LB MARQUIS DE PESCAYRE
Il moarul m raage de trente-nx ans. Dont i Doyembre ]52fi , oA ses obsèques forent Faicies
par là il hxM advouér sur nostre premier propos de rempereiir, que ce ne f ust pas Taage qui le rendit ainsy grand capitaine, mais les conti* nuela exercices de la guerre qu'il fit. Et possible , s'il eust vesca plus long temps, n'eost-il acquis celillre de si grand capitaine. 11 n'eust Fallu qu'un petit accident, ou faute, qui Tcusl desgradé de ce nom, ainsi qu'il est arrivé à plusieurs grands capitaines, tant vieux que nxMienies.
Advant que mourir, estant en son bon sens, il ne recommanda au marquis del Gouast, son oonsiu , que deux choses : Tune, sa femme Victoria Goiomna, qu'il aymoit uniquement, bien qu'il l'espoosast. qu'elle n'avoit que trois ans, et loy aossy fort jouvenet; mais elle se rendit avec loy si belle et honneste dame, qu'elle Ait de son temps estimée une perle en toutes vertus et beautés. J'en parle ailleurs. 11 fil et composa durant sa prison , qu'il eut après la batuille de Raveone, un livre d'amours, dit l'histoire de sa vie, qu'il desdia et adressa à la ditce Victoria, sa femme. Je voudrois fort l'avoir veu, pour sçavoirde quelles matières, mixtions et sauces il estoit composé , selon le subject, pour en mieux faire revenir l'apetit à elle ou à luy , selon les instructions du dieu d'amours, duquel il escrivoit , et de madame Venus sa mère. Et tel livre, ce me semble, ne se devoit pas adresser à sa femme, très sage et vertueuse dame : la desdication en fust esté plus propre à quelque courtisane. Il en faudroit voir le livre pour bien en juger, selon l'opinion de PtotoD , qui Eaicl deux sortes d'amour , Tune céleste et boDDcste, l'autre mondaine et paillarde ^ LTaotie chose que ledict marquis recommanda après sa femme fut les soldats espaignols ; qn'il les cherist et traictast bien , comme luy ravoit faict : car ils hiy fèroient acquérir beaucoup de bien et de réputation; d'autant qoec^estoienl gens braves et vaillans, et très piupres pour faire guerre.
Ge marquis mourut donc à Milan , le 30 de
> U BUiiMcrit 8771 a«oote : « Mais toutes deux , quand toatest dici, elles s'assemblent à la fin ensemble, comme ros Toid deux grandes rivières s'assembler et se Joindre CBseaMe après sToir faict leur divers cours à part, qui 0 l*isic, 9u 0 rantre» ei puis m font qo'nm seule grosse riTière; ainsy que ces amours assemblées ne viennent en fio qu'à fa bonne paillardiie. •
fort magnifiques et très solemnelles; et peu après, son corps fut porlé à Naples,accompaigné d'une fort belle compai{]^nie : par tout où il passoit, en luy faisant un très grand honneur, les capitaines, alfiers, et ibree soldats, s'habillèrent de deuil ; et de diverses couleurs qu'estoient leurs enseignes ils les firent toutes noires. Belle mémoire qu'ils avoienl de luy certes!
Victoria Goinmna sa femme , le pensant voir et secourir en sa maladie, et s'avançant le plus qu'elle pouvoit, sceut les nouvelles de sa mort, àViterbe, où elle rencontra le corps, quelle laissa aller devant pour Aiiresa quarantaine, qui en fit de grands deuils : car ils s'enlr'aymoient fort, comme j'en parle ailleurs.
Il fut donc mené & Naples, et là enterré en Teglise de San Domingo, devant le grand autel, dans un superbe cercueil quej'ayven la première fois que je fus à Naples.
Il fit son héritier le marquis del Gouast son cousin , encor qu'il ne luy laissast beaucoup di biens car il mourut fort endepté, combieil qu'on le tint fort riche , pour avoir faict de grands butins aux guerres, prises de villes et chasteaux qu'il avoit gaignés. « De modo, disoient lesEspaignols, que de tantas victorias^ ninguna otra cosa le quedb sino lagloriay loor; porque solia decir, que ninguno que ienia intencion de sacar ganancia de la guerray alcançbjamas el nombre de gran capitan.aï^e manière que, de tant de victoires, «oncques aucune chose ne luy resta, que la «gloire et louange, parce qu'il souloit dire que «nul qui ha intention de tirer profict de la «guerre n'attaint jamais le nom de grand ca- «pitaine,» et qu'il falloit laisser aux pauvres compaignons, capitaines et soldats, le profict , et à soy reserver la gloire el l'honneur.
Il fut faict de luy unepitapheen latin, qui se trouve dans les livres espaignols, lequel Belleforest met en sa chronique. Mais j'ay veu force grands poètes qui ne le trouvèrent si beau ny si digne de luy qu'on diroit bien, faisant allusion de Pescara à pescadour \ non de poissons , mais d'hommes et villes. Je m'en remets à ceux qui le liront.
A tant, c'est assez parlé de luy pour ce
* Fécbeur.
VIES DES GRANDS CAPITAINES
coup ; car en force endroicts de ce livre j'en parle et ne seroient que redictes.