LE ROY DE NAVARRE, ANTHOINE DE BOURBON
leikt David chra sur la Bible et le ministère et tout.
Le roy Henry ne trouva bon qu'il eust mené avecqneshiyce ministre, qui ne porloît pourtant le titre de ministre , mais de preschenr du roy et rcyne de Navarre ; et par ce titre H n'estoit si odieux que par eeluy de ministre.
La rcyne de Navarre pour fors, qui estoit jeune, belle et très-honneste princesse, et qui aymoit bien autant une dance qu^un sermon , ne se plaisoit point à ceste nouveauté de religion , ny tant qu^on eust bien dict ; et pour ce , je tiens de bon lieu qu'elle le remonstra un jour au roy son mary; et luy dict tout à trac que, s'il se vouloit ruyner et faire confisquer son bien, elle ne vouloit point perdre te sien , ny si peu qui luy reste du royaume des roys ses prédécesseurs, lesquels pour l'beresie avoient perdu le royaume de Navarre. Hérésie appelloitelle, d^autant que le pape Jules avoit déclaré hérétique, mal à propos, tous ceux qui yroient encontre sa sentence donnée sur la confiscation dudict royaume ; mais à aucuns j'ay ouy affirmer que ce nom d'heretique n'estoit pas bien adapté.
Ce roy , si la guerre espaignolle eust continué, avoit bien résolu d'en avoir sa raison sur IlSspaigne, où il y avoit de bonnes entre* prises, et s'aydoît du roy de Fez, vers lequel il avoit envoyé en ambassade les capitaines Montmor, Gascons, et Merchior, Portuguais, qui m'en entretint fort un jour à Lisbonne, où Il s'estoit retiré après la mort dudict roy, qu'il ptaignoit fort , et ses desseins, qui eussent facilement reussy; et m'y fit toute bonne chère, ayant veu ma mère dame d'honneur de la reyne de Navarre en sa cour; et ne bougeoit d'avecques moy â me faire monstrer tout plain de singularités, quand j'allois veoir le roy et la reyne, sœur de l'empereur , encor restée de toutes les autres, qui se portoit fort bien.
Les desseins de ce roy n'estoient pas petits, et Talliance avecques ce roy de Fez très-bonne et i^rme.
La reyne sa femme changea bien après; car son mary se changea en catholique , et elle se changea en huguenotte très-ferme.
Le roy Henry mort , et le roy François venu à la couronne, l'on eut quelque petit soupçon que ledict roy de Navarre sçavoit quelque
chose de la conjuration d'Auiboyse, d'autant que les principaux conjurateurs estoient de son gouvernement, voyre aucuns de ses vassaux et serviteurs. Toutesfois , ceste raison estoit foyblc , mais bien forte celle qu'ils estoient de la religion, que ledict roy soubs main tou.sjours embrassoit et favorisoit , ainsy qu'il le fit paroistre fort â descouverC quand le roy Charles vint à la couronne , et qu'il fut regeut par la menée des estats , par un esdict faict qu'on n'eust plus à parler de la conjuration d'Amboyse, ny en rechercher ceux qui estoient soubçonnés ; dont j'en vis aucuns huguenots qui en estoient bien ayses, que je cognois, et dire ces parolles : « Or, hier nous n'estions pas de la conjuration a d'Amboyse, et ne l'eussions pas dict pour tout ff l'or du monde; mais aujourd'huy nousle disons «pour un escu , et que l'entreprise estoit bonne a et saincte.»
L'innocence de M. le prince fut publiée avecques l'edict de juillet. Le colloque de Poissy amprès se moyenna par ledict roy de Navarre; et ce fut luy qui à ses propres cousts et despans, disoit-on, envoya quérir les ministres eslrangers pour s'y trouver : et fut un gentilhomme qui estoit à luy, et s'appelloit M. d'Estourneau, mon voysin et I>on amy, qui les alla quérir et les mena en France ; despuis il est mort maistre dliostel du roy d'aujourd'huy. Et furent lesdicts ministres retournés par ledict gentilhomme, qui m'a tout conté, très-coniens et bien salariés de la bourse dudict roy.
Ce ne fut pas tout ; car il fit faire et publier Tedict de janvier. Et rien ne voyoit-on à la cour que ministres , et n'oyoit-on que preschcs , non quictans pour cela la messe par beau semblant.
Je retournois lors d'Escosse , ayant conduict la reyne, que moy et mes compaignons,qui pouvions estre environ cent gentilshommes, suivans M. le grand prieur de Lorraine et d Amville. Quand nous vismes ce changement nouveau despuis nostre despart , nous fiismes bien estonnés.
