‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 35 sur 119 · JRHANNE II, REYNE DE NAPLES · texte numérisé non relu

JRHANNE II, REYNE DE NAPLES

en brieFs moUce qaeFautheur de ce livre dit en plusieurs.

La reyne Jehanne , amoureuse du duc de Tarante, fit mourir soo mary Andreasse. La reyne Marie d^Escosse, amoureuse du comte Bolhouel, fit mourir son mary.

La reyne Jehanne , son mary mort , espousa aussy tost le duc de Tarante , son proche parent, La reyne Marie, son mary mort, espousa le comte Bothouel.

La reyne Jehanne ne jouit pas long-temps de ses amours dudict duc , car il mourut tost après. La reyne Marie de mesmes ne jouit non plus long-temps de celles de Bothouel , car il fut assailly et persécuté de la noblesse du pays, Fut contrainct de s'enfuyr en Danemarc, et puis mourut; et la reyne de mesmes, fugitive en Angleterre et prisonnière.

I^ reyne Jehanne esleva un scisme en France et Italie, à cause de deux papes. La reyne Marie sema la semance de scisme et sédition enEscosse et Angleterre,

La reyne Jehanne envoya vers le pape en Avignon , demander secours contre Charles de Durazzo. La reyne Marie de mesmes en a faict vers les papes, et leur a demandé secours contre la reyne d'Angleterre.

La reyne Jehanne envoya aussy vers Charles, roy de France, et à Louys, duc d'Anjou, demander forces. La reyne Marie a envoyé de mesmes en demander au roy d'Espaigne et à son cousin ( le livre dict son nepveu, mais il estoit son cousin) le duc de Guyse.

La reyne Jehaune avoit de grands et puissans princes à tenir son party, tant en France, Provence , que hors. La reyne Marie a eu en divers temps trois diverse papes et le roy d'Espaîgne, le duc de Guyse, et en Angleterre quelques ducs , seigneurs, gentilshommes, qui estoient pour elle bandés sourdement et ^ couvert.

Finablement , la reyne Jehanne fut estranglée en frison, et mourut de mesme iport qu'elle avoit faict avoir à son mary. La reyne Marie aussy en prison a esté décapitée.

EÔ ce livre puis après y ^ un discours % à sçavoir si on graud a pouvoir de faire exécuter et nMHirir un autre grand son pareil; et, se fondant sur l'empereur Constantin le Grand, lequel condamna à mort Liciniy^., et Iç fit exécuter, prouve et afferme, par raisons et autres exemple , que

cela se peut et se doibt faire. De cela je m'en rapporte aux grands jurisconsultes, pour dire que, si Ton veut croire des escrivains mesdisans, Içs comparaisons de cy-dessus des deux reynes «sont vallables; mais aussy, qui voudra croire les histoires point menteuses, point fabuleuses et véritables, on trouvera qu'en vertus, beautés et genre de mort, elles sont fort pareilles, et qu'on leur a faict grand tort de les avoir faict ainsy mourir. Par quoy, croyons les bons et sagec escrivains, et non les meschans et bavards; car il n'y a rien si dangereux que telles gens. Je m'en rapporte à la pauvre Didon, laquelle, et maryée et vefve , fut une princesse très-sage et vertueuse; et vous voyez comme Virgile l'a démérite, quasy envyeux de sa vertu et chasteté.

Ainsy les mesdisans dectractent de nos deux reynes précédentes; mais la vérité est tou^jours victorieuse de la menterie. Ce n'a pas esté Didon seulle , ny nos deux reynes précédentes aussy, dont l'on a mal parlé, mais d'un million de reynes , princesses et grandes dames , desquelles les langues picquantes ont detracté ft faux ; et, pour ce, ne faut croire tout ce qu'on dit et escrit, mais la pure vérité, qui combat le papier imbecille qui souffre tout. C*est assec pour ce coup parlé de ceste reyne Jehanne la première.

LA SECONDE RIf NE JSIANME.

Il faut parler maintenant de ceste reyne Jehanne la seconde, laquelle , au bout de quelque temps de ceste belle reyne première, succéda au royaume^ apris la mort de son frère Ladislaus , dont j'espère de parler. Aucuns disent qu'elle fut petite niepce de b reyne Jehanne première. Cela est bien aysé à supputer dans sa geneale^^ ffifiym$eàau$VHistQir0d6iVaptes; maisi, peu» ce que cela ne faict rien i mon discoure, passe Tant y a qu'eue fot du noUe savg de France t et, encrant au royaume, elle f demura paisible en possession aprèâ la nM)r( de son frere^ pour le grand et beau nombre de gens de guerre qu'il luy avoit laissé, montaal, de cespte iUol^à sei2eHÛUeehevaux,to«iscoiMkiictapardaeboQbs, sages et vaillans capitaînes.

