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battus, car il n'eust pas quitté ce qui luy avoit esté donné de son roj , et le tenoit desjà en main. Mesmes ledict comte me disoit souseni , car il m'aymoit fort, il ne faut point mentir : «J'en suis bien marry, ce me disoit-il; quand «vostre frère sera sorty de là, nous nous bat- «trons s'il ne quitte cela;» et en ryant je luy respondois : «Il n'en faut pas doubter ; mais dr- «quoy vous importe cela? Vous n'avez rien à «faire en France touchant vostre estât; vous «n'estes que couronnel dePiedmont.»
Mais après je descouvris qu'il avoit gaigné M. de Strozze, et l'avoit faict jurer que jamais il n'y auroit qu'eux couronnels , ny enseigne blanche en France que les leurs; ce que je trouvay très-mauvais à M. de Strozze , car il fesoit grand estât de mondict frère, et luy estoit obligé, et je sçay bien ce que j'en dis audict sieur Strozze. Or ny Tun ny l'autre n'eurent pas grand peine d'en quereller mondict frère , car il mourut à Chartres très-vaillamment et honnorablement, y ayant esté tué pour le service de son roy et la protection de sa place, qui luy avoit esté donnée en garde soubs le commandement de M. de Lignieres, lieutenant du roy leans , très-vaillant et très-sage capitaine.
Or il ne se faut esbahir si M. de Strozze fit ce traict à mon frère, auquel, comme j'ay dict , il estoit obligé, puisqu'il en fit un pareil à M. son beau-frere, le comte de Tande, certes très-digne, vaillant et sage capitaine, et qui avoit servy très-fidelement et vaillamment le roy aux premières guerres en Provance : pour lors ne i'appelloit-on que M. le comte de Sommerive , car son père le comte de Tande n'estoit pas mort. Ce M, de Sommerive emmena au roy en ceste troisicsme guerre mille hommes de pied provançaux , aussy braves soldats et aussy bien armés que l'on eust sceu veoyr ; et portbit l'enseigne blanche, et entra ainsy dans le camp. Qui fut despité? Ce fut le comte de Brissac. Et ayant gaigné M. de Strozze, pour serment faict dès long-temps entr'eux , en fit parler au comte de Sommerive, le remonstra à son gênerai, luy en demanda raison , et qu'il ne le pouvoit plus supporter à sa veue. Pour tout, ayant esté remis de jour en jour , et ne pouvant plus patienter , il envoya un jour l'un de ses maistres-
qu'il latlendoit au bout du graod parc de Verteuil, qu'on appelle La Tremblay, en Angoulmois , qui est au comte de La Rochefoucaut , 01^ pour lors estoit Monsieur et toute son armée : mais cest appel ne se |)eut faire si secrettement que le marquis de Villars son oncle n'en sceust le vent , et qu'il ne courust après son nepveu , qui alloit résolu, et force autres, voyre Monsieur s'y acheminoit; si-bien que lesdefFensesdu combat furent faictes et la partye rompue. A quoy puis après Monsieur y remédia, qui fit que le comte de Brissac, haut à la main, mutin, bravasclie , bravoil et menaçoit qu'il quilteroit son estât, ou le drapeau blanc ne paroistroit plus. Enfin, le tout bien pesé et disputé, que nul pins grand affront et despit n'est à un couronnel jjeneral que de veoyr un autre se vouloir parangonner à luy et porter cesle enseigne blancbe, il fut arresté que ledict drapeau se plieroit. M. le comte de Tande, souffrant cela impatiemment , luy qui s'estoit veu premier en soy et n'estre commandé que de soy-mesme, encor qu'il ne commandast seulement à ceste infanterie, mais à la belle cavallerie qu'il avoit menée de Provance, et ne voulant obeyr au comte de Brissac, ny à son beau-frere, M. de Slrozze, ne se pleut guieres à Tannée, et lost après ramena la pluspart de ses gens. Voyià la contention qui fut entre ces deux grands, et tout pour un morceau de taffetas blanc.
Il en avoit faict de mesmes quasy un peu auparadvant à M. de Sarlabous le jeune, qui avoit emmené son régiment , estably en Languedoc , en l'armée, le plus beau aus.sy qu'on eust sceu veoyr, et le mieux armé, et le mieux en poinct et aussy complet. Il.y eut aussy de la contention grande ; mais le tout s'appaisa par la volonté du roy, en faisant esvanouyr cest arbre blanc.
Il y eut force personnes qui blasmercnt M. de Strozze d avoir esté adjoinct et complice en ce faict du comte de Brissac contre son frère, qui avoit espousésa sœur, la segnora Glerice Strozze, Tune des belles et bonnesles dames de France, et qui n'aymoit rien tant que son frère; mais lors elle estoit morte, un an avant ou plus, qui estoit la plusaltiere femme du monde, et qui Teust bien sceu par après reprocher à son frcre, si elle eust esté vivante. Voylà pourquoy il eut tort de se bander ainsy contre son beau-
frere , encore qu*il laissast jouer tout le jeu au comte de Brissac : toutesfois, puisque luy estoit couronnel-geueral de France, M. de Brissac n*y avoit pas beaucoup à veoyr ; mais en cela il avoit gaigné M. de Strozze, et le possedoit, comme je l'ay veu, et s'y laissoit fort aller.
Pour quant à M. de Sarlabous, encor qu^il fust un grand homme pour les gens de pied et qu'il eust gaigné ses charges par sa valeur, si est-ce qu*un chascun disoit qu^ii ne se faisoit point de tort d*obeyr à M. de Strozze et M. de Brissac, seigneurs de si bonne part et de si bon lieu, de mérite et de valeur qu'ils estoient; enfin, jVn vis faire tant de disputes , qu'elles seroient trop longues à escrire : je m'en remets à ceux qui les ouyrent , estant de ce temps-là, ou qui les peurent ouyr alléguer. Ledict Sarlabous enfin quitta ce drapeau blanc : ainsy la raison le vouloit de luy, mais non du comte de Sommerive, disoiton alors.
Voylà les ambitions que ce brave comte avoit en ces choses là, qu'il y pouvoit bien avoir, puisqu'il y valloit bien plus haut, mais ne vouloit rien laisser passer devant luy qui luy touchast le moindre scrupule de son honneur.
Certes, s'il eust vescu il fust esté un trèsgrand personnage, très-grand 9 dis- je, en toutes les façons. Outre ses belles vertus et vaillances de guerre, il avoit de très-belles parties de couriisans, pour bien paroistreen tout. Il estoit très-beau, et avoit le visage féminin, et si pour cela il estoit homme en tout ; il avoit sa niine fort douce.
J'ay veu que tout un temps, en son jeune âge, nous Tappellions/'/greo/}, d'autant qu'il avoit sa petite façon douce et bénigne comme un pigeon. Il savoit toutes sortes d'exercices , et en tout il estoit fort adroict, comme à bien tirer des armes, qu'il avoit appris du Jule, Milanois, au commancement, et puis rendu parfaict par Âymart, enfant deBourdeaux,qui, pour avoir demeuré dix ans en Italie, n'a voit son pareil. 11 jouoit fort bien à la paulme; il estoit bon à la lutte, encor qu'il se monstra5t très-foiblet : mais il sçavoit l'adresse, si bien qu'il en portoit par terre des plus grands, plus hauts et plus robustes que luy; et en aycit appris Padresse d'un Ferrarois qu'on appelloit Colle, qui estoit venu à la cour de France exprès pour s'esprouver, dont on n'en vit janiab
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lin pareil, et n'en desplalse aux Bretons, car il portoit par terre tant qu'il en tenoit, tant il estoit adroict; et avoit ainsy dressé ce comte.
