‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 246 sur 267 · M. D*ESPERNON · texte numérisé non relu

M. D*ESPERNON

Voylà mainctenant M. d'Espernon couronnel de France, de la façon que j'ay dict , et comme l'ayant aussy très-bien mérité , fust avant Aist après.

De descrire mainctenant ses valleurs et ses faicts, ce seroit une chose très-vaine et superflue à moy que de m'y amuser, veu qu'ayant esté un favory du roy, le plus grand que jamais roy de France ayst eu, jusques-là que je l'ay veu que Ton ne l'appelloit à cour que Monsieur simplement , comme fils ou frère du roy, bien que M. d'Alençon vesquit ; ne seroit-ce pas à moy superfluité doncques d'eu faire discours, puisqu'il est vraysemblable qu'ayant esté si grand et tenu tel rang, qu'il n'ayst obligé pour le moins quelque bon escrivain qui ayt escrit ou escrive et publie ses louanges, ainsy que j'en ay veu quelques livrets qui ne sont pas mal faicts, qui font beaucoup pour luy et le nous font cognoistre pour tel grand personnage qu'il est?

D'autres ont esté faicts contre luy. Mais les autheurs, ce dit-on, ont un peu parlé par passion; et ne faut pas croire quelquesfois tout ce que l'on dit et escrit par mesdisances, comme celuy que l'on fit de luy, qui fut le Gavaston S et l'autre , dont on en fit une risée ; car, estant faict nouveau gouverneur de Provance , il alla pour y mettre ordre, d'autant que la Ligue le troubloit un peu. Il se fit un livre à Paris par mocquerie de luy, qui se vendoit devant le palais et parmy les rues , comme l'on en voit des cryeurs et vendeurs de plusieurs autres; et s'intituloit ledict livre :I^ hauts faicts, gestes etvaillancesde M. d'Espernon en son voyage de Provance, Le titre le chantoit ainsy, et estoit très-bien imprimé; mais tournant le premier feuillet et les autres ensuivans, on les trouvoit tous en blanc et rien imprimé.

Les curieux, tant amys qu'ennemys dudict sieur d'Espernon, accouroient auxdicts petits crieurs et porteurs de livres , pour veoyr que c'estoit, et en achepter; lesquels, voyans le titre, desboursoient de leurs gibecières pour en faire l'achat.

Aucuns en voyans le titre , et puis tournans le feuillet, et n'y voyans rien, se courrouçoient contre les vendeurs, disans qu'ils estoient des abuseurs de monstrer par l'apparence du titre du livre et rien dedans : et eux pour excuse respondoîent aussy : « Aussy n'a-il rien faict, «monsieur. Pourquoy voulez-vous qu'on en im- « prime rien?»

Autres, se contentans de la première inscription, sans regarder dedans, y mettoient leur peu d'argent, et eux, arrivans à leur logis, pensans faire quelque belle lecture après disner, y trouvoient bianco^ et, bien faschés d'avoir si mal employé l'argent de leur baudrier. Aucuns se mocquoient d'eux- mesmes. D'autres, plus raquedinares , se despitoient, et maudissoient* et M. d'Espernon et son livre et ses gestes, d'y avoir mis et em-

* Fayori d'Edouard 11, roi d'ÀDgleterre, dans l'hi«toire duquel on dépeignit alors les excès du duc d'Éper- Don, comme on prétend qu*on dépeignit ensuite ceux du connétable Albert de Luynes dans celle de Jean H , roi de Casiille , ou plutôt de son coiinéuble Al?aro de Luna. publiée sous le nom du sieur de Chaintreau, mais qu'on attribue au cardinal de RicheUeu.

plpyé âmai leurs pièces, qui leur eussent servy d'ailleurs.

Si est-ce que» uoQobstant ceste blanque, plusieujA luy dooiiaieat réputation d'y avoir pris une place ineipugnable et inoprenable, coain]ieSorges,au wilieude Tbyver, des ptuyes, des glaces et Reiges, et momé et planté son artillerie pour faire sa batterie en un lieu si inaccessible, que c'est tout ce que pourroient faire les chievres que d'y aller ; et la prit pourtant, mais avecques perte de force bons et honuestes hoQimes, tant gentilsbommes que capitaines et soldats, et à la barbe d'un des braves et V£^illan& gentilsbommes que j'aye cognus, qui estoit M. de Vins , qui luy donna bien des empescbemeos, et luy en eust donné d'avantage s'il eust vescu.

