‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 53 sur 267 · LE MARQUIS DE MARIGNAN · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE MARIGNAN

Du temps de M. de Bourbon et de ces grands capitaines qu'ay dict cy devant , commença à se pousser et venir en vogue le marquis de Marignan, autrement nommé le castellan du chasteau de Mus, près du lac de Come, qu'il obtint de la façon que j'ay dit ailleurs : si bien qu'aucuns l'ont appelé aussy le marquis de Mus. Pensez qu'il s'estoit si bien accommodé et aproprié de ceste place, qui n'estoit pas à luy, que despuis il se la tourna toute à soy. On l'appelloit alors Jacques de Medicis : il estoit Milanois. D'autres l'appeloient le Medicim, mesmes que j'ay veu le pape Paulo quinto,

«Denyii de Morbeque, éloil Artésien. Voyez Froitsartàran13â6.

son frcrc, qu'on appelloit le cardinal Medicim ^ Le plus beau commencement de service , et le plus signalé qu'il fit alors à Tempereur et au duc de Milan , ce Fut la prise du chasteau de Chiavenne, qu'il fit sur les Grisons, car ayant dressé une embuscade tout auprès , ainsy que le capitaine par un matin en sortit, il fut pris et troussé sans qu'il y pensast ; et le Medicim , le tenant entre ses mains, signifia aussy tost à sa femme , qui estoit dedans, que si elle ne rendoit le chasteau , qu'il tueroit son mary A sa veue et à sa porte, en le luy monstrant. La pauvre Femme, ayant peur de son mary, et pour le sauver, luy ouvrit la porte. Estant entré dans la forteresse avec trois cens hommes, et tous ses ennemys jettes dehors, il donna tel efFroy à tout le pays desGrisons, qu'ils pensoient cstre tous perdus ; et mandèrent aussy tost à leurs compaignons , qui esloient en Farmée du roy devant Pavie, qui pouvoient monter à quelques cinq mille hommes, dequicter tout, et de tourner et venir secourir leur patrie ; et , quelque remonstrance douce et fiere que leur peust faire le roy , et faire faire par M. de L'Escun qui leur dict mille injures, les appellant cent fois traistres, infidelleset poltrons, ils s'en allèrent et quicterent le camp ; ce qui fut un grand dommage pour le roy, encor qu'on ne tienne pas les Grisons pour trop vaillans, tesmoing la batlaillede Cerizolles, et que ce soient les moindres des Suisses; toutesfois, en la baltaille, qui se présenta puis après, cela eut faict un gros de battaillon , et eust tenu autant de nombre pour estonner possible l'enncmy. Aussy dict on que ceste entreprise de ce chasteau fut faicte à poste, et commandée par le duc de Milan et autres capitaines impériaux, afin de les tourner d'où ils estoient venus, voyant la guerre en leur pays , ainsy que firent les Romains d'Annibal , lors qu'ils luy allèrent faire la guerre en son pays par Scipion.

Voyià le grand service que fit le Medicim , et despuis peu à peu en fit d'autres , et se fit signaler pour bon capitaine et hazardeux. Le duc de Milan l'ayant pris en main pour se servir de luy en tout plein d'endroicts , comme il fit despuis la ligue faicte entre les François

* LUez Pie IV, nommé auparavant Jean Ange Médicis ou Médequin. Paul Y est bien postérieur , et se nominoit Borghèse.

et les potentats d'Italie , le roy s'advisa de se servir de luy par la volonté du duc de Milan, qui estoit aussy de la ligue; et l'ayant appoincté de bonne et haute paye, il prend encor une autre forteresse entre Lecco et Como , qui se nommoit Montgulio , en laquelle habitoil le comte Alexandre de Bentivoglio, ne pensant nullement à cela ny s'en dcffiant.

Anihoine de Levé, estant lors à Milan, y envoyé soudain Ludovic Barbiano pour la reprendre ; mais le Medicim y avoit mis si bon ordre qu'il ne peut la reprendre, et fallut se retirer; et aussy que le marquis y emmenoit trois mille hommes tels quels , ramassés deçà et delà. Anthoine de Levé lenoit son camp pour lors à Marignan ; mais à cause de la cherté des vivres il le rompit et se retira à Milan, où ayant entendu que ledict Medicim estoit campé dans un mes* chant lieu qui s'appelloit Garata , par un grand matin, au lever du soleil , l'assaillit à l'impourveu de telle façon par ses braves et vieux soldats espaignols , qu'ils vous mirent ces troupes peu aguerries et expérimentées , au fil de Tespée , et firent force prisonniers. Ce fut au Medicim de monter à cheval prestement et se sauver à la fuite où il peut ; ce qui luy osta du crédit , et augmenta fort la gloire d'Anihoine de Levé. Ce conte vient de Galleazzo Capella, qui a escrit des guerres de ce temps de i'esiat de Milan en italien.

Pour cela ne s'arresta le Medicim. Ayant apris que ccluy qui fuit recombat une autre fois, si bien continua ses coups et ses guerres, qu*il se rendit si bon capitaine et si renommé , que l'empereur Charles s'en servit en Testât de couronnel gênerai de l'infanterie italienne , et de maistre de l'artillerie à la guerre des protcstans, où il servit bien son maistre , et y acquit un très grand renom. Dèslors il portoit le nom de marquis de Marignan , ou de Mus ^

Après ceste guerre d'Allemaigne il eut la charge generalle de toute l'infanterie au siège de Metz , car il s'entendoit fort bien aux gens de pied , et avoit plus exercé ceste conduicte que de ceux de cheval. Et , à ce siège , M. de Guyse fit perdre l'escrime à ce grand capitaine le duc d'Albe, et audict marquis, voire à Tem pereur leur maistre. Aussy n'avoient-ils pas

* Le manuscrit 8771 ajoute : • Estant les comtét etniar* quisats fort commuas en lulie et à bon marché. »

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