Sur ce , le pape et le roy d'Espaigne ne dorment pas, et font tant qu'ils gaignenl ledict roy par belles parolles et offres, et le recompenser de son royaume de Navarre pour celuy de Sard?.igne, qui n'estoit pourtant si grand et riche que celuy de Navarre, en ce qu'il voulust
soustenir la religion catholique, et employer sa puissance pour extirper Theresie. A quoy il preste Toreilie très-volonliers; car, et qu'est la chose qu'on ne fasse pour régner ? Et pour Ce , le sieur d'Escars, son grand favory, qui estoit très-bon catholique, fut envoyé vers le pape, duquel il fut très-bien receu et renvoyé vers son maistre, plus plein de belles parolles et grandes promesses que d'autre chose et presens, toulesfois si bien gaigné, outre le bon zelle qu'il portoît à sa religion , qu'il réduisit du tout le roy son maistre à la demande du pape : dont s'en ensuivit la guerre civille,dans laquelle il s'embarqua si bien, qu'il y estoit plus avant, et en sévérité plus grande contre les huguenots, que le triumvirat mesme.
Aussy fit-on de luy un pasquin : qu'il n'y avoit rien pire qu'un renégat ; et sur ce en alleguoient les renégats d'Alger et d'ailleurs; et un autre où ils faisoienl une anatomie où ils ne l'y peurent jamais trouver de cœur ny de fiel, y ayant appelle tous les meilleurs médecins et chirurgiens de la France. Si estoit-il brave, vaillant , tout plein de courage ; mais il avoit delà bonté, et pour ce on le plaignoit ainsy.
Il ne laissa , estant ainsy embarqué en la catholique, à se souvenir de son proffit particulier et des promesses qu'on luy avoit faictes; et pour ce depescha le président de Selva, fort digne homme de son estât, vers le roy d'Espaigne ; mais de malheur il fut pris et mené à Orléans, où, sans M. le prince, il couroit fortune de la vie, en eschange de l'exécution qu'on avoit faicte à Rouen du président Esmandreville, duquel la mort debvoit estre expiée par la mort esgalle d'un autre président.
En toute ceste guerre, pour si peu de temps que ledict roy la mena comme lieutenant gênerai du roy , il s'y monstra fort animé , brave , vaillant, courageux, eschauffé, collere et prompt à en faire prendre, comme j'ay veu ; aussy les huguenots l'en hayssoient comme un diable, et le depaignoient de vilaines injures que j'obmets ; car ces messieurs sçavent aussy bien mal dire que bien dire.
Le siège de Rouen se fit, où il n'espargna ses pas ny sa peau non plus que le moindre soldat du monde; si bien que luy s'appareillant pour aller à l'assaut, moitié mené du brave et
généreux courage qu'il a tousjours possédé, moitié d'ambition et émulation qu'il portoit de tout temps à M. de Guyse , qui en tetlcii factions se hasardoit tousjours des plus advans, comme j'ay dict, estant dans le fossé et prest à monter , ainsy qu'il s'estoit tourné pour pisser ( dont il en fut faict une epitaphe que j'obmets par reverance), il eut une grande harquebusade dans l'espaule, mesme coup quasy qu'eut amprès M. de Guyse , dont il tomba à demy et rendit sa gorge.
Aussy tost il fut jugé à mort par les chirurgiens et médecins , ainsy qu'après quelques jours qu'on pensoit qu'il en eschapperoit , il mourut repentant (ce disoient aucuns) d'avoir ainsy changé de religion, et résolu de remettre la reformée mieux que jamais, ainsy qu'il le manda à M. le prince son firere par un sien maistre d'hostel qu'on appeloit Osquerque, qu'il avoit envoyé vers luy le visiter. Gela se disoit parmy aucuns de nous autres, au contraire du roy Henry d'Angleterre, qui, sur la fin de ses jours, voulut remettre la religion catholique. Il estoit temps vrayement, après tant de maux faicts.
De sorte qu'il ne fut pas guieres regretté, car il estoit en termes de brouiller : d'autres le regrettèrent fort, car il estoit tout bon et gentil prince, et mesmesla reyne mère, qui, tousjours apprehensible , avoit opinion que , comme grand qu'il estoit, il retenoit plusieurs capitaines, gentilshommes, soldats et autres, qui sans luy fussent de l'autre costé avecques le prince, qui aymoient mieux estre avecques l'aisné et le chef des armes et du nom qu'avecques le cadet, et que, luy mort, à veue d'œil on les verroit tous disparus de l'armée du roy, et les uns après les autres iraient trouver M. le prince : mais M. de Guyse, qui n'estoit paoureux , asseura la reyne et luy dit : a Non, non, madame, n'entrez point en a telle craincte et appréhension; car pour moins a d'un rien je vous en relevé. La bande qui en a partira de l'armée du roy en sera fort petite, a ce que je ne croy encor ; et , si elle en part , ce « sera autant la purger et bien nettoyer , et n'y « restera que le beau grain, pur et net, ce qui cr sera le meilleur pour nous; car là où il y a des a traistres et gens doubles, tout va mal; et s'il y a en reste, je les tiendray si de court et les «feray si bien veiller, qu'ils n'oseront seu-