PREMIER
eo voulut uii mhl eïlnesitie ; et fue^uies pour la surprise de cesie maia ( et powiUe despu» elle le lui rendit bien.
— J'en 8çay un autre d*un grand seigneur, lequel , cognoissant qu'un sien aroy et parent esloit amoureux de sa femme , fust ou pour luy en faire venir Tenvle davantage, ou du despil et desespoir qu'il pouvoit concevoir dequoy il avoit eu une si belle femme et luy n*en tastoit point, la lui roonstra un matin, Testant allé voir dans le lict tous deux couchés en«semble , à demye nue : et si fit bien pis , car il luy ftt cela devant luy->iliesme, et la mit en besogne comme si elle eust esté à part; enoor prioit-il Tamy de bien voir le tout, et qu'il Fai" soit tout cela à sa bonne grâce.
Je vous laisse à penset* si la dame , par une telle privante de son mary, n*avoit pas occa'sion de Faire à son amy I autre toute entière, et à bon escient , et s'il n'estoit pas bien employé qu'il en portast les cornes.
— J'ay ouy parler d'un autre , et grand seigneur, qui te falsoit ainsy à sa femme devant un grand prince, son maistre, mais c'estolt par sa prière et commandement, qui se delectoit à tel plaisir.
Ne sont-ils pas donc ceux-là coulpables, puisqu'ayant esté leurs propres maquereaux , en veulent estre les bourreaux?
Il ne Aiut jamais monstrer sa femme nue, ny ses terres, pays et places, comme je tiens d'un grand capitaine, à propos de fèu M. de Savoye, qui desconsellla et dissuada nostre roy Henry dernier, quand , à aon retour de Poulogne, il passa par la Lombardie, de n*aller ny entrer dans la ville de Milan , luy alléguant que le roy d'Espaigne en pou^roit prendre quelque ombre : mats ce ne fbt pas cela ; il craignoit que le roy y estant , et la visitant bien à point, et contemplant sa beauté, richesse et grandeur, qu'il ne fiist tenté d'une extrême envie de la ravoir et reconquérir par un bon et juste droict , comme avoient fiiict ses predeces^ seurs. Et voyià la vraye cause , comme dit un grand prince, qui le tenoit du feu roy , qui cognoissoit ceste encloueure. Mais , pour complaire à M. detSavoye, et no rien altérer du cosié du roy d'Espaigne, il prit son chemin à coslé, bien qu'il eust toutes les envies du monde d'y aller, à ce qu'il me fit cest honneur.
quand il fut de retour à Lyon , de me le dire : en quoy ne ftut doubter que M. de Sav'bye nf ftist plus Espaignol que François.
J'estime les marys aussy condamnables , les^ quels , après avoir receu la vie par la faveur de leurs femmes, en demeurent tellement ii grats, que, pottr le soupçon qu'ils ont de îtuf s amours avec d'aUlres, les traittent Irès-rudcment , jusqu'à attenter sur leurs vies.
— J'ay ouy parler d'un seigneur sur la vib duquel aucuns conjurateurs ayant conjuré et conspire, sa femme, par supplication, les en destouma, et le garantit d*es(re massacré; dont despuis elle en a esté très-mal recognue, et traictée irès-rigoureusement.
J'ay veu aussy un gentilhomme, lequel ayant esté accusé et mis en justice pour avoir faict très-mai son debvoir à secourir son gênerai en une battaille, si bien qu'il le laissa tuer sans aucune assistance ni secours, estant près d'estre sentencié et d'estre condamné d^avoir la teste tranchée, nonobstant vingt mille escus qu*il présenta pour avoir la vie sauve, sa femme, ayant parié à un grand seigneur de par le monde , et couché avec luy par la permissiokl et supplication dudict mary, ce que Targent n^avoit peu Faire, sa beauté et son corps l'exécuta , et luy sauva la vie et la liberté. Du des* puis il la traicla si mal que rien plus. Certes, tels marys, cruels et enragés, sont très-mise^ râbles.
D'autres en ai-je tognd qui n'ont pas fbict de mesmes, car ils ont bien sceu recognolstre le bien d'où il venolt , et honnoroient ce bon troU toute leur vie, qui les avoit .sauvés de mort.
-^ Il y a encor une autre sorte de cocus , qui ne se sont contentés d'avoir esté ombrageux en leur vie , mais allans mourir et sur le poinct du trépas le sont encor : comme j'en ay eognu un qui avoit une fbrt belle et honneste femme, mais pourtant qui ne s'estoit point tousjours estudiée à luy seul. Aldsy qu'il vou loit mourir, il luy disoit : «Ah I ma mye^ je am'en vais mourir! Etplust à Dieu que vous «meiinssiex oompaignié, et que vous et moy «allassions ensemble en l'autre monde! ma «mort ne m'en seroit si odieuse , et la prendrois «plus en gré.» Mais la femme, qui estoit en-* cor très-belle, et jeune de trente-sept ans^ ne le Voulut point suivre tly croire pour oi
DES DAMES 6ALLANTES.
coup la , et ne voulut Mre la sotte, comme nous le lisons de Evadné, fille de Mars et de Thebé, (cmme de Gapanée, laquelle Tayma si ardemment, que, luy estant mort, aussy tost que son corps Fut jette dans le feu , elle s'y jetta après toute vive, et se brusla et se consuma avecques luy, par une grande constance et Force , et aînsyraccompaignaà sa mort.
— Alceste fit bien mieux, car, ayant sceu par Toracle que son mary Admete , roy de Thossalie , debvoit mourir bientost si sa vie n'eetoit racheptée par la mort de quelque autre de ses amys , elle soudain se précipita h la mort , et ainsy sauva son roary.
