‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 40 sur 119 · GAI.LANTES · texte numérisé non relu

GAI.LANTES

dire ; «Yoilà un beau lieu, si c'eâtoit une autre «que vous. — Ouy vrayement, si c'estoit aussy il un. autre que vous. » Par-là l'arguant et încolpant de couardise, pour n'avoir pas pris d'elle en si bon lieu ce qu'il vouloit et elle dcsiroit) çeqii'eqst feiot un autre plus ^rdy : et , pour ce, oncques plus pe l'ayma, et le quitta.

— J'ay ouy parler d'une fort belle et honneste dame, qui donna assignatkHi à son amy de coucher avecques elle, par tel si qu*il ne la toucheroit nullement et ne viendrait aux prises; ce que l'autre accoflupUt, demeurant toute la nuict en grand'stase, tentation et continence ; dont elle luy en 3Ceut si bon gré, que quelque temps ;prÈs luy en liiouna jouissance, disant pour ses raisons qu'elle a voit voulu esprouver son amour en accomplissant ce qu'elle I^y ^voit comm^n^é. Et, pour ce, Ten ayo^a puis après davantage, et qu'il pourroit Faire toute autre chose une autre fois d'aussy grande advçniure qqe çelle;-!^, qui est des plus grandes.

lascheté, autres non : je m'en rapporte aux humeurs et discours que peuvent tenir ceux de l'un et ^t l'autre party en cecy.

— J'ay cognu une dame assez grande qui , ayant donné une assignation à son amy de venir coucher avec elle une nuict, il y vint tout appresté, en chemise, pour faire son debvoir; mais, (l'^ut^qt q^e c*es(oi| çp (ifvtr, il eut si grand Froid en allant, qu'estant couché il ne peut rien iaJre,et ne songea qu'^à se cecb^uffer : dont la dame le haït , et n'en fit plus de cas.

—Une autre dame devisant d'amour avecques un gentilhomme , il luy dit , entre autres propos, que s'il estoit co^çbé ^v^ çUe, qu il enirepreodrpit Faire si^ postes la nuict , tant sa beauté le Feroit bien piquer, a Vous vous van* atez de beaucoup, dit-elle. Je vous assigne (idonc à une t^Ue nqict.p A quoy il pe Faillit de comparoistre ; mais le n^lbeur fut pour luy qu'il Fut surpris , estant da;is le liqt , d'une (elle Gonvplsion , refrpidisseinem et retiren^ent 4e nerf, qu'il ^ V^^^ pas f^ire une seule poste; si bien que la daoïe Ipy 4U f ^PIç vpqalez-vpus faire autre chose? Or, vuidez de mon «lict; je ne le vopa ay pas preste, comme «mn lict d'bostellerie, pour yous y (pettre à «vostreaise et reposer. Parquoy, vuidez. » Et

PREMIER DISCOURS

ainsy le renvoya, et ao inocqua biep après de Ipy, l'haïwwt plu? que pesie.

Ce g^QtilhQiDpoe t^ust esté fort hcurçiix s'il fust çsté de la compicxion du grapd prptenqtin^e Barau^i et aurapsnier du roy François, qui, quand il couchait avecquçs lés dprpcs de la cour, di) DiojQs il alloit à la douzaine, et au ipaiin il disoit encor'.aExcqsef-moi, madame, «si je n'ai mieux faict, car 3'ai pris hier raedeacine.j) Je Pay veu despui^: et vappelloit-on le capitaine Baraud, gascon, et avoit laissé la robbe \ et m'en a bieg conté , à mon advis , nom par nom.

Sur se3 vieux ans , ceste virile et veneréique vigueur lui défaillit; et estoit pauvre, encor qu1l eust tiré de ))ons brip$ que sa pièce luy avoit vqlu; miiis il avoit tout brouillé, et se mit à escoûler etdistiljer des essences : a Mais, ddisoit-il, si je pouvpis, aussy bien que de mon «jeune a^ge, distiller de Tessencc spermatique, «je ferois bien mieu^ mes affaires et m'y ^oucveroerois mieux.»

— Durant ceste guerrç de la ligue , un honnesle gentilhomme, \>r^ve certes et vaillant, estant sorly (]e sa place dont il estoit gouverneur pour aller â la guerre, au retour, ne pouvant arriver d'heure en sa garnison, il passa chez une belle et fort honneste et grande dame veufve , qui le. convie de demeurer à coucher céans ; ce qu*il ne refusa , car il estoit las.

Aprè^ l'avoir bien faict souper, elle luy donn^ sa chambre et son lict, d'autant que toutes ses autres chambres estoient desgarnies pour Tamour de la guerre , et ses meubles serrés , car elle en avoit de beaux. Elle , se retire m son cabinet , où elle avoit on lict dVdinaire pour le jour.

I.e gentilhomme, après plusieurs refus de ceste chambre et ce lict, tut contrainet par la |Ticre de la dame de le prendre : et, s'y estant couché et bien endormy d'an tris-profond sommeil , voicy la dame qui vient tout bellement se coucher auprès de luy sans qu'il en sentist rien de toute la nuict, tant il estoit las et assoupy de sommeil ; et reposa jusques an lendemain matin grand jour , que la dame s'ostant près de luy qui s'accommençoit à esveiller, luy dit: «Vous n'avez pas dormy sans compaignie, «comme vous voyez , ear je n^ay pas voulu vous «quitter toute la part de mon lict, et par ce

« j*en ay jouy de la moictié aussy bien que vous. a Adieu : vous avez perdu une occasion que vous « ne recouvrerez jamais. » .

Le gentilhomme, maugréant et détestant sa bonne fortune faillie (c'estoit bien pour se pendre), la voulut arresler et prier: itais rien de tout cela , et fort despitée contre luy pour ne ravoir contentée comme elle vouloit , car elle n'estoit Ift venue pour un coup, aussy qu'on dit : a un aeul coup n'est que la salade du lict;» et ipesmea ta nuiçl , et qu'elle n'estoit là venue pour le nombre singulier, mais pour le plurier, que plusieurs dames en cela aymeut plus que l'autre.

— Bien contraire à une très-belle et honneste dame que j'ay congnu , laquelle ayant donné assignation à son amy de venir coucher avec elle , en un rien il fit trois bons assauts avec elle ; et puis, voulant quarter et parachever de multiplier ses coups, ellelnydit, pria et commanda de se descoucher et retirer.

Luy, aussy frais que devant , luy représente le combat, et promet qu'il feroit rage toute ceste nuiot là avant le jour venu , et que pour si peu sa force n'estoit en rien diminuée.

Elle luy dict : «Contentez-vous que j'ay re- «cognu vos forces , qui sont bonnes et belles , «et qu'en temps et lieu je les sçauray mieux «employer qu'à st'heure; car il ne faut qu'un «malheur que vous et rooy soyons desepuveota, «que mon maryle sçache, me vpylà perdue. «Adieu donc jusqu'à une plus seure et mei|- « leure conMnodité , et alors librement je vous «employeray pour la grande battaille, et non «pour si petite rencontre, v

Il y a force dames qui n'eussent eu eeiite considération , mais, ennivrées du plaisir, puisque tenoient déjà dans le camp leur enneroy, l'eussent fait combattre jusques au clair jour.

— Geste honneste dame que je dis de paradvaut eelles-cy, estoit dq tellf humeur^ que, quand le caprice luy prenoit, jamais elle n'avoit peur ny appréhension de sou aary, encor qu'il eust bonn^ espée et fiist ombrageux ; et nonobstant elle y a esté si heureuse, que ay plie ny ses ^mans n'ont peu guieres courir fortune de vie, pour n'avoir jamais esté surpris, pour avoir bien posé ses gardes et bonnes sentinelles et vigilantes : en quoy pourtant ne se doibvent fier les dames , ear il n'y font qu'une

DES DAMES GALLANTES.

heure malheureuse , aînsy qu'il arriva il y a quelque temps à un gentilhomme brave et vaillant , qui fut massacré , allant voir sa maistresse, par la trahison et menée d'elle-mesmc que le mary luy avoit faict faire ^ : que s'il n'eust eu si bonne présomption de sa valeur comme il avoit , certes il eust bien pris garde à soy et ne fust pas mort , dont ce fut grand dommage. Grand exemple, certes, pour ne se fier pas tant aux femmes amoureuses, lesquelles, pour s'eschapper de la cruelle main de leurs marys , jouent tel jeu qu'ils veulent , comme fit ceste-ci qui eut la vie sauve, et Tamy mourut.

— Il y a d'autres marys qui tuent la dame et le serviteur tout ensemble, ainsy que j'ay ouy dire d'une très-grande dame de laquelle son mary estant jaloux, non pour aucun effect qu'il y eust certes, mais par jalousie et vaine apparence d'amour, il fit mourir sa femme de poison et langueur, dont fut un très grand dommage , ayant paradvant faict mourir le serviteur, qui estoit un honneste homme, disant : que le sacrifice estoit plus beau et plus plaisant de tuer le taureau devant et la vache après.

Ce prince fut plus cruel à Tendroict de sa fcmme qu'il ne fut après à l'endroict d'une de ses filles qu'il avoit maryée avec un grand prince , mais non si grand que luy, qui estoit quasi un monarque.

Il eschappa à ceste folle femme de se faire engroisser à un autre qu'à son mary, qui estoit empesché à quelque guerre; et puis, ayant enfanté d'un bel enfant, ne sceut à quel sainct se vouer, sinon à son père, à qui elle décela le tout par un gentilhomme en qui elle se fioit , qu'elle luy envoya. Duquel aussy tost la créance ouye, il manda à son mary que, sur sa vie, il se donnast bien garde de n'attempter sur celle de sa fille , autrement il attempteroit sur la sienne, et le rendroit le plus pauvre prince de la chrestienté , comme estoit en son pouvoir; et envoya à sa fille une galère a vecques une escorte quérir l'enfant et la nourrice ; et l'ayant foumy d'une bonne maison et entretien, il le fit très-bien nourrir et élever. Mais au bout de quelque temps

* Le fomeuxButty d'Aoïboise, Louis de Qermont, matsacré le 19 août 1579, à un rendez-Yous que luy avoit donné la comtesse de Montsoreau par le oommandement de son mary. (De Tbou, liv. Lxvni. }

que le père vint à mourir, par conséquent le mary la fit mourir.

— J'ay ouy dire d'un autre qui fit mourir le serviteur de sa femme devant elle, et le fit fort languir, afin qu'elle mourust martyre de voir mourir en langueur celuy qu'elle avoit tant aymé et tenu entre ses bras.

— Un autre de par le monde tua sa femme en pleine cour ^, luy ayant donné l'espace de quinze ans toutes les libertés du monde, et qu'il estoit assez informé de sa vie , jusqu'à luy remonstrer et l'admonester. Toutesfois une verve luy prit (on dît que ce fut par la persuasion d'un grand son maistre), et par un matin la vint trouver dans son lict ainsy qu'elle vouloit se lever, et ayant couché avecques elle , gaussé et ry bien ensemble , luy donna quatre ou cinq coups de dague, puis la fit achever à un sien serviteur, et après la fit mettre en litière , et devant tout le monde fut emportée en sa maison pour la faire enterrer. Après s'en retourna , et se présenta à la cour, comme s'il eust faict la plus belle chose du monde , et en triumpha. Il eust bien fait de mesmesà ses amoureux; mais il eust eu trop d'affaires , car elle en avoit tant eu et faict , qu'elle en eust faict une petite armée.

— J'ay ouy parler d'un brave et vaillant capitaine pourtant , qui , ayant eu quelque soupçon de sa femme, qu'il avoit prise en trèsbon lieu , la vint trouver sans autre suite , et l'estrangla luy-mesme de sa main de son escharpe blanche , puis la fit enterrer le plus honnorabiement qu'il peut , et assista aux obsèques habillé en deuil , fort triste , et le porU fort long-temps ainsy habillé : et voyià la pauvre femme bien satisfaicte, et pour la bien ressusciter par belle cérémonie : il en fit de mesmes à une damoiselle de sadicte femme qui luy tenoit la main à ses amours. Il ne mourut sans lignée de ceste femme , car il en eut un brave fils , des vaillans et des premiers de sa patrie, et qui , par ses valeurs et mérites, vint à de grands grades, pour avoir bien servy ses roys et maistres.

J'ay ouy parler aussy d'un grand en Iialie qui tua aussy sa femme, n'ayant peu attraper son galant pour s'estrc sauvé en France : mais on

* René de ViUequier, qui tua Françoise de La BUrck, sa première femme.