Il dansoit des mieux qu'on en avoit veu à la cour jamais; car, outre la disposition trèsf^rande qu'il avoit, il avoit , la plus belle grâce que jamais courtisan : despuis nul n'y a pu atteindre, fors le jeune La Molle, ainsy que je l'ay veu juger à seigneurs et dames de la cour; encor La Molle n'y advenoit qu'assez près. Et n'estoit ledict comte propre pour une seule danse, comme j'en ay veu aucuns nés et adroicts, les uns pour Tune, les autres pour Vautre ; mais ce comte estoit universel en tout , fus! pour les branles, pour la gaillarde, pour la pavanne d'Espaigne, pour les Canaries, bref pour toutes.
Il me souvient qu'après les secondes guerres civilles, et durant la petite paix, le roy Charles vint à estre malade à Madrid. Un jour, après qu'il eut disné, il commanda à tout le monde de se retirer, puis commanda à messieurs de Strozze et Brissac de demeurer ; à M. de Strozze il lui fit donner un luth par Losman, jeune homme chantre de sa chambre et très-bon joueur de luth , et dit audict M. de Strozze qu'il en jouast, car c'estoit le seigneur et gentilhomme de France qui en jouoit des mieux; et puis commanda à M. de Brissac de danser soubs luy, qui n'y faillit point, car ce prince sur-tout vouloit estrc fort obey : si bien que l'un et l'autre ne faillirent de jouer et danser, e* principallement la gaillarde et les Canaries, qui pour lors avoient grand vogue. Le roy, prit son plaisir, et à tel spectacle et à telle ouyc assez long- temps, et puis il dit à aucuns que nous estions là, mais fort peu (et le roy m'avoit commandé de demeurer entre autres capitaines etgentilshommes que nous estions peu là restés) : « Voylù comme, « après que j'ay tiré du service de mes drux couaronnels à la guerre, j'en tire du plaisir à la a paix. » Et certes il avoit raison , car c'estoit une très-belle chose que veoyr ces deux couronnels si parfaicts en deux tels divers exercices.
Quant aux vertus de l'ame de ce comte, il estoit sçavant , et lisoil tousjours peu et prou. Il parloit bien , et concevoit en soy de grands discours et desseins.
11 aymoit l'amour, et si la faisoit assez gentiment et excorlemcnt. Il ayma à la cour une
très-grande dame, princesse vefve, certes une très-honnesle et belle dame. Elleluy fut implacable, d'autant qu'elle ne se vouloit remaryer; et luy, pour avoir son cœur très-haut, ne tendoit pas moins qu'à un très-haut et grand maryage; et aussy que cesle dame abhorroit par trop le sexe masculin , et , par trop aussy aymant le sien, adoroit et aymoit une très-grande dame, et ceste grande dame estoit esperdnement amoureuse d'elle; si bien que le comte, désespéré du fruict de son amour, avoit résolu un jour d'escalier en pleine cour de son roy la chambre de sa maistresse (qui ne le hayssoit pourtant trop), et passer par la fenestre, et la nuict entrer dedans, et en jonyr, fust par force ou par amour. Et certes elle ne fust esté par trop gastée de se laisser vaincre à un si beau et doux ennemy que celuy-là; mais elle en sceut le vent par quelqu'un qui le luy descouvrit , et pour ce la partie en fut rompue et remise par ledict comte où il eust pu prendre l'occasion. Voyez quelle hautaineté de courage et présomption de soy! La dame pour cela ne lui en fit mauvais semblant; mais elle mourut quelque temps après, pour n'estre trop forte, ains trop foible aux assauts de ses plaisirs vénériens de donne con donne ^ qu elle aymoit.
Ce comte ayma autres honnestes dames, et mesmes une fort honneste dame de Guyenne, maryéeet grande, que j'ay cognue, et trèsbelle et fort aymable; mais il n'y parvint que des yeux : aussy n'eut-il grand loysir de la servir ; et , despuis , M. de Strozze prenant ses erres Tayma, et estant vefve la vouloit espouser ; mais il mourut sur ceste volonté. Ceste dame fut ainsy subjecle d'estre aymée de couronnels.
Il faut maintenant finir son tablciiu, lequel j'ay faict au plus petit volume que j'ay pu, d'autant que l'œuvre mérite un plus parfaict et .suffisant ouvrier; po.ssible en parleray-je ailleurs. Bref, ce comte de Brissac a esté l'un des plus parfaicts et accomplis seigneurs que j'aye point veu en nostre cour Je n'en ay guieres veu qui •en leur jeunesse n'ayent faict en leur vie quelque tour de sottise; mais jamais celuy-là n'en a faict. A la cour ordinairement on a de coustume de faire la guerre aux jeunes gens à leur com-
' De femme à femme.
670 HOiMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.
mancement de leur advenement, et les harceler et harauder; mais jamais on ne sVst adressée Iny pour jouer de ces tours, tant il estoit gentil, Faisant et disant toutes choses de bonne grâce et à propos, et aussy que mal-aysement il souffroit en jeu, quand on le vouloit picquer ou par trop agacer; et, estant venu en plus haut âge, il uVn falloit point parler; il avoit très-bonne espée tranchante.
Je cognois un très-brave et vaillant gentilhomme de nostre cour qui une fois estant en devis parmy nous autres, et que nous discourions de M. de Bussy, il y eut quelque qui obligea M. de Bi issac et lui demanda lequel des deux il estimoit le plus, il luy respondit : «Par «Dieu! Le comte de Brissac! d'autant que je ne «crains nullement Bussy et ay crainct M. de «Brissac.» Geste rodomontade estoit belle, faisant tant pour celuy-là qui la profFeroit que pour le comte.
CHAHLES DE COSSÉ MARESGHAL DE BBISSAG.
Après sa mort, M. de Brissac qui est aujourd'huy , son frère * , eut son estât de couronnel , encor qu'il ne fust qu'enfant, comme estoit bien raison que, pour les services du père et du frère, il se ressentist de quelques bienfaicls de son prince , et aussy qu'on voyoit en luy desjà quelques 5ignes, et en sa face et façons , de ressembler an jour le père et le frère , si-non à la perftïction , au moins à rapproche ; et quant pour la vaillance, on ne sçauroit oster qu'il n'en ait approché au frère , car il est vaillant, mais non pour sa fortune. Il fut choisy de la reyne mère pour aller avecques M. de Strozze en Portugal , et tenir le premier rang après luy; car, outre qu'elle s'asseuroit qu'il feroit, comme elle le dit , quelque chose pareille à ses prédécesseurs , il avoit du fonds et de quoy à enfoncer à lappoinctement et despens, et pour ce elle le choisit. Aussy y fit-il belle despense, et que c'estoit son advenement. Voylà comment il faut attraper les jeunes à leur advenue, quand ils ont force moyens , et leur faut mettre le cœur
* Charles de Cossé, duc Brissac, pair et maréchal de France , gouverneur de Paris , mort en 1621.
au ventre aînsy. Ilycombatit sibiaiS^o^v si tout le monde eust secouru M. de Strozze comme fit le comte, sans point de double Tarmée d'Espaigue estoit totalement desfaicte; car il se cramponna de son costé si bien, et vint si bravement et sans marchander aux mains , qu'il donna un terrible affaire à ses ennemys ; et sans qu'il fust assailly et combattu longuement et par trop opiniastrement d'autres navires que d'un, il en eust eu bientost raison; mais, se voyant mal assisté, et M. de Strozze desfaict, contraint de céder à la force, se desfit, descramponna et desinvestit bravement dei'ennemy , se sauva avecques beaucoup de gloire, et fut luy le premier qui en apporta les noavelles de la desfaicte : ce qu'il ne debvoît faire pourtant, carie premier qui porte telles nouvelles n'est en cela si bonaorécomme le dernier en telles factions.