ÉUeesteitt duchesse de SterM^eC vef^eqiMttè elle s'en alla en Hongrie; elle amena un gentil-

VIES DES DAMES ILLUSTRES

homme napolitain , qui s'appelloit Pandolfo Allopo, et le retourna Tayant Faict de sa main , et nourry et créé son chambellan. Chambellan, estoit-il de vray ; car il la servoit bien, et ordinairement en sa chambre jour et nuict, non sans Ijrand rumeur du peuple sien et des courtisans. Donc, pour les appaiser, et par Tadvis d'aucuns de ses estats, elle se résolut de se remaryer, et espousa Jacques de Narbonne, ce dit Thistorien de Naples. MessireOllivier de La Marche, grand seigneur, historiographe vray, le nomme Jacques de Bourbon, que je croy plus vray , car il estoit de ce temps; mais,enmaryage faisant, fut dict et contracté qu'il ne porteroit point litre et nom de roy, ainsy seulement de prince de Tarante, ou duc, ou comte; mais il ne voulut rien porter que son titre accoustumé. Sur ce, les capitaines de la reyne, qui portoient hayne et envye à ce Pandolfo, son mignon, et à Sforce, luy mirent en teste de prendre le nom de roy et le porter : parquoy , estans allés au devant de luy , le saluèrent tous pour roy , fors ce brave Sforce qui ne le nomma que comte; à raison de quoy , par Tadvis des autres, lit prendre prisonnier Sforce, et luy fit donner quelques traits de corde , et trancher la teste au pauvre Pandolfo. Il en eust faict faire de mesmes à Sforce sans sa sœur, qui estoit une femme brave et courageuse, qui, assemblant une trouppe de gens, prit aucuns seigneurs et gentilshommes du party du roy, par le moyen desquels elle rachepta son frère. Voylà une bonne et brave sœur.

Quant à la reyne, il la mita part, ne luy laissant manier aucunes affaires, et la tenant comme enfermée et confinée ep une chambre, et la menant fort peu souvent en son lict et en sa compaignie, la repoussant loing de soy, jusqu'à luf dire force vilannies : ce que la reyne dissimula finement et fort malicieusement , comme femme, mais pourtant très-habille,encor que plusieurs des siens en murmurassent, en disant et faisant semblant que telle vie la deiivroit de beaucoup de travaux et fascheries du monde; et, s'amusant à voir dancer , à quoy les François s'amusoient fort et sont fort adonnés, dit Tliistoire , passoit joyeusement le temps , bien qu'elle monstrasi à ses amys plus privés, par signes et parolles à demy, quelque douleur au dedans, et desyr d'y remédier. Si bien joua-elle son jeu , qu'au JttUo Gaesare de Gapua , qui avoit paravant

offensé la reyne , pour faire son accord s'offrit à elle de tuer son mary Jacques. Elle, malicieuse et fine, prit ceste occasion au poil, tant pour se venger de ce Julio que pour gaigner les bonnes grâces de son mary, et pour recouvrer sa liberté première , fil semblant de luy prester Toreille en ce qu'il songeast bien à sou faict et le faire seurement; et le remit au bout de huict jours.

Elle, en ayant adverty le roy du tout, le fisl cacher en son cabinet avecques d'autres des siens plus fidelles, tous armés * et finis lesdicts huict jours, elle faict venir en sa chambre à cachette ledict Julio, à qui elle fit discourir assez haut toute sa menée et la façon pour l'exécuter. Ce qu'ayant ouy , Jacques sortit et luy fit trancher la teste publiquement; ce qui luy douna occasion d'avoir la reyne en bonne opinion et estime d'amitié, et de femme qui portast grande loyauté à son mary : et cosi si pigUano io volpi 1 , dit le proverbe italien.

Donc, bien tost après la mit au large, et luy donna liberté d'aller à la mode accoustumée au chasteau , et s'esbattre et gouverner partout à son plaisir. Au moyen de quoy, estant un jour à un banquet faict à poste, espiant le temps à propos , joua si bien son jeu , et par le moyen de ses amis et complices se rendit plus forte enCapouane; et avec grand rumeur du peuple et d'aucuns grands , prindrent , tuèrent et saccagèrent les officiers françois , et fit mettre le roy son mary prisonnier dans le castel de l'Ovo , où estant, il trouva moyen de s'embarquer sur une nef genevoise qui , d'avanture , estoit là au port , et ayant accordé du prix, fut mené à Tarente , où estant, la reyne l'envoya assiéger : mais, pource qu'il ne la pouvoit tenir longuement , la rendit et la quitta , et s'en alla en France, où, s'adonnant à la religion, acheva de passer le reste du monde.

Par tel exemple on peut cognoistre que peut une femme habille et de bon esprit, quand elle couve une vengeance, et aussy comme il en prend et en doibt-il prendre à ces petits compaignons de marys que aucunes dames leur font cest honneur, comme j'ay dict cy devant, de les espouser , les eslever , et les obliger de biens , de vies et d'honneurs, et puis sont si ingrats qu'ils

* Ainsi le prennent les renards

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