PREMIER DISCOURS

àïuAt qa*il ne la taa point tant pour le péché (car il y a voit assez de temps qu'il sçavoit qu'elle faisoit Tamour, et n'en foîsoit point autre mine) que pour espouser une autre dame dont il estoit amoureux.

— Voylà pourquoy il fiiit fort dangereux d'assaillir et attaquer un c... armé, encor qu'il y en ait d'assaillis aussy bien et autant que des desarmés, ?oire vaincus, comme j'en sçay un qui estoit aussy bien armé qu'en tout le monde. Il y eut un gentilhomme, brave et vaillant certes, qui le voulut muguetter ; encor ne s'en contentoit-il pas, il s'en voulut prévaloir et publier: il ne dura guiere qu'il ne fust aussy tost tué par gens appostés, sans autrement faire escandale, nysans que la dame en patist, qui demeura longuement pourtant en tremble et aux altères , d'autant qu'estant grosse, et se fiant qu'après ses couches, qu'elle eust voulu estre allongées d'un siècle, elle aurait autant; mais lemary, bon et mysericordieux, encor qu'il fust des meilleures espées du monde, luy pardonna; et n'en fut jamais autre chose, et non sans grande allarme de plusieurs autres des serviteurs qu'elle avoit eu ; car l'autre paya pour tous. Aussy la dame , recognoissant le bienfaict et la grâce d'un tel mary, ne luy donna jamais que peu de soupçon despuis, car elle fut des assez sages et vertueuses d'alors.

— Il arriva tout autrement un de ces ans au royaume de Naples , à donne Marie d'Avalos , l'une des belles princesses du pays , maryée avec le prince de Venouse , laquelle s'estant enamourachée du comte d'Andriane, l'un des beaux princes du pays aussy , et s'estant tous deux concertés à la jouissance et le mary rayant descouverte ( par le moyen que je dirois, mais le conte en serait trop long ) , voire couchés ensemble dans le lict , les fit tous deux massacrer par gens appostés; si que le lendemain on trouva ces deux belles créatures et moictiés, exposées estendues sur le pavé devant la porte de la maison , toutes mortes et froides, à la veue de tous les passans, qui les larmoyoient et plaignoient de leur misérable estât.

H y eut des parens de ladicte dame morte qui en furent trés-dolens et très-estomacqués , jusqu'à s'en vouloir ressentir par la mort et le meurtre, ainsy que la loy du pays le porte; mais d'autant qu'elle avoit esté tuée par des

marauts de valets et d'esclaves qui neméri* toient d'avoir leurs mains teintes d'un si beau et si noble sang, sur ce seul subject s'en vouloient ressentir et rechercher le mary, fust par justice ou autrement, et non s'il eust faict le coup luy-mesme de sa propre main ; car n'en fust esté autre chose, ny recherché.

Voylà une sotte et bizarre opinion et formalisation ! dont je m'en rapporte à nos grands discoureurs et bons jurisconsultes , pour sçavoir : quel acte est plus énorme, de tuer sa femme de sa propre main qui Fa tant ay mé , ou de celle d'un marault esclave?

11 y a force raisons à desduire là dessus; dont je me passeray de les alléguer , craignanl qu'elles soyent trop foibles au prix de celles de ces grands.

J'ay ouy conter que le vioeroy , en sçachant la conjuration, en advertit l'amant, voire l'amante ; mais telle estoit leur destinée, qui se debvoit ainsy finir par si belles amours.

Geste dame estoit fille de don Carlo d'Avalos , second frère du marquis de Pescayre, auquel, si on eust faict un pareil tour en aucunes de ses amours que je sçay , il y a long-temps qu'il fust esté mort.

— J'ay cognu un mary lequel, venant de dehors, et ayant esté long-temps qu'il n'avoit couché avec sa femme, vint résolu et bien joyeux pour le faire avec elle et s'en donner bon plaisir ; mais , arrivant de nuict , il entendit, par le petit espion, qu'elle esioit accompagnée de son amy dans le lict ; luy aussy tost mit la main à l'espée; et firappant à la porte, et estant ouverte, vint résolu pour la tuer; mais premièrement cherchant le gallant qui avoit sauté par la fenestre, vint à elle pour la tuer; mais, par cas, elle s'estoit ceste fois si bien atifée, si bien parée pour sa coiffure de nuict , et de sa belle chemise blanche , et si bien ornée ( pensez qu'elle s'estoit ainsy dorlotée pour mieux plaire à son amy ) , qu'il ne l'avoit jamais trouvée ainsy bien accommodée pour luy ny à son gré, qu'elle , se jettant en chemise à terre et à ses genoux, luy demandant pardon par si belles et douces paroi les qu'elle dit, comme de vray elle sçavoit très-bien dire, que, la faisant relever, et la trouvant si belle et de bonne grâce , le cœur luy fleschit, et laissant tumber son cspée, luy, qui n'a voit faict rien il y avoit si long-

DES DAMES GÀLLANTES.

temps , et qui en estoit affamé ( dont possible bien en prit â la dame, et que la nature l'esmouvoit ) , il Iny pardonna et la prit et Fembrassa , et la remit au lict , et se deshabillant soudain,se coucha avecqueselle, referma la porte; et la femme le contenta si bien par ses doux at- Iraicts et mignardises ( pensez qu'elle n'y oublia rien), qu'enfin le lendemain on les trouva meilleurs amis qu'auparavant, et jamais ne se firent tant de caresses : comme fit Menelaus, le pauvre cocu , lequel l'espace de dix ou douze ans menaçant sa femme Heleine qu'il la tueroit s'il la tenoit jamais, et mesmes luy disoit du bas de la muraille en haut ; mais , Troye ppîse, et elle tombée entre ses mains, il fût si ravy de sa beauté qu'il luy pardonna tout, et Tayma et caressa mieux que jamais.

Tels marys furieux encor sont bons, qui de lions tournent ainsy en papillons; mais il est mal ayséà itiire une telle rencontre que cellecy.

— Une grande , belle et jeune dame du rc- Ijnedu roy François I, maryée avecques un grand seigneur de France, etd'aussy grande Inaison qui y soit point, se sauva bien autrement, et mieux que la précédente; car, fust ou qu'elle eust donné quelque subject d'amour à son niary, ou qu'il fust surpris d'un ombrage ou d'une rage soudaine, et fust venu à ellel'espée nue A la main pour (a tuer, désespérant de tout secours humain pour s'en sauver, s'advisa soudain de se vouer à la glorieuse Vierge Marie, et en aller accomplir son vœu à sa chapelle deLorette,si elle la sauvoit,^ Saînct- Jean de Mauverets, au pays d'Anjou. Et silost qu'elle eut faict ce vœu uienlalement. ledîct seigneur tnmba par terre, et luy faillit son espéc du poing; puis tantost se releva, ^t, comme venant d'un songe, demanda à sa femme à quel sainct elle s'estoit recommandée pour éviter ce péril. Elle luy djt que c'estoit à la Vierge Marie, en sa chapelle susdite, et avoit promis d'en visiter le sainct lieu. Lors il luy dit : a Allez-y donc, et accomplissez votre vœu;» ce qu'elle fit, et y appendit un tableau contenant l'histoire, ensemble plusieurs beaux et grands vœux de cire, à cejadisaccousiumés, qui s'y sont veus long-temps après. Voylà un bon vœu , et belle escapade inopinée ! Voyez la Chronique d Anjou,

— J'ay ouy parler que le roy François une

fois voulut aller coucher avecques une dame de sa cour qu'il aymo'it. Il trouva son mary Tespée au poing pour Taller tuer; mais le roy luy porta la sienne à la gorge , et luy commanda , sur sa vie. de ne luy fairç nui mal, et que s'il luy faisoit la moindre chose du monde, qu'il le tueroit , ou qu'il lui feroit trancher la teste ; et pour ceste nuict l'envoya dehors, et prit sa place.

Geste dame estoit bien heureuse d'avoir trouvé un si bon champion et protecteur de son c. , car oncques depuis le piary ne luy osa sonner mot, ains luy laissa tout faire à sa guise.

J'ay ouy dire que, non seulement ceste dame, mais plusieurs autres, obtinrent pareille sauve-garde du roy. Comipe plusieurs font en guerre pour sauver leurs terres et y mettent les armoiries du roy sur leurs portes , ainsy font ces femmes celles de ces grands roys , au bord et au dedans de leur c. , si bien que leurs marys ne leur osoient dire mot, qui sans cela, les eussent passés au fil de l'espée.

— J'en ai cognu d'autres dames, favorisées ainsy des roys et des grands, qui portoyent ainsy leurs passeports partout : toutesfbis , si en avoit-il aucunes qui passoyent le pas, auxquelles leurs marys, n'osant y apporter le couteau, s'aydoient des poisons et morts cachées et secrettes, faisans accroire qpe c'estoyent catherres, apoplexie et mort subite. Et tels marys sont détestables , de voir à leurs co.stés coucher leurs belles femmes, languir et tirer à la mort de jour en jour , et méritent mieux la mort que leurs femmes ; ou bien les font mourir entre deux murailles , en chartre perpétuelle , comme nous en avons aucunes croniques anciennes de France , et comme j'en ay scen un grand de France, qui fit ainsy mourir sa femme, qui estoit fort helle et honneste dame , et ce par arrest de la cour, prenant son petit plaisir par ceste voye à se faire déclarer oocu.

De ces forcenés et furieux marys de cocus sont volontiers les vieillards , lesquels se desfiant de leurs forcer et chaleurs, ei s'asseurant de celles de leurs femmes, mesmes quand ils ont esté si sots de les espouscr jeunes et belles, ils en sont si jaloqx et ombrageux, tant par leur naturel que par leurs vieilles pratiques

PREMIER DISCOURS

^n*ils ont Iraîclées eux-mcsmes autrefois ou ven Iraicter à craiUres, qu'ils meinent si misérablement ces pauvres créatures, que leur purgatoire leur seroit plus doux que non pas leur auctorité. irEspai{|nol dit : El dîablo sabe mucfio , porque es f/é/o, c'est-à-dire que «le c( diable sait beaucoup parce qu'il est vieux :)> de mesmes ces vieillards, par leur aage et anciennes routines, sçavent force choses. Si soqti!s ffrandcment à blasmer de ce poinct, quç, puisqu'ils ne peuvent contenter les ferpmes, pourquoy les vont-ils espouser? et les fenames aussy belles et jeunes ont grand tort de les aller espouser , sous l'ombre des biens, en pensant jouir après leur mort , qu'elles attendent d'heure à autre ; et cependant se donnent du bon temps avec des amys jeunes qu'elles font , dont aucunes d'elles en patiasent griefveœent.

— J'ay ouy parler d'uaCi laquelle estant surprise sur le faict, sop mary, vieillard, luy donna un poison de laquelle elle languit plus d*un an, et vint seiche comme bois; et le mary ralloit voir souvent , et ae plaisoit ta ceste langueur, et en rioit, et disoit qu'elle n'avoit que ce qu'il luy falloit.

— Une autre, son mary Tenferma dans une chambre et la ipit au pain et à Teau , et bien souvent la faisait despquiller toute nue et la fouettoit son saoi;l i n'ayant compassion de ceste belle ch^rnure nue, ni non plus d'émotion. Voylà le pis d'eux , car, estant desgarnis de chaleurs et despourveus de tentation comme une $tatue de marbre, n'ont pitié de nulle beauté, et passent leurs rages par de cruels martyres, au lieu qu'estans jeunes la passeroyent possible sur leur beau corps nud, comme j'ay dict cy devant.

Voylà pourquoy il ne fait pas bon d'esppuser de tels vieillards bizarres ; car, encor que la veue leur baisse et vienne i manqijer par l'aage , si en ont -ils tousjours prou pour espier et voir lea frasques que leufs jeunes fe^imefi leur peuvent faire.

— Aussy j'ay ouy parler 4'une grande dame qui disoit que nul samedy fut sans soleil , nulle belle femme sans amours, et nul vieillard sans estre jaloux; et tout procède pour la debo* lezze de ses forces.

Cest pourquoy un grand prince que je sçay

disoit: qu'il voqdroit ressembler le lion, qui, pour vieillir, ne blanchit jamais; le sin^çe, (jui tant plus il le fait , tant plus il U veut f^ire ; le chien, tant plus il vieillit, son cas se groK^it; et le cerf, qui tant plus il est vieui^, tant mieux il le faict , et les biches vont plustost à Uiy qu'aux jeunes.

