‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 110 sur 119 · PREBUER COMTE DE CE NOM · texte numérisé non relu

PREBUER COMTE DE CE NOM

Henry de Bourdeillc est le premier de sa j xiaison qui a porté le titre de comte de Bourdeillc. Il naquit le jour de la fête de l'apôtre saint Thomas , au mois de décembre 1670 ou 1681, et fut tenu sur les fonds de baptême par le duc d'Anjou , depuis roy, sous le nom de Henry lit.

Son père rinslitua son héritier universel par son dernier testament de Tan 1681 ; et ne pouvant , à cause de son bas âge , luy procurer sa charge de séneschal et gouverneur de Périp,ord, il ayma mieux la faire tomber au vicomte d'Aubelerre, son gendre, qu'au seigneur de Branlosme , son frère ; persuadé que le vicomte d'Aubeterre la remetlroit dans la suite à Henry (le Bourdeille, comme effectivement cela arriva.

Après avoir appris les exercices dans les quels on élevoit alors les jeunes seigneurs, il voyagea avec son frère en Italie ; et sa mère emprunta de l'argent du seigneur de Brantosme pour ce voyage. Ce prêt, non rendu, est un des griefs de cet oncle contre son neveu, ainsi qu'il a été dit cy-devant à Tarticle du seigneur de Branlosme.

H embrassa le parli des armes, auquel sa naissance le destinoit ; et quoyqu'il eût beaucoup perdu à la mort du roy Henry III , son parrain, il retrouva dans Henry IV, dont il avoit Thonneur d'être parent, par sa mère, du huitième et neuvième degré, la même faveur qu'il auroit pu attendre du feu roy. Celte parenté a été rapportée sous l'article (je ses père et mère. Mais il n'eut cependant jamais le traitement de cousin, accordé à ses ancêtres.

Il n'avoit encore que vingt à vingt-un ^ns , lorsque Henry IV luy donna la compagnie de ses ordonnances , vacante par la mort de M. de Sansac. Dans ces provisions, datlées du camp devant Chartres, le 26 mars 1691 , le roy le traite de vicomte de Bourdeille. U en prêta serment entre les mains du maréchal de Mati-

gnon , grand amy de feu son père, au camp de* vant Villandreau, le 27 août 1642. A cette grâce le roy ajouta celle de luy confier, le 9 de novembre de cette année , un pouvoir de commandant en Périgord.

Après la mort du vicomte d'Aubeterre, SQg beau-frère, il luy succéda conformément à l'intention du feu vicomte de Bourdeille , dans les charges de séneschal et gouverneur de Périgord. Les provisions de ces deux charges sont dattées de Mantes les 23 et 24 d'octobre 1693. Elles portent que leroy les luy accorda , tant en considération de ses services , que de ceux des feus seigneurs de Buurilcille : et il est dit dans celles du gouverneur, qu'il ne commandera qu'en absence du maréchal de Matignon, lieutenantgénéral en Guyenne ; et ce tant qu'il plaira à Sa Majesté. Il en prêta serment, le 14 décembre suivant, au parlement de Bourdeaux.

Il fut accompagné , dans le voyage qu'il fit à Bourdeaux, par le seigneur de Branlosme, qui prétend avoir encore prêté de l'argent pour Us frais de cette réception , et s'être donné beaucoup de peines en cette occasion : ce qui fait soupçonner qu'en effet il eut part à la composition de l'arrêt de réception de son neveu , car on y a avancé des faits dont on n'a point encore vu de preuves ; comme par exemple , que, dès l'institution de l'ordre du Saint-Esprit , la maison de Bourdeille en avoit été honorée, et qu'elle avoit possédé les gouvernements de Bourdeaux, de la Rochelle et de Blaye.

A peine fut-il en possession de ce gouveruement , qu'il eut occasion de se signaler. Des paysans , sous le nom de croquants, se soulevèrent en 1693. Leur révolte dura pendant deux ans. 11 contribua beaucoup à leur débite , et enfin il les dissipa.

Il donna son ccHisentement au contract de mariage, passé au cliâteau d'Aubeterre le 12 avril 1697 , de la vicomtesse d'Aubeterre , sa nièco, n ec le baron de la Serre, qui a

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depuis été le maréchal d'Aubeterre. Cet acte le qualifie haut et puissant seigneur messire Henry deBourdeille, seigneur, vicomte dudit lieu , chevalier, capitaine de cinquante homaies d^armes des ordonnances du roy , sénesclial et gouverneur de Périgord. A ces qualités le testament et codicille des années 1594 et 1695 de Jacquette de Montbéron , sa mère , qui Tiastitua son héritier universel , y ajoutoient alors celle de lieutenant-général pour le roy en Périgord. Il acquiesça, avec son frère, aux clauses de ce testament , le 16 novembre 1598.

