M. LE MARESCHAL DE BELLEGARDB
loy a/oit preste t qyi tenoit fort bien sa morgue à Feadroict de la reyue , de Monsieur, du roy de Navarre qu*il renconira eu chemin où jVstois. Je ne Tensse jamais pris pour celuy que i'avois veu; et disoit-on qu'ii en faisoit trop pour un commancemeot M. du Gua, mon grand amy , me disoit bien tousjours, qui n'avoit eacor veu le roy : « Laisse-moi parler au roy une heure ; lu «verras, je fèray bientost escouler ce torrent € M une heure , et rentrer , et se cacher bien tost «en se» Uct et premier cbetif berceau où on l'a «veu. «Gomme il dit vray , car en un rien on vit le roy , fort refroidy en son endroict, luy faire la mine froide et desdaigneose, comme il la sçavoit très-bien faire quand il vouteit^ne )uy parler pkis d'affaires, la porta du cabinet luy estre refusée le plus souvent
Enfin le voylà tout changé en un tourne-main
do ce qu'on ne le venoit que veoyr adesse ^
comme dit riialien, et de frais fort ravallé; si
bien qu'à la cour on ne sçavoit que Ton debvoit
plus admirer, ou la fortune de cest homme,
qu*on avoit veu hier très^ande et très-haute,
ou son petit ravallement d'aujourdUiuy : dont
aucuns en rioient bien, car avant il faisoit trop
du grand ^ veu ce qu'il avoit esté. Et c'est cequ^il
nous dit un jour à M. de Strozze et à moy, qui
estions de ses bons amys(et le luy roonstrasmes
mieux en son adversité qu'il ne nous avoit
monstre en sa prospérité, en laquelle il se per-
doit trop), qu'il eust mieux aymé cent fois que
le roy ne i'eust point eslevé si haut et en si peu
de temps, que tout à coup l'avoir précipité
comme d'un haut rocher en bas , pour le perdre
et le deshonnorer, et qu'une telle et si haute
cheutte luy estoit plus griefve. Il nous disoit
cela quasy la larme à l'œil, et nous faisoit pitié.
Ce ne fut pas tout : pour Toster de la cour,
le roy luy donna la charge d'aller assiéger U-
vron en Dauphiné, car, puisqu'il estoit faict
M. le mareschal , il falloit bien l'envoyer pour luy
fociliter son passage d'Avignon; charge certea
qui fot fort fascheuse et ruineuse , dont il s'en
fùst bien passé, venant d'une fontaine claire de
fortune, s'aller baigner dans une eau bourbeuse
et toute gassottillée de disgrâces et desfaveurs.
Sept ou huict mois après, pour se desfaire de cest homme qui pesoit fort sur les bras, comme un chascun voyoït , on luy donna la commission
de s'en aller en Poulougne pour rabtller les a^ fiiires du roy , qui estoient fort descousues ; commission seulement inventée pour s'en descharger, ainsy qu'il me le dit quand il partit, que si on ne luy donnoit l'argent c|u'il demandoit, qu'on loy avoit promis, qu'il ne passeroît pas Piedmont; ce qu'il fit et y demeura, autant pour ce subject que pour tenir bonne compaignie à madame la marescballe de Termes sa tante, de laquelle il avoit esté long-temps fort amoureux , que puis après U espousa aveeques dispense : mais sur la fin on disoit à la cour qu'il ne la traictoit pas trop bien , pour practiquer le proverbe, Amoun si maryagei qui se font par amourettes finissent par noisettes.
Enfin, amprès plusieurs meseontentemensdu roy, ce mareschal despilé se banda contre luy, s'entend, soubs main, aveeques M. de Savoye, de qui il estoit fort serviteur et grand amy de tout temps, comme je l'ay veu; oonfore et practîque aveeques le marquis d'Ayamont, gouverneur de Testât de Milan, en prend de bons doublons (ce disoit-on à la cour) ; car autrement ne se pouvoit-il bander contre le roy ny luy faire teste; et luy fait perdre en un rien tout le marquisat de Salluces. J'estois lors à la cour, que les nouvelles en vindrent au roy , qui en fot fort esmeu , et que la citadelle de Carmaignolles tenoit encor.
Le roy y depescha aussy tost le sieur de Lussan, maistre de camp des bandes de Piedmont pour la secourir; mais nous donnasmes la garde que nous le vismes retourner, que tout estoit perdu , ainsy que nous estions de quelque jeunesse de la cour aucuns prests d'y aller, de quoy j'en vis le roy fort triste. Il y envoya le sieur de La Valette le jeune, aujourd'huy M. d'Espernon, qui oommançoit entrer lors en grand faveur, et estoit nepveu dudict mareschal ; et y alla en poste ; et le vis partir aveeques grande espérance d'y faire quelque chose de bon, et réduire son oncle ; mais il n'y gaigna rien , et s'en retourna ainsy.