Or, pour en parier franchemeat, ainsy que j'ay ouy dire à un grand personnage , quelle raison y a-il) ny qMe)|e puis^uqe a-il le mary si grande , qu'il doibve et puisse tuer sa femme veu qu il ne Ta point ^e Dieu , ny de sa loy ny de son sainct Evangile, sinon de la répudier seulement? Il ne s'y p^rle ppint de meurtre, de sang, de mort, de tourments, de poison, de prisons ni de cruautés. Âh l que Nostre Seigneur Jesus-Cbrist nous a bien remonsiré qu'il y avoit de grands abus en ces feçons de faire et eii ces pneMrtres, et qu'il ne les approuvoitguieres, lorsqu'on luy amena co^te pauvre feinme aocusée d adultère pour jetter sa sentence de punition ; il leur dit , ea escrivant en terre de son doigt 2 « Geluy de vous antres a qui sera le plus net et le plus simple, qu^il «prenne la première pierre et eommence à «la lapider;» ce que nul n'osa fsire, sesentans atteints par tellç sage et douce reprehension.

Nostre créateur nous apprenoit & tous de n'estre si legefs k condamner et faire mourir les personnes mesmes sur ce subject , cognoissant les fragilités de nostre nature et Tabus que plusieurs y commettent; car tel fait mourir sa femme qui est plus adultère qp'elle , et tels les fuut mourir bieq souvent innocentes , se faschans d'elles pour en prendre d'autres nouvelles : et combien y en a-il ! 8ainct Augustin dict que l'homme adultère est aussy punissable que la femme.

— J'ay ouy parier d'un tr^* grand prinoe de par le monde, qui, SQupçonnant sa femme faire l'amour avec un giiant cavallier, il te fit assassiner sortant le soir de son palais , et puis la dame; laquelle , un peu auparavant , â un tournoy qui se fit à la cour, et elle fixement arregardant son serviteur qui manioit bien son cheval , se mit à dire : «Mon Dieu I qu'un tel a pique bien I — Ouy , mais t| pique trop haut ; » ce qui l'estonna, et après fut en^isonnée par quelques parfums ou autrement par la bouche.

DES DAMES DALLANTES.

— J'ay oognu un seigneur de bonne maison qui fit mourir sa femme , qui estoit trèsbelle et de bonne part et de bon lieu , en Tempoisonnant par sa nature, sans s'en ressentir, tant subtile et bien Faicte avoit esté icelle poison , pour espouser une grande dame qui avoit espousé un prince; dont en fustenpeine,en prison et en danger sans ses amys : et le malheur voulut qu'il ne Tespousa pas, et en fut trompé et fort scandalisé, et mal veu des hommes et des dames. J'ai veu de grands personnages blasmer grandement nos roys anciens, comme Louis Hutin et Charles le Bel, pour avoir faict mourir leurs femmes; Tune, Marguerite, fille deRobert. duc deBourgongne; et l'autre , Blanche , fille d'O thelin , comte de Bourgongne ; leur mettans à sus leurs adultères ; et les firent mourir cruellement entre quatre murailles , au Ghasteau Gaillard : et le comte de Foix en fit de mesmes à Jeanne d'Artoys. Sarquoy il n'y avoit point tant de forfaicts et de crimes comme ils le faisoient à croire ; mais messieurs se faschoient de leurs femmes, et leur mettoient à sus ces belles besongnes, et en espouserent d'autres.

— Gomme de frais, le roy Henry d^Ângleterre fit mourir sa femme Anne de Boulan , et la décapiter, pour en espouser une autre , ainsy qu'il estoit fort subject au sang et an change de nouvelles femmes. Ne vaudroit-il pas mieux qu'ils les répudiassent selon la parolle de Dieu, que les faire ainsy cruellement mourir? Mais il leur en fout de la viande fraische à ces messieurs , qui veulent tenir table à part sans y convier personne, ou avoir nouvelles et secondes femmes qui leur apportent des biens après qu'ils ont mangé ceux de leurs premières , ou a'en ont eu assez pour les rassasier; ainsy que fit Baudouin , second roy de Jérusalem , qui , faisant croire à sa première femme qu'elle avoit paillarde, la répudia pour prendre une fille du duc de Melitene \ parce qu'elle avoit un dot d'une grande somme d'argent, dont il estoit fort nécessiteux. Gela se trouve en YHistoire de la Terre Saincte.

H leur sied bien de corriger la loy de Dieu et en faire une nouvelle , pour faire mourir ces pauvres femmes.

— Le roy Louys le Jeune n'en fit pas de > Halatée en Arménie

mesmes à l'endroist de Leonor, duchesse d'Aquitaine, qui , soupçonnée d'adultère, possible à faux , en son voyage en Syrie , fut respudiée de luy seulement, sans vouloir user de la loj des autres, inventée et practiquée plus pai auctorité que de droit et raison : dont sur ce i en acquit plus grande réputation que les au très roys , et titre de bon , et les autres d mauvais, cruels et tyrans; aussy que dans son ame il avoit quelques remords de conscience d'ailleurs ; et c'est vivre en chrestien cela 1 Voire que les payens romains, la plupart s'en sont acquittés de mesmes plus chrestiennement que payennement , et principallement aucuns empereurs, desquels la plus grande part ont esté subjects à estre cocus , et leurs femmes très-lubriques et fort putains : et, tels cruels qu'ils ont esté, vous en lirez force qui se sont desfaicts de leurs femmes, plus par répudiations que par tueries de nous autres chrestiens.

— Jules Gesar ne fit autre mal à sa femme Pômpeia, sinon la répudier, laquelle avoit esté adultère de Publius Glaudius, beau gentilhomme , de laquelle estant eperduement amoureux, et elle de luy, espia l'occasion qu'un jour elle faîsoit un sacrifice en sa maison où il n'yentroit que des dames : il s'habilla en garce, lui qui n'avoit encor point de barbe au menton , qui se meslant de chanter et de jouer des instruments, et par ainsy passant par oeste monstre , eut loisir de faire avec sa maistresse ce qu'il voulut; mais, estant recognu, il fot chassé et accusé ; et par moyen d'argent et de faveur il fut absous , et n'en fut autre chose. Giceron y perdit son latin par une belle oraison qu'il fit contre luy. 11 est vrai que Gesar, voulant faire à croire au monde qui luy persuadoit, sa femme innocente, il respondit qu'il ne vouloit pas que seulement son lict fust taché de ce crime, mais exempt de toute suspition. Gela estoit bon pour en abbreuver ainsy le monde ; mais , dans son ame , il sçavoit bien que vouloit dire cela. Sa femme avoit esté ainsy trouvée avec son amant ; si que possible luy avoit-elle donné ceste assignation et ceste commodité; car, en cela, quand la femme veut et désire , il ne faut point que l'amant se soucie d'excogiter des commodités, car elle en trouvera plus en une heure que tous nous autres sçaurions faire en cent ans : ainsy que

PREMIER DISCOURS

dit une dame de par le monde, que je sçay, qui dit à son amant : «Trouvez moyen seuclément de m'en £iire venir l'envie, car, d'ailc leurs, j'en tronveray prou pour en venir là.»

Gesar aussy sçavoit bien combien vaut l'aune de ces choses là , car il estoit un fort grand ruffian, et l'appelloit-on le coq à toutes les poules ; et en fit force cocus en sa ville , tesmoing le sobriquet que luy donnoient ses soldats à sontriumphe : Romani, servateuxores, mœchwn nutducimusccdvum, c'est-à-dire :

« Romains, serrez bien vos femmes, car nous vous ■amenons ce grand paillard et adultère de Gesar «le chauve, qui vous les repassera toutes.»

Voylà donc comme Gesar, par ceste sage response qu'il fit ainsy de sa femme, il s'exempta de porter le nom de cocu qu'il fiiisoit porter aux autres; mais, dans son ame, il se sentoit bien touché.

Octavius Gesar répudia aussi Scribonia pour l'amoar de sa paillardise sans autre chose, et ne lui fit autre mal, bien qu'elle eust raison de le fUre cocu, à cause d'une infinité de dames qu'il entretenoit ; et devant leurs marys publiquement les prenoit à table aux festins qu'il leur faîsoit, et les emmenoit en sa chambre, et, après en avoir faict, les renvoyoit, les cheveux desftdcts un peu et destortillés , avec les oreilles rouges , grand signe qu'elles en venoientl lequel je n'a vois ouy dire propre pour descouvrir que l'on en vient ; ouy bien le visage, mais non l'oreille. Aussy luy donna-on la resputation d'estre fort paillard ; mesmes Marc- Antoine le luy reprocha : mais il s'excnsoit qu'il n'entretenoit point tant les dames pour la paillardise , que pour descouvrir plus facilevaeùt les secrets de leurs marys, desquels il se mesfioit.

Jl'ay oognu plusieurs grands et autres qui en ont fait de mesmes et en ont recherché les dames pour ce mesme subject, dont s'en sont bien trouvés ;j^en nommerois biai aucuns; ce qui est une bonne finesse, car il en sort double plaisir.

La coqjuratîon de Gatilina fut ainsy descouverte par une dame de joye.

— Ge mesme Octavius à sa fille Julia, femme d'Agrippa, pour avoir esté une très-grande putain, et qui luy faisoit grande honte (car quelquesfois les filles font à leurs pères plus

de deshonneur que les femmes ne font à leurs marys), fut une fois en délibération de la faire mourir ; mais il ne la fit que bannir, luy oster le vin et l'usage des beaux habillemens , et d'user de pauvres, pour très-grande punition , et la fréquentation des hommes : grande punition pourtant pour les femmes de ceste condition, de les priver de ces deux derniers poincts !

— Gesar Galigula , qui estoit un fort cruel tyran , ayant eu opinion que sa femme Uvia Hostilia lui avoit dérobé quelques coups en robe , et donné à son premier mary G. Piso , duquel il Tavoit ostée par force ; et à luy, enoor vivant, luyfeisoit quelque plaisir et gracieuseté de son gentil corps, cependant qu'il estoit absent en quelque voyage , n'usa point en son endroict de sa cruauté aocoustumée , ains labannit de soy seulement, au bout de deux ans qu'il l'eut ostée à son mary Piso et espousée.

Il en fit de mesmes à Tullia Paulina , qu'il avoit ostée à son mary G. Memmius : il ne la fit que chasser , mais avec deffense expresse de n'user nullement de ce mestier doux , non pas seulement à son mary : rigueur cruelle pourtant de n'en donner à son mary !

J'ay ouy parler d'un grand prince chrestien qui fit ceste deffense à une dame qu'il entretenoit, et à son mary de n'y toucher, tant il en estoit jaloux.

— Glaudius, fils de Drusus Germanicus, répudia tant seulement sa femme Plantia Herculalina , pour avoir esté une signalée putain , et, qui pis est, pour avoir entendu qu'elle avoit attempté sur sa vie ; et , tout cruel qu'il estoit , encor que ces deux raisons fussent assez bastantes pour la faire mourir, il se contenta du divorce.

D'avantage , combien de temps porta-il les fredaines et sales bourdelleries de Valleria Messalina, s<m autre femme, laquelle ne se oontentoit pas de le fiiire avec l'un et Pautre dissolument et indiscrètement, mais feisoit profession d'aller aux bourdeaux s'en foire donner, comme la plus grande bagasse de la voie, jusqoes là, comme dit Juvenal , qu'ainsy que son mary estoit couché avec elle , se deroboit tout bellement d'auprès de luy le voyant bien endormy, et se deguisoit le mieux qu'elle pouvoit, et s'en alloit en plein bourdeau,et là s'en feisoit donner m très-tant , et jusques

DES DAMES GALLANTBS.

qu dif en partoit plustoBt la$se que saoule et rassasiée. Kt faisoit cDCor pis : pour mieiu 86 aaiîi^^aire et avoir ceste réputation et conteaCeluent ea 8oy d'estr e une grande putain et ba-> (liasse t se faisoit payer^ et taxott ses coups et ses chevauchées, comme un commissaire qui va par pays, jusqu'à la dernière maillée

— J'ay ouy parler d'une dame de par le monde > d'assez chère estoffe^ qui quelque temps fit ceste vie, et alla aiosy aui beur<* deaux desguisée ^ pour en essayer la vie et s'eil faire donner { si que le guet de la ville, en faisant la ronde , Vy surprit une nuit^t. Il y eli a d'autres qui font ces coups, qne Too sçail bien.

Boccace, en son livre des Illmtres maiUmu* reux, parle de ceste Messaline gentiment, d la fait alléguant ses excuses en cela , d'autanf qu'elle estoit du tout née à cela, si que lé Jour qu'elle nasquit ce fut en certains signes du ciel qui Tembraserent et elle et autres. Son niary le sçavoit, et l'eudura long-temps, jusqu'à ce qu'M soeut qu'elle s'estoit maryée soub bourre avec un Galus Silius, Tnn éeé beaux gentilshommes de Rome. Voyant qi^e c'esfeoit ime assignation sor sa vie, la fit mourir sur ce subject, mais nullement pour sa paiHardise, car il y estoit tout accoustumé à la voir, la sçavoir et Tendurer.

