M. DE NEVERS, FRANÇOIS DE CLEVES
comme Jamets et autres, qui fut la cause de la prise de Dinan et Bouvines.
11 fati£;ua fort aussy le sie^^e de Metz, si bien qu'il cmpcschoit fort les courses de Tennemy qui e'ioit devant, qui ne se ponvoit estandre guleres au loin dans la France ny Ghampaigue pour recouvi er vivres , comme il eust bien faict sans les courses ordinaires de M. de Nevers, qui estoit quasy tousjours à cheval , ou y envoyoit pour les en empescher; sy bien que cela engendra une grande famine au camp de Tempereur, qu'il falloit qu'il y fist venir les vivres de de là , qui n'y put à la fin fournir.
Il servit aussy très- bien le roy à Penvitaillement deMarfembourg, avecques M. fadmiral, qui, estant venu joindreM. de Nevers en Ghampaigne, et leurs forces jointes ensemble, envitaitlerent ceste place avecques toutes les peines pourtant et tous les maux du monde, tous les froids et pluyes que jamais hiver produisit; car ce fut au commancement de novembre et à la barbe du prince d'Orange , qui avoit une bonne armée de Tempereur et reyne Marie pour Tempescher, et menassoit â tous coups de les combattre. Mais MM. de Nevers et Fadmiral firent ce coup là fort heureusement, se retirant de mesmes; qui fut une très-belle exécution, que le roy admira fort, et tout le monde, puisqu'il fallut combattre le ciel , qui est une grande impossibilité.
Tant d'autres beaux expioicts a faict ce prince, qu'ils ne se peuvent escrire par leur prolixité, et aussy que nos histoires en parlent prou; ear de toutes les guerres l'empereur n'a jamais peu advancer ny enjamber sur son gouvernement; mais luy souvent gaignoit sur ses terres. Il accompaigna aussy M. deGuyse, et l'assista bien à la prise de Theonville.
Bref, ce prince a esté, tant qu il a vescu , trèsutille à son roy; aussy estoit-il très-sage et très-bon capitaine. Il ne pouvoit estre autrement estant issu de ceste grande maison de Gleves, où il y a eu de tout temps de très-bons hommes de guerre et grands capitaines; comme de frais fut son grand père messireEngilbert de Gleves, qui accompaigna le roy Gharles VIII au royaume de Naples, et qui fut l'un des conducteurs des Suisses à la battaille de Fornone, qui les y fit si bien et si vaillamment combattre , luy à la teste, comme gentil prince et vaillant couronnel.
Lay et son fils n'estoient que comtes d*une
des nobles et grandes comtés de France, et M. de Nevers, François de Gleves, duquel je parle, en fut le premier duc, qui certes monstroit bien qu'il estoit issu d'une très-grande et très-illustre maison, car il estoit très-grand, très-riche et très-opulent, et avecques cela très-magnifique, splandide ettrès-liberal s'il en futoncques, despensant fort , tenant grande maison tousjours à la cour et aux armées, un très-beau et fort paisible grand joueur , ne se souciant point de l'argent , et toutesfois sa maison tant bien réglée et allant tant bien, que nul n'en partoit mal content. Et paroissoit bien par ses grandes despences qu'il y avoit un grand fonds en ceste maison, comme despuis il a apparu au partage de mesdames ses filles : avecques ton t cela un très-homme de bien et d'honneur, et nullement coquin , ny pressant demandeur après son roy ; car, à ce que j'ay ouy dire à ce grand M. Viginaire , son secrettatre et grand favory, il s'est peu ressenty des grands bîenfaicts de ses roys.
Il espousa en secondes nopces madame d'Auguien , sa cousine du coslé de sa foue femme , et qui estoit aussy cousine de feu M. d'Anguien, car elle estoit fille de M. de Sainct-Paul et de madame d'Estoutteville, héritière. Il n'eut d'elle aucune lignée, mais elle eut de luy un bon advantagc de sa maison. 11 mourut de sa belle mort, et laissa son héritier M. le comte d'Eu, que nous avons appelle ainsy, et puis M. de Nevers, car il nesurvesquitguieres son père : ilmourutâlabattaille de Dreux par un très- grand inconvénient; car, ainsy qu'il alloit à la charge avecques M. de Guyse, il y avoit près de luy M. Blanq ^ enseigne de M. de Guyse, qui, tenant son pistollet couché sur le devant de la selle de son cheval , M. de Nevers lui dit : «Mon compaignon. tenez vostre «pistollet haut , car s'il deslascbe vous m'en douer nerez dans la cuisse. » H n'eut pas plustost dict ce mot, que le pistollet se deslascha et luy donna le coup qu'il craignoit.
Si ne laissa-il de combattre de toute furie et desespoir; mais il fallut , de la douleur, qu'il s'allast faire panser : après il mourut; dont ce fut un très-grand dommage, car il n'eust rien deu à ses braves prédécesseurs, ainsy qu'il le promettoit par sa belle façon et par la practique de guerre qu'il avoit jà faicte ; car, n ayant pas quinze ans,
* M. de Hkhi, liv. xxxiv, nomme Oet Bordts «toi ^1 tua imprudemment le duc de Nevers.
il fit le voyage de M. de Guyse en Italie, en charge de deux cens chevaux légers, de laquelle il s'en acquitta très-dignement , et puis la continua aux autres guerres jusqu'à la paix faicte.