En son second voyage qu'il y a faict après la mort de son frère M. de la Valette, encor qfCû ayt trouvé de braves et gallans hommes, trës-vaillans, qui luy ont bien faict teste, rayant empesché de prendre les meilleures villes du pa]rs, q^e, s'il les eust pu empiéter, il qe les eust pas desmordues aysemen^; pour lesquelles attrapper , il n'y a rien oublié de toutes Ijçs sortes d'industries ny de main; car il ât entreprise sur MarseiUe, de nuict, par le Œt^yen des pétards et quelque petite intelligence qu'on le disoit avoir dedans.

Aupi^ns disoicAt et croyoient que ce n'cstoil qt]|i^> «aine ostentajlioa qu'on clisoit l'avoir entre- Rrj;^ , et qu'on dUt apris^, et publiost-on par la Franceque : M.d'Espernon avoit oséattenter avecques deux mille hommes sur la plus renommée et forte ville de la Gaule du temps des Romains et autres empires et règnes, et que, de nos temps, MM. de Bourbon et marquis de Pescayre,si grands et excellens capitaines, avoient failly, voyre l'empereur Charles, en son voyage de Provance.

Voylà comment le monde disoouroit sur ceste entreprise vaine de M. d'Espertion , la tenant pour vaine.

Autres disoient et affirmoient : qu'il s'estoit armé de bon, et à bon escient, et que, sans un pétard qui tarda à venir, la ville estoit sienne ; c^ diesjà elle estoit toute en peur. Je m'en rapporte à ce qui en est. -

Une autre belle expédition qu'il a faicte, c'est ceste citadelle, ou plustost bastille ou forteresse,

ou blocqus ( on l'appellera comme on vendra , car c'est pervertir autrement le nom de citadelle, qui le veut bien déchiffrer) qu'il fit devant Aix : car, voyant ne la pouvoir avoir par force, i cause du peu de gens qu'il avoit pour expugner ou assiéger une telle place, où U y avoit tant de gens de bien, d'honneur et de valeur dedans, il advisa d'y bastir ecconatraire ceste citadelle , pour les tenir en bride, les affamer et faire venir à composition. Et de fai€t, la basiit i leur barbe, nonobstant les belles sorties que tous les jours ceux de dedans €aisoient sur les siens : œuvre certes très«adnirable, et <tti'un plus grand et plus puissant que luy n'eust sceu faire. Et si ce grand emperear Frédéric a esté loué et admiré pour avoir basli une telle bride-place devant Parme, et l'appella Victoria, comme nous trouvons par escrît , Q faut dire de mesmes que ceste œuvre de M. d'Ksperuon a equipoUé et parangonné celuy d'im des grands empereurs et braves qui avoit esté despuis Gharlemaigne jusqu'au luy. Et ce qu'il faut admirer est que, dès le commaocenieiil de ceste forteresse, il y fut très-griefvementUessé; car, aiusy qu'il estoit une après-disnée retiré dans une tente, et qu'il jouoit pour passer le temps avecques quelquesgentilshonmies, fiit tiré de la ville un coup de couleuvrine, pensez! pa le rapport de quelque bon espion, qui luy em> porta deux gentilshommes auprès de luy, dont l'un fort son amy (quel secret de Dieu !) ayant la cuisse emportée et le bras; des os qui en sortirent , vinrent donner contre le ventre el cuisses dudict M. d'Espernon, qui le blessèrent tellement qu'on le tint pour mort longtemps; mais après il fut si bien secouru qu'il en est reschappé. Et, nonobstant sa blessure, jamais ne cessa sa fortification, et commanda la continuer; tellement qu'il la mit en peu de temps inexpugnable et logeable de plus de douxe cens hommes , tant à cheval qu'à pied, qui ordinairement donnèrent si grande fatigue à ceux d'Aix, que la ville s'en aUoit à sa mercy, sans la révolte qui s'ourdit en la Provance, tant du costéde la noblesse que du peuple, et sans que, se remettant à l'obeyssance du roy, advi* serent d'appeller M. des Diguieres, un des grands capitaines qui soit aujourd'huy en France, sans faire tort aux autres, ainsy que j'ay ouy dire à de plus entendus qa» moy, et