Gela est bon pour un petit comrier , mais non pour un graud , ainsy que fit d'Escare , qui porta le premier les nouvelles de la route de Sainct-Quentin. Aussy ne fut-il pas bien venu, ny M. de Rubempré, qui porta les nouvelles aussy de la battaille de Gravelines. J*es£ois lors à la cour quand ledict Brissac y arriva. Plusieurs pour cela luy eu voulurent prester des charités, comme je vis, et de quoy principalement il faisoit le rapport le premier , et debvoit laisser l'ambassade à un autre , comme je le viens de dire.
M. de Guyse ^ qui m'a faict cest hooneur de me vouloir tousjours bien , me prit par la main ceste fois , et me mena en la rouelle de lict de la reyne à Sainct-Maur , et me dît : a Voicy ce «jeune homme à qui on veut prester une cba- «rite de cour ; je ne le veui permettre, car j^asr" « tant aymé son frère que je veux prendre la «parole pour luy, ainsy qu'il en donne beau- «coup de subject d'avoir très-bien faict. Il a «combattu très- vaillamment ; Gaesarn'eust sceu «mieux faire, ny son frère quand il fust esté. «Il n'a failly que pour estre veau en France et «icy, le premier, porter les nouvelles de sa «routte, et debvoit rechercher le reste de son «armée, et la rassembler. Ge n'est que la faute «de quoy il n'est pas encor bon courtisan , ny « praticq. Par quoy qui en parlera il luy faut
« Au combat des Açores , 26 juiilet 1582.
DES COURONNELS FRANÇOIS.
aclorre la bouche.» Et puis me dit : «Ne me «voulez-vous pas ayder en cela ?» Alors je tuy respondis qu'une sienne parole des siennes foudroyeroit plus tous ceux qui en parleroient , que moy pour toutes celles que je sçaurois alléguer ny rapporter. M. le comte qui vit aujonrd'huy ^ se pourra souvenir s'il ne trouva pas là M. de Giiyse bon amy , encor qu'il n'eust grand peyne de le favoriser ; car la reyne et toute la cour sceurent après si bien au vray comme il avoit très-vaillamment combattu, et faict très-bien en capitaine et soldat. Il se peut souvenir ce que nous en dismes un jour, luy et moy, en allant veoyr en ce lieu mesmes M. du Mayne qui estoit malade , en montant un degré : et me dit qu'il voudroit avoir donné beaucoup et que je fusse esté là ; possible M. de Strozze fust esté mieux secouru, et ne luy eust si mal basté.
Par-tout où il s'est trouvé il a tousjours monstre qu'il avoit le cœur très-genereux et vaillant , comme il a faict en ses guerres; mais il y a esté malheureux , ou pource que la fortune ne le vouloit de tout faire esgal à son frère, ou qu'il n'eust pas ses gens près de luy comme avoit son frère, qui eut cest heur, tant qu'il a vescu, d'avoir de bons capitaines et soldats à luy, desquels s'il en eust veu aucuns le moins du monde lents et refroidis, ii leur sçavoit très-bien reprocher et menasser; car en guerre il commandoit fort impérieusement et hautement. Non que je veuille taxer et dire que ce comte n'ait eu de vaillans hommes auprès de luy, mais en ces guerres civilles on s'est tant aydé de toutes sortes de gens , et n'en a-t-on peu faire les eslections comme Ton eust bien voulu; et parmy fbrce braves et vaillans ont passé tant de mauvais, par bardot , que c'est pityé. Si est ce que ce comte monstra bien dernièrement ^ à Poictiers, dont il estoit gouverneur de la Ligue , combien il avoit de braves hommes et comme il en fut bien assisté , et combien il estoit brave et vaillant ; car M. de Malicorne , lieutenant de roy en Poictou , ayant assemblé toutes les forces de Poictou, qui estoient belles et grandes, et ayant avecques elles comparu devant la ville ( aucuns disent que c'estoit pour une entreprise , mais faillye ), M. de Brissac sortit dehors avec-
* Charles de Bourbon, comte de Soiisons, mort eo 1612. > £d 1593.
ques forces si peu égales aux autres qu'on n'oseroit dire, et fit une si belle charge, luy le premier, et s'y mesia si avant et si vaillamment , qu'il y fut fort blessé en un bras d'une pistollade, et porté par terre ; et sans un vaillant gentilhomme qui Tayd.u à monter, il estoit pris ou perdu ; et puis se retira avecques sa trouppe, laissant en doubte le gaing du combat ; car et d un costé et d'autre il y en demeura , et mesmes un capitaine de chevaux-legers , nommé Espanes, autrement le jeune Bougoing, que M. de Savoye avoit nourry, à qui madame de Dampierre ma tante l'avoit donné, au moins à feu madame sa mère, qui aymoit madicte tante ex(resmement ; et parce qu'il luy appartenoit elle l'avoit recommandé à M. son fils , qui pour ce le prit en telle amytié, que s'il eust demeuré auprès de luy tousjours, il eust advancé plus sa fortune qu'en une simple compaignie de chevaux-Iegers. En quoy il ne fut pas sage , car, là où est la bonne fortune, là il la faut prendre sans respect de rien , comme Ton dict : Là ou la chievre est attachée, il Vyfaut laisser brouster. On dict que ledict comte et luy s'affrontèrent tous deux, et assez de temps se combattirent bien ensemble ; tant y a que l'un et l'autre y acquirent beaucoup de réputation, mais l'un mourut quelques jours après, et le comte eschappa de sa blessure.
Il a faict en ce gouvernement très-bien la guerre , et bien servy son party, qui pour ce le fit mareschal de France et gouverneur de Paris, où il a conduict sa réduction, au service et obéissance du roy, si sagement et excortement avecques M. le prevost des marchands et aucuns eschevins, que jamais on n'ouyt parler d'un tel cas : prendre Paris qui est un petit monde d'hommes , et outre renforcée de garnisons espaignolles braves, vigillantes, vaillantes et bien ordonnées, le peuple bandé du tout contre son roy et luy voulant mal mortel , et la faire rendre et prendre à son roy sans sang, sans sac, ny sans scandale le moindre du monde ! Parce que c'est une chose bien récente, publiée et divulguée par toute la chrestienté, voyre toute l'Europe aujourd'huy, je m'en déporte d*en parler, si-ngn qu'il y en a plusieurs qui ont loué le comte beaucoup , tant pour ce beau traict que pour avoir à la fin recognu son roy, et lui faict un si bon service, encor que le roy
Teust tenu et pris prisonnier dans Falaise auparadvant , et ne luy eust i^ict tant de bons traictcmens comme il eust voulu, en le mesprisant fort ceste fois , voyre luy disant quelques parolles de charité et d'opprobre, ce disoit-on lors au camp. D autres disent qu'il fit très-mal, pour uvoir ainsy quitté son party et à luy faict ce (rai t sans luy en avoir donné foccusion de mesconlentement, ains l'avoir honnoré de tous les honneurs du monde, comme l'avoir faict mareschal de France et gouverneur de la plus belle et grande ville du monde, et le blasment en cela d'avoir commis trahison.