Eii vertu de la nomination de l'évèché de Périgueux, accordée feu son père, il avoit joui comme iuy d'une partie du revenu de cet évèché. Pour perpétuer dans sa famille, autant qu'il le pourroit, celte grâce du roy , il obtint de Sa Majesté, dès le 35 octobre 1594, un brevet datte de Paris, portant qu'en considération des grands et signalés services rendus à TÉtat par la maison de Bourdeille, et particulièrement par luy-mème , Sa Majesté acceptoit la résignation que Tévèque de Périgueux, François de Bourdeille ^ projetoit de faire de son évèché , pour en pourvoir telle personne capable que nommeroit le vicomte de Bourdeille. Cet évèque ayant donné sa démission, M. de Bourdeille nomma à sa place, en 1599, Jean Martin , officiai de Périgueux.

M. de BrantO'^me a prétendu que c'étoit Iuy qui avoit déterminé François de Bourdeille à se démettre de son évèclié, comme devant avoir foule autorité sur Tesprit de cet évèque; et il a fait un crime d^ingratitude A M. de Bourdeille d^avoir dit qu'il n'éioit redevable de la démission de Tévèché de Périgueux qu'à M. de Marouate, du nom de Montagrier. Cette plainte de M. de Branlosme a été rapportée au long dans son testament, et ne mérite pas qu'on y fasse beaucoup d'attention , par le plaisir qu'il a toujours pris à se déchaîner contre ses plus proches parents.

M. de Bourdeille , après la mort de sa mère , entra en possession de la vicomte de Bourdeille, de la baronnie d'Archiac, et de la Tour-Blanche. Le titre de seigneur de ces terres Iuy est donné par le contract de mariage du baron de Muta , son frère , de Tan 1602 , et par le sien.

Il épousa , en qualité de haut et puissant seigneur messire Henry de Bourdeille, vicomte

de Bourdeille , baron de la Tour Blanche et d'Archiac , conseiller du roy en ses conseils , capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, séneschal et lieutenant-général [K)ur Sa M^esté en Périgord , par contract passé à Montrésor le 14 de janvier 1604 , Magdelaine de la Ghastre, fille de haut et puissant seigneur messire Gaspard de la Ghastre , seigneur de Nançay , chevalier de Tordre du Roy, capitaine de Tancienne garde françoisedu corps de Sa Majesté , et de dame Gabrielle de Batarnay , sa veuve, et nièce du maréchal de la Ghastre.

Les plus proches parents du vicomte de Bourdeille assistèrent tous à ce mariage , excepté le seigneur de Brantosme, dont il n'est foit au- I cune mention, quoyqu'il vécût encore. Entre les principaux parents se trouvent le prince Henry de Bourbon , duc de Mnntpensier, et la princesse Henriette deSavoye, duchesse du Maine, cousin et cousine des parties contractantes. On verra plus aysément leurs degrés de parenté par les tables suivantes.

Outre la somme de soixante-quinze mille livres , dont la damoiselle de la Ghastre fut dotée, les terres et seigneuries de la Forest, d'Ailly, de Glery , d*Argy , de Saint-Romain , et autres situées au bailliage d'Amiens, Iuy furent assurées par Françoise de Batarnay , sa tante , vidame d Amiens , et dame de Montrésor, veuve de François d'Ailly, vidame d'Amiens. Cette tante, qui l'appelloit sa fille adoptive, Iuy légua encore par son testament fait à Montrésor, le 29 octobre 1616 , une dette sur le roy , qui Iuy venoit du duc d'Espernon , frère puîné du feu seigneur de la Valette , amiral de France , lequel avoit épousé Anne ou Jeanne de Batarnay, sœur de la vidame d'Amiens , sans en avoir laissé de postérité.

Magdelaine de la Ghastre avoit d^abord été mariée avec François de Gbâtillon , baron d^rgenton: et l'ayant trouvé impuissant, elle fit casser ce mariage par sentences de l'official de Sens , député de l'archevêque de Lyon , et du pape , des 19 janvier, 16 mars et 14 octobre 1699. Le baron d'Argenton appella de ces sentences. Il obtint même, le 13 octobre suivant , un brevet du pape; et prétendant qu^il avoit toutes les facultés nécessaires au mariage , quoyqu'elles ne fussent pas apparentes, et ^ qu'il en avoit fait l'usage ordinaire pour la con*

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sommation du mariap;ef il présenta au parlement de Paris une requête de congrès ; mais il fut débouté et condamné à l'amende, par arrêt du 16 janvier 1601.

