en soudoient d'un seul brin de nos honneurs et estats, et comme je leur ay veu dire et le monstrer par effects.
LE ROY DE NAVARRE, AIVTHOINE DE BOtJRBON.
Le roy de Navarre, Anthoine de Bourbon , fat frère aisné dudict prince de Gondé , qui soustint et favorisa au commancement les huguetiUs. Aussy estoit-il delà reh'gion , disoît-on, et en sentoit dès le règne du roy Henry, qu'il avoit son ministre David S et le fiiisoit prescber où il passoit , car oestoil en caresme, et le ^i» prescber à Poictiers, que j'estois fort jeune. H le mena à la cour, qui lors estoit à Fontaînebleao; mais, ayant parlé à M. le cardinal de Lorraine,
«Pierre David. Voyez fièxe, iTùt eccL^ iwn. I, I>a0. 102.