‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 237 sur 267 · M. PARISOT, GRAND MAISTRE DE MALTHE · texte numérisé non relu

M. PARISOT, GRAND MAISTRE DE MALTHE

les histoires le nous représentent très-grand , et bien assailly etbien deffendu ; aussy que de ce temps les places ne s'assailloient ny s'assiegeoicnt si Furieusement comme despuis de nos temps , ny comme fut le second siège, soustenu par son oncle M. de TIsle-Adam, faict par un jeune prime ambitieux que suif an Solyman, qui n'y cspargna ny verd ny sec , et n y mena que deux cens mille hommes , s'il vous plaist , tant de guerre que de travail, dont il y avoit soixante mille pionniers de ses confins et frontières de rHongrie,de Blasquia^ et Bassina ^qu^on tenoit pour lors très-experts à faire mines, que le grand seigneur avoit faict venir exprès pour prendre la place et s*en ayder plus que de Tarlillerie et autres forces, bien qu'il y eust cent pièces de fonte en baiterie, dont il y en avoit qui (iroient des balles de bronze et de marbre de onze palmes de tour. Les bons arithméticiens en peuvent bien comprendre et représenter, par la circonférence, la figure. Toutes ces pièces tirèrent ainsy souvent, et jour et nuict, et contre les murailles et dans la ville. On peut bien penser quel mal et quelles bresches elles pouvoient faire : et puis après les furieux et continuels assauts ( si que tel fut donné que par cinq fois il fut rafraischy ) qu'ils donnèrent, peuvent bien rendre compte quel siège ce fut ; en fin , les ennemys maistres de la bresche et du haut du rampart, et les uns et les autres près d'une picque, les retranchemens entre deux, n'en pouvant plus, fallut parlemanter et se rendre. Grande honte certes pour les princes chrestiens d'alors, qui , s'amusans à s'entre-tuer , se ruiner et se desposseder les uns les autres de leurs terres et Estats, laissèrent ainsy misérablement perdre ces gens de bien de chevalliers •* car le moindre secours qui leur fust venu de la chrestienté, ils estoient sauvés. Le pape , certes , pour lois y estoit des plus eschauffés à la guerre chrestienne, non pas certes chrestienne, mais barbare et cruelle; en quoy, certes, d'icy à cent mile ans , ce grand roy d'Espaigne Philippes est digne de renommée et de louanges, et diçne aussy que toute la chrestienté prie autant d'années pour le salut de son ame, si desjà Dieu ne luy a donné sa place en son paradis , poar avoir si bien secouru tant de gens de bien

• Valacbie. — * BucOTioe

dans Malthe,qui s'en alloit au train de Rhodes , laquelle l'empereur Charles son père, et le pape Léon, abandonnèrent estrangement pour employer tous leurs sens, leurs soucis , leurs forces et leurs moyens à chasser le roy François hors de son estât de Milan ; auquel bon roy il netini que Rhodes ne fust secouru , et luy en poisa fort sur rame, car enfin il falloit qu'il se deffendist Si ne laissa-il pourtant de commander à tous ses ports de Provance et de Marseille d'armer le plus qu'ils pourroient donner secours, aussy tost que ce grand maistre luy eut depesché ambassade, et aux princes chrestiens, de luy ayder. Ainsy se perdit ceste belle isle et ville de Rhodes, dis-je, qui servoit de rampart à toute la chrestienté et de terreur à toute la Turquie ; si que, quand Solyman en fit l'entreprise, tous ses baschas et ses capitaines de guerre l'en destournerent tout ce qu'ils peurent , et luy en remonstrerent de grands ioconveniens, les fondans sur le siège passé qu'y mit Mahommet son bisayeul , où il n'y receut que de la honte et de la perte ; mesmes ses jannissaires commancerent à murmurer quand ils virent qu'il les menoil là, tant ils curent d'appréhension de mal, sur l'exemple passé. Il n'y eut que Mustapha bascha , capitaine gênerai, qui le redressa; s'y laissant aller l'y poussa et oppiniastra ; dont pourtant il s'en cuyda trouver très-mal quelques mois après; car Solyman se voyant désespéré de prendre la place, et l'accusant qu'il estoit le seul autheur de l'y faire venir, luy faisant entendre qu'il l'auroit prise en un mois , et desjà il y avoit trois mois qu'il estoit là devant, et n'a voit rien faict : dont sur ce il se délibéra de luy faire trancher la teste sur le champ; mais les autres baschas luy remonstrerent qu'il n'en debvoit faire justice en terre d'eunemy ( quelle superstition ! ) ou possible que c'estoit pour donner autant de courage et d'allégresse aux assiégés : ce qu'il créât ; et l'envoya au Caire tenir la place du capitaine de là, qui estoit mort, dont il en advoît eu nou velles. Si continua-il tousjours le siège , pour l'amour que son père luy avoit recommandé à sa mort la prise de ceste place et de Belgrade , sur lesquelles il avoit dessein , et y alloit à toutes sans sa mort. Si bien que ce Jeune prince, tout courageux et ambitieux, et ne voulant nullement dégénérer à ses prédécesseurs qaî