Aussy madame de Montpensier dit après au roy : «J'avois bien ouy dire, sire , que Brissac cestoit poltron, mais non Jamais trahistre.» Certes, pour recognoistre et servir son roy cela ne se peut dire trahison : tant s'en faut; c'est un acte très-magnanime, et dont ledict comte en doibt estre très-loué. Je m'en rapporte en cela aux mieux discourans, et mesmes à luy qui en sçaura très-bien desbattre sa cause, car il est des mieux disans et des sçavans seigneurs de France; seigneur l'appellé-je, car outre ses grades il est tel , pour avoir ouy tenir ceste maxime à feu M. le connestable, à propos du feu comte son frère *, sur quelque subjecl qui serait long à dire : que quiconque le gentilhomme de France qui a et passe trente mille livres de rente, il se peut appeller seigneur, quand il n'auroit aucuns grades ny charges.
Ce comte doncques est un seigneur do grand esprit, de sçavoir, et bien disant. Il fut député par les estats à Blois^ de porter la parolle pour toute la noblesse de France, dont il s'en acquitta très-bien; toutesFois aucuns disoient qu'il ne debvoit point avoir pris ceste charge au jeune âge où il estoit, estant plus propre à un jeune homme de se mesler des armes et autres exercices guerriers, que non d'une ambassade, ou de Testât d'un sénateur et orateur; encor que Ion peut alléguer que feu M. de Nevers , du temps du roy Henry 11, après la batiaillede Sainct-Quentin , fut prié de toute la noblesse de porter la parolle pour elle, ce qu'il fit très-bien et au proffit du roy; dont le roy s'en trouva très-bien et luy en sceut un trèsbon gré.
M. de Rochefort , de la maison de Roche- * Timoléon de Cotsé , comte de Brissac. ^ ' En 1586.
Guyon et Rochepot , fut aussy député pour U noblesse aux estats d*Orléans , et s'acrfuitta fort bien de sa charge. M. le baron de Senecé en fit de mesmes aux premiers estats à Blois. Cela estoit bon à eux , car ils estoient gens meurs , posés, et advant en l'âge; mais le comte de Brissac estant jeune, encor que de soy il fost sage et posé, Il debvoit, ce disoit-on, prendre charge plus gaillarde, plus active et plus propre à son âge que celle-là. Aussy disoit-on que son feu frère ne s*en fust nullement chargé, et n'eust pas faict ce coup, aymant plus à traic> ter les affaires de guerre que celles de TEslal , auxquelles son jeune frère y est fort attentif, bien rompu et bien entendu. Ce qui me feict souvenir comme l'on veoyt aucuns architectes exceltens : les uns s'adonnent à bastir des pallais superbes de rois, de villes, de communautés , et maisons plaisantes des champs; aucuns se plaisent à bastir et construire des forteresses de guerre, des forts, des bastilles, des cîtadelles et villes fortes. Ainsy se peut-il dire de Tbomeur de ces deux frères.
Je n'ay jamais veu feu M. de Brissac ^ gaieres affeciionnéaux affaires d'Estat; et s'en motquoit; et peu voulontiers alloit-il au conseil lorsqu'il pensoit qu'on en traictoit, mais ouy bien à ceux de guerre, là où il opinoit très-bten, et en faisoit honte aux plus vieux capitaines, prenant grand plaisir de les contredire et les braver : car dès-lors qu'il commança à sentir son cœur, après le voyage de Malthe et Hongrie, où il alla trouver M. de Guyse, quand il vit que le siège ne venoit point à Malthe , et après le voyage de Lorraine, il voulut sVgaller aux grands, voyre jusqu'à desdaigner aucuns princes, tant il avoit d'ambition et surtout de l'émulation contre les plus vaillans. Jamais il nf se peut bien accorder avecques M. de Martigue qui (^toit un autre vaillant comme luy.
Ce comte icy, son frère, encor qu'il soit aussy vaillant que luy (on ne luy sçauroit desrober cela ), il est plus compatible et de plus douce humeur; bref il n'auroit besoing que la renommée luy fust aussy favorable, et qu'elle fist raisonner ses vaillances comme à son feu frère; mais la fortune ne le veut pas et en retient le vent. A ce raisonnement fout noter que ce M. le comte de Brissac n'a nullement quitté son nom,
> Timoléon.
DES COURONNELS FRANÇOIS.
son titre, ne sa charge de couronnel des bandes de Piedmont; pour le moins la met-il tousjoors en tous ses titres et passeports en ces guerres. Il a raison certes de ne le quitter, car il est très-beau ; mais le malheur est que nous ne Pavons plus ce Piedmont , nous Tavons perdu , por mal aventura, dit TEspaignol. Encor de toute sa belle et riche desp^uille nous restoit le marquisat de Salluces, où Ton y pouvoit et deb- Yoit-on entretenir tousjours les vieilles bandes piedmontoises. Mais , pour avarice ou nonchaliance, disoit-on, ou pour autre subject, ce pays s*en trouva desgarny : et ià-dessus ce grand duc savoisien y prenant Toccasion, et le voyant si mal gardé , Tempieta et le garda très-bien ; pour luy ; dont la perte nous en rapporte plus grande conséquence que Ton ne pense. Nostre roy d'aujourd'huy, le grand, pourtant en a bien eu sa revanche; car il l'a contrainct jusques-là de luy donner la Bresse en recompense, autrement il s'en fust mal trouvé. Ce pays là de Piedmont le temps passé s'appelloit l'escolle de noblesse et jeunesse de la France; mais aujourd'huy il n'y faut pas aller, ny passer les Alpes, pour y apprendre les leçons de la guerre, car à nos portes les escolles y sont assez ouvertes pour y exercer les jeunes gens : nos guerres civilles leur en ont osté le roestier et la practique ; car les vieilles bandes du Piedmont, ny les vieux soldats, n'ont point faict de honte aux nostres de deçà.
Je me souviens qu'aux seconds troubles, M. de Nevers en emmenant aucunes de là en Tarmée de Monsieur, dans laquelle ils s'y jetterent à Vitry-le-BrusIé, Monsieur les voulut aller veoyr; et pour luy Faire honneur luy firent une ealve fort belle, et se mirent enlr'eux à faire quelque petite escarmouche, à la mode du temps passé du Piedmont ; mais , il ne faut point mentir, tous dirent qu'ils n'y procedoient si gallamment, ny ne parurent si gentiment comme 14 nos bandes de deçà, encor qu'ils vinssent de g quelques sièges que M. de Nevers avoit faicts, * et mesmes sur Mascon, qu'il emporta avec une trèft-grande gloire ; car il y avoit force gens de bien huguenots dedans, et pour leur gouverneur le sieur de La Gliete , brave et vaillant gentilhomme, vieux et galland courtisan, de bonne et grande maison , d'où estoit sorty d'autresfois le bastard de La Gliete, qui fut jadis
BKANTOMB. 1.
lieutenant de cent hommes d'armes de Feu M. de Bourbon , connestable de France. Ce qui fut un grand honneur à ce bastard; et faut bien dire qu'il fut brave, vaillant et en belle estime, pour avoir telle charge si belle. M. de Muns , bon capitaine et vieux soldat, en estoit maistre de camp ; et le capitaine La Rade , brave et gentil soldat , enseigne couronnelle.
