SIXIESME D
cher avecques son roy, ze n'estoît point diffame, el qn% putains sont celles qiii s^adounent aui petits , ndais non pas aux grands roys et gallans gentilshommes; comme ceste reyne amazone que j'ay dict , qui vint de trois cens Tieues pour se faire engrosser à Alexandre, pour en avoir de la race : toutesfois Ton dit qu'autant vaut Tun que Pautre.
Après le roy Henry vint le roy François second , duquel le règne fût si court qne tes mesdisans n'eurent loisir de se mettre en place pour mesdire des dames : encor que s'il eust régné long-temps , ne faut point croire qu'il les eust permis en sa cour, car c'estoit un roy de très-bon et très-franc naturel , et qui ne se plaisoit pomt en mesdisances; outre qu'il estoit fort respectueux à Tendroict des dames et les honnoroit fort : aussy avoit-il la reyne sa femme , et la reyne sa mère , et messieurs ses oncles , qui rabrouoient fort ces causeurs et pioqueurs de ta tangué. Il me souvient qu'îine fois, luy estant à Sainct-Germain en Laye , sur le mois d'aoust et de septembre , il luy prit envie d^aller le soir veoyr les cerfs en leurs ruts, en cestf belle ibrest de Sainct-Germain , et y mena des princes ses plus grands familiers, et aucunes grandes dames et filles que je dirois bien. Il y en eut quelqu'un qui en voulut causer, et dire que cela ne sentoit point sa femme de bien ny chaste , d'aller véoyr de tels amours et tels ruts de bestes, d^autant que l'appétit de Venus les en eschauffoit davantage, à telle imitation et telle veue, si bien que, quand elles s'en voudroient degouster, Teau ou la salive leur en viendrait à la bouche du mitan , que par après il n'y auroit aucun remède de l'en oster, si non par autre cause ou salive de sperme. Le roy le sceut, et les princes et dames qui l'y avoient accompaigné. Asseurez-vous que si le gentilhomme n'eust si-tost escampé , il estoit très-mal ; et ne parut à la cour qu'après sa mort et son règne.
Il y eut force libelles diffamatoires contre ceux qui gouyernoient alors le royaume ; mais il n*y eut aucun qui piquast et offensast plus qu^une invective intitulée le Tigre • ( sur
* M. Charles Nodier a inséra une notice sur ce pamphlet dans le BuUetin du BibUophUe du libraire Techener.
ISGOURS. 4(1
l'Imitation de la première inveetive de Gtce* ron contre Gatilina ), d'autant qu'elle parloit des amours d'une très-grande et belle dame; et d'un grand son procbe. Si le gallant auteur fust esté appréhendé , quand il eust eu cent mille vies il les eust toutes perdues; car et lé grand et la grande en furent si estommaqués qu'ils en cuidèrent désespérer ^
Ce roy François ne fut point subject à l'amour comme ses prédécesseurs; aussy eust-il eu grand tort , car il avoit pour espouse la plus belle femme du monde et la plus aymable ; et qui l'a telle ne va point au pourchas comme d'autres , autrement il est bien misérable; et qui n'y va peu se soucie-il de dire mal des dames, ny bien et tout, si-non que de la sienne. C'est une maxime que j'ay ouy tenir à une bonneste personne; toutesfois je l'ayveu faillir plusieurs fois.
Le roy Charles IX vint par après, lequel, pour sa tendresse d'aa'ge, ne se ^ueioit âû commancement des dames, ains se soucioit plustost à passer son. temps eiî exercices de jeunesse. Toutesfois feu M. de Sipierre , son gouverneur, et qui estoit, à mOo gré et de chascun aussy, le plus honneste et le plus gentil càvallier de son temps, et le plus courtois et réverentieux aux dames, en apprit si bien la leçon au roy son maistre et disciple, qu'il a esté autant à l'endroict des dames qu'aucuns roys ses prédécesseurs; car jamais, et petit et grand, il n^a veu dames, fust-ll le plus empesché du monde ailleurs, ou qu'il courust ou qu'il s'arrestast, ou à pied ou à cheval, qu'aussy tost il ne la saluast et luy ostast son bonnet fort rêverentieusement. Quand il vint sur Taage d'amour, il servit quelques honnestes dames et filles que je sçay, mais avecques si grand honneur et respect que le moindre gentilhomme de sa cour eust sceu faire.
De son règne, les grands pasquineurs commancerent pourtant avoir vogue, et mesmes aucuns gentilshommes bien gallans de la cour, lesquels je ne nommeray point, qui detractoient tstrangement des dames, et en gênerai et en particulier, voire des plua
* L'imprimeur Martin THommet fut pendu. {Yojeu dans celte collection les mémoires de Régnier de la Planche , page 313. On a attribué celte brochure à François Uotman.
