CB8AR DE NAPLE
César de Naples a esté aussi un fort graod capitaine, vî(;illan(, subtil et entreprenant, mais pourtant peu heureux en ses entreprises, qui furent neanlaioias belles et bien inventées, wr Turin, du teaips du roy François, Tune par escallade, et Tautre par des charretées de foing. D aesté gouverneur de Vulpîan l'espace de vingt ans , qu'il a Fort bien gardé sans qu'on ayQ j^ mais osé entreprendre le Forcer ny guieres le braer : tant s'en Faut, qu'il nous a plus bravés
que nous à luy , car il couroit ordinairement sur le noslre par belles et grandes courses jus ques à Suze et Vilkanno; si bien que de là à Turin il Falloit tousjours avoir grosse escorte pour mener l'argent du roy à Turin ; autrement il estoit en hasard. Dont je ro'estonne que le roy François et le roy Henry le laissèrent tant durer leans sans l'assiéger et prendre mesmes, estant la ville si proche et voisine de Turin , qui n'estoit qu'à sept petits milles.
Enifin , au bout de tant d^années et beaucoup de dommages receus, le roy Henry l'euvoyo assiéger avecques une grosse armée conduicte par M. d'Aumalle , dont il fot Faia gênerai , tant pour le rang de sa maison que pour sa Faveur et son mérite , avec les deux braves messieurs les princes et Frères de Vandosœe, M. d'Anguyen et prince de Gondé et de Nemours, et force noblesse de la cour. Geste place donc fut bien battue, bien assiégée et assaillie; de sorte qu'il Fallut venir à composition, par laquelle ceux de dedans s'en allèrent , enseignes desployées, tambour battant, bagues et hardes sauves , et conduicts à sauvcté jusques à la r^ viere de la Dorie près de Turin.
Sur laquelle composition Faut notter une fine ruse qui advint , que j'ay ouy dire , qui est que M. le mareschal de Brissac , qui estoit lieutenant gênerai pour le roy en Piedmont,sans aucun reproche et l'ayant fort bien gardé , voire beaucoup augmenté, se sentit un peu estomacqué et jaloux de ceste charge donnée à M. d'Aumalle , que madame de Valentinois, sa bellemere, qui avoit grand Faveur, luy avoit Faict avoir, comnie fort prejudiciante à la sienne , s'en voulut revancher. Par quoy, estant dans Turin , il fit du malade de ses gouttes pour ne se trouver à ce siège et servir de second , luy qui estoit le premier < : et s'advisa, sur le poinct que l'on entra en parlement , de mander soubs main à César de Naples • qu'il advisasi comment il capiluloil et avec qui ; car c'estoit luy qçri estoit lieutenant du roy en Piedmont, et qu'il Favoit cogneu et espfrouvé tel assez longtemps , et qu'il ne donneroit pas nne chanson de sa capitulation s'il ne la Faisait et la signoit luy mesmes, et qu'il songeast qu'il
» Le manuscrit ajoute : « Ou qu'il fit du mal coûtent. » •Le manuscrit ajoute: «Car corsaires à corsaires te tienaent toujours la main. >
valuii oiieùi quil capitulasl avecques luy, qu'il cognoissoit de longue main , et lui avoit faict tocsjours si bonne et honneste guerre, et à luy et aux siens , et avoit tant esprouvé sa foy, sur laquelle il se devoit plus assurer que de tout autre; autrement qu'il luy iroit mal , et qu'il luy hroii courir sus et à ses gens en sortant de la ville.