Geste susdicte escarmouche, ny la salve, ne pleurent trop au comte de Brissac leur couronnel , et ne les trouva à son gré , ny mesmes les soldats si lestes que les nostres et luy vis dire que dans peu de jours il leur feroit bien changer de cadence et les rhabilleroit. Voylà comment l'escolle du Piedmont s'estoit changée, ou bien corrompue par trop d'oysiveté. Que pleust à Dieu fust-il encore à nous, à peine qu'on y deust remettre les escolles aussy bien que debvant! Je pense qu'il y a des maislres aujourd'huy, qui par bons exercices les auroient bientost redressées. Dadvantage, quel plaisir seroit-il que d'y veoyr encor en vogue le jargon françois . et la fleurde-lys paroistre? Au lieu que de tant de conquestesque nous avons faictes, depuis cent ans en çà, de-là les monts, il ne nous y reste aucunes places où nous y puissions veoyr aucun escu ny une seulle armoyrie de France. Encor ceste noble et loyale ville de La Mirande emporteelle ce los par dessus toutes de par de-là,où Ton y voyoit le nom françois gravé et les fleurs-delys hautes eslevées par dessus les portes et cantons de la ville, et une garnison de François entretenue et payée aux despens de France soubs le capitaine Lendrevye. Je ne sçay si elle dure encor. Et de tant de villes, chasteaux et places que nous avons tenus en Piedmont, au diable l'une y a-il qui porte ceste marque. Ce n'est pourtant que le pays ne le voulust ny ne le desirast extresmement.La noblesse s'en tiendroit plus forte, plus fiere et plus agrandie, comme elle faisoit alors, se sentant subjecte à un grand roy plustost qu'à un duc. Et la justice, quoy! se voyant maniée et exercée par un grand parlement semblable à ce grand de Paris, et autres de la France, combien la faisoit-|l plus beau veoyr que celle qui est aujourd'huy! Le peuple, combien seroit-il riche, opulent et remply de finances , qui leur iroient ordinairement de la France comme alors que nous le tenions ! Sur quov je Ferai ce petit incident.
La dernière fois que j'allay en Italie, qai fat en nosnre voyage de Malte, passant par Piedmont, j'y vis un changement aussy estrange qu'il estoit possible; car, estant à Turin, je passay par devant la boutique d'un cordonnier qui m'avoit servy là d'autresfois, lequel s'appelloit maistre Biaise de la Reole, mais acasé à Turin. Soudain il me vint embrasser; et moy, contemplant sa boutique, où il n'avoit qu'un chetif vallet, et lui qui travailloit à de gros soulliers de vache pour les paysans , je luy dis : cEt quoy, maistre Biaise, qu'est cecy à dire? tt Est-ce la boutique que j'ay veue d'autresfois, «où vous aviez d*ordinaire une douzaine de cvallets, les uns plus braves que les autres, «qui ne travailloient qu'en velours et toutes «sortes de marroquins et cabrons? QuVst défi venu tout cela? Où est ce changement ?i» Il me respondit seulement, la larme à Tœil , avec un grand souspir : a Hélas! monsieur, les François «n'y sont plus; l'argent de France ne vient plus «à nous; aussy sommes-nous pauvres, et ne « pouvons plus faire ce que nous avons faict. »
J'ay bien opinion qu'en foy et conscience si on demandoit aux Piedmontois s'ils voudroient estre encore soubs la domination firançoise, et qu'il ne f ust qu'à crier vive le rojr et la France, ils l'auroient tost faict , et sur-tout ces belles et gentilles dames piedmontoises, qui , abhorrans les subjections que les marys et parens italiens Imposent à leurs femmes et parentes, seraient fort aises de jouir de ceste belle liberté françoise qui est une chose si douce. Mais l'on me dira : «Qui a ruyné les François aux royaumes de Sicille, Naples et Lombardie, sinon les amours que les.François faisoieut aux dames?aOuy, cela est vray, mais c'estoient des insolens et indiscrets, qui ne sçavoient présenter leurs services aux dames qu'à la grossière mode, et en tirer des jouissances si indiscrettement que les hommes en perdirent patience. Mais qu on advise depuis au Piedmont si tels scandales sont arrivés, bien que les François fissent d'ordinaire l'amour aux dames, mais c'esioit avec toutes les belles discrétions du monde, tous respects, toutes belles servitudes, humilités et libertés : car, en servant ainsy une dame, et qu'elle me veuille gratifier de mon service, qui est-ce qui m'en pourroit reprendre, si ce n'cstoit sur le faict ? Ainsy que j'ay veu les François les bien
servir à Turin et autres places, comme à Mondevy, les belles et gentilles dames de la place, qu'on nomme là ainsy, pour estre logées tout à l'entour de la place. A Gazai aussy j'y ay veu qu'il y faisoit bon.
Voylà comment nos François se rangèrent gentiment soubs les lois de l'amour honneste : aussv avoient-ils un gênerai, qui estoit M. le mareschal de Brlssac, qui avoit d'aulresfois sceu si bien servir les dames à la cour, là où est toute honneste discipline de Tamour, qui vouhit que de mesmes on les servist en Piedmont ; dont luy-mesme en donna l'exemple à sa belle maïstresse, la signora Novidale, l'une des belles dames du Piedmont , qu*il servoit et Tlionnoroit comme une princesse; et en eut d'elle une trèsbelle fille et semblable à sa mère, qu on appela madame Novidale, estant religieuse; et despuis est abbesse d'une abbaye en Ajdjou, ou en Bretagne , comme jay ouy dire.
Or je fais fin, en disant queoe comte de Brissac a fait le dernier couronnel des bandes de Piedmont ; et croy que, si Dieu ne noos ayde. que jamais plus n'y en verrons, si-non par fantaisyes ou apparences, ainsy que despais peu le roy a faict M. d'Espernon couronnel du Piedmont encore, et en a un régiment qu'on appelle régiment de Piedmont , dont je m'estonne qu\>n n'y mette encore le régiment de Milan, de Napies , de Toscane et Gorsegue, pays, terres et réaumes que nous avons long-temps tenus; car nous y avons autant en l'un qu'en l'autre : et si ne sommes pas prests d'y estre, ny de reconquérir ces pays, parce que quand nous les conquismes nous en eusmes bon marché, et les places n'estoient si fortes de beaucoup, comme nous les avons rendues du tout imprenables, si ce n'estoit qu'il y eust en France une demyedouzaine de messieurs des Diguieres pour les reconquérir, voyre le duché de Milan : lequel despuis peu a fiaict grand peur au Piedmont; mais cela n'a duré guieres, car il y a tout perdu par la division des serviteurs du roy. Je croy que s'il n'eust eu affaire ailleurs , et n'y fost esté appelle, il luy eust fàict la peur entière, tant il est grand capitaine, et encor s'est-il fait demander trefve. Quel, honneur pour luy !
Or, pour fin encor, voylà tous les couronnels du Piedmont, despuis qu'ils y sont esté introduits, desquels j'eusse parlé et de tous les au-
DES COURONNELS FRANÇOIS. 675
ny tomte , puisqu'il y a?oit tant de oraves et 4e vaillans generaui dedans. L'un eitoil le dic Octavio, prince et doc de iadiete place et de Plaisance , et M. de Termes , et deui ai vaMans couronnais, Tun de pied, Tautre deobefal, à ce que j'ay ooy dire à plusieurs vieqi capitaines et soldaU. Mondict sieor de Strozae aymeit rîofanterie pkisque la cavatleriei et s*y pMsoit phu en Eure l'estat.