Il n'y a plus meshuy de ces femmes si charitables , qui veulent aller de leur gré dans la fosse avant leurs marys, ny les suivre. Non, il ne s'en trouve plus : les mères en sont mortes, comme disent les maquignons de Paris des chevaux, quand on n'en trouve plus de bons.
Etvoyià pourquoy J'estimois ce mary, que je viens d'alléguer, maUiabille de tenir ces propos à sa femme, si fascheux pour la convier à la mort , comme si c'eust esté quelque beau festin pour Ty convier. G'estoit une belle jalousie qui lui faisoit parler ainsy, qu'il concevoit en .soy du desplaisir qu'il pouvoit avoir aux enfers làbas, quand il verroit sa Femme, qu'il avoit si bien dressée, entre les bras d'un sien amoureux^ ou de queli|ue autre mary nouveau.
Quelle forme de jalousie voyià , qu il fallut que son mary en fust saisi alors, et qu'à tous les coups il luy disoitque,s'il enreschappoit, il n'endureroit plus d'elle ce qu'il avoit enduré : et, tant qu'il a vescu, il n'en avoit point esté atteint, et luy laissoit faire à son bon plaisir*
— Ce brave Tancrede n'en fit pas de mesmes, luy qui d'auiresfois se fit jadis tant signaler en la guerre saincte : estant sur le point de la mort, et sa femme près de luy dolente, avecques le comte de Tripoly , il les pria tous deux après sa mort de s'espouser l'un l'auti^e , et le commanda à sa femme ; ce quMs firent.
Pensez qu'il en avoit veu quelques approches d'amour en son vivant; car elle pouvoit estre aussy bonne vesse que sa mère , la comtesse d*Âi^ou, laquelle, après que le comte de Brelaigne l'eut entretenue longuement , elle vint trouver le roy de France Philippes, qui la mena
de mesmes, et luy fit ceate fille bastarde qm s'appela Gicile , et puis la donna en maryage à ce valeureux Tancrede, qui certes, par aes beaux exploicts, ne meritoit d'esire cocu.
— Un Albanois , ayant esté condamné de-là les mcmts d'estre pendu pour quelque fortaict, estant au service du roy de France, ainsy qu'on le vouloit mener au supplice, il demanda à voir sa femme et luy dire adieu , qui estoit une très-belle femme et très-agréable. Ainsy donc qu'il luy disoit adieu, en la baisant il luy tronçonna tout le nez avecques belles dents et le luy arracha de son beau visage. En quoy la justice l'ayant interrogé pourquoy il avoit faict ceste villainie à sa fomme, il respondit qu'il Tavoit faict de belle jalousie, «d^autant, ce di- «soit-il, qu'elle est très-belle; et pour ce après «ma mort je sais qu'elle sera aussy tost recher- «chée et aussy tost abandonnée à un autre de a mes compaignous , car je la cognois fort pail- «larde, et qu'elle m'oublieroit incontinent. Je « veux doncques qu'après ma mort elle ay t de «moy souvenance, qu'elle pleure et qu'elle soit «affligée ; si elle ne l'est par ma mort, au moins «qu'elle le soit pour estre défigurée, et qu'au- «cun de mes compaignons n'en aye le plaisir «que j'ay eu avecques elle.» Voylà un terrible jaloux !
— J'en ay ouy parler d'autres qui , se sentans vieux, caducs, blessés, atténués et proches de la mort , de beau despit et de jalousie secrètement ont advancé les jours à leurs moictiés , mesmes quand elles ont esté belles.
— Or, sur ces bizarres humeurs de ces marys tyrans et cruels , qui font mourir amsy leurs femmes, i'ay ouy faire une dispute, sçavoir: s'il est permis aux femmes, quand elles s'aperçoivent ou se doublent de la cruauté et massacre que leurs marys veulent exercer envers elles, de gaigner le devant et de jouer à la prime, et , pour se sauver, les faire jouer les premiers, et les envoyer devant faire les logis en l'autre monde.
J'ay ouy maintenir que ouy, et qu'elles le peuvent faire, non selon Dieu, car tout meurtre est deffendu , ainsy que j'ai dict , mais , selon le monde, prou; et se fondent sur ce mot, qu'il vaut mieux prévenir que d'estre pr^ venu : car enfin chascun doibt estre curieux de sa vie : et puisque Dieu nous l'a donnée, la faut
PREMIER DISCOURS
garder jusqu'à ce qu'il nous appelle par nostre mort. Autrement , sçachant bien leur mort , et s'y aller précipiter, et ne la Fuir quand elles peuvent, c'est se tuer soy-mème, chose que Dieu abhorre fort ; parquoy c'est le meilleur de les envoyer en ambassade devant, et en parer le coup, aiosy que fit Blanche d'Overbruck à son mary le sieur de Flavy, capitaine de Gompiegne et gouverneur, qui trahit et fut cause de la perte et de la mort de la Pucelle d'Orléans. Et ceste dame Blanche ayant sceu que son mary la vouloit faire noyer, le prévint , et, avecques l'aide de son barbier, l'estouffa et l'estrangia,dontleroyGharlesseptiesmelui en donna aussy tost sa grâce; à quoy aussy ayda bien la trahison du mary pour l'obtenir, possible plus que toute autre chose. Gela se trouve aux Annales de France, et principallement en celles de Giijrenne.
De mesmes en fit une madame de La Borne, du règne du roy François premier, qui accusa et defFera son mary à la justice, de quelques folies Faictes et crimes possible, énormes, qu'il avoît Faict avecques elle et autres, le fit constituer prisonnier, sollicita contre luy, et luy fit trancher la teste. J'ay ouy faire ce conte à ma grand-mère, qui la disoit de bonne maison et belle Femme. Celle-là gaigna bien le devant.