avoieDt esté si grands conquereurs, sultan Mabommet, sultan Bsgazet et sultan Selim, il conquit ces deux belles places, Belgrade par son gênerai , et Rhodes luy en personne. Et ne fout doubter que» s'il n'y eust esté » jamais on ne Feust emportée. Toylà que sert la présence d'un grand en une conqueste ! Enfin , il mena ceste place à tel destroict, que des six parts de la ville les cinq estoient ruynées; toutesfois, ces braves chevalliers , et par-dessus tous un Gabriel Martinengo, les deffendoient, et y faisoient toujours des eontremines tant qu'ils pouvoient , et si bien que les Turcs n'y firent tout à co^> ce qu'ils vouloient; mais la continuation et la longue les emporta par une très-honneste composition, amprès qu'ils eurent faict mourir U devant cent quatre mille Turcs , dont il y en avoit de coups de main soixanle quatre mille, et le reste de peine, de misère et de maladie. C'est tué cela, et foict mourir l

Il fout doncques penser, si sur ce coup fust arrivée une armée fraisGbe,tant Fust^Ue esté petite y et composée seulement de quinze mille hommes, si la place ne fust pas esté conservée, et si l'autre n'eust aussy tost levé le siège; ou, s'il eust voulu combattre, si les nouveaux et frais venus n'eussent bien baUules harassés, fatigués et malmenés en toutes sortes: aussy sceut-il bien prendre le temps d'y aller ; et la principalle raison qui l'y mena fut la division et guerre qu'il vit entre les plus principaux princes chrestiens, dont luy en sceut donner très-bons advis le traistre chevallier portugais, frère André de Merail.

C'est ce qui empescha jadis le bon et brave duc Philippes de Boorgoigne d'aller k Gonstantiooble faire la guerre auxTurcs et le reprendre, dont il en avoit toutes les envyes du monde, sans les Jalousies et les appréhensions qu'il eut que le roy Louys XI, luy estant en un si beau et si bon et sainct œuvre occupé, ne luy vinst prendre ses terres et despouiller de ses bieDs, tant il avoit l'ame traversée: et sans luy, ne faut doubter qu'il eust faict quelque chose de bon , car il estoit zellé et devotieux cbrestien. II avoit donné auparadvant dix mille escus pour foire reedifier et refoire Teglise et la chapelle de Hierusalem, et enavoit autant donné pour avoir faict bastir en la ville de Rhodes la loor de Bour* goigne. Belle ambition certes, pour veoyr eo ee bel œuvre son grand nom gravél Laquelle tour

donna despuis bien de l'affaire aux Turcs, et la maudirent bien.

