‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 243 sur 267 · M. DANDELOT · texte numérisé non relu

M. DANDELOT

Or, M. l'admirai ayant laict Testât de cou* ronnel durant toutes lès guerres espaignolles, la trefve se vint à faire entre l'empereur et le roy, et pour ce , tous les prisonniers furent rendus, et par conséquent M. d'Andeiot, qui avoit espousé tousjours pour prison le chasteau de Milan despuis qu'il fut pris à Parme; et venant en France , M. son frère se desfit de son estât, qui legardoit à telle intention, et le quitta à son frère par la volonté du roy ainsy telle.

En cela le successeur ne céda rien en conrage et vaillance à son prédécesseur, fors en l'expérience , qu'il n'avoit si grande , n'ayant eu le temps ny la commodité de la sçavoir à cause de sa prison. Mais tant y a, ladicte trefve ayant esté rompue, les uns disent par le voyage de M. de Guyse en Italie , d'autres par M. l'admirai, pour son entreprise qu'il fit sur Douay en Artois , et la prise et saccagement de Lens, audict Artois aussy. (Mais l'ennemy en avoit donné les premières occasions, tant à cause de l'oppression et guerre qu'il faisoit au pape Paul IV, qui avoit eu son recours au roy comme à son bon fils aisné , et aussy pour une infinité d'autres entreprises que l'ennemy avoit faictes en France, et mesmes sur Metz, par la menée de M. de Savoye , et autres actes d'hostilité qu'on verra dans l'histoire de France, et force qui vivent encor qui le pourront tesmoîgner, et que j'en parle ailleurs.) La guerre doncques s'estant esmeue fort et ferme et que le roy catholique vint assiéger Sainct Quentin, M. l'admirai, gouverneur pooi lors de Picardie, s'y estant jette dedans avec ques une extresme diligence, belle fortune et grandeur de courage, et avecques fort peu d'hommes pourtant, et principallement d'har quebuserie, dont il en eut grand ftute plus

DES COURONNELS FRANÇOIS.

que d^autres hommes, foUut luy euYoyer secours, ce qu'entreprît M. d'Andelot; si bien que, nonobstant que les ennemys fussent advisés de sa venue par quelques Aoglois qui estoient avecquea nous, et quiavoieot esté pris, pour sauver leurs vies, descouvrîrent tout, et qu'ils eussent fossoyé, traversé et retranché les advenues, et mis la fleur de leur harquebuserie pour les atteindre au passage, mondict sieur d'Andelot y entra bravement ; mais de deux mille qu'il avoit pris, il n'y en entra que fort peu, car les uns furent tués, les autres pris, les antres sauvés et esgarés tellement quel-* lement.

Ce secours pourtant Fut bien à propos, et très* bien receu dufrere; car ils s'entre^aymoient , se secouroient, se soustenoient, s'entre-aydoîent et s'entendoient très-bien les uns les autres; et ehascun d'eux soustint très*bien et très-vaillamment sa bresche, qui ne fut nullement forcée de leur costé , et furent pris en gens d'honneur et de valeur; mais, dans quatre ou cinq jours, M. d'Andelot s'esvada des gens qui le tenoient prisonnier, par dessous une tente , et se sauva gentiment en France.

L'entreprise et siège de Calais vint, où M. d'Andelot servit si bien de son estât , que M. de Guyse dit que, pour conquérir un monde de places, il ne voudroil avoir que M. d'Andelot et M. le mareschal de Strozze , et M. d'Estrées pour rartillerie.

Peu de temps après, le roy Henry, qui estoit le meilleur chrestien et catholique que jamais fiit roy , ayant entendu que M. d'Andelot avoit tenu quelques propos absurdes de la messe, le fit un jour appeller en sa chambre , et le vint interroger (on dit que ce fut par la sollicitation du cardinal de Lorraine) s'il estoit vray. Il respondit qu'ouy, et qu'il aymeroit mieux mourir que d'aller jamais à la messe. Dont le roy entra en si grand colère, qu'il luy cuyda donner de la dague, ce dit-on; et commanda au bonhomme M. de Lorges, l'un des capitaines de ses gardes , de le prendre, ce qu'il fit; et fut mené prisonnier au chasteau de Melun, et là estroictement gardé , jusqu'à ce que M. le connestable son oncle le sortit de prison, qui le délivra.

J'ay ouy dire à aucuns, et mesmes à aucuns soldats espaignols, vieux mortes-payes dans

Milan , que , durant sa prison , n'ayant autre exercice, se mit à la lecture, et à se faire porter toutes sortes de livres , sans que les gardes les visitassent, car pour lors l'inquisition n'y estoit si estroicte comme despuis ; et que là, et par là, il s'apprit la nouvelle religion, outre qu'il en avoit senty quelque fumée estant allé en Allemaigne, à la guerre des protestans. Voyià que c'est du loysir et de Toysiveté ! tant fait-elle apprendre force choses mauvaises, dont après on s'en repent : aussy en apprendelle de bonnes, dont on s'en trouve bien.

Or, cependant que M. d'Andelot estoit en prison, l'entreprise de Thionville se fit, où M. de Montluc fut commandé d'exercer Testât de M. d'Andelot. Vous verrez ce qu'il en dit en son livre , et comment il s'en acquitta trèsdignement, comme il n'en faut doubter, et aussy au camp d'Amyens, durant lequel la paix se traitta à Gercan et se conclud.

Il ne faut demander s'il y eut de belles casseries, et s'il y eut des capitaines et soldats malcontens. On ne retint que les compaignies qu'il falloit pour les places des frontières; et, par ceste paix , M. d'Andelot n'eut pas temps ni loysir de faire valoir sa valeur : en quoy c'est dommage de laisser chaumer si braves gens, ny plus ny moins que de laisser rouiller une belle, très-claire et luisante espée.

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