‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 77 sur 119 · SIXIESME OPUSCULE · texte numérisé non relu

SIXIESME OPUSCULE

Comparaison des deux harangues précédentes.

n semble que les parolles de l'un et de l'autre de ces capitaines soient Fort dissemblables, bien qu'elles soient braves et superbes. Toutesfois, on diroit que celles de Pompée hont prononcées de quelque certaine peur et d'une mauvaise pronostique de son propre malheur et de son année. Cela est advenu souvent à

PIERRE DE BODRDEILLE.

plusieurs grands capitaines, qui, contrefaisans des galians , et faisans bonne mine, sont descouverts par gens d'esprit en leurs parolles, contenances et gestes. Je m^en rapporte aux plus braves discoureurs et à ceux qui se sont trouvés en telles affaires.

li n'y a qu'une chose, si me semble, qui manque eu ceste harangue de Gssar, qu'il debvoit toucUer quelque mot des dames, comme fait Pompée , puisqu'il n'y a rien qui tant anime un courage que les dames et leur amour : aiiKsy que ce grand philosophe desiroit une armée, ou pour le moins, une bande d'amoureux, le.squels , si luy sembloit , fairoient rage de combattre plus que les autres.

DoDcques jem'estonne que Qesar fut court en cela; car, le bon empereur et le bon compaignon qu'il estoit, Il n'estoit nullement ennemy des dames ny de leur accointance, tesmoing le sobriquet que luy donnèrent ses soldats marchans en (riumphe avecques luy, ainsi que tout leur estoit permis ce jour là : Bomani, servaie uxores, mœchum calvum adducimus ; c'est i dire : «Romains, serrez et gardez bien vos « femmes, si vous voulez, car nous amenons avecctquesnousce grand adultère le chauve: s par là les advertissaLt de bonne heure qu'il les débaucherait toutes. Voylà de bons advertissemens , et à eux une obligation bien grande pour messieurs les marys.

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