ONZIESME OPUSCULE
Tombeau de madame de Bourdeilfe , en forme de diafogue, faict par son frère de Branlhome, qui parie avecques eiie, et elie respond,
BBAIfTHOHI.
Faut-il donc que je reste, et que soyez allée, Madame, devant moy là-bas en la vallée Des esprits btenheureuT , d*où plus on ne revient! Encore ne sçait-on ce que Taïue y devient.
HADAHB DB BOVBDBltLB.
Si vous estes resté n*en soyez en pensée : Frère, c'est faict de moy, la chance en est panée. Dieu Ta ainsy voulu , qui nous oste et nous met En tel lieu qu'il luy plaist, et de nous se démet
BBAVmOHB.
Dites-moy donc, pour Dieu , quelle est voslre demeure, En cest autre beau monde? Y est -elle bien leure? Quels plaisirs y a-t-il? Quelle en est la vraye foy, Sans que je m'en arreste à ce qu*en dit la loi?
MADAME DB BOURDBILLI.
Lm amet Icy-bas beureuiement y Yiyeot ; Après la mort du corps renaissent et reTivent; Et contentes n'ont plus de crainte ny soucy, Som franches de tout mal. Ainsy je vis icy.
baautaomb.
Je le reux ainsy croire. Et où est la promesse Que me faisiez icy de si grande fermesse, Ksians en nos douceurs, de nous Tenir reveoyr Si mouriez la première, et me le faire reoyr?
MADAXB DB BOUBDBIILB.
Ce sont des discours yains qu*on fait en nostre Tie, Moins pleins de Terilé qu'ils sont de fantaisie. Les esprits bienheureux ne s'en vont d'icy^bts, Quand ils sont one fbis arrestés du trespas.
BBÂNTMOMB.
Et les anges du ctel descendent bien en terre, Voletent parmy nous, et tournent à grand erre Là haut en leur manoir conter ce qu'on y fiait : Pourquoy n'en H\i de mesme un esprit tout parfaîct ?
MADAMB DB BOVKDBILLB.
Dieu ne l'a pas permis; car il veut que l'on croye Ce que son fils a dict, et que par foy l'on yoye Nostre félicité, qu'on doit représenter Par les yeux de l'esprit, sans d'ailleurs le tenter.
imANTHOMB.
Ah! qu'un payen subtil tous pourroit bien respondre A Tos belles raisons, et mesmes les confondre. S'il ne Touloit s'ayder des vers Yirgiliens , Qui nous forment si beaux yos Champs Elysiens.
MADAMB Dl BOUSMIUI.
Un mescroyant croira ce quUl Toudra mal croire; Mais il ne peut oeter par ses raisons la gloire Qu'ont les âmes d'icy en leur félicité, Jouysaantes à plein de l'immortalité.
BBAirra^Mi.
Où est teste beauté dont estiez admirée Si fort de par deçà , et du monde adorée, RaTîsaaniun chascuo, ceste Uille et ce port, Ceste grand oujesté, ce geste et oest abord?
MADAMB DB BOUEDBiUB.
Cesie humaine beauté est du tout efCicée, En une autre plus belle elle est du tout changée. Vos beautés ne sont rien icy-bas parmy nous : Nous ayons d'autres yenx , et des regards plus doux.
Je ne croy pas cela, yous estiez par trop belle Quand yous estiez icy, pour changer de modelle : Ou bien le ciel vous a changée tout exprès , Luy ostant sa clarté, rapprochant de trop près.
MADAMB DB BOUBDEIUB.
Je me conlente assez que j'aye sa lumière, Qui me donne au yisafçe ; ei me sens plus entiers Kn mes beautés astheure , et me décore plus Que les yeux que j'ayois, mondains et superflus.
BBAlfTIOMB.
Je ne m'estonne plus si faites peu de compte De nous venir reveoyr , puisque l'heur qui vous dompte Est un heur non pareil, et vous tient tellement. Que ne faites de cas plus de nous autrement.
MADAMB DB BOUBDBULB.
Frère, i'abhonre tant ma demeure première Gomme j'estime autant ma demeure dernière L'une de tout bieu pleine, et l'autre de tout mal, Que je m*arreste icy sur mon destin fatal.
BBANTIOMB.
Invoquez donc pour moy la divine puissance. Le ciel, les bons démons, des astres Tinfluenee, Que je sorte bientost de ce fascheux séjour. Et qne j'aille reveoyr enoor vostre beau jour.
MADAMB DB BOQIDBIUS.
En cela ne se peut contenter vostre envie,* Car vous estes escrit dans le livre de rie Dès le oonunancemcnt que le monde fut ffiiet Ce qui est arresté ne peut estre refaict
MAIfTHOMB.
Pourquoy ne puis-je aller contre ceste ordonnance En me donnant la mort? Ma propre violence. Me peut faire jouyr bienlost de vos beaux yeux. Je ne fais que languir, le mourir est mon mieux.
MADAME »B BOOEDBIKU.
Ne foites pu cela. Qui sort sans la licence De Dieu hors de sa place, il commet grande offiSDse, Il gaigne son enfer. Estant U désormais, Faudroit dire l'adieu pour ne me veoyr jamais.
UAmaiOMB.
Rien donc que cela seul n'empesche le passage
De la mort par moy-mesme, et ne me fMte ontrsge;
Car Je serob damné, et par ainsy privé
De voua veoyr en cest heur qui vous est arrivé.
MADAME DB BOOEDElUS.
Vivez donoques , rivez tant que la destinée Voudra rouler tos jours. Puis, estant debomée, Venez nous veoyr Icy, frère je voua attends. Vos deairt et les miens en seront plus contents*
BEAimOMB.
Puis donc qu'il me faut vivre ainsy par la conlraincte, Madame donc adieu : je finis ma complainte. Je ne Unis pourtant mes soupirs ny mes pleurs, Ny finiray pour vous A jamais mes douleurs.
OPUSCULES DIVERS