Outre la parenté cy-dessus, monsieur de Rourdeille en avoit encore une autre avec les ducs et duchesses de Montpensier et du Maine , par Catherine de Mareuil , sa bisayeule paieriielle, mais dans un degré plus éloigné.

Pendant que la paix régna en France, mons'icMV de Bourdeille fit son principal séjour à Paris. Madame de Bourdeille y tînt sur les fonts de baptême, à Saint-André-des-Arcs , le 16 mars 1606, Magdelaine de Thou, sa nièce, laquelle , dans la suite épousa Jacques d'Anet , seii;neur de lAarly , président de la chambre des comptes , mort évêque de Toulon.

Les raisons de parenté formoient une liaison particulière entre monsieur de Bourdeille et le président de Thou , son beau-f)rère. Ce fut chez ce président que , le 6 avril de cette année, la conversation ayant roulé sur les .servitudes de vassaux quisubsistoient encore en France^ monsieur de Bourdeille se donna pour exemple, en disant qu'il avoit, en Périgord, soixante places ou terres toutes d'une tenue, dans lesquelles .ses sujets étoient obligés de luy payer double rente, comme se racheter en quatre saisons: 1® la première année de son mariage ; 2^ à la naissance de son premier enfant mâle; 3^ lors du mariage de la première de ses filles; 4^ à chaque mutation de seigneur par vente ou par succession.

Sa baronnied'Archiac, mouvante du comté de Xaintonge et Pont de Xainctes, fut érigée en marquisat, pour luy et ses descendants mâles ei femelles , par lettres patentes dattécs de Paris au mois de may 1609. Le roy , dans ces lettres , le traite de son amé et féal conseiller d'Êiat, chevalier de sou Ordre, séneschal et gouverneur de Périgord ; ce qui prouve qu'il fut chevalier de Tordre de Saint - Michel , avant de l'être de celuy du Saint - Esprit. Ces lettres furent registrées au parlement d«Bourdeaux le P'' juin 1609.

Après la mort du roy Henry IV , M. de Bourdeille se retira dans son gouvernement de Périgord; et il se rendit à Bourdeaux, pour assister à Tenirée que Henry de Bourbon , prince de Condé gouverneur de la Guyenne y fit le

samedi 3 de juillet 1611. M. de Themines , comme séneschal du Quercy , y voulut disputer le pas dans cette cérémonie à M. de Roquelaure, qu^il prétendoit ne devoir jouir des honneurs de lieutenant de roy, qu^en l'absence du gouverneur qui se trouvoit présent. M. de Bourdeille demanda qu'on observât les rangs que les séneschaussées avoient entre elles. Un autre séneschal voulut aussi intervenir dans cette dispute. M. le prince décida que M. de Roquelaure marcheroic seul devant le polsie sous lequelseroit son altesse, que ces trois séneschaux la suivroient de front ; mais que M. de Themines précéderoit les deux autres seulement de la longueur de la tête de son cheval.

Quoyque M. de Bourdeille ayt été cy devant qualifié conseiller d Ëtat, cependant son brevet n'est datte de Paris que du 10 janvier 1613. U en prêta serrement le 17 du même mois entre les mains du chancelier de Sillery.

Cette même année, ayant été nommé chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, il fut expédié le 21 mars une commission adressée à MM. de Château * Vieux et de Liancourt , chevaliers des ordres du Roy , pour examiner ses preuves de noblesse. Ces commissaires les vérifièrent et admirent, à Paris, le 23 janvier 1613. lis reconnurent dans leur certificat , que le vicomte de Bourdeille étoit gentilhomme de nom et d'armes de douze générations , et qu'il avoit produit des titres depuis et compris Tannée 1429. Voicy les qualités que luy donnent ses preuves: messire Henry de Bourdeille, vicomte dudict lieu , marquis d'Archiac , baron de la Tour Blanche , séneschal et gouverneur pour le roy au pays de Périgord. Sa récepiioii fut suspendue jusqu'à la première cérémonie de l'Ordre , qui ne se fit qu'à la fin de l'année

