‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 31 sur 119 · JEHANNE I, RBYNB DE NAPLES · texte numérisé non relu

JEHANNE I, RBYNB DE NAPLES

«aoroit affaire de la peraODoe de la reyoe, «envoya à Charles deux de ses barons, pour luy «congratuler de sa vktoire , et fil response qu'il odebvoit mener la reyne au lieu propre auquel «elle avoit faict estrangler Andreasse, et qu en a ce mesme lieu, et en mesme manière , il la «fit pendre et estrangler ; ce qui fut faict, et «le corps fut porté à Saincte-Glaire de Naples; « et , après avoir esté trois jours morte sur terre , «fut enterrée, et les deux barons, en ayant veu c Fexecutioo , en portèrent les nouvelles en Hon- «grie.

« Après , fut couppée la teste à madame Marie , «seconde sœur de la reyne, femme mai podi- «que, et diffamée d'avoir eaté participante à la «mort d'Andreasse.

a Geste Marie fut celle dame qui fut femme «Je Robert d'Artois, et aymée de Boceace, «qui pour lors Ck>ris8oit, pour laquelle il escrivit «en sa langue vulgaire ces deux livres tant ex- «cellens : La Flammeiie, et le P/Ulocoope.»

Voyià ce qu'en dit Thistorleo de Naples. Encor, après avoir faict ce qu'il a peu pour la deiracter, il ne se peut garder de dire : «Telle «fut, et telle prit fin la reyne Jehanne pre- «miere du nom, arrière fille du roy Robert, «fort estimée en prudence et valleur par beau- «coup d'autheurs, et haut louée de Baldus et «Angélus, frères, docteurs en droict très-fa- «meux, en aucuns de leurs traités et conseils. »

Or sur ce discours passé j'ay ouy à Naples, et ailleurs, louer fort ceste reyne , et n'en dire le mal que fait cest autheur manieur, mais l'excuser fort, à de gallans hommes discoureurs, autant que l'autre Ta blasraée. Car qutnt à luy reprocher ses quatre raatys , et pour ce la tenir impudique , on ne sçauroit , puisque le maryage est si bon et si sainct , estant ordonné de Dieu , et aussy qu'il valloit bien mieux qu'elle se ma» ryast qu'elle se bruslast , ou , qui pis est, qu'eUc se prostituast et abandonnast à l'un et à l'autre d'aucuns amoureux, comme l'on a veu et veoiton de nostre temps plusieurs reynes, princesses et grandes dames , soit estans fiûcs, soit yefves y fiiire ramour à outrance, et paillnrder avecques qui boa leur sembloU et sendMe de ceux de leur royaume , plustost que de se maryer, fuyant ce Hiaryage sainct et permis, plustost que la paii* kidîae deffendoe ; ce que la reyne ielianne n'a cnsuivy; car pouf le moins, si elle brusioit du

<teud désir de la chair, elle le passoit honnestement avecques ses marys.

Quant à Andreasse qu'elle fit naonrir, on dit que c'estoil unHongre, ivrogne très-dâtngereux et malicieux , en faisant son simple et son nyais , comme volontiers telles gens le fiint, plus que les babilles et honnestes, et qui la voiriott fiiire mourir pour estre seul roy; mais elle gaigna les devans, et joua à la prime, ainsy que le droict de nature le permect , qu'il vaut mieoi prévenir que d'estre prévenu, et mesmesen matiere de vie.

Touchant à son cousin, le fils du prince de Tarante . qui mourut par trop exténué , elle n'en peut mais, puis qu'on ne sçauroit engarder aucun qui ne s'enyvre de son vin propre : et après , qu'en peut mais le vin , s'il a donné la venue à son matstre et beoveur ? Il ne l'en faut blasmer, sinon le maistre qui le boit. Je ne doute pas que la grande beauté de cesie belle reyne , sa grâce, sa majesté, ses feçons, ses doux attraits et piaisaiis attechnsmens , embrassades et attoucbamens, ne fissent efforcer ce jeune homme à Aire plus qfoe ne ponvott natore; mais ceat effort venofi de luy , et non d'elle ; car en cela la femme ne peut forcer de force l'homme, ny à coup de baston , par manière de dire. Il faut que le to«t vienne de l'humeur de l'homme , de ta force, deson effect, et surtout de son ardente convoilise« Et quand bien tout cela ne seroit , et comment pouvoît-il mieux mourir si-non en bien servant sa rejut et sa dame, et luy monstrant l'ardente affection qu'il luy portok , puis qu'il n'espargnoit point sa peine, ses forces, sa violence, et que pour la bien contenter, et luy donner du plaisir, il mourott pour l'amour d'elle, et dans le camp amoureux de son liet, où il avoit si vaillamment combattu , et exposé pour l'amour d'elle et si liberallement sa vie?

On lit que Medor et Glaridan , lorsqu'ils as* saillirent si forienseraent le camp de Ghariemagne, tuèrent un seigneur d'Albret dans sa tante , entre les bras de son anye , qu'il tenoM eeste nuict là oonchée avec luy et embrassée ; dont un chacun l'en estima trêa-heurenx de mourir si délicieusement.

Que pouvoit donc estre ce prince, pour monrir si heureusement , en bien servant sa reyne , sa femme et sa cousme?