DES DAMES GALLANTES.
grandes; dont aucuns en ont en des querelles à bon escient , et s'en sont très-mal trouvés : non pourtant qu'ils advouassent le faict , car ils nioient tout; aussy s'en fussent-ils trouvés de l'escot s'ils l'eussent advoué, et le roy leur eusl bien Faict sentir, car ils s'attaqnoient à de trop grandes. D'autres faisoient bonne mine, et enduroient à leur barbe mille démentis qu'on disoit conditionnels et en l'air, et mille injures qu'ils beuvoient doux comme laict, et n'osoient nullement repartir, autrement il leur alloit de la vie. En quoy bien souvent me suis-je estonné de telles gens qui se mettoient ainsy à mesdire d'autruy, et permettre qu'on mesdist à leur nez tant et tant d'eux. Si avoient - ils pourtant la réputation d'estre vaillans; mais en cela ils enduroient le petit afFront gallantement et sans sonner mot.
Je me souviens d*un pasquin qui Fut Faict contre une très-grande dame veFve, belle et bien honneste, qui vouloit convoler avecques un très-grand prince jeune et beau. Il y eut quelques uns, que je sçay bien, qui, ne voulans ce maryage, pour en destourner le prince firent un pasquin d'elle, le plus scandaleux que j'aye point veu, là où ils faccomparoient à cinq ou six grandes putains anciennes. Fameuses, Fort lubriques, et qu'elle les surpassoit toutes. Geux-mesmes qui avoient Faict le pasquin le luy présentèrent, disans pourtant qu'il venoit d'autres, qu'on et leur avoit baillé. Ce prince, Tayant veu, donna des desmentis et dit mille injures en l'air à ceux qui l'avoient (aict; eux passèrent toutsoubs silence, encor qu'ils Fussent des braves et vaillans. Gela donna pourtant sur le coup à songer au prince, car le pasquin portoit et monstroit au doigt plusieurs particularités ; mais au bout de deux ans le maryage s'accomplit.
Le roy estoit si généreux et bon, que nullement il Favorisoit tels gens d'avoir de petits mots joyeux avecques eux à part. Bien les aymoit-il, mais ne vouloit que le vulgaire en Fust abreuvé, disant que sa cour, qui estoit la plus noble et la plus illustre de grandes et belles dames de tout le monde, et pour telle réputée, ne vouloit qu'elle Fust villipendée et mésestimée, par la bouche de tels causeurs et gallans ; et c'estoit à parler ainsy des oourti-
, sannes de Rome, de Venise et d'autres lieux , et non de la cour de France; et que, s'il estoit permis de le Faire, il n'estoit permis de le dire.
Voylà comment ce roy estoit respectueux aux dames , voire tellement qu'en ses derniers jours je sçay qu'on luy voulut donner quelque mauvaise impression de quelques très-grandes et très-belles et honnestes dames , pour estre brouillées en quelques très -grandes aFFaires qui luy touchoient ; mais il n'en voulut jamais rien croire; ains leur fit aussy bonne chère que jamais , et mourut avecques leurs bonnes grâces et grande quantité de leurs larm&s qu'elles espandirent sur son corps. Et le trouvèrent à dire puis après bien , quand le roy Henry troisiesme vint à Iny succéder, lequel , pour aucuns mauvais rapports qu'on luy avoit Faict d'elles en Poulongne,n'en fit à son retour si grand compte comme il avoit Faict auparad van t; et d'icelles , et d'autres que je sçay, s'en fit un très-rigoureux censeur, dont pour cela il n'en Fut pas plus aymé; si que je croy qu'en partie elles ne luy ont point peu nuy, ny à sa malle Fortune, ny à sa ruyne. J'en dirois bien quelques particularités, mais je m'en passeray bien : si -non, qu'il Faut considérer que la Fem.me est Fort encline à la vangeance; car, quoy qu'il tarde, elle l'exécute : au contraire du naturel de la vangeance d'aucuns, laquelle du commancement est fort ardente et chaude à s'en faire accroire, mais par le temporisement et longueur elle s'attiedil et vient à néant. Voylà pourquoy il s'en Faut garder du premier abord, et par le temps parer aux coups; mais la Furie, l'abord et le temporisement durent tousjours en la Femme jusqu'à la fin; je dis d'aucunes, mais peu.
Aucuns ont voulu excuser le roy, de la guerre qu'il faisoit aux dames par descriemens , que c' estoit pour reFrener et corriger le vice , comme si la correction en cela luy servoit ; veu que la Femme est de tel naturel , que tant plus on luy deFFend cela , tant plus y est -elle ardente, et a-on beau luy Faire le guet. Aussy , par expérience , ay-je veu que pour luy on ne se destournoit de son grand chemin.