Pendant cet intervalle , M. de Bourdeille résida presque toujours dans son gouvernement de Périgord. Sa présence s'y trouva fort nécessaire ponrappaiser une querelle particulière arrivée en 1613, qui aurait allumé le feu dans une partie de la Guyenne. Le prieuré de Trémolat , près de Limeuil en Périgord , étoit dispute entre M. de Boesse , du non d*Escodeca, apparenté avec MM. de Caumont - la - Force et M. de Givrezac. Les comtes de Gurson, de 1 Lauzun, de Ribeirac, et autres seigneurs de ce

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pays , entroient dans cette affaire , qui devoît mettre sous les armes sept à huit mille hommes avec deui pièces de canon. Ces troupes éloient prêtes à marcher enseignes déployées, et à désoler le peuple. M. de Bourdeille fut chargé de dissiper les assemblées qui se Formoient sur ce sujet, de s'emparer au nom du roy de ce lieu de Trémoiat , et de le mettre en séquestre. 11 y Fut secondé par le parlement de Bourdeaux , qui rendit un arrêt contre les Factieux.

M. de Bourdeille eut un succès si heureux clans cette commission, que la reyne mère ré- {;ente , se servit de son exemple pour foire une leçon à M. de Roquelaure, lieutenant-général en Guyenne , au sujet des entreprises que le comte de Saint - Paul ( François d'Orléans- Longueville ) faisoit dans cette province. Elle manda à M. de Roquelaure, par une lettre dattée de Fontainebleau le 7 d^octobre 1613 , que puisque la présence seule du seigneur de Bourdeille avoit eu assez de force pour dissiper et Faire retirer p .r autorité du roy les gens assemblés sur Taffaire de Trémoiat, la présence dudit seigneur de Roquelaure et sa charge auroient dû prévenir les entreprises du comte de Saint-Paul , et autres affaires ; et qu'ainsy elle estimolt qu'il ne dcvoit pas demeurer plus longtemps éloigné de cette province ( dont il étoit apparemment alors absent }.

Ces querelles particulières, malgré la paix générale , devenoient Fréquentes dans la Guyenne. Monsieur de Bourdeille se trouva même obligé d'y prendre parti, pour soutenir monsieur de Saint -Bonnet, son beau-Frère, contre lequel messieurs d'Âutfort se préparoient à prendre les armes. 11 en écrivit de Bourdeille, le 13 avril 1614, à monsieur de Ponchartrain, secrétaire d'Etat, le priant de représenter à Leurs Majestés le danger où elles exposaient cette province , pour ne pas mettre ordre à ces querelles : que d'ailleurs, si on ne luy donnoit des troupes entretenues , on les moyens de les entretenir, il luy seroit impossible de faire son devoir.

Ces divisions devinrent encore plus sérieuses, par le bruit qui se répandit, qu'on vouloit donner à M. de Roquelaure deux lieutenants de roy sous luy, dont l'un commanderoit endeçà de la Garonne , et Tautre en-delà. Il parott

que M. de Roquelaure n'avoit point eu de part à ce projet : car il fit assembler, à Tinsçu de M. de Nesmond , premier-président du parlement de Bourdeaux , les principaux commandants et séneschaux de la province, et les engagea à signer un acte , par lequel ils s'obligeoient d'employer leurs vies à soutenir les droits de leurs charges; résolus qu'après avoir Fait leurs remontrances à la reyne, s'ils n'étoient écoutés, ils s'opposeroient à Texécution^ des provisions de ces nouvelles charges. Monsieur de Bourdeille se trouva en cette assemblée, et ne s'en cacha pas. Monsieur de Nesrnond en rendit compte à monsieur de Pontchartrain par une lettre dattée de Bourdeaux le 10 juin de cette même année. Cette afFaire fat appaisée en partie par les grâces que Sa Majesté répandit sur quelques-uns desmécontents. Monsieur de Roquelaure obtint enfin la dignité de maréchal de France , qui luy avoit été promise. Monsieur de Themines eut assurance du même honneur, qui luy Fut conféré un an après ; mais monsieur de Bourdeille ne se ressentit point de ces bienfaits. Cependant sa fidélité n'en Fut point altérée, et il en donna de nouvelles preuves à Leurs Miycst^s dans le voyage qu^elles firent en Guyenne l'an 1615 , par les soins qu'il prit pour la sûreté de leurs passages, et par les respects qu'il vînt leur rendre.