La reyne mère vint amprës, tournant de son voyage de Gascongne, Provance et Languedoc, qui fit un plus beau coup ; car elle fit tant, que M. de Savoye et elle s'abouchèrent à Mont louel , près de Lyon , où il avoit emmené aveeques luy ledict mareschal, qu'il soustenoit et le favorisoit fort, et le fiiisoit coucher ordi-
natrement en sa chambre. Elle luy fit (out plein de remonstrances. Luy, ores planant, ores connivant et oreseonillant et amusant la reyne de belles parolles , se trouva atteint de maladie par belle poison, de laquelle il mourut.
Ledict marquisat ne laissa pour cela à estre brouillé et en praguerie ; car son fils, le jeune Bellegarde , du despuis fut persuadé de tenir bon pour M. de Savoye , et d'aucuns braves et vaillans capitaines de son père, comme estoit le brave et déterminé Espiart, provançal , qui despuis se tua en faisant jouer un pétard en une porte d'Arles, qu'il vouloit prendre pour M. de Savoye d'aujourd'huy ; et d^Ânselme , aussy du Languedoc ou Provance,je ne sçay pas bien des deux, bien que je Taye fort cognu et mon amy, gentil et habille, et qui rendit la ville de Santal imprenable, qui auparadvant n'estoit rien.
Le mareschal de Raiz fut envoyé de par le roy pour appaisser tout, gaigner M. de Savoye, le jeune Bellegarde , les capitaines, et réduire ledict marquisat à son premier maistre et roy : ce qu'il fit avecques force argent dont il contenta les capitaines, car il avoit bon crédit avecques les banquiers.
Mais nonobstant, si Monsieur, frère du roy, n'y eust envoyé le sieur de La Fin , dict La Nocle, un très-babille gentilhomme, vers M. de Savoye, et les capitaines , qui l'aymoient et le vouloient servir ailleurs que là , qui les gaigna tous par belles parolles et promesses, on disoit que ledict mareschal de Raiz s'en fust tourné ' sans rien foire, et son argent se fust trouvé de mauvais alloy. Le gouvernement en fut donné à l'aisné La Valette, et puis après perdu, comme chascun sçait, et que j'en parle ailleurs. Voylà comment se perdit ce marquisat, et tout par un despit.
Nous trouvons qu'aucuns de nos roys, et mesmes de nos modernes, ont esté fort subjects à changer ainsy la fortune d'aucuns leurs favorys, et les faire rouer ^ autour de sa roue, ainsy qu'il leur a pieu et l'humeur leur en prenoit , ou selon les subjects qu'ils leur en ont donnés. Le roy Louys XI s'en fit appeller le maistre; peu ou nullement le roy Charles son fils; de mesmes le roy Louys XII. Le roy François en fut bon changeur, plus qu'un changeur * Tourner.
ne fait en sa banque , ainsy qu'il le fit paroistre tout à coup à M. le connestable, Tadmiral de Brion et chancelier Poyet. Le roy Henry ne le fut nullement , ny mesmes les roys François et Charles, ses enfans. Mais Henry III et M. d*Alençon , ils en ont esté bons maistres ceux-là, ainsy que j'espère l'escrire amplement en leurs vies.
Ces changemens quelquesfois nuysent, qoelquesfois profitent ; mais mescontenter un cœur généreux luy fait concevoir un grand despit et songer chose qu'il ne songea jamais. Je ne veux foire aucune comparaison, car je ne sub qu'un ver déterre; mais lorsque le feu roy Henry III me donna un mescontentement une fois, je juray, reniay et protestay que je ne lay ferois jamais service, ny à roy de France, tant que je vivrois. Le subject en fut tel :
Lorsque M. de Bourdeille, mon frère, mourut, je luy avois demandé un peu auparadvant Pestât de seneschal et gouverneur de Perigord, que tenoit mondict frère, pour son fils aisné. II me demanda quel aage il avoit ; je luy dis qu'il pou voit avoir neuf ans, et qu'il en avoit esté le parrain, comme il le sçavoitbien. Il me respondit lors qu'il estoit trop jeune pour en exercer Testât, mais qu'il vouloit que je l'eusse, et me le dounoit de très-bon cœur ; et qub quelque jour, sijevenoisàestrevieux et quej'aymasse mon repos, je le pourrois redonner à mon nepven sll estoit capable et s'il ensuivoit ses prédécesseurs, qui avoient esté tous gens de bien et de bon service à la couronne de France. Il ne me le dit ny confirma pas une fois, deux foiSj mais plusieurs fois ; et mesmes une fois du jour des nopces de la princesse de Conty, qu'il la menoit danser le grand bal, à la première pause il m'appella, et me demanda de la disposition de mondict frère, que je luy dis très-mauvaise; et sur ce me confirma encor sa première pardie. Je le priay, en riant et gaussant avecques luy, car il prenoit plaisir de m'entretenir ainsy, qu'il s'en souvinsl bien doncques : car on m'avoit dict qu'il y avoit gens qui le brîguoient ; et fut M. d^Esr pernon qui me le dit le premier dans le petit jeu de paumedu Louvre, et que j'y prinsse garde, et qu'il m'3 serviroit d'amy. Le roy me respondit que je m'asseurasse de sa paroUe, et que jamais il ne Ta voit rompue à qui il Ta voit donnée, et ne commanceroit pas à moy. Et je jure Dieu et le