‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 251 sur 267 · LEDUC DE NEM0DR · texte numérisé non relu

LEDUC DE NEM0DR

M. de Guyse venant à faire son voyage en Italie et de Naples, M. de Nemours, comme j'ay dict cy-devanf, fut faict couronnel gênerai de Tinfanterie de France au royaume de Naples, qui est un beau titre celuy là, si la conqueste nous fust esté aussy bien asseurée comme es* perée, et si le pape eust assisté M. de Guyse des moyens qu'il avoit promis. Jamais il ne se parla tant du nom de Nemours comme cestuy-H^eust faict espandre le sien vers l'Italie et royaume de Naples ; car il faut dire que ce prmce a esté le surpassé de tous les princes qui ont jamais esté en France; car si les autres ont eu qnelques vertus particulières, cestuy-cy les avoit en soy toutes accumulées et assemblées, tant

' En 1562.

* Jacques de Savoie , duc de Nemours , mort I Annecy lel5jaiQl586.

a-il esté universel et parfaict ( j'en ay parlé cydevant en sa vie); et ne se contenta pas d'avoir mené les armes à cheval, mais, voulant et osant tenter tout, il se mit à pied. Le malheur fut pour luy que les occasions ne se présentèrent guieres grandes et fréquentes, pour monstrer ce qu'il valloit et qu'il couvoit; car en tout ce voyage il ne se présenta que deux beaux sièges , qui furent celuy de Valance en Piedmont et celuy de Civitelle vers le royaume*.

Que si feu M. de Guyse, après Valance prise, eust poursnivy ses coups vers Milan, la conqueste en estoit très-seure; mais, pour complaire au pape, pour le secourir, il fallut l'aller trouver et se priver d'un bien qui venoit à nous, ainsy que fit M. de Lautrec de mesmes , lorsqu'il laissa Testât de Milan, desjà asseuré , pour aller secourir Sa Saincteté.

11 ne faut demander si l'armée de M. de Guyse estoit belle, car pour gendarmerie, cavalier ie et infanterie , il ne s'en pouvoit trouver de plus belle , ny plus délibérée, ny plus gaye à faire ce voyage, et sur-tout de bons chefis et capitaines.

Pour quant à l'infanterie, quand on ouyt raisonner qu'un tel prince que M. de Memours en esloit couronnel, les soldats et capitaines à i'envy se mettoient aux champs pour estresoubs luy; et sans une ruse que fit M. le mareschal de Brissac, après Valance pris, qui fit passer ses gens dc-là Teau et semblant de faire monstre, il dcmeuroit fort court de bons soldats; car ils se desroboient tous pour suivre M. de Nemours. On le cognut après, car les forces de France se desfirent fort alors, disoit-on. On le cognut bien à Saincl-Quentin^; mais quoy! et qu'en pouvoient mais les chefs qui les avoient soubs eux? Car si un gallant homme me veut suivre, un brave capitaine, un soldat , un gentilhomme, seray-je si fet de ne le recevoir ny de le rejetter? Tant s'en faut, que je le cheriray et luy feray toutes les caresses du monde. Je dis cecy parce que aucuns ont voulu taxer M. de Guyse d'avoir emmené les forces de la France. Ils sont bien deloisyr d'aller dire ces choses-là. N'estoitil pas assez d'autres forces restées en France pour battre toutes celles du roy d'Espaignc, si un chacun eust voulu faire son debvoir, et com-

* Le royaume de Naples. — ' En 1557.

battre comme il debvoitP Voyiâ ce que j'en ay ouy dire à de grands personnages de guerre qui estoientdece temps là. Encor mondict sieur de Guyse ne vint-il pas bien à poinct, et ses forces, pour restaurer la perte par tes prises de Callais , Guynes et Thyonville, et puis la belle armée d'Amiens, et la belle contenance et envye qu'on avoit de combattre là, où encore arrivèrent nouvelles forces d'italie, qui estcrient dix ou douze compaignies de gens de pied, qu'aucuns appelloient, pour monstrer qu'ils avoient veu le monde, et avoient appris quelque chose de nouveau de FEspaignol, le terze ou le Uers de l'Italie? Mais, pour mieux parler, il faut dire le terze à la mode espaignolle, et non point le traduire en françois le tiers, car œ mot là ne vaut rien et ne sonne pas bien.

