‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 222 sur 267 · M. DE LA CHASTAIGNERAYE · texte numérisé non relu

M. DE LA CHASTAIGNERAYE

Le tiers, qui estoit compaîgnon des dessusdicts MM. de Vieilleville et Bourdillon, fut M. de La Ghastaigneraye mon oncle, duquel ne faut doubter nullement que , s'il eust faict quelque peu plus d'aage qu'il ne fit, qu'il ne fost esté bien plus grand et bien plustost advanoé à plus grands grades que ses deux compaignons; car desjà il estoit gentilhomme de la chambre du roy pour lors que les autres. n'estoientquescuyers, et aussy quHI les surpassoit tous deux, sans leur faire tort , et de faveur et de valeur ; car si les autres en avoient des eschantUlons pour en faire la preuve et la monstre, cestuycy en avoit la pièce toute entière. Mais le traistre dieu Mars, qui favorise le plus souvent plus une foyble espée qu'une bonne, l'emporta, n'ayant encor attaint les vingt-six ans, par ce combat contre le sieur de Jarnac, dont j'en espère ailleurs parler, et certes contre l'opinion de tout le monde, et principallement de ceux qui avoient veu et cogna ses hardiesses, ses prouesses et ses armes, qu'on tenoit lors pour les meilleures de la France; et y en eut force qui ne le regrettèrent guieres, car ils lecraignoient plus qu'ils ne l'aymoient. Aucuns, qui honnoroient sa valeur, le regrettèrent de sa mort ainsy par mesgarde advenue. On s'en estonna grandement; et plusieurs, qui en estoient loingdu lieu du combat, en demeurèrent en suspens et en incertitude : tellement que deux vaillans soldats de Piedmont s'assignèrent combat là dessus, et s'entre-tuerent ; l'on le disant mort, et l'autre affirma tout à trac le contraire, et qu'il estoit impossible qu'un si vaillant homme , et qui avoit les armes si bien en

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