Geste belle ville fut rendue par composition le propre jour de Noël, et le lendemain Agmet bascha dit à M. le grand maistre : que le grand seigneur avoit envye de le veoyr, et qu'il feroit bien de l'aller trouver dans son pavillon; ce qu'il fit le lendemain , pour estre aussy plus asseuré de sa promesse et sa foy. Quand il fut devant luy, il kiy fit un très-bon et bonnorabie recueil, et luy fit dire par son truchement : que la fortune à luy advenue de perdre villes et seigneuries, c'estoit chose commune et usitée, et qu'il ne s'en donnast trop de mélancolie, puisqu il vivoit en grand honneur, et qu'il ne se donnast peine de sa promesse, et qu'il s'en iroit seurement avecques toute sa compaignie. Dont monseigneur le grand maistre Ten remercia trës^ humblement, et puis s'en retourna. Le lendemain il vint à cheval dans la ville, et y entra par la bresche d'Espaigne tout à dievaL Aussy il vit la ville et la tour de Sainct-Nicolas, qui avoit esté celle de toutes qui avoit mieux faict teste; et s'en retournant, il passa par dedans le palais de M. le grand maistre, et estant dans la salle où les grands maistres avoient accoustumi de manger , il demanda où estoit le grand maistre, et dit qu'on le fist venir ; et n'avoit avecques luy que deux personnes seulement , Agmet basr cha etunjeune hommequ'ilaymoit, et ne voulut que d'autres y entrassent: et quand le grand maistre fut venu , il luy fit dire en grée par ledict bascha qu'il n'eust pensement de rien, et qu'il fist ses affaires à loisir, et que s'il n'avoit assez de terme de celuy qu'il luy avoit donné pour les faire, qu'il luy en donneroit d'avantage et tant qu'il voiidroit. Ledia grand maistre ren remercia et ne luy demanda seulement qu'il tinst sa promesse. L'autre luy respondit qu'il le feroit et qu'il n'en enirast en doubte oy d'aucun desplaisir; ce qu'il fit. Amprès il alla veoyr l'église de Sainct-Jean et la grande place, bien ayse d'avoir ccHiquis si bdie, bonne et riche place, qu^il faut bien dire telle; et puisque M. le grand maistre offrit de payer toute la despense qu'y avoit foicte le grand seigneur et qu'il s'en aliast ; ce qu'il reffiisa et renvoya bien loing.

Il folioit bien dire qu'il eust de grands moyens, et toute la religion, et que ceste place leur apportast de grands revenus, moyens et batio*;

M. PARISOT, GRANU m

aussyestoit-ellesituée très-bien et commodément pour faire de grandes prises sur la Turquie et Syrie , et sur les marchands qui trafficquoient de 1 un à l'autre. De plus, c*estoit un vray et bon port, et seureté d*aborda(;e à tous les marchands chresliens qui trafficquoient en Levant d'une 1 infinité de richesses. Qui voudra sçavoir plus amplement des merveilleuses particularités qui se sont passées à ce siège lise un vieux livre roman que j'ay veu, faicl et composé de ce siège par frère Jacques, bastard de Bourbon , qu'il dédia à frère Philippes de Villiers Tlsle d'Adam, son grand maislre, dont j*ay appris une partie de ce que je viens d'escrire, et une autre de plusieurs vieux commandeurs que j'ay veus à Malihe , et mesmes un vieux grand prieur de Ghampaigne, qui y estoient, et sur-tout aussy de M. le grand maistre Parisot, qui s'y trouva dedans en ses plus jeunes années, lesquels tous feisoit très-beau voir et ouyr en discourir.

Pour parler à st 'heure du siège de Malthe, comme je tiens dudict M. le grand maistre et d^autres vieux commandeurs, il a esté aussy grand et rude , voire plus que celuy de Rhodes, si Ton veut considérer la force de la place, qui n'estoil nullement esgalle à celle de Rhodes, qui de tout temps avoit tousjours esté bonne et forte , et encore mieux rabillée et fortifiée de messieurs les chevalliers despuis qu'ils la prindrent et la gardèrent deux cens quatorze ans , ainsy que j'ay dict. Car enfin, comme disent les bons architectes et ingénieux , il n'y a que fortification de muraille vieille, non pas trop aussy, et vieux rempart et terre-plein; au lieu que Malthe ne pouvoit avoir esté faicte ny fortifiée que despuis quelque quarante ans, que l'empereur leur donna; et pour ce, neuve fortification n'est si bonne que l'autre.