Luy estant Heutenant de roy eo Toscane , et pressé par le marquis de Mariguan vers f Appennin de Florence , et mesoies pour les vivres , dont au devant de luy 11 avoit le fleuve d'Arno , qui estoU si impétueux qu'il donnait lereaur de le passer, voyre de le regarder, toutosftûs ee seigneur, ayant recogou on endroit oà il pouvoit avoir le moins d'eau, et l'ayant par deux fois luy seul essayé , mettant pied à terre y esUnt arrivé, se mit le devant; et passa louie son ioAnterie à gué, saine et sauve, sans eo perdre aucun , ayant mis pourtant de grosses aisles de cavallerle entre deux , pour rompre le fil et le torrent de Teau. C'est un beau traict et de capitaine romain : voyli à quov kiv servit ee qu'il en avoit leu aulresfois.
G'estoit rborome du monde qni estoît plus digne de loger une armée, fnsteo ieor assietse de logis, fust en campagne pour baltalUe, et qui arrangeoit et qui ordonnoit mieux les battailles et battaillouseo toutes formes, et te pins soudainement, et qui les sçavoit mieux loger et ft son advantage. Aussy dans les armées royales, bien souvent a-il esté prié de son roy de faire estât de maistre de camp et de mareachalde camp, an voyage deCambrayet Vallanciennes ; ce qu'A fiiisoit volontiers, tant pour gaieté de cœur que pour plaire à son roy.
Il n'aymoit nullement les soldats de sa nation, et ne les estîmoit pas, ainsy que ce grand marquis de Pescayre enfaisoit de mesmes. Car, bien que ses prédécesseurs fussent venus d'Es« paigne, et luy né au royaume de Naples, il maudissoit l'heure algunas veces, de que ius antepasados habian tomado,yetto inismo, leehe en ItaUa, queproducta sotdadosqae fuesen tan para poco, par quales palabrmi se ganà secreto odio entre lUdtanos ; c'est* à-dire : «qoelquesfois de quoy ses prédécesseurs, voyre tuy-mesme, avoient pris de laiet Brantôme lui a déjl ooniacré un dxMt^gjJ^g/if^ 1 cn Italie qui produisoH de si mauvais soMatt;
très , plus amplement , si je n'eusse eu d'autres discours à faire.
M. DE STROZZt*.
D'autres couronnds y a-il eu, franfois, mais commandans ailleurs qo'en France, comme M. le mareschal de Strozze; car, enoor qu'il fust natif florentin, il le faut advouer comme naturel frauçois, pour la fidelle loyauté qu'il a portée à la France , et les bons services qu'il y a fiiicts; aussy qu'il y estoit du tout habitué. A la guerre de Parme, ledict seigneur Pierre Strozzi fut oouroonel de l'infanterie, et le duc de Castres de la cavallerie légère. Une faut point s'enquérir comment ce seigneur fit bien sa charge , car il l'entendoit bien , d'autant qu'en capitaine simple , en couromael et mareachal de camp , il Tavoit très-bien faicte du temps du roy François, et en Italie et en France; et aussy que, par l'art et les lettres qu'il avoit , il sçavoit et vouloit fort practiquer cequ'ilavoit leu des guerres anciennes, tant romaines que autres. Dadvaoiage il estoit un trte-bon mathématicien et ingénieux , qui est bon à un eouroonel pour prendre places.
Eo ceste guerre là il s'y conduisit bravement et en brave couronne! , et n'y manquoit en chose du monde de son debvoir ; aussy avoit*il avecques luy de très-bons capitaines, lesquels , tant à pied qu'à cheval, y servoient bien le roy, comme estoit le seigneur Ciornelio Bentivoglio , le seigneur Paulo Baptiste Fregouse , et les seigneurs San Petro Gorso et le brave vaillant Jehan de Turin ; ces deux là faicts de la main de M. de Strozze, et menés en France par luy. Ce bon homme Jehan de Turin , n'oubliant rien de son ancienne guerre, et ne succombant au fiiix de la vieillesse, esunt à la guerre en Gorsegue , il fot tué misérablement par un des nostres , aiusy qu'il vouloit avictuailler Sainct^Fiorant ; mais aussy tost le soldat fut passé par les pioques , encor qu'il ne l'eust pas hict à son escient, tant estoient despités les capitaines et soldats de la mort d'un si vaillant homme.
Pour fin, Parme n'avoit garde d'estre prise
676 HOMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOll
pour lesquelles parolles il en engendra une secrette hayne entre les Italiens. » Ces mesmes propos sont ainsy escripts en sa vie. Son père , Alonso d*Avalos, faisoit le contraire, voyreles hayssoit.
Ce marquis, luy italien et né en Italie, il les desdaignoit tellement qu'il ne parloit jamais à eux qu'en Espaignol : ce qui le faisoit de l'autre costé aymer des Espaignols ; aussy Tadoroientiis. L'empereur Charles ne les ayma guieres non plus, et s'en desgousta fort à son premier voyage de Hongrie , où y ayant laissé quelques regimens italiens que le Gouast et le cardinal de Medicis y avoient menés, n'y voulurent demeurer, ainssedesbanderentets'en tournèrent tous. Toutesfois à ce grand assaut de Sainct- Disier, qu'il y perdit environ cinq cents Espaignols, ils se repentit fort qu'il n'eust amené en ceste guerre quelques regimens italiens pour ayder aux Espaignols aux assauts et prises de villes, qui y eussent peu servir. Mais aucuns disoient qu'il ne les souhaitoit , si-non pour participer à humer la fricassée que ees pauvres Espaignols avoient tous seuls humée et mangée. Si en eut-il quelque bonne opinion à Duren , où il les vit bien faire. Et certes il y a parmy eux de bons soldats , et Tltalie en nourrit et produit beaucoup d'aussy bons que jamais : mais d'y en avoir ordinairement et communément, comme sont les François et Espaignols, je dis pour bien faire la guerre, il n'y en a pas. Aussy ay-je ouy dire que le pape Paulo Carraffe, lorsqu'il estoit à demy assiégé du duc d'Albe, et que les François de Toscane Tallerent secourir, un jour les voyant entrer en garde dans Saioct-Pierre , se plaisant à les veoyr, il se mit à dire : Questi Francesl gasconi parescono veri instrumenti mandaU da Dio perfar gusrra; c'està-dire : a Ces François gascons paraissent de «vrais instrumens envoyés de Dieu pour faire la «guerre.» Ce n'est pas peu de louange, puisqu'elle vient du plus grand homme de la chrestienté.
M. de Strozze estoit de ceste mesme opinion; et ay ouy dire qu'il eust fort désiré parler bon gascon pour parler aux soldats gascons , et en trouvoit le langage fort soldadesque.
Or ce seigneur n'estoit tant addonné pourtant à l'amour de l'infanterie qu'il n'aymast la cavallerie, mesmes qu'il se delectoit à avoir
de beaux chevaux. H s'est veu pour unoDapavoir vingt pièces de grands chevaux , les uns plas beaux que les autres ; et le seigneur Hespaoy les luy gouveruoit, qui estoit son escuyer; et, despuis la mort de son maistre, M. deGuyse le prit à son service. Il tenoit quasy toujours ses chevaux à Semé, qui est un fort beau chasteaa et belle maisoQ^rès du port de Pilles, qui avoit esté à M. de Tays ( et M. le mareschal l'avoit encor mieux accommodée), où il se tenoit pour l'amour d'une dame vefve et belle qui estoit là auprès , de laquelle il estoit fort amoureux; car le bon seigneur, encor qu'il semblast, par son visage rubarbaratif, furieux et austère, si estoit-il à l'amour subject aussy bien qu'un autre; et y a-il une très-grande dame par le monde qui ne l'a pas hay, mais fort aymé; et estoient parens; et aymoit la femme d'autruy autant que la sienne, voyre plus.