Qui a veu la statue de ladkte Maasaliné trouvée ces jours passés en la ville de Boardeaux, advouera qu'elle avoit bien la vraye mine de faire une telle vie. C'est une médaille antique , trouvée parmy aucunes ruines, qui est très* belle , et digne de la garder pour la voir et bien contempler. C'estoit one fort grande femme, de très-belle haute taille, les beaux traicts àt son visage, et sa eoeffure tant gentille à rahtique romaine, et sa taille très-haute, démonstrant bien qu'elle estoit ce qu'on a dict; icar^ à ce que je tiens de plusieurs philoso[rties, me* decins et physionomistes) lise grandes femmeé sont à cela volontiers inclinées , d'alitant qn^iea sont honunasses ; et , estant ainsy, participent des ehaleurs de Thoitirae et de là fèmmé ; et, jointes ensemble en un seul corps et sut^ects, sont plus violentes et ont plus de Rorbé qu'une seUlé ; aussy qu'à un grénd niavire , dit-on , il faut une grande eau pour le soustenfr. D'avantage, à ce que disent les grands «docteurs en

l'art de Venus , une grande femme y est ploi propre et plus gente qu'une petite.

Sur quoy il me survient d'on très grand prince que j'ay cognu : voulant louer une femme de laquelle il avoit eu jouissance, il dit ces mots : «C'est une très4)elle putain, grande «comme madame ma mère.» Dont ayant esté surpris sur la promptitude de sa paroUe, il dit qu'il ne vouloit pas dire qu'elle ftet une grande putain comme madame sa aère, mais qu'elle fust de la taille et grande eomue madaîne st mère. — Qudqueafoison dit des dmaes qu'on ne pense pas dire, qnelque&fois tussy auia y penser l'on dit bien la vérité.

^ VoylidoncoommeilfaitmeiUenraVeoitBeeles grandeset hautes femmes^quand ée ne seroit qne pour la belle grâce, la nuyesté qui est en elles ; can*, eneeschoses, elky est aussy recluse et autant aymable qu'en d'autres actiobi et exercices; ny plus ny môtifts que le menegge d'un beau et grand coursier dn règne est bien cent feb plus agréable et {faisant 4uè d'un petit bidet ^ et donne bien plus de plaisir à son esenyèrt mais aussy il ftiut bien i[)ile eet escuyer eoit bon et se tienne bien , et monstre bien {rtus de fbroe et d'adresse; De mesmes se itaut41 pun» ter à rebdroict des grandes et hautes feinines; ear, de ceste taille, elles sont snl^éetek d'aller d'un air plus liaut qiie les autres ; et bien souvent font perdre lYstrieu, voire l1n\Dn, si l'on n'a bonne tenue, comme j'ay ony conter h aucuns cavalcadours qui les ont montées; et lesqudles font gloire tt grand nlocqUeife <|iinid eUes lés font sauter -et tomber tout i plat : aànay que j'eh ty buy parler d'nnè de eeste Ville, laquelle, la première fcNS que son serviteur coucha avec elle, luy dit firahcbement : «Embrassez - moy bien, et me lies i «voua de bras et de jambes le mienx «pie tous «pourrez, et tenea-voiH bien iiardlethébt, ear «je vayâ haut, et gardes bien de tnmber. « Aussy ^ d'un cosi)é,ne m^espérgnêz paè; je «sois àsiec fbrte et habHIe IMMir sbOMedfr voa «coups, tant rudes soient-ils; et si vous m'^ea- «pargnec je né fons es|)aiî;neray point. Cest «pourquoy, à bean jeu beao reiour. d Maie in f^Mnnte le gaigna.

Voyiàdobceomtneîl^iQt bien adtiieri se gouverner avec telles ftmme» hardies, joyeuses, rer)fbrciées> ohahniea M propetliOMife8«

PREMIER DISCOURS

et , bien que la chaleur surabondante en elles donne beaucoup de (Contentement , quelquesfois aussy sont-elles trop pressantes pour estre si challeureuses. Touteisfois, comme Ton dit : De toutes tailles bons lévriers, aussy y a-il de petites femmes naboltes qui ont le geste, la grâce , la ^açon en ces choses un peu appro* chante des autres, ou les veulent imiter, et si sont aussy chaudes et aspres à la curée , voire plus : je m'en rapporte aux maistres en ces arts ; ainsy qu'un petit cheval se remue aussy prestement qu'un grand, et, comme disoit un honneste homme, que la femme ressembloit à plusieurs animaux ^ et principalement à un singe , quand daûs le lict elle ne faict que se mouvoir et remuer.

J'ay faict ceste disgression; et m'en souvenant il faut retourner à nostre premier texte.

— Et ce cruel Néron ne fît aussy que répudier sa femme Octavia, fille de Qlaudius et Messalina ^ pour adultère , et sa cruauté s'abstint jusques-là.

— bomitian fit eneor mieux, lequel répudia sa femme Domitia Longina parce qu'elle estoit si amoureuse d'un certain comédien et bâsteleur nommé Paris, et ne faisoit tout le jour que paillarder avec luy, sans tenir oompaignie à son mary; mais, au bout de peu de temps, il la reprit encor et se repentit de sa séparation ; pensez que ce bâsteleur luy avoit appris des tours de souplesse et de maniement dont il croyoit qu'il se trouveroit bien.

— Pertinax en fit de mesmes à sa femme Flavia Sulpitiana; non qu'il la repudiast ni qu'il la reprist, mais, la sacliant faire l'amour ù uh chantre et joueur d'instruments , et s'adonner du tout à luy, n'en fit autre compte sinon la laisser faire, et luy faire l'amour de son costé à une Gornificia estant sa cousine germaine; suivant en cela l'opinion d'Eliogabale^ qui disoit qu'il n'y avoit rien au monde plus beau que la conversation de ses parents et parentes. Il y en a force qui ont faict tels escbanges que je Sfay, se fondans sur ces opinions.

— ÂHSsy l'empereur Severus non plus se soucia de l'hoaneiir de sa femme, laquelle estoit putain publique , sans qu'il se souciast jamais de l'en corriger, disant qu'elle se nomnoit Jullia i et, pour ce, qu'il la Moit exot-

ser, d'autant que toutes celles qui portoient ce nom , de toute ancienneté estoient subjectes d'estre très-grandes putains et faire leurs roarys cocus : ainsy que je eonnois beaucoup de dames portans certains noms de nostre christianisme, que je neveux dire , pour la révérence que je dois à nostre saincte religion , qui sont coustumierement subjectes à estre puttes et à hausser le devant plus que d autres portans d'autres noms, et n'en a-on veu guieres qui s'en soient eschappées.

Or je n'aurois jamais faict si je voulois alléguer une infinité d'autres grandes dames et emperieres romaines de jadis, k l'endroict desquelles leurs marys cocus, et très-cruels, n'ont usé de leurs cruautés, auctorités et pri'vileges, encor qu'elles fussent très -débordées; et croy qu'il y en a peu de prudes de ce vieux temps, coouue la description de leur vie le manifeste : mesmes, que l'on regarde bien leurs effigies et médailles antiques, on y verra tout à plain , dans leur beau visage , la mesmes lubricité toute gravée et pemte. Et pourtant leurs marys cruels la leur pardonnoient , et ne les faisoient mourir, au moins aucuns. Et qu'il faille qu'eux payens, ne connaissans Dieu , «yent esté si doux et benings à l'endroict de leurs femmes et du genre humain, et la plusparl de nos roys, princes, seigneurs et autres chrestiens, soyent si cruels envers elles par un tel forfaict!

— Encores faut-il louer ce brave t^bilippe Auguste, nostre roy de France, lequel, ayant répudié sa femme Ângelberge, sœur de Canut, roy de Dannemarck, qui estoit sa seconde femme , sous prétexte qu'elle estoit sa cousine : en troisiesme degré du costé de sa pre^iiere femme Isabel (autres disent qu'il la soupçonnoit de faire Tamour), neant-moîiis ce roy, forcé par censures ecclésiastiques, quoy qu'il fust reraaryé d'ailleurs, la reprit, et l'emmena derrière luy tout à cheval, sans fe sceu de l'assemblée de Soissons faite po«r cest efifect , (et trop s^urnant pour en décider.

Aujourd'huy aucuns de nos grands n'en font de uMsmes; nais la moindre punition qu'ils font à leurs femmes^ c'est les mettre en ehartre perpétuelle ^ au pain et à l'eau , et là les (aire mourir, tes empoisonnent, tes tuent ^ toit de l«ur imda m de la îtfstkse. fil s'ils col

DES DAMES CALLANTES

tant d^envîe de s'en desfaire et espouser d'autres, comme cela advient souvent, que ne les repudient-iis, et s'en séparent honnestement , sans autre mal, et demandent puissance au pape d'en espouser une autre. Encor que ce qui est conjoint Tbomme ne le doibt séparer, toutesfbis, nous en avons eu des exemples de frais, et duroy Charles VIII et de Louys XII, nos roys.

Sur quoy j'ay ouy discourir un grand théologien , et c'estoit sur le feu roy d^Espaigne Philippe, qui a voit espousé sa niepce, mère du roy d'aujourd'buy, et ce par dispense, qui disoit : a Ou du tout il faut ad- « vouer le Pape pour lieutenant général de « Dieu en terre , et absolu ou non : s'il Test , «comme nous autres catholiques le debvons «croire, il fiiut du tout confesser sa puissance «bien absolue et infinie en terre, et sans bora nés , et qu'il peut nouer et desnouer comme « il luy plaist; mais , si nous ne le tenons tel , «je le quitte pour ceux qui sont en telle er- «reur, non pour les bons catholiques. Et par «ainsy nostre Père sainct peut remédier à ces «dissolutions de maryage, et à de grands in- «convenients qui arrivent pour eela entre le «maryet la femme, quand ils font tels mau- «vais ménages.»

Certainement les femmes sont fort blasmables de traicter ainsy leurs marys par leur foy violée, que Dieu leur a tant recommandée; mais pourtant, de l'autre costé, il a bien deffèndu le meurtre, et luy est grandement odieux de quelque costé que ce soit ; et jamais guieres n'ay-je veu gens sanguinaires et meurtriers , mesmes de leurs fenunes , qui n'en ayent payé la debte , et peu de gens aymant le sang ont bien finy ; car plusieurs femmes pécheresses ont obtenu et gaigné miséricorde de Dieu , comme la Madelaine.

Enfin, ces pauvres femmes sont créatures plus ressemblantes à la divinité que nous autres, à cause de leur beauté; car, ce qui est beau est plus approchant de Dieu, qui est tout beau, que le laid qui appartient au diable.

— Ce grand Alphonse, roy de Naples, disoit que la beauté estoit une vraye signifiance de bonnes et douces mœurs , ainsy comme est la belle fleur d'un bon et beau fruict : comme de ynjy en ma vie j'ay veu force belles femmes

toutes bonnes ; et , bien qu^elles fissent Pamour, ne faisoyent point de mal , ny autre chose qu'à songer à ce plaisir, et y mettoyent tout leur soucy sans l'applicquer ailleurs.

D'autres aussy en ay-je veu très-mauvaises, peniicieuses , dangereuses, cruelles et fort malicieuses, nonobstant songer à Tamour et au mal tout ensemble.

Sera-il doncques dict qu'estans ainsy subjectes à Thumeur volage et ombrageuse de leurs marys, qui méritent plus de punition cent fois envers Dieu, qu'elles soient ainsy punies? Or de telles gens la complexion est autant fascheuse comme est la peine d'en escrire.

— J'en parle maintenant enoor d'un autre, qui estoit un seigneur de Dafanatie, lequel, ayant tué le paillard de sa femme , la contrai gnit de coucher ordinairement avec son tronc mort, jcharogneux et puant ; de telle sorte que la pauvre femme fut suffoquée de la mauvaise senteur qu^elle endura par plusieurs jours.

— Vous avez, dans les Cent nouvelles de la Reyne de Navarre, la plus belle et triste histoire que l'on sçauroit voir pour ce subject , de ceste belle dame d'AUemaigne que son mary oontraignoit à boire ordinairement dans le test de la teste de son amy qu'il avoit tué; dont le seigneur Bernage, lors ambassadeur en ce pays pour le roy Charles buictiesme, en vit le pitoyable spectacle , et en fi t le rescord.