Pour quant à la battei7e, elle fut plus grande que celle de Rhodes, envers laquelle on s'ayda plus de la mine que de la force du canon; et fut tiré à Malthe soixante-dix mille tant de coups de canon. De plus, Malthe fut assaillie de meilleurs hommes que Rhodes, car en ces temps les Turcs ny les janissaires n'estoient si bien aguerris ny armés, s'estans fort peu encor appris et accoustumés aux harquebus , comme ils ont faict despuis, à nos despens, aux guerres qu'ils nous ont faictes en Hongrie par terre et sur nos mers, en tant de combats qu'ils ont baillés du temps

AiSTRE DE MALTHE.

de l'empereur Charles et roy d'Espaîgne; et se sont si bien adextrés et appropriés à ces har^ quebus, que guieres plus ils font d'estat des arcs et flesches: je dis les vieux et aguerris soldats des gardes de leurs ports et places, et sur-tout les renégats d'Alger, que Dragut emmena à Malthe, qu'on disoit paroistre par-dessus tous les autres en valeur et en bonnes armesw

Outre encor, M. le grand maistre de Rhodes ne fut circonvenu ny surpris comme celuy de Malthe, car il lesceut plus de trois mois advant, et mesmes le grand seigneur luy envoya une patente pour lesommer de luy rendre la place amiablement et courtoisement, avecques protestation grande et serment faict qu'ils n'auroient de luy nul dommage ny desplaisir, et ceux qui s'en Toudroient aller ailleurs avecques leur avoir ei femille, faire le pourroient librement et en toute seureté , jusqu'à aucuns qui voudroient prendre solde soubs luy, qu il tes traicteroit et appoinoteroit très-bien ; et, en cas de reffus, les menaçoit de feu , de sangt de renverser leur ville et chasteau de fond en comble, sens dessus dessoubs, et les personnes rendre esclaves misérables ou les faire mourir, comme ils en avoient faict et faisoient à d'autres tous les jours. Les Rhodiens forent ainsy advertis et menacés de bonne heure, mais les Malthois ne le furent point, tant s'en faut, comme j'ay ouy dire à M. le grand maistre que la coustume de sultan Solyman avoit tousjours esté de ne faire arborer jamais son estendart gênerai de mer, ny faire sortir ses armées que le jour propre de Sainot- George, par une certaine dévotion qu'il portoit au sainct, et superstition qu'il avoit de ce jour, et qu'à ceste fois il avoit anticipé et avoit faict partir ceste armée huict jours avant; aussy dirent-ils puis après que cela leur porta malheur, et que l'entreprise en réussit mal.

D'hommes devant Malthe il n'y en avoit pas tant que devant Rhodes; il s'en falloit plus des trois parts, car il n'y avoit que cinquante à soixante mille hommes de guerre, mais tous bien choisis, comme ils le firent bien paroistre en leurs assauts et combats.

D'artillerye devant il y en avoit bien autant, puisqu'il y avoit Unt de galleres mahommes, navires, galliottes et fostes, mais non si grande quantité de grosses bombardes, qu'ils appelloient ainsy : toutesfoîs a y en avoit six gros doubles

canons de fonte, les mieux faîcts et polis que je vis jamais, ainsy qu'en fit la monstre un qu'ils laissèrent et ne purent emporter , d'haste qu'ils eurent en leur embarquement, que nous vismes sur le port estendu puis après en signe de trophée. La place de Malthe fort petite, et Rhodes fort grand et très-peuplée.

Tant d'autres raisons y a-il pour faire trouver le siège de Malthe plus furieux que l'autre , que je n'allegueray point, si-non que M. leconncstable, en oyant discourir le chevallier de La Roche au roy, dit celuy de Malthe emporter l'autre, bien qu'il n*eust rien voulu oster à son oncle le grand maisire: aussy fut-il bienbesoing à tous ces braves chevalliers malthois, capitaines et soldats, qui estoient leans, de sebiendeffendre et se servir bien de la sage conduicte de leur grand maistre gênerai.