— La reyne Jehanne de Naples première en fit de mesmes à l'endroict de TinFant de Majorque , son tiers mary, à qui elle fit trancher la teste pour la raison que j'ay dict en son discours ; mais il pouvoit bien esire qu'elle se craignoit de luy, et le vouloit despescher le premier : à quoy elle avoit raison , et toutes ses semblables, de Faire de mesmes quand elles se doubtent de leurs galans.
J ay ouy parler de beaucoup de dames qui bravement se sont acquittées de ce bon office, et sont eschappées par ceste Façon; et mesmes j'en ay cognu une, laquelle, ayant esté trouvée avecques son amy {lar son mary, il n'en dit rien ny à l'un ny à l'autre, mais s'en alla courroucé, et la laissa là-dedans avecques son amy, fort panthoise et désolée et en grand altération. Mais la dame Fut résolue jusques là de dire : «Il ne m'a c rien dict ni Faict pour ce coup, je crains qu'il me «la garde bonne et sous mine; mais, si j'estois « asseurée qu'il me deust Faire mourir, j'advicserois à lui faire sentir la mort le premier.»
La fortune Fut si bonne pour elle au bout de quelque temps, qu'il mourut de soy-me«me; dont bien luy en prit, car oncques puis il ne luy avoit Faict bonne chère , quelque recherche qu'elle luy fist.
— Il y a encor une autre dispute et question sur ces fous et enragés marys, dangereux cocus, à sçavoir sur lesquels des deux ils se doibvent prendre et vanger, ou sur leurs Femmes, ou sur leurs amans.
Il y en a qui ont dict seulement sur la Femme, se fondant sur ce proverbe italien qui dit que morta la bestia, morta la rabbiao veneno ^ : pensans, ce leur semble, estre bien allégés de leur mal quand ils ont tué celle qui Fait la douleur, ny plus ny moins que font ceux qui sont mordus ou piqués de l'escorpion : le plus souverain remède qu'ils ont, c'est de les prendre, tuer ou l'escarbouiller, et Tappllcquer sur la morsure ou playe qu'il a faite; et disent volontiers et coustumièrement que ce sont les femmes qui sont le plus punissables. J'entends des grandes dames et de haute guise, et non des petites , communes et de basse marche ; car ce sont files, par leurs beaux attraicts, privautés, commandemens etparolles, qui attacquent les escarmouches, et que les hommes ne les font que soustenir; et que plus sont punissables ceux qui demandent et lèvent guerre, que ceux qui la deffendent; et que bien souvent les hommes ne se jettent en tels lieux périlleux et hauts, sans l'appel des dames, qui leur signifient en plusieurs façons leurs amours; ainsy qu'on voit qu'en une grande , bonne et forte ville de frontière, il est fort mal-aysé d'y faire entreprise ni surprise , s'il n'y a quelque intelligence sourde parmy aucuns de ceux du dedans , ou qui ne vous y poussent, attirent , ou leur tiennent la maio.
Or, puisque les femmes sont un peu plus fragiles que les hommes , il leur faut pardonner, et croire que, quand elles se sont mises une fois à aymer et mettre l'amour dans l'ame, qu'elles l'exécutent à quelque prix que ce soit , ne se contentans, non pas toutes, de le couver là-dedans, et se consumer peu à peu, et en devenir seiches et allanguies , et pour ce en cf- Facer leur beauté, qui est cause qu'elles désirent
t Morte la béie, mortt U rage ou le veniD.
en guérir et eq t^rer du plaisir, et ne mourir du mal de la Furette >, comme on dit.
Certes, j'ay coçnu plusieurs belles dames de ce naturel f lesquelles les premières ont pluslost recherché leur androgine que les hommes, et sur divers subjects \ les unes pour \efi voir beaux, braves, vaillants et agréables; les autres pour en escroquer quelque somme de dinar! ; d'autrès pour en tirer des perles, des pierreries, des robbes de toille d'or et d'argent, ainsy que j'en ay veu qu'elles en faisoient autant de difficulté d'en tirer comme un marchand de sa denrée (aussy dit-on que femme qui prend se vend); d'autres pour avoir de la faveur en cour;; autres des gens de justice, comme plusieurs belles que fay cognues qui, n'ayant pas bon droict, (e faisoient bien venir par leurs cas et par leurs beautés; et d'autres pour en tirer la suave substance de leurs corps.
— J'ay veu plusieurs femmes si amoureuses de leurs amans , que quasy elles les sqivoieat ou cQuroient à force, et dont le monde en portoit la honte pour elles.
J'ay cognu une fort belle dame si amoureuse d'un seigneur de par le monde, qu'au lieu que les serviteurs ordinairement portent (es couleurs de leurs dames, ceste-cy au contraire les portoit de son serviteur. J'en nommerois bien les couleurs , mais elles feroieut une trop grande descouverte.
— J'en ay cognu une autre , de laquelle le mary ayant faict un affront à son serviteur en W touruoy qui fut faict à la cour, cependant qu'il esioit en la salle du bal et t n faisoit son triomphe, elle s habilla , de despit , en homme, çt allii trouver son amant , et luy porter pour un moment soa cas, tant elle en estoit si amoureuse qu'elle en mouroit.