— I^a première fois que je fus jamais en Italie, passant par Venise, il me fot faict un conte pour vray, d'un certain chevallier albanois , lequel , ayant surpris sa femme en adultère , tua l'amoureux. Et de despit qu'il eut que sa femme ne s'estoit contentée de luy, car il estoit un galant cavallier, et des propres pour Venus , jusqu'à entrer en jouxte dix ou douze fois pour une nuict , pour punition , il fut curieux de rechercher par-tout une douzaine de bons compaignons, et fort ribauts, qui avoient la resputation d'estre bien et grandement proportionnés de leurs membres, et fort adroicts et chauds à l'exécution ; et les prit, les gagea et loua pour argent; et les serra dans la chambre de sa femme, qni estoit trè»-belle, et la leur abandonna , les priant tous d'y fef re bien leur debvoir, avec double paye s'ils s'en acquittoient bien : et se mirent tous après elle, les uns après les autres, et la menèrent de telle façon qu'ils

PREMIER DISCOURS

la rendirent morte, aveoques an très grand oontentementdu mary; à laquelle il luy reprocha, tendante à la mort, qae : puisqu'elle avoit tant aymé ceste douce liqueur, qi^elle s'en saoulast; à mode que dit Thomiris à Gyrus, luy mettant sa teste dans un vase plein de sang. Voylà un terrible genre de mort !

Geste pauvre dame ne fust ainsy morte , si elle eust esté de la robuste complexion d'une garce qui fut au camp de Gésar en la Gaule, sur laquelle on dit que deux légions passèrent par dessus en peu de temps; et au partir de là fit la gambade, ne sVn trouvant point mal.

— J'ay ony parler d*uue dame françoise de ville, et damoiselle, et belle : en nos guerres civilles ayant esté forcée, dans une ville prise (Tassant, par une infinité de soldats, et en estant cschappée, elle demanda à un beau père si elle avoit péché grandement : après luy avoir conté son histoire; il luy dit que non, puisqu'elle avoit ainsi esté prise par force, et violée sans sa volonté, mais y répugnant du tout. Elle respondit : «Dieu donc soit loué , que je cm*en suis une fois en ma vie saoulée, sans péccher ni offenser Dieu ! »

— Une dame de bonne part , au massacre de la Sainct'Barthelemy, ayant esté ainsy forcée, et son mary mort , elle demanda à un homme de sçavoir et de conscience, si elle avoit offensé Dieu, et si elle nen seroit point punie de sa rigueur, et si elle n'avoit point faict tort aux mânes de son mary qui ne venoit que d'estre frais tué. Il lui respondit que , quand elle estoit en ceste besogne , si elle y avoit pris plaisir, certainement elle avoit péché ; mais si elle y avoit eu du desgoust, c'estoit tout un. Voylà une bonne sentence!

— J'ay bien cognu une dame qui estoit différente de ceste opinion , qui disoii : qu'il n'y avoit si grand plaisir en ceste affaire que quand elle estoit à demy forcée et abattue , et mesmes d*un grand ; d'autant que , tant plus on fait de la rebelle et de la refusante, d'autant pinson y prend d'ardeur et s'efforce-on : car, ayant une fois faussé sa brèche , il jouit de sa victoire plus furieusement et rudement , et d'autant plus on donne d'appétit à sa dame, qui contrefait pour tel plaisir la demi-morte et pasmée, comme il semble, mais c'est de l'extrême plaisir qu'elle y prend. Mesmes ce disoit ceste dame ,

•BAMTOMI. U.

que bien souvent elle donnoit de ces venues et altères à son mary, et faisoit de la farouche , de la bizarre et desdaigneuse, le mettant plus en rut : et , quand il venoit là , luy et elle s'en trouvoient cent fois mieux : car, comme plusieurs ont escrit, une dame plaist plus qui fait un peu de la difRcille et résiste, que quand elle se laisse sitost porter par terre. Aussy en guerre, une victoire obtenue de force est plus signalée, plus ardente et plaisante , que par la gratuité, et en triomphe-il mieux. Mais aussy ne faut que la dame fasse tant en cela la revesche ny terrible, car on la liendroit plustost pour une putain rusée qui voudroit faire de la prude; dont bien souvent elle seroit escandalisée ; ainsy que j'ay ouy dire à des plus savantes et habilles en ce faict, auxquelles je m'en rap* porte, ne voulant estre si presumptueux de leur en donner des préceptes qu'elles sçavent mieux que moy.

Or j'ay veu plusieurs blasmer grandement aucuns de ces marys jaloux et meurtriers, d'une chose, que, si leurs femmes sont putains, euxmesmes en sont cause. Gar, comme dit sainct Augustin , c'est une grande folie à un mary de requérir chasteté à sa femme, luy estant plongé au bourbier de paillardise; et en tel estât doibt estre le mary qu'il veut trouver sa femme. Mesmes nous trouvons en nostre saincte Escriture qu'il n'est pas besoin que le mary et la femme s'enlr'ayment si fort ; cela se veut entendre par des amours lascifs et paillards : d'autant que, mettant et occupant du tout leur cœur en ces plaisirs lubriques, y songent si fort et s'y adonnent si très-tant, qu'ils en laissent Tamour qu'ils doibvent à Dieu; ainsy que moymesme j'ay veu beaucoup de femmes qui aymoient si très-tant leurs marys, et eux elles, et en brusioient de telle ardeur, qu'elles et eux en oublioient du tout le service de Dieu; si que, le temps qu'il y falloit mettre , le mettoient et consommoient après leurs paillardises.

De plus, ces marys, qui pis est , apprennent à leurs femmes, dans leur lict propre , mille lubricités, mille paillardises, mille tours, contours, façons nouvelles, et leur praticquent ces figures énormes de l'Aretin; de telle sorte que, pour un tison de feu qu'elles ont dans le corps, elles y en engendrent cent , et les rendent ainsy paillardes; si bien qu'tstans de telle feçon drea-

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DES BÂME8 0ALLANTE6.

liées, elles ue se peuvent eogarder qu'elles ue quitleat leurs marys , et aillent trouver aulres chevalliers. Et, sur ce, en désespèrent, et pur Dissent leurs pauvres femmes ; eu quoy ils ont grand tort : car puisqu'elles sentent leur cœur pour estre si bien dressées, elles veulent monstrer à d'autres ce qu'elles sçavent faire ; et leurs marys voudroient quelles cachassent leur sçavoir; en quoy il n'y a appareuce ny raison, non plus que si un bon esQuyer avoit un cheval bien dressé, allant de tous ayrs, et quil nevoulust permettre qu'on le vist aller, ni qu'on muntast dessus, mais qu'on le creust à sa simple paroUe, et qu'on Tacheptast ainsy.

— J'ay ouyconterà un bonneste gentilhomme de par le monde, lequel estant devenu fort amoureui d'une belle dame , il luy fut dict par un sien amy qu'il y perdroit son temps, car elle aymoit trop son mary; il se va adviser une fois de faire un trou qui arregardoit droit dans leur lict. Si bien qu'estans couchés ensemble, il ne faillit de les espîep par ce trou» d'où il vit les plus grandes lubricités, paillardises , postures sales, nipnstrueuses et énormes, autant de la femme, voire plus que du mary, et avecques des ardeurs très^^tremes ; si bien que le lendemain il vint à trouver son compaignon et luy raconter la belle vision qu'il avoit eue , et luy dit : a Geste femme est à moy, aussy tnsi que son «mary sera party poiir tel voyage; ciir elle ne a se pourra tenir Ipnguement en sa chaleur que «la nature et Tart luy oiil donpé , et faut qu'elle «la passe ; et par ainsy, par ma persévérance je «l'auray.»

— Je cognois un autre bonneste gentilhomme qui , estant bien aquoureus d'une belle et bonneste dame , sçacbant qu'elle avoit un Aretin en figure dans son cabii^et, que son mary sçavoit ^ et Tavoit veu et Qermis , augura 9ussy tpst pa^là qu'il Tattraperolt ; et , sans perdra espérance, il I^ servit si bien et continua , qu'enftn il l'emporta ; et cQgput en elle qu'elle y ayait appris de bonnes leçons et prpcliqnes, nu fMSt de son ipary ou d'autres, niant ppwtaut que ny les ups py les ^lutres n*eq avaient point esté les premiers maistres, mais 1^ dame natures , qui en estoit meilleure niaistresse que tous les arts. Si est-ce que la livr^ et la practique luy avoient beaucoup s^ryy «n çA^^wami ^^ \^ confi^sca pu^a^ris,

— U se lit d'une grande courtisane et maquerelle insigne du temps de l'ancienne Rouie . qui s'appelloit Elefiintina, qui fit et composa de telles figures de i'Aretin , encor pires , auxquelles les danses grandes et princesses faisans estât de putanisme estudioient comme un très-beau livre. Et cesie bonne dame putain cyrennienne, laquelle estoit surnommée «aux «douze inventions ,» parce qu'elle avoit trouvé douze manières pour rendre le plaisir plus voluptueux et lubrique I

— Heliogabale gaigeoit et entretenoit, par grand argent et dons , ceux et celles qui luy inventoient et produisoient nouvelles et telles inventions pour mieux esveiller sa paillardise. J'en ay ouy parler d'autres pareils de par le monde.

— Un de ces ans le pape Sixte < fit pendre à Rome un secrétaire qui avoit esté au cardinal d'Est , et s'appelloii Gapella , pour beaucoup de forfaits, mais entre autres qu'il avoit composé un livre de ces belles figures, lesquelles estoieut représentées par un grand qu^ je ne nommeray point pour l'amour de sa robe, et par une grande , l'une des belles dames de Rome , et tous représentés au vif, et peints au naturel ^,

—^ J'ay cognu un prince de par le monde qui fit bien mieux , car il acbepta d'un orfiçvre une très -belle coupe d'argent doré, comme pour un chef-d'œuvre et grand speciauté, la mieux eslabourée, gravée et sigillée qu'il esUût possible de voir, où estoient taillées bien gentiment et subtillemenl au burin plusieurs figures de rAretin,de l'homme et de la femipe, et ce au bas estage de la coupe , et au dessus et au haut plusieurs aussy de diverses manières de cohabitations de bestes , là où j'appris la première fois (car j'ay veu souvent ladicte coupe et beu dedans, non sans rire) celle du lion et de la lionne, qui est tout contraire à celle des autres animaux , que n'avois jamais

« Sixte V.

* Le cardinal de Lorraine, du Perron et autres, avoient été repréaeiilés de néme avec Catherioe de Médicis llaris Stuartet la ducbesie deOuise, dans deux tableaux dont il est parlé dans la Légende du cardinal de Lorroi'/t^^ et dans le Réveille-matUi des Français, Voyes ci -après à la fin du tii« Discours, intitulé : la descriptloa d*un pareil livre de figures , et les mauvais cfGHs qa*U produisit.

PREMIER DISCOURS

aetii , dont je m^ rapparie à ceux qui le sça- ?eDt saas que je le die. Geste coupe estoît ThoDiieur du buffrt de ce prince; car, comme j'ay dict, elle estait Irèa-belle et riche d'art , et agréable à voir au dedans et au dehors.

Quand ce prince fèsiinoit les dames et filles de la OQur , oamme souvent il les convioit , ses sommelliers ne Failloient jamais , par son commandement, de leur baillera boire dedans \ el celles qui ne Tavoient jamais veue , ou en buvant ou après , les unes demeoroîent estonnées et ne sçavoient que dire là-dessus ; aucunes demeuroient honteuses, et la couleur leur sautoit au visage; aucunes s'eutrenlisoieot enir'elles : « Qu'est-ce que cela qui est gravé «là dedans? Je oroy que ce sont des salaude- «ries. Je n'y boys plus. J'aurois bien grand «soif avant que j'y retournasse boire.» Mais il fallait qu elles beussent là, ou bien qu'elles esclatas^nt de soif; et, pour ce, aucunes fermoieni les yeux en beuvant ^ les autres moins vergogoeuses point ; qui en avoieut ouy parler do mestier , tant dames que filles, se meltoyent à rire sous bourre; les autres en crevoient tout

à trac.

