JEHANNE I, RBTNE DE NAPLES
caee eiMt aequis un renom cent fois plus qu il n'a foict s'il eust faict une belle histoire d'elle ; et Pétrarque de mesmes, qui estoit de ce temps, s'il eust converty tous ses beaux vers , qu'il a feicts pour sa Laure, à la louange de ceste reyne , laquelle meritoit cent fois plus estre exaltée que celle de Laure.
Son pourtraict que l'on void encor, Fait tesmoigner à tout le monde qu'elle estoit plus angelique qu'humaine. Je Tay veu à Naples, en force endroicts, qui se monstre et se garde par especiauié grande. Je i'ay veu en France aux cabinets de nos roys , de nos reynes , et de plusieurs dames. Certes, c'estoit une très*beUe princesse, et qui monstroit en son visage une grande douceur, avecques une belle majesté. Elle y paroist vestue fort pompeuse d'une robbe qui monstre estre de veilours cramoisy, avec-^ ques passemens d'or et d'argent. Elle estoit quasy de la propre Façon que nos dames d'aujourd'huy portent le jour d'une grand magnificence, qu'on appelle à la bouUonnoise, avecques force grandes pointes d'aiguillettes d'or. Elle porte en sa teste un bonnet sus son escoFfion. BreF, ce'beau pourtraict ne représente en rien ceste dame, sinon que toute belle, douce et vraye majesté ; si bien qu'à la voir peinte le monde s'en rend ravy et amoureux de sa painture, comme j'en ay veu aucuns, et comme aussy autrefois ont esté aucuns de son nayF.
J*ay veu une dame de France, qui la ressembloit en son pourtraict bien fort et au nayF. Ce beau visage ne meritoit point les adversités ny la mort que fortune luy envoya. J'ay leu dans un livre en espaignol ce mot de louange d*elle.
Finà me al pensamiento aqueltan ilustre resplendor de Italia, que no solo de las damas reaies, mas aun de los reyes esglovia y arreo especial , la muy excelente se-' hora duefia Juana , serenisima reyna de HieruscUemy Slcilia , cuyos tan esclareci^ dos rayas, asi de su alla y generosa prosapiay excelentes abuelos , como de las tanias y tan magnificas glorias por su realy magnanimo corazon, son ganados; de manera que todos y todas grandes adelante ella parecen como una quasi muerta centella defuego, delante una hoguera grande y en demasta lumbrada. Cest à dire :
cil me vient en pensement ceste illustre et
« grande lumière et resplendeur de l'Italie , qui c non seulement est la gloire et l'appareil spécial c des dames royales, mais encor des roys mesmes, « qu'est ceste excellente dame Jehanne de Jero- 9salem et de Sicille, de laquelle les rayons si «clairs de sa race généreuse et de ses braves cancestres, comme de ses belles, grandes et «magnifiques gloires, sont gaignées par son «brave et généreux courage; de foçon que tous «et toutes, soit grands ou grandes, soient-ils «aujourd'huy, paressent auprès dVUe comme «une petite eslincelle, centilleouflammesche, «devant une grande fournaise de Feu toute re- « luisante de flammes, et de grande et claire «lueur.»
C'est loué cela, et à l'espaignoUe. Or, avant qu'achever encor d'elle, je ne veux oublier un conte que j'ay veu et leu dans un vieux livre ita lien , en assez mauvais et gros langage pourtant, qui traicte du duel fiiict par Paris de Puteo, docteur eu loix. Il dit donc que ceste belle reyne, tenant un jour entre ses plus beaux jours le bal ouvert et solemnel , dans sa ville de Gayette , pour quelques magnificences de nopces, ou bien pour quelque autre Feste honnorable, se trouva, parmy les seigneurs et gentilshommes de sa cour, le seigneur Galeasso de Mantoue, qui estoit pour lors un des accomplis gentilshommes de l'Italie. La reyne le vient choisir et prendre pour danccr avecques elle. La dance finie , et luy s'en estant bien acquicté, luy vient foire une grande révérence devant son siège royal , le geuouil en terre, la remercia très-humblement de l'honneur qu'elle luy avoit Faict, et d'une telle humanité et courtoisie, laquelle ne sçacbant enquoy recompenser par quelque service condigne , luy fit vœu d'aller errant qui çâ qui là parmi le monde, et esprouver les Faicts chevaleureux à tous hasards, à toutes heurtes et à toutes rencontres, jusqu'à ce qu'il aurait vaincu et conquis deux vaillants chevalliers, pour lu^ en foire présent, et d'en disposer comme bon luy semblerait.
Voyez comme le temps passé se rendoieiit les pareilles en recompense et rémunération à leurs supérieurs. Pour le moins, parce traictelle congnut qu'elle n'avoit honnoré un chevallier, sinon approchant rien moins de sa grandeur incomparable, pour le moins méritant quelque chose. La reyne, qui estoit non moins spirituelle
MS
VIBS DES DÂME8 ILLUSTRES.