— J'ay cognu un honoeste gentilhomme, et dçA moins deschirés de la cour, lequel ayani envie un jour de servir uue fort belle et bouneste dame s'il en fut oncques, parce qu'elle luy en donnoit beaucoup de sutûects desonea^té, i^K de Taiptre H fMoit du retenu pour beaucoup de raisons et respects , ceste dame pourtant y ayant mis son amour, et à quelque hasard que «0 fusl elle en avoit jette le dé, ce disoit-elle,
* Dans ce proverbe, la furette e»t prise pour Thermine, qui , diipin , aime miaux aa laisser prendre que de se salir.
elle ne cessa jam.'^is de l'attirer tout à soy par les plus belles parolles de lamour qu'elle peust dire; dont entr'autres estoit celle-ey : «Per- «mettez au moins que je vous ayme si vous ne a me voulez aymer , et ne arregardez à mes mea rites , mais â mes affections et passions,]) encor certes qu'elle emportast le gentilhomme aa poids et en perfections. Là- dessus qu'eust peu faire legentilhomme?si-non l'ay mer, puisqu'elle l'aymoit, et la servir, puis demander le salaire et recompense de son service , ((u'il eut , comme la raison veut que, quiconque sert faut qu'on le paye.
J'alleguerois une Infinité de telles dames plustost recherchantes que recherchées. Voyià donc pourquoy elles ont plus de coulpe que leurs amans; car si elles ont une fois entrepris leur homme , elles ne cessent jamais qu'elles n'en viennent au bout et ne l'attirent par leurs regards attirans, par leurs beautés, par leurs gentilles grâces qu'elles s'estudicnt à façonner en cent mille façons, par leurs fards subtillement applicqués sur leur visage si elles ne l'ont beau , par leurs beaux attiffets, leurs riches et gentilles coiffures et tant bien accommodées, et leurs pompeuses et superbes robbes, et surtout par leurs parolles friandes et à demy lascives , et puis par leurs gentils et follastres gestes et privautés, et par présens et dons. Et voyIà comment ils sont pris ; et estans ainsy pris, il faut qu'ils les prennent; et par ainsy dit-on que leurs marys doibvenl se venger sur elles.
D'autres disent, qu'il se faut prendre qui peut sur les hommes, ny plus ny moins que sur ceux qui assiègent une ville ; car ce sont eux qui premiers font faire les chamades, les somment, qui premiers recognoissent , premiers font les approches, premiers dressent gabionnades et cavalliers et font les tranchées, premiers fbqt les batteries, ou premiers vont à Faussant , premiers parlementent : ainsi dit-on des maus. Car comme les plus hardis, vaillans et résolus assaillent le fort de pudicité des dames , lesquelles, après toutes les formes d'assaillemens observées par grandes importunités, sont contraintes de faire le signal et recevoir leurs doux ennemys dans leurs forteresses. En quoy me semble qu'elles ne sont si coupables qu'on diroit bien ; car se desfaire d'un importun est
PREMIER DISCOURS
ttO
Ueo mat*>aysé sans y taissop du sien ; aussy que jVn ay ?a plusieurs qui , par longs services et peneverances , ont jouy de leurs maistresses, qui dès le comnieiiceineut ne leur eussent donné, pour manière de dire, leur cul à baiser; les eontraignant jusques-ià, au moins aucunes, que la larme à TcbU , leur donnoient de cela , ny plus ni moins comme lk)n donne à Paris bien souvent Tauiposne aux gueqx de rhostière, plus par leur importuuité que de dévotion ny pour Tamour de Dieu : ainsi font plusieurs femmes, plustost pour eslre trop importunées que pour estre amoureuses, et mesmes à l'endroit d^aucuns grands, lesquels elles craignent et n'osent leur refuser à cause de leur auctorilé; de peur de leur desplaire et en recevoir puis après de Tescandale , ou un affront signalé, ou plus grand descriement de leur honneur, comme j'en ai veu arriver de grands inconvéniens sur ces sujets.
Voilà pourquoy les mauvais marys, qui se plaisent tant au sang et au meurtre et mauvais traitemens de leurs femmes , n*y doivent estre si prompts , mais premièrement faire une enqueste sourde de toutes choses, encor que telle cognoissanee leur soit fort fascheuse et fort subjecte à s'en gratter la teste qui leur en démange, et mesmes qu'aucuns, misérables qu'ils sont, leur en donnent toutes les occasions du monde.
