CINQUIESME OPUSCULE
Harangue de Pompée sur le poinci de ia Journée pharsaUque y tirée du mesme IWreVlIde Lucain , comme l'autre précédente,
Soudain que Pompée eut descouTert l'année de Tenneinf aortir du camp droit ft luy, et i|u'il s'y a^ott plda lieu ny moyen de temporiier ny da «'en dea^iret ^ <Pi^ le jour esioit agréable aux dieux , il se sent le cœur aucunement froid et glacé, voire esperdn; qui ftit un mauvaii présage à un ai grand capitaine d*apprehender les armea qu'il avoitreu si touTent reluire. Touteafoif» il couvre sa peur par certaine belle oontrefiaicte contenance , et, monté sur un cheval haut et grand à Tadvantage, harangue ainsj les siens.
Soldats, le dernier jour des guerres civilles que vostre vertu a tant recherché , et que vous avez tant demandé , est venu. Déployez inaîBtenant toutes vos forces. II ne reste plus rien que ceste dernière besoigne de vos mains, et une seule heure emporte tout Tunivers au péril ou Ten retire.
Quiconque désire sa patrie, ses dieux Familiers, ses enfans, sa femme et ses plus chers gages abandonnés, qu'il les cherche avecques i'espée, Dieu a tout mis au milieu de ce champ.
Nostre meilleur droict nous commande d'espérer les dieux à nous tous favorables. Ils guyderont nos dards dans les entrailles de Cssar, et eslabliront les loix romaines. S1ls aprestoient unedonnation de royaumes et du monde à mon beau-pere, ils pourroient haster et advancer ma vieillesse à la mort. Ce n^est le Faict des dieux courroucés de conserver Pompée à la ville et son peuple.
Nous avons rapporté tout ce que nous avons pu pour vaincre. Les nobles , de leur bonne volonté, s'y sont exposés librement , et les vieux soldats ne s'y sont non plus espargnés. Si les dieux vouloient faire revenir en ces temps les Gqries, les Gamilles , les Decies, qui si volontairement se sont présentés à la mort pour leur patrie, ils seroient maintenant de nostre party.
J*ay assemblé tous les peuples du haut Orient et des villes, qu'on n'en sçauroit nombrer les forces qui en ont esté tirées pour ve-
nir à ceste battaflle, que jamais on n^en a tant veu sortir. Nous nous servons de tout le monde, dont nous avons h\X revue derautain et de la bize. Hé I ne mettrons-nous pas doncques nos ennemys au milieu de nous, renfermés de nos aisles qui fondront sur eux? La victoire ne demande pas grandes forces ; mais les grandes trouppes espouvantent fort, et de leurs crys font un grand effort de guerre. Enfin, Gssar nVst pas bastant pour nous.
Croyez que les belles dames romaines, avecques leurs beaux cheveux epars , advancéespour vous regarder de là jusques ici sur les murailles de Borne, vous exhortent au combat.
Croyez que le sénat ancien , qui , pour son viel aage et cassé, exempt de porter les armes, prosterne à vos pieds son chef blanc et vénérable, et que tout Rome, craignant et abhorrant la tyrannie, vient au devant de vous pour vous recueillir.
Croyez aussy que le peuple qui est ft présent, et celuy qui est à venir , rapporte ses prières mesiées ensemble pour vous; car Tun veuf naistre libre et l'autre veut mourir franc.
S'il y avoit quelque chose en moi digne pour vous Faire prières, après de si grands gages, avecques mes enfons et ma femme, s'il m'estoit aussy permis sans offenser la majesté de l'empire, humble je m'estendrois à vos pieds pour vous supplier davantage, et de vous monstrer encor comme avecques moi autresfois vous avez eu part en mes conquestes.
Si vous n'estes victorieux maintenant, vostre grand Pompée est vaincu et banny, mocqueriede son beau-pere, et vostre grand vitupère. Je déteste ma dernière Fatalité. Jà n'advienne que j'apprenne à servir en mon vieil aage.