DES COURQNNBLS FRANÇOIS.

q«e t€s fitiQt< le mopstreni cncor idîcux, eomnie j'en p^rte ep sa vie : et nal qu'un aeul M. des Diguieres pouvoit fiiire ce coup ; et nul, clù»it* <H^i que M. des Diigaiere^ se p^Hivoit opposer I luy, ny VafFroQter, Dy faire songer à sa ood-> science., et a^l^l^isiBr sa cupidité et ambition. Aussy, à bon chat bon rat, ce dit-on.

Veu les hasards qu'a couru ce M. d'Espemon, il y a pliisîeurs geqa qui ont opinion qu'il soit fée , on qu'il ayt quelque démon ou esprit famtt lier qui le. goydieiear, estant hay en France pins qu'homme qui f«atj«mis fsYQry du roy (si croyje), il a ^é guetté, eavallé, vendu, attenté e( coiyuré en toutes façons, et blessé, et pourtant escbappéjusqu'icy.

Il fut faict une entreprise sur kiy à Angeo* lesme» aussy bien tramée qu'il en fut jamais ) flftaialea exéeuteiirane firent rien qui vaille; et, aw lieu de le charger, s'amusèrent à piller son cabinet el ses habilkmens, et ka jctter par les fenestres.

U y demeura deax jours et deux nuicta dans le chasteau ewegé, tellement que luy ny les sifena s^'avoiem de l'eau pour boire : si bien qv'anems des siens, comme je leur ay ouy dure , furent eentraincls de boire leur pissat ; et tons a'enaUoient mcHrir #e soif (mort de Ro* la^Kl), saqs que leaassîegeans se mirent à oapituleTi el illire composition d'abolition do tout ; mais despuis ils l'ont bien payé.

Au bout de qndque temps après, tournant de son gouvernement de Boukmgne, et passant vers Monat^l, il desflt la garqison de cheval de là fbrt heufensemenl, et en prit prisonnier le gouvenieur, et force antres gentilshommes avecques luy; et, venant passer et loger à Gorbie, oùestoitM. deLepgueville, Keuteoant gênerai pour le roy en toute la Picardie , mondict sieur d'Espemen , ne sçachant pas , ou ne se souvenant, ou du tout ne le voulant point , ne présenta ses prisonniers audict lieutenant gênerai, comme la raison vouloit. A quoi M. de Longueville, prince d'honneur et de mérite, se sentant picqué, les luy envoya demander ce sob"; lesquels hiy estans refusés de l'autre, M. de LongnevOle fait mettre tout le monde en armes, et bons corps-de-garde et barriquades devant le logis de M. d^Ëspernop, qui eut subr ject de dire, conwiae U a dict despuis A de ses aiiilfs : que jamais il n'eut si belle pemv oy

MS

pensa micmi mourir que H. Mmaenfin M. dt Longueville, comme prince bon et oonrtols> à la mode de fett M. son père, qui l'esloit sll en Ait oBcqoes, se contenta de quelque honneste sa* tisAwtion, n'advisant pas tant à la convoitise ay au profit. Si bien que |e tout s'appaisa , e M. d'Eapernon sortit lendemain matin de la ville , bien ayse , îl ne le Ihot pas demander.

Voyià un grand hasard pourtant. Que, s'il eual eu aiifSMre avetquea un homme turbulent, rapineux et snl^ectA tai pinoe et àl'^variee , je scay quHI n'en Aist pas esté quitte à si bon Bsrché.

Je ne sçay comment ils en sont, et s'ils sont tonqoors en querelle; mais plasienrs disent que M* d'Espemon ne luy doit rien demander, puisqu'estani en son pouvoir, ne lui ayant faiet mal py desplaisir, el hiy en pouvant foire, s'en estoit ailé ainsy.