Aucunes dames a - il aymé , que je sçay bien, avecques de très-grands respects, et servy
SIXIESME DISCOURS
avecques très-grand honneur , et mesmes une très-grande et belle princesse , dont il devint tant amoureux avant qu'aller en Poulongne , qu'après estre roy il se résolut de Tespouser , encor qu'elle fust maryée à un grand et brave prince , mais il estoit à luy rebelle, et réfugié en pays esirange pour amasser gens et luy Faire la guerre ; mais à son retour en France la dame mourut en ses couches. La mort seule empescha ce maryage , car il y estoit résolu : par la Faveur et dispense du pape il Tespousoit , qui ne luy eust refusée , estant un si grand roy, et pour plusieurs autres raisons que Ton peut penser. A d'autres aussy a-il Faict lamour pour les descrier.
J en sçay une grande , que , pour des desplaisirs que son mary luy avoit Faicts , et ne le pouvant attrapper, s'en vangea sur sa femme , qu'il divulgua en la prasence de plusieurs : encor ceste vangeance estoit-elle douce, car, au lieu de la faire mourir, il la faisoit vivre.
J*en sçay une qui, faisant trop de la gallante, et pour un desplaisir qu'elle luy fit , exprès luy fit l'amour ; et sans grande peine de persuasion , luy donna un rendez-vous en un jardin où ne faillit de se trouver ; mais il ne la voulut toucher autrement ( ce disent aucuns , mais il la toucha fort bien), ains la faire veoyr en place de marché ; et puis la bannit de la cour avecques opprobre.
H desiroit et estoit fort curieux de sçavoir la vie des unes et des autres et en sonder leur vouloir. On dit qu'il faisoit quelquesfois part de ses bonnes fortunes à aucuns de ses plus privés. Bienheureux esloient-ils ceux-là; car les restes de ces grands roys ne sçauroient estres que ti^ès-bons.
Les dames le craignoient fort , comme j'ay veu; et leur faisoit luy-mesme des réprimandes, ou en prioit la reyne sa mère , qui de soy en estoit assez prompte, mais non pour aymer les mesdisans, ainsy que je l'ay monstre cy-devant par ces petits exemples que j'ay allégués; auxquels y prenant pied et altération, que pou voitelle faire aux autres quand ils touchoient au vif et à l'honneur des dames?
Ce roy avoit tant accoustumé dès son jeune aage , comme j'ay veu , de sçavoir des contes des dames , voire moy-mesme luy en ay-je Faict aussy quelqu'un : et en disoit aussy, mais
fort secrètement , de peur que la reyne sa mère le sceust , car elle ne vouloit qu'il les dist à d'autres qu'à elle , pour en feire la correction : tellement que , venant en aage et en liberté , n'en perdit la possession. Et pour ce, sçavoit aussy bien comme elles vivoient en sa vour et en son royaume , au moins aucunes , et mesmes les grandes , que s'il les eust toutes pratiquées. Et si aucunes y en avoit qui vinssent à la cour nouvellement, en les accostant Fort courtoisement et honnestement pourtant , leur en contoit de telle Façon qu'elles en demeuroient estonnées en leurs âmes d'où il avoit appris toutes ces nouvelles , luy niant et desadvouant pourtant le tout. Et s'il s'amusoit eu cela , il ne laissoit d^appliquer son esprit en autres et plus grandes choses, si hautement, qu'on l'a tenu pour le plus grand roy que de cent ans il y a eu en France, ainsy que j'en ay escrit ailleurs en un chapitre de luy Faict à part '.
Je n*en parle doncques plus, encor qu'on me pust dire que je ne suis esté assez copieux d'exemples de luy pour ce subject, et que j'en debvois dire davantage si j'en sçavois. Ouy , j*cn sçay prou , et des plus sublins ; mais je ne veux pas tout à coup dire les nouvelles de la cour ny du reste du monde ; et aussy que je ne pourrois si bien pallier et couvrir mes contes , que l'on ne s'en apperceust sans escandale.
Or , il y a de ces détracteurs des dames de divei^s sortes. Les uns en médisent d'aucunes pour quelque desplaisir qu'elles leur auront Faict, encor qu'elles soient des plus chastes du monde , et les font , d'un ange beau et pur qu'elles sont , un diable tout infect de meschanceté: comme un honneste gentilhomme que j'ay veu et cognu , lequel , pour un léger desplaisir qu'une très-honneste et sage dame luy avoit Faict, la descria fort vilainement; dont il en eut bonne querelle. Et disoit : « Je a sçay bien que j'ay tort ; et ne nie point que «ceste dame ne soit très-chaste et très-ver- « tueuse : mais quiconque sera elle celle-là «qui m'aura le moins du monde offensé, quand «elle seroit aussy chaste et pudique que la «vierge Marie, puisqu'autrement il ne m'est
1 On n'a point ce chapitre ou di8cou.t.
DEâ DÀMÈS GALLANTËS-
« permis d*èn avoir raison comme d'un homme, af en dirai pis que pendre. » Mais Dieu pourtant s'en peut irriter.