— Ainsy que j'ay cognu un grand prince estranger qui avoit espousé une fort belle et honneste femme; il en quitta l'entretien pour le mettre à une autre femme qu'on tenoit pour courtisane de réputation, d'autres que c'estoit une dame d'honneur qu'il avoit desbaucliéej et ne se contentant de cela, quand il la faisoit coucher avec luy , c'estoit en une chambre basse par dessous celle de sa femme et dessous son lict ; et lorsqu'il vouloit monter sur sa maisiresse, ne se contentant du tort qu'il luy Paisott , mais, par une risée et moquerie, avec une demye pique, il frappoit deux ou trois coups sur le plancher, et s*escrioit à sa femme: «Brindes, ma femme !» Ce desdain et mespris dura quelques jours, et faschafort à sa femme, qui, de desespoir et vengeance , s'accosta d'un fort honneste gentilhomme à qui elle dit un jour privement : a Un tel , je veux que vous «jouissiez de moi, autrement Je scay un moyen
«pour vous ruiner, i L'autre, bien content d'une si belle adventure, ne la refusa pas. Parquoy, ainsi que sou mary avoit sa mie entre les bras, et elle aussy son amy, ainsy qu'il lui crioit :«Brindes!» Elle luy respondoit de mesme : « Et moy à vous ; » ou bien : a Je m'en €vais vous pleiger.9 Gesbrindes et ces parolles et responses , de telle façon et mode qu'ils s'accommodoient en leurs montures, durèrent assez longtemps, jusqu'à ce que ce prince, fin et douteux, se douta de quelque chose; et y faisant faire le guet, trouva que sa femme le faisoit gentiment cocu , et faisoit frri/i^fej aussi bien que luy par revange et vengeance. Ce qu'ayant bien au vray cognu, tourna et changea sa comédie en tragédie; et l^yant pour la dernière fois conviée à son brindes, et elle luy ayant rendu sa réponse et son change, monta soudain en haut, et ouvrant et faussant la |)orte, entre dedans et luy remontre son tort ; et elle de son costé lui dict : « Je sçay bien que je suis «morte: lue-moy hardiment; je ne crains point a la mort; et la prends en gré, puisque je me «suis vengée de toy , et que je t'ay fait cocu et «bec cornu, toy m'en ayant donné occasion, «sans laquelle je ne me fosse jamais forfaicte; «car je t'avois voué toute fidélité, et je ne «l'eusse jamais violée pour tous les beaux sujets «du monde : tu n'estois pas digne d'une si lion- «neste femme que moy. Or, tue-moi donc à «stMieure, et , si tu as quelque pitié en ta main , «pardonne, je te prie, à ce pauvre gentil- « homme, qui de soy n'en peut mais, car je «l'ay appelé à mon ayde pour ma vengeance. » Le prince , par trop cruel , sans aucun respect les tue tous deux. Qu'eust fvict là dessus ceste pauvre princesse sur ces indignités et mespris de mary? si non, à la (jlesesperade pour le monde, faire ce qu'elle fil? D'aucuns l'excuseront, d'autres l'accuseront, et il y a beaucoup de pièces et raisons à rapporter là-dessus.
—Dans les Cent Nouvelles de la Rejrne de Na\^arre y a celle et très-belle de la reyne de Naples, quasy pareille à celle-cy, qui de mesmes se vengea du roy son mary ; mais la fin n'en fot si tragique.
— Or laissons -là ces diables et fols enragés cocus, et n'en parlons plus, car ilasont odieux et mal plaiaans , d'autant que je n'aurois îamais fait si je les voulois tous descrire,
DES DAMES GALLANTES.
aufwy que le subject n'en est beau ny plaisant.
Parlons un peu des f^eniîls cocus, et qui sont bons compaignons, de douce humeur, d*agréa* ble fréquentation et de saincte patience , débonnaires , Iraictables , fermans les yeui , et bons hommenas.
Or de ces cocus il y en a qui le sont en herbe, il y en a qui le sçavent avant de. se maryer, cVst-à-dire que leurs dames . veufves et damoisflles. ont faict le sault; et d'autres n'en sçavent rien , mais les espousent sur leur foy , et lie leurs pères et mères, et de leurs parens et timys.
— JVn ay cognu plusieurs qui ont espousé braucoup de femmes et de filles qu'ils sçavoient bien avoir esté repassées en la monstre d'aucuns rois, princes, seigneurs, gentilshommes et plusieurs autres; et pourtant , ravys de leurs amours, de leurs biens, de leurs joyaux, de leur argent qu'elles avoient gaigné au mestier amoureux, n'ont fait aucun scrupule de les espouser. Je ne parleray point à st'heare que des filles.
— J'ayouy parler d'une fille d'un très-grand et souverain seigneur, laquelle, estant amoureuse d*un gentilhomme, se laissa aller à luy de telle façon qu'ayant recueilly les premiers fruitsdeson amour, en fut si friande qu'elle le tint un mois entier dans son cabinet , le nourrissant de res^ taurans, de bouillons friands , de viandes délicates et rescaldatives , pour l'allambiquer mieux et en tirer sa substance ; et ayant fait soubs luy son premier apprentissage, continua ses leçons soubs luy tant qu'il vesquit,et soubs d'autres; et puis elle se marya à Fage de quarante-cinq ans à un seigneur ^ qui n'y trouva rien à dire, encor bien ayse pour le beau maryage qu'elle luy porte.
— Boccace dit un proverbe qui couroit de scn temps, que bouche baisée, d'autres disent fille f., ne perd jamais sa fortune, mais bien la renouvelle , ainsi que fait la lune; et ce proverbe allegue4-il sur un conte qu'il fait de ceste fille si belle du sultan d'Egypte , laquelle passa et repassa par les piques de neuf divers amoureux, les uns après les autres, pour le moins plus de trois mille fois. Enfin elle fut
^ Marguerite de France, sœar d'Henri 11, qui arait cet âge-là lorsqu'elle épousa le duc de Savoie , à ce que dit BrantAme lui-même.
rendue au roi de Garbe toute vierge , cela 8*eatend prétendue , aussi bien que quand elle lay fut du commencement promise , et n'y troava rien à dire , enoor bien ayse : le conte en est très-beau.
— J'ay ouy dire à un grand qa'entre aucuns grands, non pas tous volontiers, on n'arregarde à ces filles là , bien que trois ou quatre les ayent passé par les mains et par les piques avant leur estre marys ; et disoit cela sur un propos d'un seigneur qui estoit grandement amoureux d'une grand dame , et un peu pins qualifiée que luy , et elle l'aimoit aussi ; mais il survint un empeschement qu'ils ne s'espouserent comme ils pensoient l'un et l'autre; surquoy ce gentilhomme grand, que je viens de dire, demanda aussy tost :aA-t-il monté au «moins sur la petite beste?» Etainsy qu'il luy fiit respondu que non à son advis, encor qu'on le tinst : «Tant pis, repliqua-t-il, car au moins et «Tun et l'autre eussent eu ce contentement, a et n'en fust esté autre chose.» Car parmy les grands on n'arregarde à ces reigles et scrupules de pucellage , d'autant que pour ces grandes alliances il faut que tout passe, encor trop heureux sont-ils les bons marys et gentils cocus en herbe.