G'estoit le plus beau prince , à mon advis, que j'aye jamais veu, et le plus doux et le plus aymable. Nous le tenions tel parmy nous, et lorsqu'il s'en alla espouser madame sa femme en Espaigne, fille à M. de Montpensier, il y fut aussy tout tel estimé et admiré, autant de ceux de la cour que de tout le pays.
Ce fut très-grand perte de ce prince. Il laissa son jeune frère, que nous appellions le marquis d'isbe, son successeur et héritier, qui mourut aussy fort jeune ; et avoit espousé madamoiselle de Bouillon, une très-belle et honneste princesse, et qui Test encor telle, bien qu'elle s'advance sur l'aage ; mais il ne lui fait encor aucun tort à sa beauté.
Ce prince qui s'appelloit Jacques de Gleves, s*il eust vescu, bien qu'il fust de foyble habitude, si promettoit-il beaucoup de soy, car il avoit en hiy beaucoup de vertu. Tous ces deux MM. de Ne vers frères ne demeurèrent guieres possesseurs de ces belles terres et grands biens que M. leur père leur laissa: car, estans ainsy morts jeunes, ils les laissèrent à mesdames leurs sœurs , qui furent mesdames de Nevers , de Guyse et princesse de Gondé, trois princesses aussy accomplies de toutes les beautés de corps , à mon gré, comme d'esprit qu'on ait point veu ; si bien , quand nous parlions à la cour de ces trois princesses, bien souvent nous les disions les trois grâces de jadis, tant elles en avoient de ressemblances , et, comme de vray, je les ai veues trèsbelles, très-bonnes et très-aymables. J'espère en parler ailleurs au traicté que je feray des dames.
Le seigneur Ludovic de Mantoue espousa madamoiselle Henriette de Nevers ou de Gleves, fille aisnée; et pour ce la duché luy escheut, et ledict seigneur fut duc de Nevers. 11 avoit esié nourry du roy Henry près M. le Dauphin et en sa cour, si bien qu'il fut très-bon et loyal François; de telle sorte qu*estant pris fort jeune à la battaille deSainct-Quentin, où il combattit trèsvaillamment et acquit beaucoup de réputation , le seigneur Ferdinand de Gonzague son oncle, après l'avoir fort caressé, luy dit qu'il falloit désormais tenir le party du roy d'Espaîgne , qui
luy laisseroit sa rançon et luy fèroi t de très-beaux advantages. Il luy respondit qu'il avoit la croix blanche si gravée dans son cœur, à cause de la belle nourriture qu'il avoit eue du roy de France et le bon traictement qu'il en recevoit ordinairement, qu'il ne le sçauroit faire. De telle response si généreuse son oncle l'en estima d'avantage.
Tout jeune qu'il estoit , il a tousjours promis qu'il seroit un jour grand capitaine. Il estoit de son naturel fort froid et modéré, et n'estoit nullement esvanté, comme plusieurs jeunes gens de sa voilée. Mais pourtant, quand il se foisoit quelques belles partyes, ou de cheval ou de pied, il en estoit tousjours, et sy s'en acquittoit trèsdignement, et sa partye paroissoit fort, comme il fit à Bayonne en plusieurs endroicts, comme je Tay veu bien fort paroislre, car il estoit fort adroict à tout; et avoit avecques luy tousjours une belle suitte de gentilshommes , tant de ses vassaux que de la cour, et de ceux qui avoient suivy MM. ses beaux-freres.
Il estoit un très-beau prince, agréable et de belle haute taille; mais elle se gasta par ce malheureux coup qu'il eut à la jambe aux seconds troubles, estant lieutenant de roy en Piedmont et marquisat de Salluces. Il fut commandé d'emmener les vieilles bandes de par delà , avecques quelque cavallerie légère; ce qu'il fit. Et vint trouver M. nostre gênerai à Vitry, comme je vis, avecques de belles forces avecques luy. En venant, il fit tout plein de beaux effects; car il y prit force places que tenoient les huguenots , dont Mascon en fut un3, qui tint bon et se laissa bien battre et assaillir; car il y avoit de bons hommes leans avecques le sieur de La Glielte qui y commandoit, brave gentilhomme, certes, qui avoit d^autresfois suivy M. d'Aroville aux guerres du Piedmont. De sa maison estoient sortisautresfois de bons et braves gens,entr'aulres le bastardde la Gliette, qui fut en son temps lieutenant décent hommes d'armes de M. de Bourbon, estant connestable de France. Enfin, ladicte place de Mascon fut prise, avecques beaucoup de réputation de M. de Nevers et de ses gens; et si le roy ne luy eust mandé de venir aussy tosl joindre M. son frère, il eust faict de bons services en Dauphiné, Lyonnois et Bourgoigne.
Estant doncques arrivé en nostre armée , il demanda congé d'aller jusqu'à Nevers veoir