D'autres détracteurs y a-il qui, aymans des dames et ne {)ouvans rien tirer de leur chasteté, de despit en causent comme de publiques; et si font pis : ils publient et disent qu'ils en ont tiré ce c|u41s vouloient, mais les ayant cognues et apperçues par trop lubriques , les ont quittées. J'en ay cognu force en nos cours dé ces humeurs sont d'autres, qui à bon escient quittent leurs mignons et favorys de couchette, et puis, suivant leur légèretés et inconstances, s'en sont desgoutées et repris d' autres en leurs places : sur ce y ces mignons , despités et désespérés , vou^ peignent et descrient ces pauvres femmes, ne faut pas dire comment, jusqu'à raconter particulièrement leurs lascivetés et paillardises qu'ils ont ensemble exercées, et é descouvrir leurs si qu'elles portent sur leur corps nud , afin que mieux on les croye.
baulrès y a -il qui, despités qu'elles en donnent aux autres et non à eux , en mesdisent â toute oiitrance, et les font guetter, espier et veiller, afin qu'au monde ils donnent plus grande conjecture de leurs vérités.
D'autres qui , espris de belle jalousie , sans aucun subject que celuy-là, mal disent de ceux qu'elles ayment le plus, et qu'eux- mesmes aynient tant qu'ils ne les voyent pas à demy. Voylà l'un des grands effêcts de la jalousie. Et tels détracteurs ne sont tant à blasmer que Ton dîroit bien; car il faut imputer cela û l'amour et à la jalousie, deux frère et sc&ur d'une mesme naissance.
D'autres détracteurs y a- il qui sont si fort nés et accoustumés â la mesdisance, que plustost qu'ils ne mesdisenl de quelque personne ils mèsdirbient d>ux-mesmes. A vostre advis , si rhonneur clés dames est espargné en la bouché de tels gens ? Plusieurs en nos cours en ay-je ^ veu tels qui , craignans de parler des hommes de peur de la touche , se mettoient sur la draperie des pauvres damés , qui n'ont autre revanche que les larmes , regrets et parolles. toutesfois en ay-je coghu plusieurs qui s'en sont très-mal trouvés ; car il y a eu des parens , des frères , des amys de leurs servi-
teurs, voire des marys, qui en ont Palet repentir plusieurs , et remascher et avaller leurs parolles. Enfin , si je voulois raconter toutes les diversités des détracteurs des dames qu'il y en a, je n'aurois jamais foict.
Une opinion en amour ay-je veu tenir i plusieurs; qu'un amour secret ne vaut rien, s'il n'est un peu manifeste, si-non â tous , pour le moins â ses plus privés amys; et si â tous il ne se peut dire, pour le moins que le manifeste s'en fasse , ou par monstre ou par faveurs, ou de livrées et couleurs, ou actes chevaleresques, comme courremens de bague, tournois, masquarades, combats à la barrière, voire à ceux de bon escient quand on est à la guerre ; certes le contentement eii est trèsgrand en soy.
Comme de vray , de quoy serviroit à un grand capitaine d'avoir faict un beau et signalé exploict de guerre, et qu'il fust teu et nullement sceu ? Je croy que celuy seroit un desptt mortel. De mesmes en doivent estre les amoureux qui aymetit en bon lieu, ce disent aucuns. Et de ceste opinion en a esté le principal chef, M. de Nemours , le parangon de toute chevallerie; car, si jamais prince, seigneur ou gentil* homme a esté heureux en amours , c'a esté celuy-là. Il ne prenoit pas plaisir â les cacher â ses plus privés amys ; si est-ce qu*à plusieurs il les a tenues si secrettes qu'on ne les jogeoit que ma I-ay sèment.
Certes, pour les dames maryées, la descouverte en est fort dangereuse : mais pour les filles et vefves qui sont à maryer , n'importe ; car la couleur et prétexte d'un maryage futur couvre tout.
J'ay cognu un gentilhomme très-honneste à la cour , qui , servant une très-grande dame, estant parmy ses compaignons un jour en devis de leurs maistresses , et se conjurans tous de les descouvrir entr'eux de leur faveur, ce gentilhomme ne voulut jamais déceler la sienne, ains en alla controuver une autre d*autre part, et leur donna ainsy 1ebigu,encor qu'il y eust un grand prince en la trouppe qui l'en coujurast et se doutast pourtant de cest amour secret: mais luy et ses compaignons n'en tirèrent que cela de luy ; et pourtant à part soy maudit cent fois sa destinée qui l'avoit là contrainct de ne raconter i comme les autres.
SIXIESMB
sa bonne fortune , qui est plus gracieuse à dire que sa maie.