— • Lorsque le roy Charles fit le tour de son royaume, il fut laissé en une bonne ville que je nommerois bien , une fille dont venoit d'accoucher une fille de très-bonne maison ; si fut donnée en garde à une pauvre femme de* ville pour la nourrir et avoir soin d'elle , et luy fut avancé deux cens escus pour la nourriture. La pauvre femme la nourrit et la gouverna si bien, que dans quinze ans elle devint trèsbelle et s'abandonna; car sa mère oncques puis n'en fit cas, qui dans quatre mois se marya avec un très-grand. Ahl que j'en ay cognu de tels et de telles où l'on n'y a advisé en rien!
J'ouys une ibis, estant en Espagne , conter qu'un grand seigneur d'Andalousie ayant maryé une sienne sœur avecques un autre fort grand seigneur aussy, au bout de trois jours que le mariage fut consommé il luy dit : Seffor hermano, agora que soys cazado con my liermana, y Vhaveys bien godida solo, yo le liago saber que siendo hija , toi y ial ^zaron délia. De la pasado no tenga
PREMIER DISCOURS
cuydado, que poca casa es. Ddfuturo guardate^ que mas y mucho a vos toca ^ Gomme voulant dire que ce qui est fait est fait, il n'en làat plus parler, mais qu'il se faut garder de l*ad- TenJF, car il touche plus Thonneur que le passé.
11 y en a qui sont de ceste humeur, ne pensans estre si bien cocus par herbe comme par la gerbe, en quoy il y a de Tapparence.
— J*ay ouy aussy parler d'un grand seigneur estranger, lequel ayant une fille des plus belles du monde, et estant recherchée enroaryage d*un autre grand seigneur qui la méritoîtbien, luy fut accordée par le père; mais avant qu'il la laissât jamais sortir de la maison , il en voulut tasler , disant qu'il ne vouloit laisser si aysement une si belle monture qu'il avoit si curieusement élevée, que premièrement il n'eust monté dessus et sceu ce qu'elle sçauroit faire à l'avenir. Je ne sçay s'il est vray , mais je l'ay ouy dire , et que non seulement luy en fit la preuve , mais bien un autre beau et brave gentilhomme ; et pourtant le mary par après n'y trouva rien amer, si-non que tout sucre. Il eust esté bien degouslé s'il eust faict autrement, car elle estoit des belles du monde.
— J'ay ouy parler de mesmes de fdrce autres pères, et surtout d'un très-grand, àTendroict de leurs filles, n'en faisant non plus de conscience que le cocq de la fable dEsope , qui , ayant esté rencontré par le renard et menacé qu'il le vouloit faire mourir, dont sur ce le cocq , rapportant tous les biens qu'il faisoit au monde , et sur-tout de la belle et bonne poulaille qui sortoit de luy : «Ha! dit le renard, «c'est Ik où je vous veux, monsieur le gallant, xcar vous estes si paillard que vous ne faites «difficulté de monter sur vos filles comme sur «d'autres poulies;» et pour ce le fit mourir. Voyià un grand justicier et politiq.
Je vous laisse doncques à penser que peuvent foire aucunes filles aveoques leurs amans; car il n'y eut jamais fille sans avoir ou désirer un amy, et qu'il y en a que les pères , frères , cousins et parens ont fait de mesmes.
— De nos temps, Ferdinand , roy de Naples,
^ • Monsieur mon fk>ère , prétentement que vous êtes ■marié avec ma sœur, et que vous en jouissez seul, il • faut que vous sachiez qu*éunt fille, tel et tel eu ont ■joui. Ne vous inquiétez point du passé , parce que c'est •peu de chose ; mais gardez-vous de Tavenir, parce qu'il < TOUS touche de plus près. >
cognut ainsy par marj'age, sa tante, fille du roy de Gastille , à Vaage de treize à quatorze ans, mais ce fui par dispence du pape. On fw^ît lors difficulté si elle se debvoit ou pouvoii donner. Gela ressent pourtant son empereur Galigula, qui deshaucha et repassa toutes ses sœurs les unes après les autres, pardessus lesquelles et sur toutes il ayma extresmement la plus jeune, nommée Drusille, qu'estant petit garçon il avoit despucellée ; et puis estant maryée avecques un Lucius Gassius Longinus, homme consulaire, il la luy enleva et l'entretint publiquement , comme si ce fust esté sa femme légitime i tellement qu'estant une fois tombé malade, it la fit héritière de tous ses biens, voire de l'empire. Mais elle vint à mourir, qu'il regretta si très-tant, qu'il en fit crier les vacations de la justice et cessation de tous autres œuvres, pour induire le peuple d'en faire avecques luy un deuil publiq ; et en porta long-temps longs cheveux et longue barbe; et quand il haranguoit le sénat, le peuple et ses gens de guerre, ne juroit jamais que par le nom de Drusille.
Pour quant à ses autres sœurs , après qu'il en fut saoul, il les prostitua et abandonna à de grands pages qu'il avoit nourrys et cognus fort vilainement : encor s'il ne leur eust faici autre mal, passe , puis({u'eUes l'avoient accoustumé et que c'estoit un mal plaisant , ainsy que je l'ay veu appeler tel à aucunes filles estans devirginées et à aucunes femmes prises à force ; mais il leur fit mille indignités : il les envoya en exil , il leur osU toutes leurs bagues et joyaux pour en faire de l'argent, ayant brouillé et despendu fort mal à propos tout le grand que Tibère luy avoit laissé ; encor les pauvrettes, estans après sa mort retournées d'exil, voyans le corps de leur frère mal et fort pauvrement enterré sous quelques mottes, elles le firent des-enterrer, le brusler et enterrer le plus bonnestement qu'elles purent : bonté certes grande de sœurs jn un frère si ingrat et
des-naturél
L'Italien , pour excuser l'amour illicite de ses proches, dit que ^quando messer Bemardo a bucieco sta in colera ed in sua rabbia non riceve lege, e nonperdona a nessuna dama.