Ces compaignies estoient demeurées du reste des bandes de M. de Nemours à Ferrare, à Modene, à Rege, à Rubiere, et autres places dépendantes de la duché, pour assister à M. le duc de Ferrare qui estoit menasse, voire bien fort ; car à bon escient on luy faisoit la guerre pour avoir esté toujours très-bon et très-loyal François, sans avoir faict jamais aucun acte di gne d'infidélité. En quoy la France doit aymer et honnorer ceste brave et noble maison à ja mais. M. de Guyse, son gendre, luy avoit laissé ces compaignies qui le servirent très-bien. M. de Monlluc en parle en ses commentaires

Ces compaignies estoient soubs la charge de M. de La Molle, Provençal, père du dernier mort et exécuté à Paris < ; et lesdites compaignies estoient celles du capitaine Monestier du Dauphiné , bien hay depuis des huguenots en ce pays-là ; du capitaine Bourdet de Xaintonge, brave et vaillant gentilhomme et beau ; mais en ce pays-là il s'y brusia tout le visage de poudre, et depuis l'appelloit-on Bourdet le Brusié, trèsbrave et vaillant gentilhomme ca'tes, il faut que je le die par deux fois. Il se rendit huguenot aux premières guerres pour un certain despit , en quoy il fit grand tort à sa fortune, car il fust esté grand. M. de Guyse et M. de Nemours Taymoient fort , et l'avoient en très-belle estime. 11 avoit aussy le capitaine Gollincourt, le capitaine Jaunay, le capitaine Mazay, le capi-

> Joseph de Bonifaœ, sieur de La Mole, exécmé avec Cooonas, pour crime de conspiraaon contre Gharics 11 , le 30 avril 1574.

DES COURONNELS FRANÇOIS.

laioe Béguin, qu^OD disoit avoir esté lacquays de ML de Nemours; je l'ay veu parmy nos ban* des un bon, sage et advisé capitaine. 11 Fut tué au siège de La Rochelle, la première fois que nous entrasmes dans le fossé. Je le vis blesser tout auprès de moy dans une cuisse, qui luy froissa l'os, et mourut dans quatre ou cinq jours. 11 avoit aussy la compaignie du capitaine La Chapelle, qui avoit esté tué près Ferrare. D y avoit le capitaine Barthelomé, Provençal. Il y avoit aussy le capitaine Vallefirenieres, qui avoit esté lieutenant du baron de Vantenat, et puis du chevalier d'Apchon. Ce Vallefrenieres estoit un grand capitaine. Il mourut depuis à Boui^sur-Mer; j*en ay parlé ailleurs. 11 y avoit aussy pareillement la compaignie du petit baron d'Orades, fort brave et gallant gentilhomme gascon, et qui avoit esté Tun des lieutenaus de M. de Nemours, et M. de Levy l'autre, de la maison de Gnrsol, très-noble famille, et de la maison de Levy, extraicte de celles de ceux des enfans dlsrael. U mourut depuis au Havre, huguenot.

M. de La Molle estoit couronnel de toutes ces compaignies, et en portoit le titre et l'enseigne; et furent trouvées très-belles; et les faisoiton beau veoyr quand elles arrivèrent et entrèrent dans Tarmée à Amiens, comme n'estant peu de chose de veoyr venir ces vieilles bandes du terze d'Italie. Ce M. de La Molle meritoit de leur commander, car il en estoit digne, et brave homme de sa personne. Voyez enoor d'autres couronnels, car Monsieur en a eu aussy bien que le roy son frère.

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