Un autre ay-je cognu , bien gallant cavaN lier, Içquel, par sa présomption trop libre quil prit de descouvrir sa maistresse , qu'il debvoit taire, tant par signes que parolles et efFects, en cuida eslre tué par un assassinat qu'il Faillit : mais pour un autre subject il n'en faillit un autre, dont la mort s'ensuivit.
J'eatois à la cour du temps du toy François Il , que le comte de Sainct- Agnan espousa à Fontainebleau la jeune Bourdaisiere. ije lendemain , le nouveau maryé estant venu en la chambre du roy, un chascuii luy commança à feire la guerre, selon la constume; dont il y eut un grand seigneur très-brave qui luy demanda combien de postes il avoit couru. Le maryé respondit cinq. Par cas il y eut présent un honneste geniiibomme , secrétaire , qui es^ toit là fort fevory d'une très-grande princesse que jenenommeray point,quidit:qiie ce n'estoit guieres pour beau le cbemin qu*il avoit frayé et pour le beau temps qu il faisoit , car c*estoit en esté. Ce grand seigneur luy dit: «Hà c mort-Dieu! il vous faudroit des perdriaux à cvouslo Le secrétaire répliqua: aPourquoy cnonP Par Dieu! j'en ay pris une douzaine «en viogt^iuatre beures sur la plus belle motte « qui soit icy à Tenlour, ny qui soit possible en «France.» Qui fut esbahy?Ge fut ce seigneur; car parla il apprit ce dont il se doubtoit il y avoit long-temps. Et d'autant qu'il estoit fort amoureux de ceste princesse, fut fort marry de ce qu'il avoit longuement chassé en cest endroict et n'avoit jamais rien pris, et l'autre avoit esté si heureux en rencontre et en sa prise. Ge que le seigneur dissimula pour ce coup; mais despuis, en temporisant son martel, la luy cuyda rentre chaud et couvert, sans une considération que je ne diray point : mais pourtant il luy porta tousjours quelque haine sourde. Et si le secrétaire fust esté bien advisé, il n'eust vanté ainsy sa chasse, mais l'eust tenue très-secrette , et mesmes en Une si heureuse advantore , dont il luy cuyda arriver de la brouillerie et de l'escandale.
Que diroit-on d'un gentilhomme de par le monde, qui , pour quelque desplaisir que lu)r avoit ftiict sa maistresse , alla jouer et perdre son pouriraict qu'elle luy avoit donné, qu'il
portoit au col , dont lé mary fut fttrt estohtié et moins aymant sa femme, qui en âceut colorer le faict ainsy qu'elle put?
Que diroit-on d'un geniilhomme de par le monde, qui, pour quelque desplaisir que luy avoit fàict sa maistresse, alla jouer et perdre son pourtraict aux dés contre un de ses soldats, car il avoit grande charge en l'infanterie; ce qu'elle sceut, et en cuyda crever de despit, et qui s'en fascha fort. La reyne mère le sceut, qui luy en fit la réprimande , sur ce que le desdain en estoit par trop grand , que d aller ainsy abandonner au sort de dés le pourtraict d'une belle et honiieste dame. Mais ce seigneur en r'habilla te faict, disant que, de sa couche, it avoit réservé le {)archemin du dedans, et n'avoit que couché ta boite qui t*enferroit, qui esloît d'or et enrichie de pierreries. J'en ay veu souvent démener le conte entre la dame et le seigneur bien playsamment, et en ay r^ d'autres fois mon saoul.
Si diray-je une chose: qu'il y a des dames, dont j'en ay veu aucunes, qui veulent estre en leurs amours bravées, menacées, voyre gourmandées, et les a-on plustost de telle sorte que par douces compositions; ny plus h^ moins qu'aucunes forteresses qu'où a par force, et d'autres par douceur; mais pourtant elles ne veulent estre injuriées , ny descriées pour putains; car bien souvent les parolles offensent plus que les efFects.
Sytla ne voulut jamais pardonner à la ville d'Athènes qu'il ne la ruinasl de fond en comble, non pour opiniastreté d'avoir tenu contre luy, mais seulement par ce que dessus les murailles ceux de dedans en parlèrent mal, et touchèrent l'honneur bien au vif de Melella,
sa femme.
En quelques lieux de par le monde , que je ne nommeray point, les soldats aux escarmouches et aux sièges de places se reprbchoient les uns aux autres l'honneur de deux de leurs princesses souveraines , jûsquès-là à s'enlredîre: «La tienne joue bien aux quilles. — «La tienne rempelle aussy bien ^ » Pour ces
« nempelle, c*esl-*-dire,iw# au rapeau : jeu aiiMî aonuuédaiis Rabelai», liv. I, c. 22, par corrgplioii pour rempeau. De reimpellare, dit par raélaplawne pour reimpelUrê'
DES DAMES 6ALLANTRS.
brocards et sobnquet8,les princesses animoient bien autant les leurs à Faire du mal et des cruautés, que d'autres subjects, ainsy que je fay vcu.
