JEHANNE I, RETNE DE NAPLES
K k Voyià ce qu'en dit Froissard en son premier isjW Toiume : puis, en son second , il raconte comme ]{ ét\ ladicte reyne vint trouver le pape Clément à ict» Fondy ; et dit comme, estant devant luy, elle iise&:t*humilia moult devant le pape , et se confessa rlépl luy y et luy monstra toutes ses besongnes et iie:£ jeu sans villenie (ce mot met en cervelle force os [autres fringantes), Froissard use de ces propres oiai^^ots : a Et quand la reyne de Naples fut venue t tircàFondy, elle s'humilia moult contre le noudesfKveau pape, et se confessa à luy ^d Et puis luy lusio^mmança ainsy sa harangue , que je diray par
mots dudict aulheur, sans en changer.
}{ijel «Père sainct , je tiens plusieurs grands heriqueiM^g^ et nobles, tels comme le royaume de ei]?#Naples , deSezille, Puille, Galabre, et la comté iQoi^de Provence. (Test vérité que le roy Louys I voflpde Sezille , duc de Puille et de Galabre , mon mif^V^^^j liiy vivant, il recognoissoit toutes ses »^//j« terres de l'Eglise; et me prit par la main au e vii^Ùct de la mort, et me dict ainsy ; a Ma belle iiyfÉK fille, vous estes héritière de moult riches et s VaM( grands pays, et croy bien que plusieurs grands Qi^dic seigneurs tendront à vous avoir à femme, )Dni^pour les beaux héritages et terres que priait vous tiendrez. Or, veuillez user de mon con- I (Qi^ f seil, et vous maryer à si haut prince , qu'il soit LDecj «puissant à vous tenir en paix et vos héritages •oy. «aussy : et s'il advient ainsy, et que Dieu le con- [ tr- «sente, que vous n'ayez nuls hoirs, si remettez Dr; «tous vos héritages entre les mains du Sainct [}e: «Père qui pour ce temps sera; car le roy Rosii «bert, mon père, au lict de sa mort me le cliar^ ti-r «gea ; par quoy, ma belle fille, je le vous charge ty «et je m'en descharge. » Et adonc. Père sainct, lit «je luy promis par ma foy , presens tous ceux 0 «qui en la chambre pouvoient estre, que je rr «luy accomplirois tout son dernier désir. Et r «vray est, Père sainct, qu'après son trespasse- «ment, par le consentement des nobles de Se- «zille et de Naples , je fus maryée à Andrian de «Hongrie, frère au roy Louys de Hongrie, du- «quel je n'eus nuls hoirs, car il mourut jeune «homme à Aîx en Provence.
«Despuis sa mort, on me marya au prince «de Tarante , qui s'appelloît messire Charles ; et «en eus une fille. Le roy de Hongrie , pour la (desplaisance qu'il eut du roy Andrian, son
'Voyez ItT. u, chap. t, p. 61 et 62 de TédiUoD de Froitiart, quej'ai donnée dans le Pantfiéon.
«frère, fit guerre à mon mary, messire Charles «de Tarante, et luy vint tollir Puille et Calabre, «et le prit par battaiUe et le mena prisonnier « en Hongrie ; et là mourut.
« Et puis, par l'accord des nobles de Sezille et «de Naples , je me remaryay au roy James de « Maillorque, et manday en France messire Louys «de Navarre, pour espouser ma fille ; mais il « mourut sur le chemin.
« Le roy de Maillorque , mon mary, se despar- « tit de moy , en intention et volonté de recon- « quérir son héritage de Maillorque que le roy «d'Arragon luytenoità force; car il enavoit «déshérité et faict mourir son père en prison. «Bien disois-je au roy mon mary que j'estois «dame ayant assez puissance et richesse pour «le tenir en tel estât qu'il voudroit; mais tant «me prescha et me monstra de belles raisons, «en désirant de recouvrer son héritage , que je «m'assentis ainsy que par donner volonté qu'il cfist son plaisir; et à son parlement je luy en- «joignis et exhortay especialement qu'il allast « devers le roy Charles de France , et 1 uy monsctrast ses besognes, et s'ordonnast du tout par «luy. De tout ce nVil rien faict; dont il luy en «est mal advenu; car il s'en alla rendre au prince «de Galles , qui luy promit de luy ayder, et «eut graigneur fiance au prince de Galles qu'au « roy de France à qui je suis de lignage.
«En tandis qu'il esioit sur son voyage ,j*es- « crivois devers le roy de France , et luy en- «voyay grands messages, en luy priant qu'il « me voulsist envoyer un noble homme de son «sang, auquel je puisse ma fille maryer, par- « quoy nos héritages ne demourassent onoques «sans hoirs.
« Le roy de France entendit mes parolles , « dont luy en sceus bon gré. Et m'envoya son cou- «sin, messire Robert d'Artois , lequel a ma fille «espousée, Père sainct.
«Au voyage que le roy de Maillorque mon « mary fit, il mourut. Je me suis remaryée à mes- « sire Othon de Brunsvik. Et, pourtant que mes- « sire Charles de La Paix aveu que j'ai voulu re- «vestir, en son vivant messire Othon de mon «héritage, il nous a faict guerre; et nous prît au «chastel de l'Œuf par enchantement, car il nous «sembloit, nous qui estions au chastel, que la mer cestoitsi haute, qu'elle nous debvoit adonc cou- « vrir. Si f usmes à ceste heure là-dessus si effirayés.