— Nous avons force exemples des ancien» oui en ont faict de mesmes. Mais pour revenir *
DES DAMES
nostre discours, j'ay ouy orater d'un, qui ayant maryé une belle et bopueste damoiselie à un 8ien amy, et se vantant qu'il luy avoit donné une belle et honneste mouture , saine , nette , sans sur-ost et sans malandre, comme il dit, et d'autant plus luy estoit obligé , il luy fut respondu par un de la compaignie , qui dit à part à un de ses compaignons : a Tout cela est «bon et vray si elle ne fust esté montée et chea vaucbée si jeune et trop tost , dont pour cela «elle est un peu foulée sur le devant.»
Mais aussy je voudrois bien sçavoir à ces messieurs de marys , que si telles montures bien souvent n'avoient un si , ou à dire quelque chose en elles, ou quelque deffectuosité ou deffaut ou tare, slis en auroient si bon marché, et si ellçs ne leur cpusleroient davantage? Ou bien ^ si ce n'estoit pour eui, on en aocommoderoit bien d'autres qui le mesritent mieui qu'eux, comme ces maquignons qui se desfout de Ifurs chevaux tarés , ainsy qu'ils peuvent; mais ceux qui en sçavent les sis, ne s'en pouvant desfaire autrement, les donnent i ces messieurs qui n'en sçavent rien ; d'autant («nsy que j'ay ouy dire à plusieurs pères) que cest une fort belle desfaicte que d'une fille tarée, ou qui commanceà Testre, ou a envie et apparence de TesUre.
Que je cognoîs de filles de par le monde qui tt*ont pas porté leur pucelage au lict hymenéan , mais pourtant qui sont bien instruites de leurs mères, ou autres de leurs parentes et amyes , très-sçavantes maquerelles , de faire bonne mine à ce premier assaut ; et s^aydent de divers moyens et inventions aveoquesdessublilh tés, pour le faire trouver bon à leurs marys et leur monstrer que jamais il n'y avoit esté faict brèche.
La plus grand part s'aydent à faire une grande résistance et deffeuce à oeste pointe d'assaut, et à foire des opiniastres jusqu'à l'extrémité : dont il y a aoeuns marys qui en sont très-conteos , et croyent fermement qu'ils en ont eu tout llionneur et faict la première pointe , comme braves et déterminés soldats; et en font leurs contes le lendemain malin, qu'ils sont crestés comme petits oocqs ou jolela qui ont mangé force millet le soir, à leurs compaignons etamys,et mesmes possible à ceux qui ont les premiers entré en la forteresse sans eursccu, qui en rient à part eux leur saoul
6ALLANTES.
et a vecques les femmes leurs maistresses ^ qui se vantent d'avoir bien joué leur jeu et leur avoir donné belle.
11 y a pourtant aucuns marys ombrageux qui prennent mauvais augure de ces résistances, et ne se contentent point de les voir si rebelles; comme un que je sçay, qui, demandant à sa femme pourquoy elle faisoit ainsy de la farouche et de la difâcultueuse, et si elle le desdaignoit jusques-là, elle , luy pensant faire S(hi excuse et ne donner la faute à aucun desdain, luy dit qu'elle avoit peur qu'il luy fist mal. 11 luy respondit : « Vous l'avez doncques esprouvé, «car nui mal ne se peut coguoistre sans ravoir «enduré? » Mais elle, subtile, le niant, répliqua qu'elle l'avoit aiuiy ouy dire à aucunes de ses compaignes qui avoient esté maryées, et Ten avoient ainsy ad visée, a Voylà de beaux advis et entretiens , s dit-il.
*- 11 y a un autre remède dont ces femmes s'advisent, qui est de monstrer le lendemain de leurs nopces leur linge teint de gouttes de sang qu'espandenl ces pauvres filles à la charge dure de leur despucellement , ainsy que l'on fait en Espaigne, qui en monstroit publiquemeol par la fraestre ledict linge, en criant tout haut: €Firgen la tenemas. «Nous la tenons Y peur vierge.»
Certes, encor ay-jeouy dire, dans Viterbe ceste ottistume s'y observe tout de mesmes. Et d'autant que celles qui ont passé premièrement par les picques ne peuvent faire ceste monstre par leur propre sang , elles se sont advisées, ainsy que j'ay ouy dire, et que plusieurs courtîsannea jeunes à Rome me l'ont assuré elles-mesmes , pour mieux vendre leur virginité, de teindre ledict linge de gouttes de sang de pigeon, qui est le plus propre de tous : et le lendemain te mary le voit, qui en reçoit un extresme contenu tement, et croit fermement que ce soit du sang virginal de sa femme; et luy semble bien que c'est un gallaut, mais il est bien trompé.