Gesar de Naples maseba et digéra toute ceste démonstration , advis et instruction, et si bien y songea et si profondement en soy , comme il y avoit de Tapparance et raison grande , qu'il manda à M. d'Aumalle , et luy fil tel affront , qu'il ne vouloit nullement capituler avec luy , que le lieutenant gênerai du roy, qui estoit M. le mareschal de Brissac, r.^ f ust. Parquoy le fallut mander; et vint dans sa licùere, et triumpha de la part de l'honneur de ceste reddition de plaœ que l'autre pensoit avoir tout entière. Toutefois , le triumpbe et labeur estoit aux despens de M. d'Aumalle. Il y a là dessus à poinliller. Quelle ruse de vieux renard ! Enfin César de Naples se rendit comme j'ay dict, et fut conduict fort seurement là où il avoit esté arreslé. Le chasteau, gardé par un capitaine espaignol, se rendit par mesme composition que la ville , qu'il accepta.
Il est Yray que le capitaine, avant que sortir fit un traict de sa nation, lequel , avant rendre la place et sortir, dict que luy et ses compaignons acceptoient ceste mesme composition , à la charge qu'il tiendroit le chasteau encor vingtquatre heures, dans lequel temps Ton tireroit cinquante coups de canon contre ledict chasteau, disant qu'il le vouloit ainsy pour s'en servir de plus grande justification , combien que ce n'estoit que pour une bravade et pour autant faire despeodreet user de poudre à nostre artillerie. Quelle naltretté et gloire vaine , avec laquelle pourtant, pour sa bienvenue, donHelve de Lande le fit aussi tost pendre.
Ainsy fot chassé ce brave et ancien capitaine César de Naples de sa ville, qu'il avoit si longtemps gardée; laquelle M. le mareschal fit desmanteler , ruiner , et du tout démolir les murailles, pour venger le pays d'un monde de briganderies et voleries que ceste ville souloit faire.
VIKS DES GRANDS CAPITAINES
M. DE fiURE.
Les Flamans et Bourguignons ont fort estimé leur M. de Bure, et tenu pour bon capitaine. Aussi nous a-il faict la guerre bien fort vers nos frontières de Picardie, qui s'en sont bien ressenties à cause de ses brusiemens , car il a esté un grand brusieur. 11 mena un grand secours en Allemaigne à l'empereur son maistre, qui estoient les troupes des vieilles ordonnances de Flandres et Bourgoigne , qui furent trouvées très belles, et vindrent très bien à propos. Aussi, quand elles furent venues , Fempereur altacqua ses ennemys plus chaudement qu'il n'avoit faict.
Ce comte de Bure mourut à Bruxelles , et fit la plus belle mort de laquelle on ouyt jamais parler au monde ; qui fit croire qu'il avoit un courage très noble et hault. Ce chevallier de la Toison tumba soudainement malade au lict, fust de quelque effort qu'il eust faict en avallant ces grands verres de vin à mode du pays , carrousant à outrance, fust que les parties de son corps fussent vitiées, ou autrement. André Vesalins, médecin de l'empereur Charles, Falla incontinent visiter , et luy dict franchement, après lui avoir tasté le pouls, qu'il luy trouva fringant, que , dans cinq ou six heures pour le plus tard il devoit mourir, si les règles de son art ne failloient en luy ; parquoy luy conseilla, en amy juré qu'il luy estoit, de penser en ses affaires ; ce qui advint comme le médecin r«ivoit predict. Tellement que Vesalins fot cause que le comte fit la plus belle mort de laquelle on ayt jamais ouy parler despuis que les roys portent couronnes; car le comte, sans s'estoitner aucunement, fit appeller les deux plus grands amis qu'il eust, à sçavoir fevesque d'Arras, despuis cardinal de Granvelles, qu'il appelloit son frère d'alliance , ensemble le comie d'Aremberg , son frère d'armes, pour leur dire adieu. En ces cinq ou six heures, il fit son tesiament,ilse confessa, et receut le saint sacrement'. Puis se voulant lever, fit apporter les plus riches, les plus beaux et les plus sumptueux habits qu'il eust, lesquels il vestit; se fit armer de pied en cap des plus belles et riches armes qu'il east,
* Le maouscrit ajoute : « K' fil tout ce qui scilira \c\ bas. •