FERDINAND V
wnir de ce brave Gaston de Foix; et passa à SavoQoe,oû les deux roys se virent par une grande admiration et contentement, à voir leur Façon de faire et apparance Faincle ou vraye, et avec grande joie de toute la grande assemblée qui se trouva là pour voir ceste entreveQe bien estrange de ces deux roys, qui un peu auparavant avoîent esté si grands ennemys à se couper la gorge, et alors devenus si bons amys et si bien reconciliés, non seulement de par ce nouveau parentage et alliance, mais d'assoupissement de toute hayne et d'offenses passées.
Nosire roy Talla voir le premier dans sa galère, par un pont de bois qu'il a voit laict Faire tout exprès sur le port. Et puis Ferdinand descendit à terre, et nostre roy le logea au chasteau qu'il avoit faict préparer pour luy, et le roy à Tevescbé.
La reyne avoit son mari à la main droicte et soD oncle à Tautre, tant brave et parée de pierreries et sumptueux habillement que rien plus, et y fut trouvée fort glorieuse et altiere : j'en parle ailleurs.
Voylà un grand changement de haynes et de reconciliations; mais toutes ces amitiés foioctes ne durèrent guieres ; car bien tost après survindrent les affaires de la Romagne et la batiaille de Ravenne,où ce roy espaignol se banda totalement contre nostre roy : et fiez- Toos en telles reconciliations, voire en telles geos de légère foy!
J'ay ouy raconter à un grand personnage ancien, qui le tenoit de son père, que plusieurs en ceste susdicte entreveue de Savonne, Toyant ces deux roys ensemble, allèrent Faire une comparaison de tous deux, comme par une certaine forme et manière de sympathie. Tous deux avoient beaucoup de vertus et de valeurs, mais le nostre l'emportoit. Tous deux en premières nopces espouserent deux belles, sages et très honnestes princesses : nostre roy la reyne Anne de Bretaigne, l'autre, Ysabelle de Castille, deux très riches héritières, car la Bretaigne, encor que ce ne fust qu'un duché, val- Mt bien le royaume de Gastille; toutes deux fort magnanimes, libérales et entreprenantes; toutes deux bien aymées de leurs marys et de leur peuple, aussy fort regrettées après leur mort. Et puis ces deux roys, pour la tin de
leurs jours, et pour leur advancement â plustost mourir, espouserent deux secondes femmes, jeunes, belles princesses, qui les emportèrent aussi tost dans le tombeau.
Nostre roy ne traisna guieres en sa maladie qui l'emmena, et mourut dans sa belle et noble ville de Paris. Et Ferdinand traisna fort d'une longue indisposition , et mourut en un meschant village, nommé Madrigalego (oA j'ay esté), allant avec sa femme et sa cour à Seville pour changer d'air.
Sa mort vint mal à propos, disoit-on lors, pour la France : car, sans elle, son petit-fils Charles, du costé maternel, et le roy François se dévoient entrevoir, et couper chemin à toutes les guerres qui vindrent après : possible n'esloit-il pas de besoing; car il luy Fallut aller en Espaigne, en son nouveau royaume, après la mort de son père, pour y mettre ordre.
Nos François appelloient ce roy Ferdinand, Jehan Gipon , je ne sçay pour quelle dérision . mais il nous cousta bon, et nous fit bien du mal, et Fut un grand roy et sage.
Il envahit injustement le royaume de Navarre au roy Jehan de Navarre, pour eslre très bon et très loyal >, et soubs ombre de quelque meschante excommunication que le pape Jules, ennemy de nostre roy et de sa couronne (comme j'en parle ailleurs), avoit 3 Fulminée et jettée en ceste conqueste de Navarre.
11 s'ayda fort de Federic, duc d'Albe, oncle de nostre duc d'Albe dont j'ay parlé cy devant; et en parle ailleurs de cela.