Sur quoy j'ay ouy faire ce conte à mon fils, que quand il espousa la sienne, qui estoit fort belle, aymable, sage et honneste dame, delà maison de Medicis, fort proche de larepe mère , il luy portoit advant telle ardeur d'amour, que l'espace d'un mois il ne bougea d'avecques elle , à la caresser , Taccoller et coucher avecques elle si ordinairement, et sans en bouger d'auprès ny desmonter, que par petites et courtes pauses, que luy, s'en rassasiant son benoist saoul pour un coup, se partit de là, et n'en fit plus jamais tant de cas, ny luy fit tant de caresses ny d'aocollades ordinaires comme l'espace de ce mois, et s'ea reffroidit bien fort après (M. de Strozze me l'a dict ainsy); à quoy il avoit tort; car, quand ce seroit la meilleure et la plus délicate viande du monde, en la rjangeant et prenant de tdle satiété jusqu'à crever. Ton Teo a puis après en très-grande horreur, et tousjours surlecœor. Il en debvoit tousjours gouster en appétit, et faire comme Ton faict aux dogues en Angleterre, lesquels leurs roaistres ne laissent jamais enchamer sur la beste qu'ils ont attaquée, mais les en retirent aussy tost qu'ils les voyent acharnés et par trop aspres. J'ay parié ailleors de ce seigneur, il m'en suffit.
DES COURONNELS FRANÇOIS.
LE GAPITAINE VALLERON.
Il faut parler d'un autre couronnel , qui fut le capitaine Valieron, lequel fut envoyé par le roy Henry à la guerre de Sienne ; et M. l'admirai , d'autant qu'il avoit esté son lieutenant, et Favoit bienservy, et l'avoitcognu fort brave et vaillant et sage capitaine, et l'aymoit d'autant plus, voulant eslever sa créature, le nomma au roy Henry qui l'honnora de ceste charge de mener ses trouppes en Toscane ; dont M. l'admirai luy donna douze enseignes des siennes vieilles qu'il avoit, ensemble permission d'arborer l'enseigne blanche aussy tost qu'il seroit hors de France , mais non plustost. Je l'ay ouy dire ainsy à d'aucuns vieux capitaines.
Certes, le roy et M. l'admirai avoient raison d'bonnorer cest homme de ceste charge, car il en estoit bien digne, et servoit très-bien le roy, tant en la guerre de Sienne que de Gorsegue, maïs non pas longuement, n'en ayant longtemps loysir; car il mourut à ceste maudite routte de Sienne de M. de Strozze, là où les François , commandés par le brave couronnel M. de Valieron, et les lansquenets, commandés par le Ringrave, firent si bien et combattirent si opiniastrement, se voyant abandonnés de toute la cavallerie, qui ne combattit jamais, qu'aucuns fort peu , encor qu'il en demeurast sur la place de morts plus de cinq mille ; et si peu qui en restèrent se retirèrent dans Sienne où ces belles dames et honnestes Siennoises n'oublièrent rien de tout debvoir de pieté envers eux, car elles les secoururent de tout, et pansèrent elles-mesmes de leurs belles mains les playes des pauvres blessés, encor qu'il ne soit le plus expédient d'estre pansé d'une belle femme, car elle rengrege une autre playe. Je le puis ainsy asseurer par un accident d'une harquebusade que j'eus dans le visage une fois à Portefin près de Gesnes , dont j'en demeuray aveugle six jours sans rien veoyr. Là se trouva une fort belle dame de là mesmes, très-belle certes, bonneste et fort charitable, qui sçachant guérir du feu auquel le laict d'une femme est très-propre , elle entreprit ma guerison ; et me jeltoit dans les yeux du lact de se ses beaux et blancs tetins , car elle n'avoit que trente ans , et de ses
blanches mains me oignoit le visage de quelque graisse composée par elle, me tenant compaignie et de beaux discours. Mes gens me disoient bien sa beauté, mais après que j'accommançay à veoyr d'un œil, je cuiday mourir la voyant si belle; mais elle me disoit tousjours que je fusse sage, car elle estoit fort femme de bien ; et si ne voulut jamais me laisser aller que ne fusse du tout guery; et m'en partis avecques ses bonnes grâces , et la larme à l'œil d'elle et de moy.
Or ce M. de Valieron mourut sur la place , qui fut fort regretté. M. le mareschal luy assista fort en tout ce qu'il peut , et à son infanterie ; mais, estant fort blessé et couvert tant de sang, il fallut qu'il se retirast. Il avoit du commancement rompu l'avant-garde , mais le marquis de Muns arrivant avec un gros de cavallerie et son infanterie espaignoIe;il mit tous les nostres en routte, c'est-à-dire la cavallerie, qui ne fit point de résistance; mais l'infanterie, en combattant vaillamment, fut desfaicte, qui fut plus grande gloire à elle de mourir aiusy qu'à la cavallerie de se sauver. En quoy on donna ce jour grande gloire d'avoir très-bien faict aa couronnel Valieron : aucuns disent et i'escrivent: le capitaine Falleron seulement ; mais pour cela il n'y a pas plus grand honneur en l'un qu'en l'autre; car le plus grand que l'on puisse donner à un grand homme de guerre, c'est de l'appeller capitaine. Voylà M. de Bayard, qui a esté si grand , que la plus grand part de la France ne l'appelloient que le capi* taine Betfrard; fust ou qu'on ne se pouvoit desaccoustumer de luy oster ce nom brave qu'il avoit acquis en ses jeunes guerres, ou fust qu'on le trouvast pour lors très-beau et trè»-honnorable : mesmes les Espaignols ne l'appeloient que simplement el capitan Bayardo, et dans leurs livres vous verrez comme ML de Lautrec lieutenant de roy, l'appellent : capitan Lautreco, capitan La Pallissa, capitan La Trimoulla, capitan Jubigny; la plusparC ainsy de nos capitaines les appelloient-ils et les leurs, comme el capitan Jlarcon, qui avoit eu si grandes charges. Aussy le capitaine La Lande, qui avoit esté lieutenant de roy dans Landrecy, tenant le siège contre l'empereur avecques M. d'Esse, on ne l'appella jamais que le capitaine La Lande, encor estant
maistre d'hostel de roy. Et mesme estant mort, ayant esté tué dans Sainct-Dizier, compaignon de M. le comte de Sanserre, Q*a esté appelle que tousjours le capitaine La Lande. Mais aujourd'huy le moindre qui commandera à un chetif régiment de pied, ou chetive compaignie de chevaux-legers, il le faut appeller ^o/t^îeur, et non point Capitaine. Seroit iuy foire tort, diseut-ils. De sorte qu'il faut dire à plusieurs : Adieu, monsieur qui n'estes pas capitaine. A propos d'unà qui Ton dit une fois : Jdieu, mon capitaine, il respondit, pensant estre offensé: Je ne suis pas capitaine. Je suis gentilhomme. L'autre Iuy replicqua ; Jdieu doncgues, mon gentilhomme 'gui n'estes pas capitaine. Geluy^Ià ne ressemUoit pas un gallant gentilhomme de par le monde (qui est moy qui escris cecyX qui, prenant un grand playsir ordinairement à la guerre de porter riiûnquebuiie à mesche et son beau fourniment de Milan y monté sur une belle liaquenée de cent escus, et en faire la profession, menant toujours six ou sept gentilshommes et soldats Ken signalés, armés et montés de mesmes, et bien en point sur bonscourtaux; un jour, et du Gommancement , entrant dans l'armée du roy à La Rochelle, il trouva un capitaine nouveau, qui venoit d'estre nouvellement emmolié; et ne oognoissant point ledict gentilhomme, qui d'ailleurs estolt assez eognu, et amy de tous les vieux et signalés capitaines, le capitaine doncques nouvdlet demanda au gentilhomme, qui paroissoit par dessus tous les autres, et estoit brave, et marcboit le premier, parce quHI le voyoit ainsy porter Tharquebuse, il Iuy demanda doncques : a A qui estes-vous, soldat?» L'autre Iuy respondit : « Mon capitaine, nous c sommes à nous-mesmes, et ne cherchons que «party à la sdde, si vous nous la voulez donner «bien bonne.» L'autre, à veoyr encor sa mine et de ses compaignons, pensa que c'estoît quelque chose de bon , et qu'ils n'cstoient pas gens de petites payes, et leur respondit : c Pos- «sible pourriez-vous tant demander qu'il ne c seroit raisonnable de vous donner?*- Or bien, «mon capitaine, respondit l'autre, je voy bien « que vous ne nous voudriez donner ce que nous < voudrions ; nous vous baisons les mains , nous « en allons trouver M. de Strozze ou M. de Goe» « sans : d'ailleurs noussommes à vostre service. >
Le capitaine demanda après à quelqu'un de ses lacquais, qui estoit demeuré derrière, quels gens estoient ceux-là. Il Iuy dit le nom du gentilhomme. Qui fut estonnéP ce fut Iuy, disant : «Tels soldats sont de trop hautes payes «pour moy; » et despuis le gentilhomme Iny fit ressouvenir du tout. A quoy le capitaine Iuy porta grand honneur et tout respect despuis, car il le vit au logis du couronnel , M. de Strozze, qui aymoit le gentilhomme autant que soy-mesme, car il le valloit.