Cet événement diminuant sa Faveur, l'obligea d'employer les sollicitations d'autruy. Monsieur de Lussan , son neveu , gouverneur de Blaye, connu depuis sous le nom du maréchal d'Aubeterre, prit doublement part à la querelle sur cette nouvelle création de lieutenants de roy. Le marquis d'Aubeterre, son fils, comme séneschal d'Agenois , se trouvoit dans le même cas que M. de Bourdeille. M. de Lnssan en écrivit de Blaye au roy , le 12 janvier et 16 Février 1616 ; luy mandant qu il se croyoit obligé d'avertir Sa Majesté du nombre de mécontents que cette nouvelle création avoit produit; qu'il étoit nécessaire d'y pourvoir; et que si elle vouloit bien accorder ce titre de lieutenant de roy au marquis d'Aubelerre, son fils , et à M. de Bourdeille , pour leurs séneschaussées, il répondroit de leurs personnes sur sa tête ; et que le seul moyen de mettre en bonne intelligence les séneschaux , 1rs uns avec

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les autres « était de leur conférer ce même titre.

Les remontrances de M. de Liissan firent efFet; car au mois d'avril 1617, M. de Bourdeille reçut du roy un pouvoir de commandant au défaut de M. le maréchal de Roquelaure , pour forcer Jean de Gontaud, baron de Biron , frère du duc de Biron, décapité en 1602, de remettre la place de Badefol , dont ce baron s'étoit emparé sor le prétexte des prétentions qu'il avoit dans les biens de feue Jacqueline de Saiot-GeaiéS', sa femme, dame de Badefol, morte sans enfants, sœur de Judith de Gontaud de Saint -Génies, dame de Navaiiles, laquelle revendiquoit la terre de Badefol, comme seule héritière de la feue baronne de Biron.

M. de Bourdeille eut recours aui voyes de douceur pour exécuter cette commission. Il envoya par trois fois vers le baron de Biron des gens qui ne purent ni luy parler, ni le joindre; ce qui obligea M. de Bourdeille d'en rendre compte au roy, par une lettre dattée de Bourdeille le 4 may 1617. Il proposa en même temps d'assiéger le baron de Biron dans le château de Badefol, pouvu qu'on luy donnât quatre mille hommes d'infanterie , mille che* vaux, et quatre pièces de canon; ou que la dame de Navaiiles fit un fonds pour ce siège, attendu que celle place éloit capable d'arrêter pendant trois mois une armée de province (c'est-à-dire des troupes de milices).

Par cette lettre, il se plaignit au roy de ce qu on ne luy avoit pas fait part, ainsy qu'on avoit fait aux autres, de la résolution que Sa Majesté avoit prise de gouverner dorénavant par elle-même : ajoutant que cet oubly l'anrort déterminé à prendre la poste pour se rendre près d'elle, s'il avoit osé entreprendre ce voyage sans sa permission; mais qu'il se faisoit une loy d'observer ses commandements au hasard de son bien et de sa vie. Il écrivit sur le même sujet à M. de Pontchartrain , secrétaire d'État.

Le projet du siège de Badefol ne fut pas exécuté, parce que le baron de Biron remit bientôt ce château entre les mains du sieur de la Sourdière , exempt des gardes du corps du roy, et son procès avec la dame de Navaiiles, fut continué au conseil du roy.

Celte même année 1617, mademoiselle de Bourdeille, (Magdelame) confirma par un ro*

dicille à M. de Bourdeille, son neveu ^ rhérédité universelle de ses biens, à laquelle elle l'avoit déjà appelle par son testament de l'an 1611.

M. de Bourdeille étant rentré en grâce auprès du roy, en reçut un témoignage avantageux par le brevet de maréchal de ses camps et armées, dont le roy le gratifia le3 juillet 1619; employ quin'étoit pas encore devenu commun: et comme il se trouva alors à la cour, il fut reçu chevalier des Ordres dans la cérémonie faite par Sa Majesté en Té^j^lise des Grands-Âuguslinsde Paris, le 31 décembre suivant. Ses preuves n'avoient été rapportées qu'au chapitre lenu le 20 de ce mois , quoyqu'elles eussent été admises par ses commissaires dès l'année 1613.

A son retour en son château de Bourdeille , il tomba malade. Le roy étoit alors à Gazenaue, d'où Sa majesté luy écrivit le 9 octobre 1620, qu'elle étoit très- fâchée de sa maladie ; qu'elle étoit bien persuadée de la douleur qu'il avoit de ne se point trouver en étal de la servir si l'occasion s*en présenloit; mais qu'il ne devoit songer seulement qu'à sa guérison, parce qu'elle n'avoil pas besoin pour le présent de plusieurs de ses serviteurs; qu'au reste , il pouvoil compter sur sa bienveillance. La suscription de celle lettre est à M. de Bourdeille, chevalier de mes Ordres, conseiller en mon conseil d'Ëtal , capitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances, gouverneur et séneschal de Périgord .