Je m'en rapporte df^x grands capilaipes dnet Ksies, qui ont là assez ample subject pour sNf esbattre de parollea. Oe seigneur esohappa là pourtant un grand hasard.

Il a estéaussy souvept blessé, et fort grandement, el mesmes à Pierrefont d\rae grande arqnebusade à travers lea asaKbeires, dont il n'y a?oit ordre qu'il esebappast, non pk» que d'un grand cerf en son rut , qui hiy donna des cornes à travers le corps, et le porta à demymort par terre.

Foreeautres blessures qu'il a eues, el de firaia de la fottgade de BrignoUes, qui a esté une grande eschappade et hasard , dont fi en est escbappéfort heureusement et par la grâce de Dieu, et par la bonne main de M. Sourlin, qui est prevost des bandes franfoises, et nn des meilleurs chirurgiens de la France, très-heureux à Tendroict de M. d'Espernon, et pas tant à d'autres.

Voyià pourquoy on ne sçavoit oêter de l'opinion de plusieurs, qu'il n'eust quelque de* mon qui le tinst par la main , tant pour la vie que pour les biens, foveurset grandeurs; car il a eu du roy son maistre tout ce qu'il a jamais voulu. Touchant l'or et l'argent qu'il en a jamais tiré, le monde en dict tant que je n'en puis croire la moyctié. Quant aux places el terres, il n'en a jamais eu qu'Kspernon et Fontenay, et despuis peo Vilebois et antres tenm de M. de Mompeiisier en Aogou^

moiSy qu'il a achetées de ses propres deniers, et non de ceux du roy, comme Espemou et Fontenay. Et n'a voulu foire comme ont hkx M. le connestable, M. le mareschal de Sainct- André, mareschal de Rets, Matignon et autres favoris de roys , qui se sont plus délectés à avoir et acquester des belles places. Mais ces» tuy-cy s'est advisé d'une cabale d'économie, à laquelle les autres n'avoient jamais Tceil, comme on disoit à la cour; car luy, détestant toutes ces possessions , domaines , propriétés, et territoires, il s'est laict donner force beaux gouvernemens , qui luy valoient plus que tous les acquesis du monde qu^il eust sceu faire.

On l'a veu pour un coup avoir le gouvernement de Metz et pays Messin, de Boulongne et Boulonnis , de Loches , du marquisat de Saluées , de Provance, d'Angoulmois , Xainctooge , Aunis, Touraine, Angers, et de la Normandie. Geluy-ià, il ne le garda guieres. U le donna à M. de Monipensier, d'autant qu'il n'appartenoit de tout temps qu'au Dauphin de France, et, luy faillant, et autres fils de roy, appartenoit de raison à un grand prince du sang. Ledict M. de Montpensier disoit alors : «Mon maistre, «ce morceau est trop gros pour vous: il vous «estranglera si vous vous meslez de le vouloir «avaler.» Aussyle quitta-il.

Or, je vous laisse à penser comme il a pu faire valoir le talent de tous ces gouvememens. Aussy sont -ils esté cause du maintien de son estât et sa grandeur. Si que, possible, sans iceux le roy son maistre , qui Tavoit tant aymé et eslevé, et puis s'en estoit refroidy, luy eust faict un mauvais tour, ainsy que le bruit commun de la cour et de la France en trottoit.

Et si ces gouvememens iuy ont fort servy, Testât de couronnel l'a fondé encore mieux , d'autant qu'il avoit soubs luy tant de compaigniesà sa dévotion, et tant de soldats. 11 les mettoit , il les ostoit , les fiiisoit, les desfoisoit, les renouvelloit , les transmuoit, les transportoit •ù bon luy sembloit, en dîsposoit à sa volonté, les sarroitaux garnisons, faisoit des loix comme il vouloit nouvelles, observoit les vieilles ainsy qu'il voyoit luy estre utiles. Fit ériger cest estât en ofiScier de la couronne de France, ce qui n'avoit jamais esté faict , et a esté le premier qui fit ce coup. Et , qui plus est , il estoit mieux ordinairement aooompaigné que le roy

mesmes, car tl avoit à sa suite plus de capitaines en chef, de lieutenans , d'enseignes, de sergens, de capitaines entretenus, de payes reaies. Bref, qu'estoit-il question de veoyr plus belle suite et compaignie que d'un tel coaronnd , qui le vouloit ainsy et le comnuindoit expressément.