Su
VIES DES DAMES ILLUSTRES
cque nous nous rendismes à messire Charles de •La Paii , tous quatre, sauves nos vies. Il nous a •tenus en prison, moy et mon mary, ma fille •et son mary; et tant est advenu queroadicte fille •et son mary y sont morts. Et despuis, par «traicté, nous nous sommes délivrés par moyen «que Fouille et Gaiabre luy demeurent Et (end a à venir à Theritage de Naples , de Sezille et de «Provence; et quiert partout ailliances; et ef- < forcera le droict de TEglisc si tost comme je cseray morte, et ainsy devant il en a fîaict son aplain pouvoir. Par quoy,Pere sainct, jeme «veux acquitter envers Dieu, et vous rapporte et «mets en vostre main dès maintenant tous les «herita{];es qui me sont deubs de Sezille, Naples, « Puille , Calabre et Provence , et les vous donne «à en faire vostre volonté, pour donner et heri- «ter qui vous voudrez et qui bon vous semblera , «qui obtenir les pourra contre nostre adversaire «Charles de La Paix.»
«Le pape Clément récent ces parolles en très- « grand bien, et le don en très-grand révérence, ( Il fust esté bien chaud s'il ne l'eust pris , le «gallant ^î) et luy dict:
«Ma fille, de Naples nous en ordonnerons « temprement , et tellement que les héritages «auront héritier de vostre sang, noble, puissant, « et fort assez pour résister contre tous ceux qui « luy voudrolent nuire, d De toutes ces parolles, ces «dons et ces delaissemens , on en fit instrumens « publics et authentiques , pour demeurer les «choses au temps advenir en droict, et pour G estre plus authentiques et patentes à tous ceux «qui en oyroient parler ^-^
Voylâ ce qu'en dit Froissard en son second volume, qu'il Faut plustost croire que cest historien de Naples , qui a voulu faire comme les autres historiens estrangers, q,ui ne parlent jamais à Tadvantagedes François ; mesmesccstuy là, qui a dict pis que pendre de ceste belle princesse, d'autant qu'elle çstoit Françoise et du noble sang de France , lequel jaçnaîs , ny à Naples ny en Italie , n'a esté bien venu ny receu. Croys donc Froissard, qui a Faict ceste reyne parler en confession au pape , et a esté curieux de recueillir ses propres mots prononcés de sa bouche , qui
< Parenthèse de Brantôme.
* Ce morceau, qui manquait dans toutes les anciennes édIiloDS, a été pow U firaniiM Ma waM id d*à^ manuscrits.
apertement a voulu déclarer aînsy ta vie. Je ne dis pas qu'il ne taise quelques traicts de sa vie, comme de la mort d'André et autres petits traicts, comme d'amour et d'autres; mais tant y a que jamais elle ne f^it si meschante ny desbordée comme le dict ce bel et sot historien napolitain.
Pour le quart mary de ladicte reyne, qui fut Othon, elle ne se fit nullement tort de l'espouser , le cognoissant d'une des grands maisons de la chrestienté et grand capitaine. Elle avoitbesoing d'un tel homme pour ses affaires, qui l'honnorastetla servist très-bien. Ses services le monstrerent bien ; ce qu'elle recognut si bien , que sur sa fin elle implora et intercéda tellement pour luy , qu'il eut la vie sauve , et la pauvrette souffrit la mort.
Jevoudrois bien sçavoir si, sur toutes ces raisons là alléguées par honnestes gens, ceste brave reyne aye mérité d'estre ainsy calomniée durant sa vie, et de Tavoir ainsy feict mourir. Aussy Dieu , juste vengeur des morts innocentes, vengea la sienne, et sur le Hongre, et $ur Charles Durazzo , à qui Marguerite , maisnée sœur de la reyne Jehanne, arrière fille du roy Robert, luy estant allé à Bude, et iltec invité par la reyne à un banquet, en Fainctes caresses, pendant qu'il beuvoit, luy Fut donné un coup de hache sur le chinon du col par ordonnance da la reyne, et Fut ainsy tué.
Voylà un juste jugementde Dieu, et une noble princesse vengeresse de son sang innocent.
Voylà aussy la fin de ceste brave reyne qu'on a calumniée bien legierement.
Possible aussy que, par permission divine , les successeurs de cest Hongre, et les Hongres aussy ses subjects, ont souffert les maux des Turcs qui leur sont arrivés despuis. II se peut croire, et que ce beau sang espandu n'aye là haut crié vengeance.
J'ay veu sa sépulture dans Saincte-Claire à Naples, que les dames et sainctes religieuses du monastère révèrent et honnorent fort, et en fbnt de belles et sainctes prières pour son ame, la louant fort, et la mettant au rang des sages, bonnes et vertueuses princesses de la chrestienté, ainsy qu'on lit dans {Histoire (tJiyou^ oti il est dict qu'estant ce grand schisme de l'E« glise nuisible pour toute fai chrestienté , entre autres orinces nui tindrent pour Clément estoit