Le duc de Luynes ayant été fait connétable de France, le roy fit pari de cet événement â M. de Bourdeille , qui en remercia Sa Majesté par une lettre dattée de Bourdeille le 30 avril 1621 , dans laquelle il luy témoigna que le choii qu'elle avoit fait de la personne de M. le duc de Luynes pour cette dignité, étoit approuvé de tous les i)ons sujets; et que, pour luy éviter Tennuy d'une longue dépèche, il envoyait â M. de Pontchartrain le détail des affaires de sa province.

Au moia de Janvier 1622, les (roubles de religion subsistant toujours, M. de la Force (Jacques Nottipar de Catimont, depuis duc de la Force, pair et maréchal de France,) l'un des chefs des religionnaires , incommodoit par ses courses la garnison de Bergerac. Le duc dTJlwr'f. (fiiî «ommandoil en ce pays. r(^s' lut

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de se rendre maître du château de la Force. \ Sur Tavis qui en fut donné à M. de la Force, [ il parlit de Sainte - Foy, où il étoit alors i avec ses troupes, pour venir au secours de son château. Le duc d'Elbœuf s^avança pour le prévenir , et le 30 de ce naois, il rangea dans la plaine ses troupes en battaille. Ce duc avoit avec luy , entre autres seigneurs , M. de Bourdeille qui commandoit un escadron, et le régiment de Bourdeille. Ce régiment eut ordre de se saisir d^un pont, et fit plus qu'on ne luy avoit commandé ; car ii passa le pont ; et s'éiant engagé avec Tennemy dans un combat qui dura jusqu'au jour, cette action obligea les autres régiments de soutenir des escarmouches pendant toute la nuit, qui Fut très-obscure. Cependant, M. de la Force fut obligé de se retirer avec perte. On accusa M. de Bourdeille de n'avoir point mené son escadron à la charge , quelque commandement qu'il en eût reçu; d'avoir préféré, dans cette occasion , à son devoir , la parenté qu'il avoit avec M. de la Force; et non-seulement d'avoir empêché le duc d'Elbœuf de prendre d'assaut le château de la Force après la retraite du seigneur de ce lieu , mais même d'avoir déterminé le duc à accepter l'offre que M. de la Force luy fit faire par un gentilhomme de remettre son château entre les mains de M. de Bourdeille , qui en répondrait. Quelque dangereuses que soient en apparence ces accusations contre M. de Bourdeille, les circonstances de cet événement ont efFacé la mauvaise impression qu'avoient pu faire ces accusations. Il est vray que , suivant l'arrêt prononcé par le parlement de Bourdeaux , le château devoit être rasé. Mais comme M. de la Force et ses enfants occupoient plusieurs places foi tes, et qu'ils pouvoient user de représailles sur toutes les maisons de campagne, et terres dts environs, appartenant aux catholiques, la noblesse en général y ayant un intérêt commun , se joignit à M. de Bourdeille, pour engager le duc d'Elbœuf à se contenter, comme il fit, de l'offre de M. de la Force , de remettre son château , lequel resta neutre* Voicy ce qu^a dit de toute cette affaire un historien de Louis XIll :

« Le duc d'Elbteuf . qui commandoit les armées du roy dans la Basse-Guyenne se prépa*

roit à prendre le château de la Force d*as8aat, lorsque le marquis de Bourdeille « et plusieurs^ gentilshommes distingués du Périgord , vinrent luy représenter que la prise du château seroit infailliblement suivie de l'exécution d'un arrêt du parlement de Bourdeaux, par lequel le marquis de la Force, fils atné de la Force et Montpouillan un de ses cadets, eurent l'année dernière la tête tranchée en effigie; leurs maisons dévoient être rasées par le même arrêt, leurs bois coupés , leurs biens confisqués , et leur postérité roturière. Monsieur de Bourdeille dit de fort bon sens au duc d'Elbœuf : «Il faut avoir égard au mérite de M. de la Force, et aux services importants qu'il a rendus au feu roy, afin de luy assurer la couronne. La maison de Caumont, dont monsieur de la Force se trouve maintenant le chef, est une des plus anciennes et des plus illustres delà province. Il a plusieurs enfants capables de bien servir le roy. Espénms que ces messieurs feront leur devoir dans 1rs guerres étrangères. On a toujours quelque respect pour les anciens châteaux des premières maisons du pays. A plus forte raison , devonsnous les épargner dans une guerre civile. Si monsieur delà Force e.st indigne que vous épargniez son château, voicy la principale nobles.se du Périgord et de la Guyenne qui demande grâce pour luy. La manière franche et généreuse dont nous servons le roy mérite bien cette légère récompense. »