J'ay ouy raconter que la principalle occasion qui anima plus la reyne d'Hongrie à allumer ses beaux feux vers la Picardie et autres parts de France . ce Fut à Tappetit de quelques insolens bavards et causeurs, qui parloionl ordinairement de ses amours , et chanloicnt tout haut par-tout an :
Au Barbanion de la reyne d'HoDgrie,
Chanson grossière pourtant, et sentant à pleine gorge son advanturier ou villageois.
Galonné peut jamais aymer Gssar, despuis qu'estant au sénat, qu'on deliberoit contre Gatilina et sa conjuration , et qu'on Ai soupçonnoit Gassar estant au conseil , fut apporté audict Gssar, en cachette, un petit billet, ou, pour mieux dire, un poulet, que Servilia, sœur de Gaton, luy envoyoit, qui portoit assignation ou rendez-vous pour coucher ensemble. Galon ne s'en doubtant point, ains de la consente dudict G^esar avecques Gatilina, cria tout haut que le sénat luy fist commandement d'exhiber ce dont esloit question. Gssar, ft ce contraint, le monstra , où l'honneur de sa soeur se trouva fort scandalisé et divulgué. Je vous laisse à penser doncques si Gaton, quelque bonne mine qu'il fist d^hayr Gxsar à cause de la republique, s'il le pusl jamais aymer, veu ce traict escandaleux. Ge n'estoit pas pourtant la Faute de Gssar, car il Falloit nécessairement qu'il maniFesiast ce brevet ; autrement il luy alloit de la vie. Et croy que Servilia ne luy en voulut point de mal autrement pour cela : comme de Faict ne laissèrent à continuer leurs amours, desquelles vint Brutus, qu'on disoit Gssar en estre père ; mais il luy rendit mal pour l'avoir mis au monde.
Or les dames, pour s^abandonncr aux grands courent beaucoup de fortune ; et si elles en tirent des Faveurs, des grandeurs et des moyens , elles les acheptent bien.
J'ay ouy conter d'une dame belle, honneste et de bonne maison , mais non de si grande comme d'un grand seigneur qui en estoit trèsfort amoureux ; et l'ayant trouvée un jour en sa chambre seule avecques ses femmes, assise
sur son lict , après quelques propos el tenus d'amour, ce seigneur vint à l'embrasser, et par douce force la coucha sur son lict; puis venant au grand assaut , et elle l'endurant avecques une petite et civille opiniastreté, elle luy dit : «C'est un grand cas que vous au- «tres grands seigneors ne vous pouvez engar- « der d'user de vos authorités et libertés à Tencdroict de nous autres inférieures. Au moins, «si le silence vous estoit commun comme la « libertéde parler, vous seriez par tropdesirables «et pardonnables. Je vous prie doncques, « monsieur , tenir secret cecy que vous faîtes , «et garder mon honneur.»
Ce sont les propos coustumiers dont usent les dames inférieures à leurs supérieurs: «Hà ! «monsieur, disent-elles, advîsez au moins à «mon honneur ! s D'autres disent: «Ah ! mon* «sieur, si vous dites cecy, je suis perdue; gar- «dez, pour Dieu, mon honneur.» D'autres disent : «Monsieur, mais que vous n'en soo- «niez mot, et mon honneur soit sauvé, je ne «m'en soucie point.» Gomme voulant arguer par-là qu'on en peut faire tant qu'on voudra en cachette , et mais que le monde n'en sçache rien, elles ne pensent point estre deshonnorées.
Les plus grandes et superbes dames disent à leurs gallans inférieurs: «Donnez- vous bien «de garde d'en dire mot, tant seul soit-il; « autrement il vous va de la vie ; je vous feray « jetter en sac dans l'eau , ou je vous Feray «couper les jarrets;» et autres tels et semblables propos prononcent -elles: si-bien qu'il n'y a dame, de quelque qualité que soit, qui veuille estre escandalisée ny pourmenée tani soit peu par le palais de la bouche des hommes. Si en a-il aucunes qui sont si mal advisées, ou forcenée», ou transportées d'amour, que, sans que les hommes les accusent, d'ellesmesmes se deserient: comme fut, il n'y a pas long- temps, une très-belle et honneste dame, de bonne part, de laquelle un grand seigneur en estant devenu fort amoureux, et puis après en jouissant, et luy ayant donné un très-beau et riche bracelet , où luy et elles estoient trèsbien pourtraicts , elle Fut si mal advisée de le porter ordinairement sur son bras tout nud par-dessus le coude; mais un jour son mary, estant couché avecques elle, par cas il le trouva
SIXIESME DISCOURS
et le visita , et là-dessus trouva subject de s'en desfaire par la violence de la mort. Quelle mal advisée Femme !
