‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 85 sur 267 · DOM PHILIPPE II · texte numérisé non relu

DOM PHILIPPE II

il y a dcQi ans contre TAnglelerre, qui a esté la plus belle que Ton aye veu de long temps en ceste grand mer Oceane de deçà ; et ce, pour tirer de captivité ceste pauvre reyne d'Escosse, de laquelle ce roy par pieté se voulut rendre prolecteur et libérateur , s'il eust peu ; mais ce barbare élément se banda contre luy, et ce coup là trop injustement. Il a eu de grandes guerres à desmesler avec ses subjects de Flandres ^

Et certes j*ay ouy dire à aucuns très grands et point passionnés que ces révoltés en ont eu quelques raisons, tant pour secouer le joug des Espaignols, qui est certes insupportable, que pour se garder de Tinquisition, comme d'une malle beste, disoient-ils , et fort dangereuse. D'autres les blasmoient d'avoir repris les armes après que don Jouan d'Austrie , arrivé en Flandres pour les contenter, en chassa tous les Espaignols, et les renvoya tous en Italie après le sac d*Anvers , et leur avoir accordé la paix et beaucoup de libertés de vivre. Ils vindrent après rompu tout, et aux armes plusque devant , ce qui fascha fort au roy ; car , pour avoir sa revanche d'eux, il ne la peut avoir sur les Turcs, qui luy avoient pris sa Colette, place fort importante pour la cbrestienté. J'ai ouy dire que, lorsqu'il en sceut la nouvelle de la perte, il la porta si fort impatiemment qu'il en devint malade, non tant pour sa perte, disoit-il, mais porqae las perros triunfan de los pobres cm//a/iof «parce que les chiens triumphent des pauvres chrestiens. »Car il luy estoit à grief de voir tant de clirestiens encadenés et menés esclaves, el traictés misérablement pour jamais. Ce ne fut point sa Faute; car il y avoit fort bien et diligemment pourveu, y ayant envoyé une fort grosse armée; mais il y fot fort mal servy.

Il y en a plusieurs qui s'estonnent pourquoy, en l'aage qu'il est et maladif, il ne se distraict point de tant d'occupations d'affaires (car il les

veut tous sçavoir, et en dire son ad vis et donner commandement), et ne fasse la retraicte de

menées de la France et d'Angleterre, enoor que ceste Guerre luf ait espuisé ie$ ibresors plus que toutes les perres qu'il a Caictes contre les infidelles et autres. »

* Au lieu de cette phrase, on lit dans le manuscrit : 'Or li dessus qa*on m'aille dire que le roy d'Espaigne ne toii tout plein de bonté, de pieté, de valeur, et reniply de laiocte religion et divin zèle; car il s'en fust bien passé fil eust Touln , et eust faict il y a long temps une trehre arec le Turc , comme il a faict despuis pour cette guerre ée Flandres. *

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