Monsieur de Bourdeille , après cette expédition , s'en retourna en Périgord. Au reste , la conduite de monsieur de Bourdeille est pleinement justifiée par le traitement honorable que le roy fit â monsieur de la Force, en le cérant maréchal de France , quatre mois après le siège de son château.

Dans la même année , et par les lettres patentes de Sa Majesté, dattéesde Paris, au mois de février 1627, portant création de la terre de Montrésoren comté, dans lesquelles elle déclare que mettant en considération les bons , fidèles et agréables services que messire Henry comte de Bourdeille, marquis d'Archiac , seigneur de Montrésor , chevalier de ses ordres , conseiller en ses conseils d'Ëtat et privé , maréchal de ses camps et armées, séneschal et gouverneur de Périgord , luy a rendus |)endant les mouvements derniers, et en plus grandes commissions

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importantes, où il a été employé, et dont il s'est si di{;nement acquitté , voulant luy donner des marques de sareconnoissance, elle a uni et incorporé les terres et seigneuries de Liège la Huitière, et Bîard, à celle deMontrésor, et érigé le tout en comté, sous la dénomination de comté de Montrésor , pour luy et ses descendants mâles.

lia terre de Montrésor , située en Touraine , après avoir été long-temps possédée par la maison de Batarnay, avoit passé de cette maison dans celle de Joyeuse, par le mariage de Marie de Batarnay avec Guillaume , vicomte de Joyeuse, maréchal de France. Henriette-Catherine de Joyeuse, duchesse de Joyeuse, leur pe* tite-filie , et unique héritière , qui fut d'abord duchesse de Montpensier , et ensuite duchesse de Guise , la vendit , par contract du 23 may 1623, à monsieur deBourdeille, lequel, dans cet acte, est qualifié haut et puissant seigneur messire Henry de Bourdeille, seigneur, comte , vicomte et baron de Bourdeille, marquisd^Archiac chevalier des ordres du Roy , conseiller eu ses conseils , capitaine de cent hommes d'armes , séneschal , gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en Périgord. Cette qualité de comte de Bourdeille luy est encore donnée par le contract de mariage du baron de Mata , son neveu, de Tannée 1626, auquel il avoit consenti par procuration de Tannée précédente , dattée de Périgueux. On a vu cy-devaut la parenté et alliance que monsieur de Bourdeille avoit avec cette duchesse de Guise , à hiquelle il écrivit une lettre de compliment le 9 juin 1627 , sur la mort de Madame , duchesse d^Orléans , fille du premier mariage de cette princesse.

Le séjour que monsieur de Bourdeille fit cette année en son château de Montrésor, luy fournit occasion de connottre plus particulièrement lecélèbreabbé Michel de Maroles, nommé depuis peu de temps à Tabbayede Villeiouin, diocèse de Tours, il assista même â la prise de possession de cette abbaye, le 6 juillet 1627. Au reste , leur liaison n'étoit fondée que sur Tamitlé , et non sur aucune parenté , comme le déclare cet abbé dans ses Mémoires.

Monsieur de Bourdeille étoit revenu en Périgord Tan 1629, qu'il fut présent au contract de mariage passé à Aubeterre le 20 février de

cette année, de madamoiselle d'Aubeterre (Esparbez) la Serre, sa petite-nièce, avec le baron de Magnac , de la maison de Salagnac. Cet acte luy donne le titre de très-haut et puissant seigneur, gouverneur et lieutenant général pour le roy en Périgord.

Au mois de février 1630, le roy le gratifia d*une pension de trois mille livres; et la dame d'Ambleville , sa sœur, le nomma exécuteur du testament qu*elle fit le 21 novembre de cette année. Comme il habitoit alors sa terre de Montrésor, elle déposa son testament à la comtesse de Duretal, sa sœur, pour le luy remettre.