J'ay cognu d'autres fois un très-grand prince souverain , lequel , ayant gardé une maistresse des plus belles de la cour l'espace de trois ans, au bout desquels il luy Fallut foire un voyage pour quelque conqueste, avant qu'y aller vint tout à coup très«arooureux d'une très-belle et bonnesle princesse s'il en fut oncques : et pour luy monstrer qu'il avoit quitté son ancienne maistresse pour elle , et la vouloitdu tout honnorer et servir, sans plus se soucier de la mémoire de l'autre, il luy donna avant partir toutes les Faveurs, joyaux, bagues, pourtraicts, bracelets et toutes gentillesses que l'ancienne luy avoit données,,dont aucunes estans veues et apperceues d'elle, elle en cuida crever de despit, non pourtant sans le taire ; mais en s'escandalisant Fut contente d'escandaliser Tautre. Je croy que, si ceste princesse ne Fust morte par après, le prince, au retour de son voyage, Feust espousée.
J'ay cognu un autre prince, mais non si grand ^ , lequel durant ses premières nopces et sa viduité vint à aymer une fort belle et honneste damoiselle de par le monde, à qui il fit, durant leurs amours et soûlas, de fort beaux presens de carcans, de bagues, de pierreries et force autres belles bardes, dont entr'autres il y avoit un Fort beau et riche miroir où estoit sa peinture. Or, le prince vint à espouser une fort belle et très-honneste princesse de par le monde, qui luy fit perdre le goust de sa première maistresse , encor qu'elles ne se deussent rien l'une à l'autre de la beauté. Geste princesse sollicita et persuada tant M. son mary, qu'il envoya demander à sa première maistresse tout ce qu'il luy avoit jamais donné de plus exquis et de plus beau. Geste dame en eut un grand crevecœur; mais pourtant, elle avoit le cœur si grand et si haut, encor qu'elle ne Fust point princesse , mais pourtant d'une des meilleures maisons de France, qu'elle luy ^ renvoya tout le plus beau et le plus exquis, où estoit un beau miroir avecques la peinture dudict prince; mais avant, pour le mieux deco-
* Bayle, dans ton Dict, erit., trouve ici l'histoire des amours du prince de Condé et de la belle I^meuil.
BBANTOMI. IL
rer , elle prit une plume et de fencre , et luy ficha dedans de grandes cornes au beau mitaa du Front ; et délivrant le tout au gentilhomme, luy dit :« Tenez, mon aîny, portez cela à vostre « maistre, et que je luy envoyé tout ainsy qu'il « me le donna, et que je ne luy en ay rien osté any adjousté, si ce n'est que de luy-mesme il y «ait aciijousté quelque chose du despuis; et dites a à ceste belle princesse sa fomme, qui l'a tant «sollicité à me demander ce qu'il m'a donné, « que si un seigneur de par le monde ( le nomce mant par son nom, comme jesçay)eneust «Faict de mesmes à sa mère, et luy eust répété «et osté ce qu'il luy avoit donné pour coucher «souvent avecques elle, par don d'amourette « et jouissance, qu'elle seroit aussy pauvre d'af- «fiquets et pierreries que damoiselle de la « cour ; et que sa teste , qui en est si fort char- «gée aux despens d*un tel seigneur et du de- «vantde sa mère, que maintenant elle seroit «tous les matins par les jardins à cueillir des «fleurs pour s'en accommoder, au lieu de ces «pierreries : or, qu'elle en Fasse des pastés et «des chevilles, je les luy quitte. » Qui a cogna ceste damoiselle la jugeroit telle pour avoir Faict ce coup ; et ainsy elle-mesme me l'a-elle dict, et qui estoit très-libre en parolles : mais pourtant elle s'en cuida trouver mal, tant du mary que de la Femme, pour se sentir ainsy descriée; à quoy on luy donna blasme, disant que c'estoit sa Faute, pour avoir ainsy despité et désespéré ceste pauvre dame, qui avoit trèsbien gaigné tels presens par la sueur de son corps.
Geste damoiselle, pour estre l'une des belles et agréables de son temps, nonobstant Faban* don qu'elle avoit Faict de son corps à ce prince, ne laissa à trouver party d'un très -riche homme, mais non semblable de maison; si bien que, venant un -jour à se. reprocher l'un à l'autre les honneurs qu'ils s'estoient Faict de s'estre entre-maryés , elle , qui estoit d'un si J grand lieu, deYavoir cspousé, il luyfitres- ^ ponse : « Et moy, te Faict plus pour vous que «vous n'avez Faic^pour moy; car je me suis* «deshonnoré pour vous remettre vostre hon- «neur.» Voulant ioFerer par là que, puisqu'elle l'avoit perdu estant fille, le luy avoit remis l'ayant prise pour Femme.