On disoit lors que Dragut, quand il arriva làdevant, n*approuva jamais à Rostan bascha, le gênerai, ceste entreprise, et porta cest honneur testimonial à M. le grand maistre, qu'il avoit veu et cognu prisonnier , comme j'ay dict ailleurs : que le grand seigneur debvoit avoir ou plus tost ou plus tard attendu ceste entreprise qu'un tel grand maistre ne fust point esté le commandant ; car il le tenoit pour le plus grand capitaine avecques qui les Turcs avoient eu affaire ; et certes il disoit vray.

Que s'il eust vescu il leur eust donné de l'affaire, car il avoit résolu de venir trouver le pape, l'empereur, le roy de France et le roy d'Espaigne, et autres princes chrestiens, en passant pays, et les prier tous et les induire à se croiser et armer contre les Turcs, et de leur proposer la guerre si aysée et si facile, qu'à i'ouyr discourir comme je l'ouys un jour l'espace d'une grande heure , il n'estoit qu'«1 tenir que le Turc n'eust eu de terribles venues; et se faisoit fort de faire armer et révolter aysement toute la Grèce, en luy fournissant armes et peu d'argent. C'est oit chose résolue en luy, de s'acheminer ainsy vers ces grands princes. Mais sur cela la guerre civiile vint en France, qui l'empescha de partir; car il vouloit sur-tout voir le roy Charles , son roy naturel, de la jeunesse duquel il avoit ouy dire beaucoup de bien, et en esperoit beaucoup de son ayde et de ses braves subjects françois, sans lesquels, disoit-il,il ne pourroit bien conduire sa besoigne.

Je pense qu'il eust faict beau voir ce grand prince ( d'autre qualité, représentation et suffisance que Pierre l'Ermite de jadis ) faire un tel voyage , et près de nos grands princes. Je le peux bien appeller prince, car j'ay veu des roys et princes n'estre pas si honnorés de leurs subjects comme ce grand maistre Testoit de ses chevalliers de toutes nations chrestiennes, autant pour son grade que pour sa valeur et vertu. Le pape Pie V, amprès sa victoire, le voulut honnorer du chappeau de cardinal , comme son prédécesseur le grand maistre d'Aubusson, et de frais a esté le grand maistre Verdalle ; mais il k reffusa tout à trac, disant que la croix blanche ne sieoit pas bien sur le rouge comme sur le noir. Aussy n'estoit-ce pas un habit bien convenant à un grand capitaine fraischement victorieux, qui estoit coustumier de braver, s'enorgueillir et triompher de son grand honneur acquis; et là-dessus prendre un habit ecclésiastique pour s'humilier, comme certes il le faut, envers Dien de la grâce qu'il luy a faict; mais envers le monde il faut manifester superbement sa gloire, comme faisoient ces braves empereurs romains, t]ui, tournans de leurs belles victoires, n'entroient en triomphes en habits de pontifies, mais en glorieux empereurs qui venoient de tuer, tirer sang et conquérir. Ainsy donques reffusa M. le grand maistre la robbe cardinale, et se contenta de la sienne et de ses belles armes qu'il avoit porté sur son corps , et avoit encor espérance de les porter.

Sur quoy je feray ce petit conte, que: quand nous estions à Malthe , la Feste-Dieu vint à eschoir et à se célébrer, à la procession de laquelle tout le monde ne faillit de s'y trouver, tant M. le grand maistre, messieurs de la grand-croix , commandeurs, chevalliei^, que nous autres François et autres gens de guerre: et pour quant à moy, je dis que c'estoit la plus belle que je vis jamais, car elle estoit acconn paignée de dévotion et de guerre tout ensem* ble, et d'une très-belle et grande noblesse : et passant devant le port se fit une très-belle et longue salve d'artillerie et escopeterie de galleres , du gallion et autres vaisseaux qui estoient là en assez bonne quantité; et dora fiort longuement et long-temps , et la poudre n'y M nullement espai^née. L'on en voulut faire ce jour une par-dessus toutes, tant parce que l'ai

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