Les unes disoient, quand on leur deftiandoit ce qu'elles avoient à rire et ce qu'elles avoient veu : qu'elles n'avoient rien vu que des peintures, et que pour cela elles n'y lairroient à boire une autre fois. Les autres disoient : « Quant à moi je n'y songe point à «mal ; la veue et la peinture ne souillent point ttl'ame. » Les unes disoient : a Le bon vin est «aussy bon leans qu ailleurs. »Les autres afFermoient qu'il y faisok aussy bon boire qu'en une autre coupie,et que la soif s'y passoit aussy bien. Aux unes on fiiisoit la guerre pourquoy elles ne formoienC les yeux en benvant ; elles respondoient qu'elles vouloient voir ce qu'elles beuvoient, craignans que ce ne f ust du vin , mats quelque médecine ou poison. Aux autres on demandoit:àquoy elles prenoient plus de plaisir, ou à voir, ou à bcûre; elles respondoient : f A tout. » Les unes disoient : « Voyià de belles •grotesques ! » Les autres : « Voylà de plaisantes «mommeriesl » les unes disaient : « Voylà de «belles images!» Les autres : «Voylà de beaux « miroirs I» Les unes disoient :« L'orfèvre esctoit bien à loisir de s'amuser à faire ces fa- «dèses!» les autres disoient ; «Et vous, mon-

I «sieur, encor plus dVoir achepté ce beau cchanap.» Aux unes on demandoit si elles sentoient rien qui les picquast au mitan du corps pour cela ; elles respondoient que nulle de ces drolleries y a voit eu pouvoir pour les picquer. Aux autres on demandoit si elles n'avoient point senty le vm chaut, et quHUes eust eschauflîées, enoor que ce f ust en hy ver ; elles respondoient qu'elles n'avoient garde, car elles avoient beu bien fcoid , qui les avoit bien rafraischies. Aux unes on demandoit quelles images de toutes celles elles voudroient tenir en leur lict ; elles respondoient qu'elles ne les pouvoient oster de là pour les y transporter.

Bref, cent mille brocards et sornettes sur ce subject s'entre donnoient les gentilshomn»es et dames ainsy à table, comme j'ay veu que c'estoit une très -plaisante gausscrie, et chose à voir et ouyr; maissurtout, à mon gré, le plus et le meilleur estoit à contempler ces filles innocentes, ou qui feignoient l'estre, et autres dames nouvellement venues, à tenir leur mine froide riante du bout du nez et des lèvres , ou à se contraindre et faire des hypocrites , comme plusieurs dames en fisiisoient de mesmes. Et notez que, quand elles eussent deu mourir de soif, les sommelliers n'eussent osé leur donner à boire en une autre coupe ny verre. Et, qui plus est, aucunes juroient, pour fiiii*e bon minois, qu'elles ne tourneroient jamais à ces festins; mais elles ne laissoient pour cela à y tourner souvent, car ce prince estoit trèssplendide et friand. D'autres dif^oicnt , quand ou les convioit :«J'iray, mais en protestation «tqu'on ne nous baillera point à boire dans la a coupe;» et quand elles y estoient, elles y bcuvoient plus que jamais. Enfin elles s'y accoustumerent si bien, qu'elles ne firent plus de scrupule d'y boire; et si firent bien mieux aucunes, qu'elles se servirent de telles visions en temps et lieu ; et, qui plus est, aucunes s'en desbauchereni pour en faire Tessay ; car toute personne d'esprit veut essayer tout.

Yoyià les effeets de ceste belle coupe si bien historiée. A quoy se faut imaginer les autres discours, les songes, les mines et les parolles que telles dames disoient et faisoient entr'elles, à part ou en compaignie.

Je pense que telle coupe estoit bien différente à ceHe dont parle M. de Ronsard en Pu n

DES DAMES GALLANTES

de ses premières odes, desdiée au feu roy Henry , qui se commence ainsy :

Gomme ud qai prend une coupe.

Seul bODoeor de son iretor» Et de rang Terte à la troappe Du Tin qui rit dedans Tor.

Mais en c&te coupe le vin ne rioit pas aux personnes, mais les personnes au vin : car les unes beuvoient en riant , et les autres beuvoient en se ravissant ; les unes se compissoient en beuvant, et les autres beuvoient en se compissant;je dis,d^autre chose que du pissat.

Bref, ceste coupe faisoit de terribles effècts, tant y estoient pénétrantes ces visions, images et perspectives : dont je me souviens qu'une fois , en une gallerie du comte de Ghasteau-Vilain,dit le seigneur Adjacet, une trouppe de dames avec leurs serviteurs estans allé voir ceste belle maison , ieurveue s'addressa sur de beaux et rares tableaux qui estoient en ladicte gallerie. A elles se présenta un tableau fort beau, où estoient représentées force belles dames nues qui estoient aux bains, qui s'entretoucboient , se palpoient , se manioient, et frottoient, s'entre-mesloient , se tastonnoient , et, qui plus est, se faisoient le poil tant gentiment et si proprement en monstrant tout, qu'une froide recluse ou hermite s'en fust eschaufFée et esmeue; et c'est pourquoy une dame grande, dont j'ay ouy parler et cognue , se perdant en ce tableau , dit à son serviteur , en se tournant vers luy comme enragée de ceste rage d'amour : « C'est trop demeuré icy : montons en «carosse promptement , et allons en mon a logis , car je ne puis pltis contenir ceste ardeur ; ail la faut aller esteindre: c'est trop bruslé.» Et ainsy partit, et alla avecques son serviteur prendre de ceste bonne eau qui est si douce sans sucre, et que son serviteur luy donna de sa petite burette.

Telles peintures et tableaux portent plus de niusance à une arae fragille qu*on ne pense ; comme en estoit un là, à mesmes d*une Vénus toute nue, couchée et regardée de son fils Cupidon; l'autre, d'un Mars couché avec sa \ énus ; l'autre d'une Leda couchée avec son cygne. Tant d'autres y a-il, et là et ailleurs, (|ni sont un peu plus modestement peints et voilés mieux que les figures de l'Aretin: mais quaNytout vient à un, et en approchant de

nostre couppe dent je viens de parler, laquelle avoit quasy quelque sympathie, par antinomie , de la couppe que trouva Renault de Montauban en ce chasteau dont parle l'Arioste , laquelle à plein descouvroit les pauvres cocus , et oestecy les faisoit; mais Tune portoit un peu trop de scandale aux cocus et leurs fommes infidelles , et ceste-cy point.

Aujourd'hui n'en est besoingde ces livres ny de ces peintures , car les marys leur en apprennent prou : et voylà que servent telles escholes de marys !

J'ay cognu un bon imprimeur venetien à Paris , qui s'appelloit messer Bemardo , parent de ce grand Aldus Manutius de Venise ^ qui tenoit sa boutique en la rue de Sainct-Jacques , qui me dit et jura une fois qu'en moins d'un an il avoit vendu plus de cinquante paires de livres de l'Aretin à force gens maryés et non maryés, et à des femmes , dont il m'en nomma trois de par le monde, grandes, que je nenommeray point, et les leur bailla à elle^-mesmes et trèsbien reliés , sous serment preste qu'il n'en diroit mot, mais pourtant il me le dit. Et me dit davantage qu'une autre dame luy en ayant demandé au bout de quelque temps, s'il en avoit point un pareil comme un qu'elle avoit veu entre les mains d une de ces trois , il lui respondit : Signera j si, èpeggio, et soudain argent en campaigne, lesacheptant tous au poids de Tor. Voylà une folle curiosité pour envoyer son mary faire un voyage à Cornette près de Givita- Vecchia.

Toutes ces rormes et postures sont odieuses à Dieu, si bien que sainct Hierosme dit : «Qui «se monstre plustost desbordé amoureux de sa a femme que mary, est adultère et pèche. » Et parce qu'aucuns docteurs ecclésiastiques en ont parlé, je diray ce mot briefvement en mots latins, d'autant qu'eux-mesnies ne l'ont voulu dire en françois. Excessus, disent-ils, coiyugum fit, quando uxor cognasciiur ante rétro stando , sedendo in latere^ et muUer super virum; comme un petit colibet que j'ay leu d'autresfois , qui dit :

In foxUo viridl moniatem iudere vidi Cum monacho leuiter, ilie suà, itta super.

D'autres disent quand ils s'accommodent aa-

^ Bernardin Curisan^qui avoit pour enieiffue la devise des Manuoes tes parent.

PREMIER DISCOURS

trement que la femme ne paisse concevoir. Toatesfois il y a aucunes femmes qui disent qu'elles conçoivent mieux par les postures monstrueuses et surnaturelles et estranges, que naturelles et communes, d'autant qu'elles y prennent plaisir davantage, et, comme dit le poète, quand elles s'accommodent more canino, ce qui est odieux : toutesfois les femmes grosses 4 au moins aucunes, en usent ainsy, de peur de se gaster par le devant.

D'autres docteurs disent que quelque forme que ce soit est bonne, mais que, semen ejacU" leiur in matricem mulieris , et quornodocunque uxor cognoscatur, si virejaculetur semen in matricem, non est peccatum mortide.

Vous trouverez ces disputes dans Summa Benedicti, qui est un cordelier docteur qui a très-bien escrit de tous les péchés , et monstre qu'il a beaucoup vcu et leu ^ Qui voudra lire ce passage y verra beaucoup d'abus que commettent les marys à i'endroict de leurs femmes. Aussy dit-il que, quando mulier est ita pinguis ut nonpossit éditer colire, que par telles postures non est peccatum mortale, modà vir ejaculetur semen in vas naturale. Dont disent aucuns qu'il vaudrait mieux que les marys s'abstinssent de leurs femmes quand elles sont pleines, comme font les animaux, que de souiller le mariage par de telles vilainies.

— J'ay cognu une fameuse courtisanne à Rome, dicte la Grecque, qu'un grand seigneur de France avoit là entretenue. Au bout de quelque temps, il luy prit envie de venir voir la France, par le moyen du seigneur Bonvisi, banquier de Lyon, Lucquois très-riche, de laquelle il estoit amoureux; où estant, elle s'enquit fort de ce seigneur et de sa femme, et, entr'autres choses, si elle ne le faisoit point cocu, ad'autant, disoit-elle, que j'ay dressé ison mary de si bel air, et luy ay appris de si «bonnes leçons, que les luy ayant monstrées, et «practiquées avec sa femme, il n*est possible

* Ce lîTre , intilulé la Somme des péchés et le remède d'ieeux/wïï^xmié à Lyon, chez Charles Pesnot, dès 1594, in-4", et diverws autres fois depuis, est de la oomposîiion de Jean Beuedicti , cordelier de Bretagne » qui ne l'a pas moins rempli d*ordtires et de saletés, que le jésuite Sancbez en a rempli son traité de ÂitUrtmonio; et, cequ'U y a de fort singulier, c'est qu'un ouvrage si impur n'en est pas moins dédié à la sainte Yiei^e.

«quelle ne lésait voulu monstrer à d*autres; «car nostre mestier est si chaud, quand il est «bien appris , qu'on prend cent fois plus de plai- « sir de monstrer et practiquer avecques plusieurs «qu'avecques un.D Et disoit bien plus, que cesle dame lui debvoit faire un beau présent et condigne de sa peine et de son salaire , parce que , quand son mary vint à son escholle premièrement, il n*y sçavoit rien, et estoit en cela le plus sot, neuf et apprentif qu'elle vit jamais ; mais elle l'avoit si bien dressé et feçonné, que sa femme s'en debvoit trouver cent fois mieux. Et de faict ceste dame, la voulant voir, alla chez elle en habit dissimulé; dont la courtisanne s'en doubla et lui tint tous les propos que je viens de dire , et pires encor et plus desbordés, car elle estoit courtisanne fort desbordée. Et voylà comment les marys se forgent les couteaux pour se couper la gorge; cela s'entend des cornes : par ainsy, abusant du saioct maryage , Dieu les punit; et puis veulent avoir leurs revanches sur leurs femmes , en quoy ils sont cent fois plus punissables. Aussy ne m*estonne-je pas si ce sainct docteur disoit que le maryage estoit quasy une vraye espèce d'adultère : cela vouloit-il entendre quand on eu abusoit de ceste sorte que je viens de dire.

Aussy a-on deffendu le maryage à nos prestres;car, venant de coucher avecques leurs femmes , et s'estre bien souillés avecques elles, il n'y a point de propos de venir à un sacré autel. Car, ma foy, ainsy que j'ay ouydire, aucuns bourdellent plus avecques leurs femmes que non pas les rufiiens avecques les putains des bourdeaux , qui , craignans prendre mal , ne s'acharnent et ne s'eschauffent avecques elles comme les marys avecques leurs femmes, qui sont nettes et ne peuvent donner mal, au moins aucunes et non pas toutes ; car j'en ay bien cognu qui leur en donnent, aussy bien que leurs marys à elles.