Monsieur de Bourdeille semble avoir passé le reste de ses jours, alternativement dans ses terres de Touraine et de Périgord. Les procès qu^elles luy occasionnèrent ne luy laissèrent pas manquer d'occupations. Il en eut un considérable contre Charles d'Abzac , seigneur de la Douze, son parent, pour Thommage des terres et seigneuries de la Douze , de la Crotte et de la Mothe. M. de Bourdeille prétendoit qu'elles rele voient directement de sa seigneurie de la maison noble de Périgueux, et seulement en arrière-fief de la comté de Périgord.

On a vu cy-devant que la maison de Bourdeille avoit hérité de celle seigneurie de Périgueux par son alliance avec la maison de Vigier, et que les terres de la Crotte etde la Mothe avoient élé aliénées par messieurs de Bourdeille en faveur de la maison de Salagnac. qui les avoit portées dans celle d'Abzac.

Ce procès avoit commencé en 1614, et continuoit encore en 162&, que monsieur de Bourdeille obtint du roy des lettres-patentes contre toutes les prescriptions qui luy seroient objectées par ses vassaux et amphyléotes.

Le factum fait sur ce procès, le qualifie messire Henry de Bourdeille, seigneur, comte dudit lieu et de Montrésor, marquis d'Archiac, seigneur de la Tour-Blanche, de la maison de Périgueux, et autres places, chevalier des ordres du Roy, capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances, son séneschal et gouverneur de Périgord.

On y a seulement cité quantité d*actes concernant les premiers seigneurs de cette maison de Périgueux, et les seigneurs de Bourdeille, qu'on rTa pas vu plus au long, et qui cependant douneroient bien des éclaircissements.

APPENDICE

On ignore quelle fut la fin de ce procès, ainsy que de celuy que luy suscita sa terre d'Archiac contre le sieur Goûte, chargé par le roy de la liquidation des droits et domaines de Sa M^û^sté en la province de Guyenne, sur Thommage de la terre de Saint-Mégrin , prétendu par le roy, à cause de sa comté de Xaintonge, et par monsieur de Bourdeiile, à cause de sa terre dArchiac. Le sieur Goûte présenta une requête le 16 mars 1635 , contre monsieur de Bourdeiile. 11 y eut aussy des factums sur cette affaire.

On ne connott de même que par citation, les hommages des terres de Sorges et de Goustures, rendus en 1620 et 1631 à la comté de Bourdeiile. Après de longs procès entre Henry de Bourdeiile et Févèque de Périgueux, il y eut sentence homologuée en 1628, et donnée à cause des hommages de Sorges et de Coustures, produits par ledit évèque, et que le seigneur de Bourdeiile reudoit audit évèque depuis 1044, comme on Ta vu cy- devant, dont on n'a jamais vu les titres d'érection, quoyque Henry de Bourdeiile en ayt toujours pris le titre.

Il donna son consentement au mariage de Barthélémy de Bourdeiile, comte de Mata , son nepveu, en 1639, étant revenu habiter le Périgord.

Monsieur de Bourdeiile jouit pendant le cours de sa vie de Tabbayede Brantosme sous des noms deconfidentiaires, et de la conseigneurie de ce lieu , que luy avoit légué le seigneur de Brantosme, en l'instituant Tun de ses héritiers universels, comme on fa dit à l'article du seigneur de Brantosme, dont le testament a été suffisamment détaillé, pour n Voir pas besoin

d'en rappelier les claases peu honorables à la mémoire du seigneur de Brantosme.

Henry de Bourdeiile mourut en sa maison de la Feuillade en Périgord, le 14 mars 1641, âgé de 70 ans, et fut inhumé dans l'église de Saint- Pierre de Bourdeiile.

On ne sçait point en quel temps mourut Magdelaine de la Ghastre, sa femme; mais il y a lieu de croire qu'elle ne survécut pas longtemps; car elle fit un testament olographe dans la même maison de la Feuillade en Périgord , le 22 février 1642 , par lequel elle déclare que son contract de mariage avoit suffisamment partagé François de Bourdeiile, son fils atné; et qu'ainsy elle léguoit à Glaude de Bourdeiile, son fils puîné « tout ce que les coutumes des lieux où ses biens étoient situés , permettoîent de luy donner.

La généalogie de la maiàon.de la Ghastre est imprimée dans l'histoire des grands officiers de la couronne, tome YII^ page 364.

N. B. Glaude de Bourdeiile , comte de Mata, frère de Henry, comte de Bourdeiile, se trouvera , avec ses descendants , cy-dessous à la lettre 0,

après les descendants de

HENRY DE BOURDEILLE

et de

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