Pour le regard deson tiers mary, riafom dt

VIES DES DAMES ILLUSTRES

Majorqae, auquel elle fit trancher la teste pour avoir violé son lict, et favoir quittée, pour avoir esté surpris sur une autre y encor qu'on die qu'il mourut de sa mort naturelle pourtant , ce dit Tbistoire; mais passe, je veux qu'elle luy aye faict cesle justice : N'avoit-elie pas raison d'en punir raduUere, puisqu'il n*avoit pas plus de loy ny de puissance de la commettre en son endrolct, qu'elle à luy? Car selon Dieu , ceste loy est commune et rigoureuse aussy bien au mary qu'à la femme. D'avantage, s'il Teust trouvée en cas pareil, qu'en eust-il faict? Je m'en rapporte aux gens jaloux et chatouilleux en cela : encor qu'il ne fust point roy absolu , ny ayant grade ny authorité, si-non pour l'amour d'elle, il ne faut point doubter qu'il ne l'eust faict mourir. Et voylà pourquoy elle fit bien de luy faire patir la loy que, par advanture, sans doubte infaillible, il luy eust faict patir, qu'est la cause qu'elle usa de son pouvoir royal , estant reyne de soy, et bien absolue.

Et quand bien toutes ces raisons ne seroient , et qui est le juge, tant doux soit-il , qui n'eust condamné ce malheureux d'avoir violé sa foy à la plus belle reyne , princesse et dame du monde de ce temps là, et luy avoir faussé compaignie , et s'estre desrobé pour aller habiter avec une autre qui ne la valloit pas en la moindre partie de son corps? Misérable qu'il estoit ! c'estoit toutainsy qu'un, qui, pour estandre sa soif , délaisse la nette et claire fontaine, pour aller boire dans une mare saie, boueuse et toute vilaine. Je dis donc , avecques tous ces honnestes discoureurs: que ce malheureux mourut justement , et selon son ingratitude ; car ingrat estoit-il , puisque de simple prince elle l'avoit faict roy et son mary, dont les plus grands de la chrestienté s'en fussent alors contentés. En quoy beaucoup de dames doibvent prendre bon exemple, qui eslevent beaucoup de petits compaignons, et leur font cest honneur de les prendre pour marys,et les obligent de la vie, de leurs biens et leurs honneurs, que , quand ils viennent à leur faire un faux bon, à les vouloir maistriser comme leurs marys, et à leur user de leurs prérogatives , et bien souvent les gourmandent « les mesprisent et attentent sur leur vie, elles les doibvent prévenir et s'en deffaire en quelque façon que ce soit, comme disoit un ipllant homme que je sçay ; car il n'y a rien si

insupportable qu'un joug donné et inDpo$é4| celuy que l'on a faict et eslevé. Mais je ne v< pas que tout cela soit de ceste infant de Maji que , car il n'en est rien. U en faut accuser Yi crivain de V Histoire de Naples, qui se noi Pandolpho Ck)llenuocio^ qui en a parlé par ti desavantageusement pour ladicte reyne ; et ce , ne le faut croire : nous croirons plustt Froissard , encor qu'il fust Anglois ; mais tant , en ses escrits il ne fiatte point tant Anglois qu'il ne die beaucoup de bien des Fn çois, ce que n'ont faict volontiers les historii italiens.

Voicy donc ce qu'en dit Froissard , qui estd de ce temps là que : «Ce James , ou Jacques, ^ «Majorque, le roy d'Ârragon luy ayant enval a son royaume de Msyorque, et faict mouri «son père en prison à Barcelonne, en vouli «avoir raison; et pour ce la guerre s'estaut es « mené contre le roy d'Arragon et Gastilie , il s' «en alla avecques le prince de Galles, et le vîr «trouvera Bourdeaux; mais la fortune luy fi «si contraire, qu'il fut pris dans la ville de Val «ledolit, aux reconquests que le roy Henry d «Gastilie fit en Ëspaigne; et fut faict prisonnie «dudict roy Henry, auquel il se rendit, lepriaa «de luy donner sa foy et ne permettre qu'il tum «bast es mains du roy d'Arragon, sonennein) «mortel, qui estoit là assistant audict roy de «Gastilie; ce qu'il luy promit; et luy tint très- «sainctement sa foy et sa parolle, et luy demeurai «son prisonnier. Quand sa femme, la reyne de «Naples, et la marquise deMontferrat sa sœur, « le sceurent , en furent fort désolées , et firent « tant par allées et menées d'habillés gens devers « le roy Henry, qu'il fut mis à rançon de trois «cens mil fiorins, desquels lesdictes deux daoïes « payèrent si courtoisement, que ledict roy Henry « leur en sceut gré. » Ainsy en parle Froissard , usant de ces mots sans que je les aye changés: «Et par ainsy, en fut content , et puis s^en re- « tourna à Naples ; et, désireux encor de venger «la mort de son père et la détention de ^n «royaume, il alla trouver le pape Grégoire en « Avignon ; et fit tant qu'il amassa gens de toutes «nations, qui luy cousterent bon, comme Fran- «çois, Anglois, Allemands et Bretons; et , pas- «sant par Navarre, allant en bonne opinion et « volonté de faire la guerre , il tumba malade i « Val-de-Sorie, où il mourut. » ^

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