Je ne me sçaurois passer de me divertir quelquesfois et bien souvent de mon grand chemin ; mais pour tel divertir bien souvent on rencontre mieux.
IL DE GIVfiY.
Je retourne encor à nos couronnels, comme vous pourriez dire de M. de Givry, lequel fut couronnel de Tiafanterie francise en Toscane. G'estoit un seigneur de très-bonne part, de grand valeur et de très>belle façon et bonne grâce. Il avoit commandé auparavant en l'armée du roy vers la Picardie, et à la frontière , à des cbevaux-legers, et avoit choisy pour son lieutenant un brave gentilhomme de Perigord, le jeune Ferrieres, dict autrement Sauve-bœuf, et fut tué devant Vallanciennesenune escarmouche qui fut attaquée, et M. de La Vallette (despuis fort renommé ) sa cornette. Puis ledict M. de Givry quittant la cavallerie, il commanda û ceste infanterie de Toscane, où il acquit trèsbelle réputation. U fut curieux d'avoir, entr'antrès ses capitaines, trois braves gentilshonmies que feu M. de la Ghastaigneraye, mon oncle» avoit nourry pages; et disoit que s'il en eust peu composer tous ses capitaines de ceste nourriture, que voulontiers il l'eustfaict, tant la trouvoit-il bonne et brave, venant d'un si vaillant seigneur que feu mondict oncle; oonmie il eut pour son lieutenant M. de Puydanche de Poictou , brave, vaillant et sage gentilhomn^; et puis Alt son maistre de camp, et mourut 1 Ghittsy en Toscane, d'un puresy ^ qu'il pnt pas-
« Pleuféiie.
DES COURONNELS FRANÇOIS.
sant un ruisseau en quelque combat qui se fit là ; comme il eut aussy le capitaine Ghanterat de Perigord, vaillant gentilhomme, et despuis aux premières guerres fut Tun des capitaines de M. de Grammont qu'il meua à Orléans, et des mieux aymés de luy et des plus signalés. Il fut tué à une escarmouche de devant Gorbeil, et se trouva avoir sur luy trois mille escus cousus dans son pourpoint ; mais le corps demeura à ceux de son party et à M. de Grammont, et vis puis après mondict sieur de Grammont à Paris nous en fiiire de grands regrets.
M. de Givry eut aussy le capitaine La Gave, Gascon, qui fut tué en Gascongne aux guerres de M. de Montluc, parmy les huguenots : il estoit très-brave soldat et bon capitaine. M. de Montferrand, despuis lieutenant de roy dans Bourdeaux, devoit aller aussy avecques luy en ce voyage de Toscane; mais il tumba malade. Tous ces quatre feu mondict oncle avoit nourrys pages, avecques une trentaine d'autres que je nommerois, qui ont esté très-braves et vaillans gentilshommes, si cela servoit ; mais ces quatre là M. de Givry fut soigneux les retirer à luy. Il eut pour son enseigne couronnelle, sur la fin de la guerre , le seigneur de Sainct-Gouard , qu'on nomme aujourd*huylemarquisdePisany K Feu mon oncle ne Tavoit pasnourry , car il estoit desdié à Teglise, et long- temps a-il porté le nom et le titre de maistre-escole^ de Xainctes, qui est une dignité canonniale ; mais il quitta la robbe longue pour aller en ceste guerre avecun sien frère, après qu'ils eurent perdu leur aisné, que feu mondict oncle avoit aussy nourry page; lequel mourut en Flandres prisonnier, ayant esté pris dans Hesdin, où le capitaine Bourdeille mon frère, qui y fut tué, Tavoit mené avecques luy.
Or M. de Givry se fit beaucoup renommer en Toscane par ses vaillances et ses trouppes, qui estoient l)elles et bien conduictes de bons capitaines; et Tennemy ne gaigna guieressur eux tant qu'ils y furent. La paix s'ensuivit ; tout fut envoyé quérir pour letourner en France et les casser : aucuns s'embarquèrent sur les galères ; autres ne le voulurent ; et ce furent ces braves dont j'ay parlé cy-devant, lesquels, pour l'es-
* Jean , marquis de Pisani, seifsueur de Salnl-Gottard, chevalier des ordres du roi , et son ambassadeur à Room.
* dianoine-écolâtre.
meutte qu'ils avoient faicte dans Grossette, craignans la réprimande trop severe en France, se mirent à la solde du roy d'Espaigne , et firent si bien avecques aucuns qui estoient du Piedmont (mais la plus grand part estoient de Toscane), à la battaille de Gerbes.
La guerre civile venue, M. de Givry en combattant très-vaillamment mourut à la battaille de Dreux i, non sans un extresme regret de M. de Guyse , qui l'aymoit fort et le loua ( je le vis) comme il meritoit, et luy-mesme en fit son epitaphe à la mode antique françoise, et selon son humeur, comme il fit des autres qui sont enterrés dans Dreux; et quiconque les lira , qu'il croye hardiment qu'ils sont venus de la main et style de feu M. de Guyse, s'il n'y en a esté faicts d'autres après plus pindarisés.
Ce M. de Givry laissa un fils après luy, fort jeune, je pense qu'il ne pouvoit pas avoir plus haut de quatre ou cinq ans; mais estant à st'heure parvenu à son bon aage, il a monstre et monstre tous les jours qu'il est bien fils de père, et qu'il ne dégénère en rien en toutes sortes de perfections du père ; et, si j*ose dire sans offenser les morts, il l'excède en aucunes, f en parleray ailleurs.