J'ay ouy dire qu'au camp de Jalon, lorsque le roy François ^ manda quérir ses vieilles bandes du Piedmont pour faire teste à l'empereur qui vouloit descendre en Ghampaigne , M. de Tays vint faire la révérence au roy fort pompeusement , acoompaigné de toutes ses bandes et capitaines victorieux, triomphansde teste mémorable battaille de Gerisoles , où il y en avoit grande quantité; car il y avoit vingtquatre ou vingt-cinq enseignes. Je vous laisse à calculer combien il y pouvoit avoir de capitaines, tant en dief que autres membres et capitaines entretenus; et Dieu sçait quels hommes, tous cares de princes^, voyre de plus. Le roy admira fort ceste tronppe , et dit après : «Foy de gentilhomme ! voyià le plus bel estât «de mon royaume, et aussy suffisant pour se «faire accompaigner, craindre et respecter. Et « m'estonne que beaucoup de mes petits sots focs «princes de mon royaume, qui font tant des «grands glorieux, n'y ont jamais aspiré , qd «se ruynent eux et leurs moyens pour avoir «des gens à se faire suivre, craindre et respee- «ter, au lieu qu'à mes despens , et qui ne leur < cousteroit rien du leur, iL»>seroient toujours «mieux accompaignés que moy; et par ainsy es* «pargneroient le leur pour l'employer mieux à «mon service. Je ne sçay s'ils le font pour crain- «dre , ou pour espargner leur peau ; car Testât «est fort hasardeux; mais pourtant si en se- «roient-ils bien plus heureux, honnorés et rescpectés ; et sont des petits sots qui le desdai- «gnent.9

Je ne sçay si M. d'Espernon avdt pris langue de là ; mais je trouve, et d'autres aveoqnes moy, qu'il ne fit jamais mieux que de se poorveoir de cest estât, qu'il n'a voulu pourtant jamais desmordre, quelque sollicitation que le roy d'aiyourd'huy luy en ayt foictes, dêi-

* Ici on lit en marge dan» le mannscrit 8772; de k main de Bnntùaa» : «Je croy avoir ceci etcrU i cj-devant; par (fooif ne tat plus le redire.»

DES COURONNÈLS FRANÇOIS.

rant gratifier M. de Gbastillon ; d'autant que le roy disolt que M. d'Espernon ne s'y rendoil pas subject , et qu'il s'amusoit trop aux autres grandes charges qu'il avoît touchant ses gouvernemens. Car, quand tout est dict, le plus souvent qu'il l'a exercé, il estoît, et lieutenant-general , et gouverneur, et couronne! , exerçant tous les estats ensemble, et s'en acquittant très-dignement avecquescela, et vaillamment; car on ne luy sçauroit reprocher q u'il ne fusl très-brave et vaillant, et avecques cela fort accomply et universel en tout, tant pour la cour, pour la guerre, pour affaires d'Estat, pour finances, pour discours, pour gentillesses, pour les dames et l'amour, pour plaisir que pour tout; si bien que ceux qui en voudroient escrire, en ont ample matière et bien blanche carte : qu'ils la noircissent bien s'ils veulent.

Quant à moy, pour ce coup, je n'en passeray pas plus outre , pour ne luy avoir obligation à n'eu dire bien ny mal , si est-ce que sa vertu me contraint de dire cecy en passant.

Par quoy je fais fin à nostre discours de nos couronnels de France. Et les voylà tous jusques icy, qui ont esté despuis leur première institution.

S'ensuit de parler des couronnels de Piedmont qui ont esté; lesquels je dechiffreray le plus briefvement que je pourray, afin de ne tratsner tant ceste besoigne, qui possible pourroit ennuyer à plusieurs.

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