J'ay ouy conter, et le tiens de bon lien ,
DES DAMES GALLANTES.
que, lorsque le roy François premier eut laissé madame de Ghasteau-Briant , sa maistresse fort favorite, pour prendre madame d'Estampes, estant fille appellée Helly, que madame la repente avoit prise avecques elle pour Tune de ses filles, et la produisit au roy François à son retour d'Espaigne à Bourdeaux , laquelle il prit pour sa maistresse , et laissa ladicte madamoiselle de Ghasteau-Briant , ainsy qu'un cloud cbasse Tautre , madame d'Estampes pria le roy de retirer de ladicte madame de Ghasteau-Briant tous les plus beaux joyaux qu'il luy avoit donnés, non pour le prix et la valeur, car pour lors les perles et pierreries n'avoient la vogue qu'elles ont eu despuis, mais pour Tamour des belles devises qui esloient mises , engravées et empreintes, lesquelles la reyne de Navarre sa sœur avoit faictes et composées ; car elle en esloit très-bonne maistresse. Leroy François luy accorda sa prière, et luy promit qu'il le feroit; ce qu'il fit : et, pour ce, ayant envoyé un gentilhomme vers elle pour les luy demander, elle fit de la malade sur le coup , et remit le gentilhomme dans trois jours i venir , et qu'il auroit ce qu'il demandoit. Gependant, de despit, elle envoya quérir un orfèvre , et luy fit fondre tous ces joyaux , sans avoir respect ny accieption des belles devises qui y estoient engravées : et après, le gentilhomme tourné, elle luy donna tous les joyaux convertis et contournés en lingots d'or. <K Allez, dit-elle, portez cela au roy, a et dites-luy que , puisqu'il luy a pieu me rea voquer ce qu'il m'a voit donné si libéralement , «que je le luy rends et renvoyé en lingots d'or. «Pour quant aux devises, je les ay si bien em- «preintes et colloquées en ma pensée, et les y a tiens si chères , que je n'ay peu permettre «que personne endisposast, en jouist et en «eustde plaisir, que moy-mesme.»
Quand le roy eutreceu le tout, et lingots et propos de ceste dame, il ne dit autre chose , si-non : « Retournez-luy le tout. Ge que j'en afaisois, ce n'estoit pour la valeur (car je luy « eusse rendu deux fois plus ) , mais pour i'a- «mour des devises : et puisqu'elle les a faict «ainsy perdre, je ne veux point de l'or , et le «luy renvoyé : elle a monstre en cela plus de «courage et générosité que n'eusse pensé pou- «voir provenir d'une fomme.» Un cœur de
femme généreuse despité , et ainsy desdaigné , fait de grandes choses.
Ges princes qui font ces revocations de presens , ne font pas comme fit une fois madame deNevers, de la maison de Bourbon, fille de M. de Montpensier , qui a esté en son temps une très-sage , très-vertueuse et belle princesse, et pour telle tenue en France et en Espaigne, où elle avoit esté nourrie quelque temps avecques la reyne Elisabeth de France, estant sa coupiere, luy donnant à boire, d'autant que la reyne estoit servie de ses dames et filles, et chascune avoit son estât, comme nous autres gentilshommes à l'entour de nos roys. Ceste princesse fut maryée avecques le comte d'Eu, fils aisné de M. deNevers, elle digne de luy, et luy très-digne d'elle , car c'esloil un des beaux et agréables princes de son temps ; et pour ce il fut aymé et recherché des belleset honnesles de la cour, et entr'autres d'une qui estoit telle, et avecques ce très-escorte et habille. Advînt qu'il prit un jour à sa femme une bague dans son doigt fort belle, d'un diamant de quinze cens à deux mille escue , que la reyne d'Espaigne luy avoit donné à son départ. Ce prince , voyant que sa maistresse la luy louoit fort et monstroit envie de la vouloir, luy, qui estoit très-magnanime et libéral, la luy donna librement , luy faisant accroire qu'il Tavoilgaignée à la paulme : elle ne la refusa point, et la prit fort privement, et, pour l'amour de luy, la porloit tousjours au doigt; si bien que madame de Nevers (à qui monsieur son mary avoit faict accroire qu'il l'avoit perdue à la paulme, ou bien qu elle demeureroit en gage) vint à veoyr la bague entre les mains de ceste damoiselle, qu'elle sçavoit bien estre la maistresse de son mary. Elle fut si sage et si fort commandante à soy, que, changeant seulement de couleur, et rongeant tout doucement son despit , sans faire autre semblant , tourna la teste de l'autre costé , et jamais n'en sonna mot à son mary ny à sa maistresse. En quoy elle fut fort à louer , pour ne contrefaire de i'acariastre, et se courroucer, et escandaliser la damoiselle, comme plusieurs autres que je sçay qui en eussent donné plaisir à la cornpaignie, et occasion d'en causer et en mesdire.
Voyià comment la modestie en telles choses y est fort nécessaire et tris-bonne, et aussy