•t gentille, Iny retpoBdit aealement qa^é la bonne beure, et avec la grâce de Dieu il aocomplist aon voa, puisque telle eatoit sa volonté et la eouatnnie de ee temps là.
Le dievallier donc part et vient en France , Bonrgongne, Angleterre, Italie, Bapaigne, Allemaigne, Hongrie et autres régions, provinces et pays , où il y avoit pour lors une grand fleur de chevallcrie. Il se hasarde, il se rencontre, il se bat, il se eombat; enfin, il conquiert et vainct, moictiéparsa vaillantise, moictié parsafortane, le couple des deux clievalliers compromis, et les amené au royaume de Naples, et au bout de l'an arrive devant sareyne, et, en luy présentant ces deux chevalliers le genouil en terre, luy aceomplit son vœu en tres^grande solemnité, et la supplie de Tavoir très-^greable. 1^ reyne ^ encor avecqtws une belle grâce et grande majealé dont elle n^estol t aucunement despourveue , reoeut le voeu et le tint pour très-bien acoomply, en offrant tontes les honnestetés du monde au eavallier, et le resputaut pour très-digne, et acceptant les prisonniers. Puis elle leur dit : f Messieurs, vous estes mes prisonniers, comme «vous voyez. Par les droicts des combats je me •puis servir de vous autres en telle et vile condis tlon serviaUe qu'il me plaira; mais je crois que •vous jugex bien à mon visage que la cruauté cn*y habite point, pour en disposer de telle •façon. Je vous nse donc de ma douceur et hu- < manité, et vous donne dès à stlieore toute liberté cet firanchise de faire tout ce qu'il vous plaira, c soi t de vous en tourner libres en vos pays , soit , «avant que tourner, vous esbattre par mon «royaume, et en veoir les singularités, que vous •trouverez assez belles; et, après en avoir Faict cla visite, venez me trouver avant que vous «partiez, que je seraybien ayse de vous dire «adieu. D Qui ftarent ayses?ce furent ces deux chevalliers , lesquels , après leur douce sentence donnée, ne Faillirent de Texecuter très-bien, et Se donner tout le bon temps qu'ils purent parmy les délicatesses de ce plaisant royaume, qui, pour tors, y abondoient , et mesmes y régnant nne si noble reyne en toutes choses que celle-Iâ : et puis, en apnt bien contemplé le tout à leur beau loisir, s'en vindrent un jour prendre congé de leur reyne et maisiresse puisqu'ils estoient ses prisonniers et esclaves , laquelle le leur octroya fort librement, comme elle avoit foict
auparavant ; et , après avoir receu dVHe et argent pour leur voyage , et présent de grosses ehaisnes d'or, s'en retournèrent et se mirent en chemin , se recommandant à la bonne adventure , non sans publier par tout leur passage les vertus, humanités et courtoisies de la reyne, comme ils avoient raison : aussy nul de son temps n'en fut tant remplie.
Sur quel exemple ce docteur que j'ay allégué, le vénérable docteur Paris de Puteo , tort digne homme , et qui a bien escrit de ce duel , loue grandement ceste reyne, et dit en ce cas qu'elle mente bien plus de touange que ne tirent tors messieurs les chanoines de Sainct Pierre de Rome, à Teglise desquels et à leur sainct autel un chevallier vainqueur, ayant voué et bict présent d*un autre chevallier qu'il avoit vaincu , et ainsy redulct par duel (avec son cheval, ses armes et toute sa despouille ) dans la terre du patrimoine de Sainct Pierre de Rome, pour eux en disposer, comme ils voudrolent , selon les lofs des Lombards en combats singuliers ordonnés, dont j'espère en Faire un discours , lesdicts chanoines ftirent si inhumains, qu'au lien d'user de ceste miséricorde, semblable à celle de cestc reyne bonne et miséricordieuse, retindrent ce pauvre diable de chevallier soubs espèce de ^rvitudedans l'église, sans qu'il en osast jamais sortir; et se tenoit Icans comme esclave ou lutin , n'ayant nuire exercice que s'y pourmener, et aucunes Fois adviser par la porte les passans , et sur la vie ne passer outre ; ainsy que j'ay veu en Espaigne autresFois ceux qui s'estoient reftigiés aux églises, et les avoient prises pour leur sauvegarde, comme de Faict elle leur servoit , quelque crime qu'ils eussent Faict.
Voyià comment ce docteur Paris blasme ces religieux en ce Faict, et exalte ceste reyne Jebanne , laquelle certes ne sçauroit avoir tant de louanges comme elle en mérite par ses innumerables vertus. J'ay veu un livre faict en Angleterre, qui s'intitule VApollogie ou Deffens\ de Vlionnorable sentence et très-juste exécution de deffUncte Marie Stuard , dernière reyne d'Escosse, En ce livre , il se voit plusieurs comparaisons de la reyne Jehanne de Naples et la reyne d'Escosse, tant de sa vie, ses mœurs, ses amours et genre de mort ; et les y voit-on paintes d'un mesme creon, qu'il n'y a rien si semblable qu'elles deux,irouyr parler. Je diray