Les marys, abusans de leurs femmes, sont fort punissables, comme j'ay ouy dire à de grands docteurs, que les marys, ne se gouvrmans avecques leurs femmes mode.stemeuldans leur lict comme ils doibvent , paillardent avecques elles comme avecques concubines, nVstant le maryage introduit que pour la nécessité vt procréation, et non pour le plaisir desordonné et paillardise. Ce que nous sceut très-bien reprc-

DES DAMË8 GALLANTEB.

scDter l'empereur Sejanin Gommodus , dit att«trement Aochus Verus S lorsqu'il dît à sa femme Domitia Galvilla , qui se plaignoit à luy de quoy il portoit à des putains et courtisannes et autres ce qu'à elle apparteuoit en son lict , et luy ostoit ses menues et petites practiques : a Supportez , «ma femme, luy dit-il, qu'avecques les autres je a saoulle mesdesirs,d'autaii t que lenom de femme a et de consorte est un nom de dignité et honneur, «et non de plaisir et paillardise.» Je n'ay point eneor leu ny trouvé la response que luy fit là dessus madame sa femme l'impératrice; mais il ne faut pas doubler que, ne se contentant de ceste sentence dorée, elle ne luy respoudit de bon cœur , et par la voix de la plus part , voire de toutes les femmes maryéesiccFy decest hon- «neur , et vive le plaisir! Nous vivons mieux de a l'un quedeTautre.»

Il ne faut non plus doubteraussy que la plus part de nos maryés aijyourd'huy, et de tout temps, qui ont de belles femmes , ne disent pas ainsy ; car il ne se maryent et lient , ny ne prennent leurs femmes, si-non pour bien passer leur temps et bien paillarder en toutes façons, et leur enseigner des préceptes, et pour le mouvement de leur corps, et pour les débordées et lascives parolles de leurs bouches, afin que leur dormante Venus en soit mieux esveillée et excitée; et, après les avoir bien ainsy instruites et desbauchées, si elles vont ailleurs, ils les punissent, les battent, les assomment et les font mourir.

Il y a aussy peu de raison en cela , comme si quelqu'un avoit desbausché une pauvre fille d'entre les bras de sa mère, et luy eust faict perdre Thonneur et sa virginité, et puis, après en avoir faict sa volonté , la battre et la contraindre à vivre autrement, en toute chasteté : vrnyment ! car il en est bien temps , et bien à propos! Qui est celuy qui ne le condamne pour homme sans raison et digne d'estre chastié? L^on en deust dire de mesmes de plusieurs marys , lesquels , quand tout est dict , desbauchent plus leurs femmes , et leur apprennent plus de préceptes pour tomber en paillardise , que ne font leurs propres amoureux : car ils en ont plus de temps et loisir que les amans; et venans à discontinuer leurs exercices, elles changent

s Aoniut Venis était le grand-père de cet empereur.

de miin et de maistre, à iioèe tf un boil tarât càdour, qui prend plus de plaisir cent fois de monter à cheval , qu'un qui n'y entend rien, a Et de malheur, ce diîsoit ceste courtisanne , il « n'y a nul mestier au monde qui soft plus coaquin, ny qui désire tant de continue, que «celuy de Venus.» En quoy ces marys doibvent estre advertis de ne faire tels enseîgnemens à leurs femmes , car ils leur sont par trop préjudiciables ; ou bien , s'ils voyent leurs femmes leur jouer un fiiux-bon , qu'ils ne les punissent point , puisque ç^ont esté eux qui leur en ont ouvert le chemin.

— Si fout-il que je fasse ceste disgression d'une femme maryée , belle et honnesie et d'estoffe, que je sçay, qui s'abandonna àunhonneste gentilhomme , aussy plus par jalousie qu'elle portoit à une honneste dame que ce gentilhomme aymoit et entretenoit, que par amour. Parquoy, ainsy qull en jouissoit , la dame luy dit : «A ceste heure, à mon grand «i contentement, triomphe-je de vous et de l*aa mour que portez à une telle. » Le gentilhomme lui respondlt : «Une personne abattue, suhju* «guée et foulée, ne sçauroit bien triompher.» Elle prend pied à ceste response, comme touchant à son honneur, et luy réplique aus$y tost : «Vous avez raison. » — Et tout i coup s'advisé de désarçonner subitement son homme , et se desrober de dessous luy ; et , changeant de forme , prestement et agilement motite sur luy et le met sous soy. Jamais jadis chevallier ou gendarme romain ne fut si prompt et dextre de monter et remonter sur ses chevaux desultoires , comme fut ce coup ceste dame avecques son homme ; et le maniede mesmes en luy disant : «Âst'heure donc puis-je bien dire qu'à bon «escient je triomphe de vous, puisque je vous «tiens abattu sous moy.»Voylà une dame d\me plaisante et paillarde ambition et d'une façon esirange, comment elle la tiaitta!

—J'ayouy parler d'une fort belle et honneste dame de par le monde, subjecte fort à l'amour et à la lubricité, qui pourtant fut si arrogante et si fiere , et si brave de cœur , que , quand ce venoit là , ne vouloit jamais souflrir que son homme la montast et la mist sous soy et Tabattist, pensant faire un grand tort à la générosité de son cœur, et attribuant à une grande lascheté d'esire ainsy subjuguée et aous-

PREMIER DISCOURS

iHîsë j en iflOdé d'rifte tr iomphàiité dbii^ueste oti esclavitude, tnaié Vooloit tôu^joars garder le dessus et là préemiDènce. Et te qui Faisott bon pour elle en cela, c'est que jamais ne toutut é'âdoflnet* SI un pliis graiid (]u6 soy^ de peur (|uM^iil de son âttctorité et puissance , Itty pnat donner la ioy, et la t)U8t tourner, vlrei* et Fout- 1er, ainsy qu^ll liii eilst plett; itiaia, en cela ^ choisissolt ses égaux et inféi'ieurs, auxquels elle drdonnoit len^ ranf;, leur assiette, leur ordre y et forme de cdthbat amoureux , ne plus he moitié qu'un sel'^bt tnajour à sea genè le jour d'nné battailié; et letir commandolt de ne rotttre^pasae^ , Mt peine de |ierdre leurs pratiques , aux une soti amour, et aux auti'ea la vie; ai qne debout ou assis, ou ooucbés^ jamais ne le purent preraloi^ sur elle de la moindre hu^ ibiliation ^ ny suBttlissiM , ny ineiination 5 qu'elle leur éust rendu et preste.

Je m'en rapporte au dire et au songer de ttwt et celles qui ont traicté telles amours, telles t)OStdres, assiettes et formes.

GeMe dame pouvolt ordonner ainsty, sans qa'il y allast rien de son honneur prétendu , tïj de son cœur généreux ofFensé ; car, h ce que J'ay ouy dire à aucuns praticqs , il y avoif assez de moyens pour foire telles ordonnances et (iratiques.

Toylà Une terrible et plaisante humeur de femme, et bizarre scrupule de conscience généreuse. ^1 avoit-elle raisoti pourtant; car c'est tine Fascheuse souFTrance que d'estre subjuguée, ployée, fodllée, et mesme^ quand l'on pense quelquesfoîs à part soy, et qu'on dit : cUn tel m'a mis sous luy et foullé, par manière cde dire, èl-non aUx pieds, maiè autrement:» cela Vaut autant à dire.

Geste dame ansèy ne Tonltlt jamaia permettre t|ue sé^ inférieurs la ba liassent jamais à la bouche^ «d'autant, disoit-elle, que le toucher a et le tact dé bbuche k bouche est le plus sen- «sible et precieUt de toUë les autres touchera, cftist de là mairi et autres membres, a et pour ce, hé Vonloit éèlfé hàleiaéé , hy sentir â la sienne une bouche èallé , orde et non pareille à la sienne.

Or, sur cecy, c'est dhe autre question que j*ay vea traitter ft aucuns : quel advantage de gloire a plus grand sur son eompaîgnon , ou tliomme ou la Femme, quand ils êont en

oèa eacarmouchea ott victcrirea Teheriennea?

L'homme allègue pour aoy la raison preee* dente : tjue la victoire est bien plus grande quand l'on tient sa douce ennemye abattue aoossoy, et qu'il la subjugue, la suppedlte et là dompte à son ayse et comme il luy plaist ; car il n*y a ai grande princesse ou dame , que 4 quand elle est là , Fost-ce avec aon inférieur ou inégal , qu'elle n'en souffre la loy et la domination qu'en a ordonné Venus parmy ses statuts ; et, pour ce, la gloire et l'honneur en demeure trèa-grande à l'homme.

La Femme dit:<iOuy, je le confease, que • vous vous debvcÈ sentir glorieux quand vous ime tenez souba vous et me suppeditez ; mais aau8sy,quand il me plaist, s'il ne tient qu'A € tenir le dessus, je le tiens par gay té et une «gentille volonté qui m*en prend , et non pour «Une contrainte. D'avantage, quand ce dessus cme deaplaist, je me fais servir à vous comme hd'un esclave ou forçat de gallerci ou, pour «mieux dire, vous fais tirer au collier comme «un vray cheval de charrette, et voua travail- «lantf peinant, suant, halletant, efforçante «Faire les corvées et eFforls que je veux tirer de «vous. Cependant, moy^ je suis couchée à mon «ayse, je vois venir vos coups ; quelquesfois j'en «ris et en tire mon plaisir à vous voir en telles < altères ; quelquesfois aussy je vous plains, selon «ce qui me plaist ou que j'en ay de volonté ou «pitié; et après en avoir en cela très-bien passé «ma fantaisie, je laisse là mon galant^ las, «recreu, débilité, énervé^ qu'il n'en peut plus, «et n'abesoing que d'un bon repos et de quelque «bon repas, d'un ooulis, d'un restaurent ou de «quelque bon bouillon confortatiF. Moy, pour «tellea corvées ou tels efforts, je ne m'en sens «nullement, si-non que très-bien servie à vos odeapens, monsieur le galant, et n'ay autre «mal sinon de souhaiter quelque autre qui «m'en donnast autant, à peine de le Faire ren- « dre comme vous : et , par âinay 1 ne me ren- «dantjamaiaf mais faisant rendre mon doux «ennemy, je rapporte la vraye victoire et la «vrâye gloire, d'autant qu'en un duel celuy «qui se rend est deshonnoré, et non pas celuy «qui combat jusquea au dernier poinct de la «mort.»

— Ainsy que j'ay ouy conter d'une belle et honneate fcnuBe ^ qui une fois ^ aon mary l'agrant

DES DAMES GALLANTES.

esveillée d*un profond sommeil et repos qu^elle prenoit, pour faire cela , après qu'il eut faict elle lui dit : a Vous avez faict et moy non. » Et , parce qu^elle estoit dessus luy, elle le lia si bien de bras, de mains, de pieds et de ses jambes entrelassées : «Je vous apprendray à ne m'es- « veiller une autre fois;» et, le démenant secouant et remuant à toute outrance, son mary qui estoit dessoubs,qui ne s*en pouvoit desfaire et qui suoit, ahannoit et se lassoit, et crioit mercy, elle le luy fit faire une autre fois en despit de luy, et le rendit si las, si atenuéet flac, quïl en devint hors d'haleine et luy jura un bon coup qu'une autre fois il la prendrait à son heure , humeur et apeiit. Ge conte est meilleur à se l'imaginer et représenter qu'à l'escrire.

Voyià donc les raisons de la dame avec plu* sieurs autresqu'elle peut alléguer.

Encor l'homme réplique là-dessus : «Je n*ay «point aucun vaisseau ny baschot comme vous «avez le vostre , dans lequel je jette un gassouil «de pollution et d'ordure (si ordure se doibt ap- «peller la semence humaine jeitée par maryage «et paillardise), qui vous salit et vous y pisse «comme dans un pot. — Ouy, dit la dame; mais «aussy tost ce beau sperme, que vous autres «dites estre le sang le plus pur et net que vous «avez, je le vous vais pisser incontinent et jet- € ter ou dans un pot ou bassin , ou en un retrait, cet le mesler avecques tine autre ordure très- « puante et sale et vilaine; car de cinq cens coups «que Ton nous touchera, de mille, deux mille, «trois mille, voire d^une infinité, voire de nul , «nous n'engroissons que d'un coup, et la ma- €trice ne retient qu'une fois; car si le sperme «y entre bien et y est bien retenu , celuy-là est «bien logé, mais les autres fort sallaudement « nous les logeons comme je viens de dire. VoyIà « pourquoy il ne faut se vanter de nous gasouiller €de vos ordures de sperme; car, outre celuy-là «que nous concevons, nous lejettens et ren- «dons pour n'en faire plus de cas aussy tost que «nous l'avons receu et qu'il ne nous donne plus «de plaisir, et en sommes quittes en disant: «Monsieur le potagier, voylà vostre brouet que «je vous rends, et le vous claque là ; il a perdu « le bon goust que vous m'en avez donné pre- « mierement. Et notez que la moindre bagasse «en peut dire autant à un grand roy ou prince, €8'il l'a repassée; qui est un grand mespris,

«d'autant que Ton tient le sang royal poar le < plus précieux qui soit point. Vriyment il est «bien gardé et logé bien précieusement plus «que d'un autre!»