Sur quoy je feray ce plaisant conte d'un gentilhomme , lequel ayant en t'e^uillette nouée la première nuict de ses nopces, et la maryée, qui n'estoit pas de ces pucelles très-belles e( de bonne part, se doubtant bien qu'il dust faire rage, ne faillit, par Tadvisdeses bonnes compaignes, matrosnes, parentes et bonnes sniies, d'avoir le petit linge teint : mais le malheur
PREMIER DISCOURS
ht tel pouf elle j ^ue le oiary fut teUenent noué qu'il ne put rien faire, enoor qu'il ne tiot pas à elle à luy en faire la monstre la plus belle et séparer au montoir le mieux qu'elle pouvoit, et au coucher beau jeu , sans foire de la farouche ny nullement de la diablesse, ainsy que les spectateurs , cachés à la mode accoustumée, rapportoient, afin de cacher mieux son pucei* lage desrobé d'ailleurs; mais il n'y eut rien d'exécuté.
Le soir, à la mode accoustumée , le réveillon ayant esté porté, il y eyt un quidam qoi s'advisa, en taisant la guerre aux nopces, comme 00 fait communément , de desrober le linge, qu'on trouva joUment teint de sang ; lequel fut monstre soudain, et crié haut en l'assistance qu'elle n'estoit plus vierge, et que c'estoit ce coup que sa membrane virginale avoit esté forcée et rompue : le mary , qui estoit asseuré qu'il u'avoit rien iàict, mais pourtant qui faisoît dugallaut et vaillant champion, demeura fiort estonné et ne scent ce que vouloit dire ce linge teint, sHnoo qn'apr es avoir songé assez, se doubta de quelque fourbe et astuce putanesques , mais pourtant n'en sonna jamais mot.
La maryée et ses confidentes furent aussy bien (àschées et estouiêes de qooy le mary avoit faiet faux feu , et que leur affeire ne s*en portoit pas mieux. De rien pourtant n'en fut faict aucun semblant jiisques au bout de huîct jours, que le mary vint à avoir resgutUelte dcsnonée, et fit rage et feu , dont d'ayse ne se souvenant de rien , alla publier à toute la compaignîe que c'estoità bon escient qu'il avoit faict preuve de sa vaillance et feict sa femme vraye femme et bien damée; et confessa que jusqnes alors il avoit esté saisi de toute impuissance : de quoy l'assistance sur ce sobject en fit divers discours, et jeta diverses sentences sur h maryée qu'on pensoit estre femme par son linge teinture ; et s*escandalisa atnsy d'elle* mesme, non qu'elle en fest bien cause proprement y mais son mary, qoi par sa debolesse , flaquesse et mollitude, se gasta loy-mesme.
— Il y a aucoM marys qui cognoissent aussy à lenr première nuict le pucdage de leurs femuies, s'ils l'ont conquis oui ou non par la trace qu'ils y trouvent; comme un que je cog- Bois , lequel , ayant espousé trne femme en seconde» nonces^ et luv avant faict accroire r;ue son
premier mary n'y avoit jamais touché par son impuissance, et qu'elle estoit vierge et pucelle aussy bien qu'auparadvant estre maryée, néant* moins il la trouva si vaste et si copieuse en amplitude, qu'il se mit à dire : «Hé comment! cestea-vousceste pucelle de Marolle, si serrée «et si estroicte qu'on medisoit? Hé! vous en «avez nn grand empan; et le chemin y est a tellement grand et battu que je n'ay garde de om'esgarer.D Si fallut-il qu'il passast par là et le beust doux comme du laict : car si son premier mary n'y avoit point touché, comme il estoit vray, il y en avoit bien eu d'autres.
Que dirons - nous d'aucunes mères , qui voyant l'impuissance de leurs gendres, ou qui ont l'esgttillette nouée ou autre défectuosité , sont les maquerelles de leurs filles; et qui, pour gaigoer leur douaire, s'en font donner à d'autres, et bien souvent engroisser, afin d'avoir les enfans héritiers après la mort du père?
J'en cognois uae qui conseilla bien cela à sa fiile, et de faict n'y espargna rien; mais le malheur pour elle fût que jamais n'eu put avoir. Âussy je cognois un qui, ne pouvant rien faire à sa femme, aititra un grand laquais qu'il avoit, beau fîls, pour coucher et dépuceler sa femme en dormant, et saover son honneur par-lè; mais elle s'en apperceot et le laquais n*y fit rien , qui ftit cause qu'îb plaidèrent loog-temps: finalement ilsse des-ma* ryerent.
— Le roy Henry de Gastille en fit de mes* mes, iequd, ainsy que raconte Bapiista FuiguoshM ^ , voyant qu'il ne ponvok faire d'enfims à sa femme , il s'ayda d'un beau et jeune gentilhomme de sa cour pour luy en faire , ce qu'il fit; dont pour sa peine il lui fit de grands biens, et l'advança en des honneurs, grandeurs et dignités : ne fiiut doubtev si la femme ne l'en ayma et s'en trouva bien. Voyià un bon coca.
— Pour ces esguillettes nouées, en fut dernièrement on procès en h com* dn pariemenC de Paris, entre le sieur de Braf , trésorier, et sa femme, à qui il ne pouvoit rien f^ire ayant eu l'esguitktte nouée, ou antre deffeut dont la
* Bspfista Fulffosius, dont les Factorum et Dieto^ mm memorabilium tihii /JTonl été imprimés dtversea I fois. Ce fait particulier se trouve dans le cbapiirc in du
! IX* livre.
DES DAMES GALLANTES.
femme, bien marrie, Ven appelia en jugement. Il Fut ordonné par la cour qu'ils seroient visités eux deux par grands médecins experts. Le mary choisit les siens , et la femme les siens ; dont en fut faict un fort plaisant sonnet à la cour, qu'une grande dame me lit elle-même , et me le donna, ainsy que je disnois avecques elle. On disoit qu'une dame Tavoit faict, d'autres un homme. Le sonnet est tel :