MADAME DE CARNAVALET
Madame de Carnavalet , vefve deux fois , refosa d'espouser M. de La Valette le jeune , au commancement de sa grande Faveur, qui en estoit si espris d*aaiour , comme certes elle estoit une très-belle veuFve, et bien aimable, que, ne pouvant tirer d'elle ce qu'il eust très-bien désiré, la pourchassa et pressa de l'espouser, et luy en fit parler trois ou quatre fois par le roy ; mais jamais oe voulut se remettre en une subjeetion de mary; car elle avoit esté maryée deux fois : l'une avecques le comte de Montravel, et Tautre avecques M. de Carnavalet. Et, quand ses plus privés amys , et mesmes moy qui luy estois fort serviteur , luy remonstroient la faute qu'elle faisoit de refuser un si grand party , qui la mettroit dans le fin fonds et abysme de la grandeur, des biens, des richesses, de la faveur et de toutes dignités, veu ce qu'estoit La Valette , le plus favory du roy, qui le tenoit pour un second soy-mesme, elle respondoit : que tout son contentement ne gisoit pas en tous ces points, mais en sa resolution et pleine liberté et satisfaction de soymesme, et en la mémoire de ses marys, dont le nombre l'en avoit saoulée.
MADAME DE ROURDEILLE.
Madame de Bourdeille , sortie de rillustre et ancienne maison de Montberon , et des comtés
DES DAMES GALLANTES.
de Perigord et vicomtes d^Aunay, estant venue veFve en Faage de trente-sept à trentehuit ans, trè^beile (et croy qu'en la Guyenne , d'où elle estoit, il n'y en avoit pas une qui l'ait surpassée de son temps en beauté , bonne grâce et belle apparence; car elle avoit l'une des belles , hautes et riches tailles qu'on eust sceu voir: et si le corps estoit beau, Tame estoit pareille) estant doncquesensibel estât, et restée vefve , elle fut pourchassée et requise de trois grands et riches seigneurs en maryage, auxquels tous elle respondit : <x Je ne veux «point dire comme beaucoup de dames, qui «disent qu'elles ne se maryeront jamais, et as- «seurent leur parollede telle façon qu'on le « peut croire , après rien : mais je dis bien que , «si Dieu et la chair ne m'en donnent autre vo- « lonlé que j'ay présentement , et qu'ils ne me «la changent, pour chose très-certaine j'ay dict «pour jamais adieu au maryage: » Et comme un autre luy répliqua : « Mais quoy ! madame, «voulez-vous brusier en la verdeur de vostre « bel âge ? —Je ne sçay comme vous l'entendez, « liiy respondit-elle ; mais jusqu'à ceste heure «il ne m'a pas esté possible de m'eschauffer «encor seule dans mon lict, veuf et froid comme «glace; mais, estant en la compaignie d'un se- «cond mary , je ne dis pas que , m'approchant «de son feu , je ne puisse bmsler comme vous «dites : et, parce que le froid est plus aysé à «supporter que le chaud, je me suis résolue «de me contenir en ma qualité , et m'abstenir «d'un second maryage.» Et, tout ainsy qu'elle l'a dict , elle l'a tenu jusqu'à ceste heure , ayatit demeurée vefve desjà douze ans, sans avoir perdu rien de sa beauté, mais l'a tousjours nourrie et entretenue sans une seule tache. Ce qui est une grande obligation aux cendres de son mary, et un tesmoignage de l'avoir bien aymé vivant , et une redevance par trop extresme à ses enfansde l'honnorer pour jamais, et ainsi est morte vefve. Feu M. de Strozze avoit esté l'un de ceux qui pretendoient ; et l'en avoit faict requérir; mais, tout grand et allié de la reyne mère qu'il estoit, l'en refusa, et s'en excusa honnestement. Quelle humeur pourtant , d'estre belle , honneste et tres-riche héritière, et finir le reste de ses beaux jours sur une plume ou une laine solitaire, deserfe et froide comme glace, et passer tant de nuicts veuf ves ! Oh ! qu'il
y en a plusieurs dispareilles à une telle dame, et plusieurs pareilles aussy ^ 1