Voylà le dire des femmes; qui est un grand cas pourtant qu'un sang si précieux se pollue et se contamine si sallaudement et vilainement ; ce qui estoit deffiendu en la loy de Moyse, de ne le nullement prostituer en terre ; mais on faict bien pis quand on le mesle avecques de l'ordure très-orde et salle.

Encor, si elles iàisoyent comme un grand seigneur dont j'ay ouy parler, qui , en songeant la nuict , s'estant corrompu parmy ses linceulsi les fit enterrer, tant il estoit scrupuleux , disant que c'estoit un petit enfant provenu de là qui estoit mort , et que c'estoit dommage et une très-grande perte que ce sang n'eust esté mis dans la matrice de sa femme , dont possible l'enfont fost esté en vie.

Il se pouvoit bien tromper par là , d'autant que de mille habitations que le mary fiiict avecques la femme Tannée, possible, comme j'ay dict, n'en devient-elle grosse , non pas une fois en la vie, voire jamais, pour aucunes femmes qui sont brehaignes et stériles, et ne conçoivent jamais ; d'où est venue l'erreur d'aucuns mescreans,que le maryage n'avoit esté institué tant pour la procréation que pour le plaisir; ce qui est mal creu et mal parlé , car, encor qu'une femme n'engroisse toutes les fois qu'on l'entreprend , c'est pour quelque volonté de Dieu à nous occulte , et qu'il en veut punir et mary et femme, d'autant que la plus grande bénédiction que Dieu nous puisse envoyer en maryage, c'est une bonne lignée, et non par concubinage; dont il y a plusieurs femmes qui prennent un grand plaisir d'en avoir de leurs amans , et d'autres non , lesquelles ne veulent permettre qu'on leur lasche rien dedans, tant pour ne supposer des enfens à leurs marys qui ne sont à eux, que pour ne leur sembler faire tort et ne les (aire cocus si la rosée ne leur est entrée dedans , ni plus ni moins qu un estomacb débile et mauvais ne peut estre offensé de sa personne pour prendre de mauvais et indigestifs morceaux , pour les mettre dans la bouche, les mascher et puis les crachera terre.

Aussy, par le mot de cocu , porté par les oiseaux d'avril y qui sont ainsy appelles pour alla

PREMIER DISCOURS

poodre au nid des autres, les hommes s'appellent cocus par antinomie S quand les autres viennent pondre dans leur nid, qui est dans le c. de leurs femmes, qui est autant à dire leur jetter leur semence et leur faire des eufons.

Voylà comment plusieurs femmes ne pensent foire faute à leurs marys pour mettre dedans et s'esbaudir leur saoul , mais qu'elles ne re* çoivent point de leur semence ; ainsy sont-elles consciencieuses de bonne façon : comme d*une grande dont j'ay ouy parler, qui disoit à squ serviteur : a Esbattez- vous tant que vous vou- <i drez, et donnez-moi du plaisir, mais, sur vostre ivie, donnez-vous garde de ne m'arroii- «ser rien là dedans, non d'une seule goutte, «autrement il vous y va de la vie.» Si bien qu'il falloit bien que l'autre fust sage, et qu'il espiast le temps du mascaret quand il debvoit venir.

— J'ay ouy faire un pareil conte au chevallier de Sanzay de Bretaigne, un trës-houneste et brave gentilhomme , lequel , si la mort n'eust entrepris sur son jeune aage, fust esté un grand homme de mer, comme il avoit un très bon commencement : aussy en portoit^il les marques et enseignes, car il avoit eu un bras emporté d'un coup de canon en un combat qu'il fit sur mer. Le malheur pour luy fut qu'il fut pris des corsaires, et mené en Alger. Son maistre, qui le tenoit esclave, estoit le grand prestre de la mosquée de là , qui avoit une très-belle femme qui vint à s'amouracher si fort dudict Sanzay, qu'elle luy commanda de venir en amoureux plaisir avecques elle, et qu'elle luy feroit très-bon traictement, meilleur qu'à aucun de ses autres esclaves; mais surtout elle lui commanda trèsexpressément, et sur la vie, ou une prison trèsrigoureuse , de ne lancer en son corps une seule goutte de sa semence, d'autant, disoit-elle, quelle ne vouloit nullement estre polluée ni contaminée du sang chrestien , dont elle penseroit offenser grandement et sa loy et son grand prophète Mahomet; et de plus luy commanda qu'eneor qu'elle fust en ses chauds plaisirs , quand bien elle luy commanderoit cent fois d'hasarder le pacquet tout à trac, qu'il n'en fist rien , d'autant que ce serait le grand plaisir duquel elle estoit ravie qui le luy ferait dire, et non pas la volonté de l'ame.

* idiioooniaste

Ledict Sanzay, pour avoir bon traictement et plus grande liberté, encor qu'il fust chrestien, ferma les yeux pour ce coup à sa loy; car un pauvre esclave rudement traiclé et misérablement enchaisné peut s'oublier bien quelquesfois. Il obéit à la dame , et fut si sage et si abstreint à son commandement qu'il commanda fort bien à son plaisir; et mouUoit au moulin de sa dame tousjours très-bien , sans y faire couller d'eau ; car, quand l'escluse de l'eau vouloit se rompre et se desborder, aussy tost il la retirait , la resserrait et la foisoit esoouler où il pou voit; dont ceste femme l'en ayma davantage, pour estre si abstraint à son estrait commandement , encor qu'elle lui criast : « Laschez , je vous en donne tf toute permission!» mais il ne voulut onc, car il craignoit d*estre battu à la turque, comme il voyoït ses autres compaignons devant soy.

Voylà une terrible humeur de femme ; et pour ce il semble qu'elle faisoit beaucoup, et pour son ame qui estoit turque, et pour l'autre qu estoit chrestien , puisqu'il ne se deschargeoit nullement avecques elle : si me jura-il qu'en sa vie il ne fut en telle peine.

Il me fit un autre conte, le plus plaisant qu'il est possible, d'un traict qu'elle luy fit ; mais d'autant qu'il est trap sallaud Je m'en tairay, de peur d'offenser les oreilles chastes.

Du despuis ledict Sanzay fut rachepté par les siens, qui sont gens d'honneur et de bonne maison en Bretaigne , et qui appartiennent à beaucoup de grands, comme à M. leconnestable qui aymoit fort son frère aisné, et qui luy ayda beaucoup à ceste délivrance , laquelle ayant eue, il vint à la cour, et nous en conta fort à M. de Strozze et à moy de plusieurs chases, et enlr'aulres il nous fit ces contes.

Que dirans-nous maintenant d'aucuns marys qui ne se contentent de se donner du contentement et du plaisir paillard de leurs femmes, mais en donnent de l'appétit, soit à leurs compaignons et amys,soit à d'autres? Âinsy j'en ay cognu plusieurs qui leur louent leurs femmes, leur disent leurs beautés, leur figurent leurs membres et parties du corps, leur représentent leurs plaisirs qu'ils ont avecques elles , et leurs follatreriesdont elles usent envers eux, les leur font baiser, toucher, taster, voire voir nues.

Que meriteni-ils ceux-là ? sinon qu'on les fasse cocus bien à point , ainsi que fit Gygès, par le

àU

DES DAMES GALLANTES

ttsoyen dé M bague, au wf Gandaule, roy des Lydiens ^ lequel^ sot qu*il esloit , luy ayant loué la rare beauté de sa femme , comme si le siletice luy faisoit tort et dommage 5 et puis la luy ayant monstrée toute nue , en devint si amoureux qu'il en jouit tout à sob gré , et le fit mourir^ et simpatronisa de son royaume. On dit que la femme en fui iii désespérée pout^ avoir esté représentée alilsy , qu'elle fohfa Giflés à ce mauvais tout*, eti lUy disant : 1 3u ce- «iuy qui t'a pressé et coiifteillé de telle ehose, al^nt qu'il meure de ta main, du toy, qui m*as «regardée toute liue , que tu meureD de la main «d'un autt*e. » Certes, ee roy éstoitbieft de loisir de donner ainsy appétit d'une viande nouvelle^ si belle et Si bonne « quil debVoit ténilr si chère.

-*-* Louys, duc d'Orléans, tué à la porte Bai^ bette , à Paris , fit bien au contraire , grand dea-* baueheur des dames de la cour , et tou^joUrs des plus grandes ; car, ayant avecqués luy c6Uctaé une fort belle et grande dame, ainsy que son mary vint en sa chambre pour luy donner le bonjour, il alla couvrir la teste de sa dadie \ femme de l'autre, du linceul , et luy deseouvrit tout le corps , luy faisant voir tout nud et toudier â son bel ayse , avec detlîense expresse sur la vie de n'oster le linge du vi^tage , ny la descouvrir aucunement ^ à quoy il n'osa contrevenir, luy demaudant par plusieurs fois ce qui luy sembloit de ce beau corps tout uud : l'autre en demeura tout esperdu et grandement satisfaict.

Le duc luy bailla congé de sortir de la chambre , ce qu'il fit sans avoir jamais peu cognoislfe que ce fust sa fomme.

S'il l'éust bien veue et recognue tdutè nue, comme plusieurs que j'ai veu, il Teust cognue à plusieurs Slgties , possible ; dont il fait bon les visiter quelquefois par le corps.

Elle , après son mëry party , fut iuterrogée de M. d'Orléans si elle avoit euTalarme et peur. Je Vous laisse a penser ce qu'elle efl dit , et la peine et l'altcre en laquelle elle fut l'espace d'Un quart d'heure; car il ne falloit qu'une petite indisct^etloti , OU la moindre désobéissance que Son ma^y eust commis pour lever le linceul ; il est tray, ee dit monsieur d'Orléans , mais qu'il Teust tué aussy tost pour Tempescher du mal qu'il eust faict à sa femme.

Et le bon fîit de ce mary, questant la nuict d'émprés couché aveoques aa femme, il luy dit

que M. d'Orléans luy àvôil fiiitt voir là t>Ius belle femme nue qu'il vit jamais, hiais^quatit au visage, qu'il n'en sçavoSt que l'apporter, d'autant qu'il luy avoit interdict.

Je vous laisse a penser ce qu'en pouvoit dire éa femme dans sa pensée. Et de ceste dame tant g^ande, et de M d*Orleans, oti dit que soi*tit ce brave et vaillant bastard d'Orléans, le soustien de la Frâticé et le fléau de TAugletérre , et duquel est Venue ceste uoble et

gene^use face des eomtes de Dunoli

— 01», pour fctbdrtier ehcor k 008 marys prodigués de la téue dé léuk*s fbmmeâ nues, j'eu sçay uU qui, pat* Un mitin, un ëién cornpaigtiôn restant allé voif dans sa chambre ainsy qu'il s'habilloit, luy motistra sa ^mme toute iiue , étendue tout de soil long toute endormie , et s^estant elle-ttiesme osté ses linceuls de dessuH elle, d'autant qu'il fiiisoit grand éhaud, luy tira le rideau à demy, sy bien que le soleil levant donnant dessus elle, il eut loisir de la bien contetnpier i son ayse , où il Ue vid Hen que tout beau eh petfèction; et y peut paisire sesyeUi, nod tatit qu'il eust voulu, mais tant qu^il peut; et pui^ le màry et luy s*en allèrent chez le roy.

Le lendemain, le gentilhomme qui estoit fort serviteur de eeste dame hoUneste, luy raconta ceste vision , et mesmes lui figura beaucoup de choses qu'il avoit remarquées en ses beaux membres , jusqueS aux plus cachées ; et sy le mary le luy coUfirma , et que b'estoit luy-tiiesm^ qui en avoit tiré lé rideau.

La dame, de despit qu'elle conceut contre son mary, se laissa aller et s'oct^oya â son amy pour ce seul subject ; ce que tout son service n'a voit sceu gaîgner.

— J'ay cogriu un très-grand seigneur qiii , un matin, voulant aller â la chasse, et ses gentilshommes l'estans venu trouver â son lever, ainsy quW le chaussoit , et avoit sa femme couchée près de luy et qui luy tenoit son cas en pleine main , il leva si promptenient la couverture qû^elle n'eut loisiî* de lever la main où elle estoit posée, que Ton Ty vit à l'ayse et la moiclié de son corps; et en se riant, il dit à ces messieurs qui estoient prcsens : «Hé bien, messieurs, ne vous ai je a pas faict voir choses et autres de ma femme?* Laquelle fut si despitée de ce traict , qu'elle hjv

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